SÉANCE DU 18 JANVIER 1923
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, Batut, Brunet, Ferrier, Gallerand, docteur Janicaud, Lafay, chanoine Parinet, abbé Peuch, Phérivong, Pichon, Sarrassat, Sauty, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Aguillaume, Arrivière, docteur Bordier, Briquet, commandant Carteron, des Cheises, Guillot, Gabriel Jamot, Albert Lacrocq, de Lavillatte, Mazet, Amédée Montaudon, Pissavy-Yvernault, Porteau, Raphanaud, abbé Savoyant.
— M. le Président donne lecture de la lettre par laquelle M. Le Gendre, nommé membre honoraire, exprime ses remerciements.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : M. Edmond Bory, rédacteur au ministère des Régions libérées, à Paris ; Mlle Marguerite Boudot, à Crozant ; MM. le vicaire général Bujadoux, archiprêtre de Guéret ; Paul Callier, décoré de la croix de guerre, receveur de l'enregistrement à Guéret ; docteur Paul Jorrand, à Guéret ; l'abbé Mercial, curé de Saint-Maureil ; Parot, conducteur du génie rural à Guéret ; l'abbé Thourin, vicaire à Guéret ; Rollinat, instituteur à Saint-Maureil.
BIBLIOTHÈQUE. — M. Martinon a fait don de l'exemplaire du Procès-verbal de la Confédération des François à Paris le quatorze juillet mil sept cent quatre-vingt-dix, imprimé à Paris chez J.-R. Lottin (in-4°, 96 pages) faisant partie de ses documents de famille et portant la suscription manuscrite : « A Monsieur Martinon, garde national du district d'Aubusson, département de la Creuse ». Le procès-verbal contient, à la suite du compte-rendu de la fête, la « Liste de Messieurs les gardes nationaux élus députés à la Fédération ». Pour la Creuse cette liste comprend les noms suivants (dont quelques-uns mal orthographiés) :
District de Guéret. MM. Cusinet, Volland, Bourgeois, Tixier fils, Dumarest, Charles fils, Purat, Gadon, Raby, Lacroix, Loriol, Pichon, Marcellot, Courtois, Bertrand, Marchandon, Dubrouillet fils, Southou (Southon).
District d'Aubusson. MM. Dain, Bias, Goumy, Delanormaix (De Lamornaix), Martinon, Mergoux, Tasté, Tixier.
District de Felletin. MM. Baudy (Bandy) Myomandre, Tixier, Martin, Mapeyroux, Chassaigne cadet.
District de Boussac. MM. Thaury, Bourdeau, au lieu de Pinard.
District de La Souterraine. MM. Bonnet, Mantaudon (Montaudon), Dubranle, Mantaudon (Montaudon), Denepoux, Cazenaud, Ramijeon, Laffont, Bazennerie, Lasnier, Vallentin, Pergand (Pergaud), Bonnet.
District de Bourganeuf. MM. Rouchon, Lestang.
District d'Evaux. MM. Maulle, Vollannet, Périgault, Fargin, Tissot fils, Leclerc, Darchis, Leclerc.
Nous avons reçu de M. Emile Chénon son étude sur l'Histoire de la paroisse de Vic-sur-Aubois et du prieuré de Bois-l'Abbé en Berry (Paris, libr. du Recueil Sirey, 1922, in-8°, 202 p. avec carte et illustrations) ; — de M. le baron de Corbier son étude sur Ségur, son passé historique du IXe au XIXe siècle (Tulle, imp. Juglard, 1922, in-8°, 154 p. avec plan) ; — de M. Louis de Nussac le tirage à part de l'article qu'il a publié dans le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze sur La Venue de Georges Cabanis, son nom et sa famille, son père et son berceau (in-8°, 29 p. avec illustrations) ; — de M. Burthe le tirage à part de son étude parue dans les Annales des mines (livraison de novembre 1922) Sur la structure des gisements de pyrite de la région de Huelva (Espagne) (36 p. avec planches).
Le tome LXIX du Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, récemment paru, contient une importante publication due à M. de Font-Réaulx, le Cartulaire du chapitre de la cathédrale de Limoges, qui apporte une quantité considérable de renseignements intéressant la région creusoise ; il en sera rendu compte.
M. Lafay a fait don de deux volumes de charmantes poésies — pour la plupart écrites à Guéret — de Mlle Louise Lafay, sa fille : Impressions et souvenirs (Saint-Raphaël, édition des Tablettes, 1920, in-12, 96 p.) ; Croquis et intimités (Paris, Bouaniche et Cie, 1921, in-12, 64 p.).
MUSÉE. — Il été fait don par M. Gallerand d'une boîte à jetons du XVIIIe siècle, en bois verni, à décor de petits personnages ; — par M. Smith, artiste peintre à Paris, qui, depuis plusieurs années, vient travailler dans la Creuse, d'une remarquable toile représentant la vallée de la Sédelle et les ruines de Crozant ; — par M. Raphanaud, de la photographie d'un portrait de Pierre d'Aubusson (1423-1503), grand-maître de l'ordre de Malte, en buste et de profil, avec ses armes et une inscription rappelant ses exploits ; cette peinture, qui paraît avoir été faite au XVIIe siècle, se trouve à Paris dans l'hôtel de M. le duc de Bauffremont, descendant des d'Aubusson-La Feuillade, qui a fort obligeamment permis à notre collègue d'enrichir par cette photographie l'iconographie du célèbre Pierre d'Aubusson.
Il a été acquis, grâce aux indications de M. Nétange, une pierre tombale, de plan rectangulaire, en granit, qui se trouvait dans une maison du bourg de Ladapeyre et dont l'origine n'a pu être précisée.
Cette pierre, sur laquelle on n'aperçoit aucune trace d'inscription, a la forme d'une toiture d'église à deux toits se coupant au transept et déterminant quatre pignons à sommet triangulaire. Les dimensions sont : longueur 2m,22, hauteur des pignons 0m,38, largeur des pignons d'extrémité 0m,45, largeur des pignons latéraux 0m,60. Les crêtes des toits sont arrondies et leur rencontre détermine une croix qu'entoure un cercle à petites lobes ; ce motif sculptural a ainsi 0m,45 de diamètre correspondant à la largeur des pignons d'extrémité. Un des pignons latéraux est nu, l'autre paraît avoir un trilobe en relief mal axé. Un des pignons d'extrémité est nu, l'autre a des traces indistinctes de sculpture ornementale.
Placé sur la terrasse du musée, ce monument funéraire du moyen-âge y fait face au monument du même type, mais certainement antérieur, qui provient de Chambon-Sainte-Croix et que M. Autorde a décrit (Mémoires, t. XX, p. XCI).
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée de la transcription, avec traduction et note, envoyée par M. Antoine Thomas, d'une charte de 1260, concernant le monastère de Blessac, conservée dans les archives de la Société. Ce document sera publié.
— M. le chanoine Parinet présente une statuette gallo-romaine, en bronze, d'un jeune dieu nu et couronné, trouvée en 1900 par M. Parouty, en creusant un puits près de sa maison, au village de La Courrière, commune de Mansat. Il donne des explications sur les restes gallo-romains (sépultures, colonnes, canalisation) qu'on rencontre au même endroit et rappelle la mention faite par Joullietton (Histoire de la Marche, t. I, p. 53) de la mise au jour des débris « d'un édifice romain », d'urnes, etc., à La Courrière en 1756. M. le chanoine Parinet rédigera une note sur l'ensemble de ces découvertes.
— M. l'abbé Peuch présente des objets préhistoriques récemment découverts. Une note à la suite du présent procès-verbal en donne l'énumération.
Il présente également quatre pièces de monnaie en argent trouvées à Toulx-Sainte-Croix dans une sépulture maçonnée en moellons ; elles étaient placées dans un vase en terre. M. Mazerolle, conservateur du Musée des monnaies à Paris, à qui des photographies de ces pièces ont été communiquées, a bien voulu faire savoir qu'elles paraissaient être des deniers frappés à Limoges au XIe siècle, au type immobilisé du roi Eudes. Il a indiqué que des types analogues sont décrits dans l'ouvrage de F. Poey d'Avant, Monnaies féodales de France (Paris, 1858) t. I, p. 354, nos 2274 et ss. et planche L.
— M. Autorde lit une étude sur Une survivance de la fête des fous au XVIIe siècle, qui sera publiée.
— Lecture est donnée d'un article de M. Henri Hugon sur le Directoire de la Haute-Vienne contre celui de la Creuse (13 août 1792) et d'une biographie du conventionnel Texier de Mortegoutte (1749-an VI) par M. Paul Pellot, membre correspondant. Ces travaux seront publiés.
— M. André Demartial, membre correspondant, signale la situation topographique d'un village du nom de Chambon, dans la Hte-Vienne, confirmant l'étymologie celtique (camb = courbe d'un cours d'eau), étudiée pour la Creuse à une précédente séance (Cf. ci-dessus, p. IV) :
Sur le chemin de grande communication n° 32 allant du Vigen au pont de l'Aiguille, il existe à 1.500 mètres environ de Solignac le village de Chambon faisant partie de la commune de Condat. Ce village est placé sur une hauteur presque complètement encerclée par la rivière la Briance. Le cours d'eau à cet endroit là forme plus qu'une courbe ; il constitue une boucle.
— M. Paul Porteau rend compte, par une note insérée à la suite du présent procès-verbal, de ses recherches sur la voirie romaine dans la Creuse.
— M. Aguillaume signale un acte en sa possession reçu par Me Goguyer, notaire à Dun-le-Palleteau, le 28 octobre 1771, contenant bail à rente perpétuelle par le marquis Doublet de Persan, seigneur de Saint-Germain-Beaupré, à Jean Riollet, du moulin de La Ligne, paroisse de Lafat, moyennant une rente annuelle de 145 livres. Le rachat de cette rente fut fait par Silvain Riollet le 27 mars 1845.
— M. Henri Hugon fait savoir qu'il a examiné au Cabinet des Estampes, à Paris, les pièces concernant la Creuse qui y sont réunies. Cette série, peu abondante, comprend notamment :
1° — Une copie ancienne, en mauvais état, de l'inscription d'une plaque de consécration d'autel émaillé provenant de la chapelle du Mas-Saint-Paul, commune de Tercillat. (Cette inscription, datée de 1267, a été publiée dans l'Œuvre de Limoges de E. Rupin, p. 136, 137 et 197 et fig. 209).
2° — Cinq bons dessins à la mine de plomb des Pierres Jomâtres, sans nom d'auteur ;
3° — Un dessin colorié ayant pour titre : « Ville et tours d'Augères, 1460 » ;
4° — Un grand dessin du château d'Aubusson par F. de La Pointe ;
5° — Trois dessins très petits, accompagnés de plans, représentant les églises du Moutier, du Château et de Saint-Blaise, à Felletin.
— M. Albert Lacrocq a relevé dans les carnets de Bosvieux, aux Archives de la Haute-Vienne (fonds Bosvieux, M. 11, carnet 19), des indications sur les armes de la ville d'Aubusson.
Un tapis de pied, daté de 1751, qui existait autrefois dans l'église Sainte-Croix, représentait ces armes avec le buisson et le chef d'azur chargé d'un croissant accosté de deux étoiles ;
Un brevet de garde national du 1er mai 1790 présente sur une face les mêmes armoiries, dans un cachet sur papier, avec un buisson issant d'une terrasse au chef de gueules chargé d'un croissant accosté de deux étoiles, et l'inscription INTER SPINAS FLORET, puis, au-dessous, AVBVSSON. Le même brevet présente, sur l'autre face, un cachet de cire rouge portant les armoiries modifiées ainsi : coupé au 1er de France, au 2e un buisson seulement, avec couronne royale au-dessus, et l'inscription MAIRIE ROYALE D'AVBVSSON.
Ces indications de Bosvieux apportent un complément à l'article de notre confrère M. le baron de Chaumont (Mémoires, au présent tome, p. 166).
NOTE LUE EN SÉANCE – OBJETS DE LA PÉRIODE PRÉHISTORIQUE RÉCEMMENT DÉCOUVERTS
Les objets dont l'énumération suit, à l'exception de celui qui est mentionné au paragraphe III, proviennent de la région située à l'est de Toulx-Sainte-Croix, où les explorations que nous faisons depuis plusieurs années nous ont procuré de nombreuses découvertes, (Cf. notre article aux Mémoires de la Société, tome XXI, p. 392 et notre communication, même tome, p. CXXIII).
I. — 1° Hache polie en très belle serpentine. Long. 0m,412, larg. du taillant 0m,048. Trouvée par M. Paul Sureau dans un champ près du ruisseau d'Entraigues, commune de Leyrat.
2° Hache, genre hache marteau, en serpentine, préparée pour le polissage sur trois côtés, le quatrième côté en mauvais état. Long. 0m,140 ; larg. 0m,045. Trouvée par M. Jean Peyrot, près de Leyrat, dans un tas de cailloux, sur la route de Préveranges.
3° Hache polie en grès de teinte blanche ; elle est en très bon état. Long. 0m,135 ; larg. 0m,050. Trouvée dans un champ de la commune de Leyrat, près du ruisseau d'Entraigues.
4° Petit couteau en forme de cuiller. Long. 0m,093 ; larg. 0m,020 ; épaisseur 0m,009. Trouvé par M. Déguine sur un tas de cailloux destiné au pavage de la route, dans la brande de Montmoulard, commune de Leyrat.
5° Hache en diorite intacte, très belle. Longueur 0m,200. Trouvée à Leyrat.
6° Hache en silex rougeâtre, de polissage à peu près achevé. Trouvée à Malleret.
7° Petite hache polie en silex blond. Trouvée à Lavaud, commune de Saint-Pierre-le-Bost.
8° Fragments de pic ou pioche, en diorite noirâtre. Trouvés à Leyrat.
9° Petit racloir en silex brun. Trouvé à Leyrat.
10° Petit couteau en silex diaphane à trois tailles. Trouvé à Leyrat.
II. — Une fouille faite dans le souterrain-refuge du Peyssonnier, aux environs de Boussac, que nous avons décrit dans notre article cité plus haut, a mis à jour sept petits couteaux en silex taillé et des ossements d'animaux dans lesquels étaient incrustées deux pointes de silex cassées.
Cette intéressante trouvaille est la preuve matérielle que ce souterrain-refuge remonte à la période préhistorique.
III. — Poignard en silex blond, légèrement courbé. Long. 0m,243, larg. 0m,038, épaisseur 0m,010. Cette très belle pièce a une longueur remarquable en égard à ses faibles largeur et épaisseur. Trouvé aux environs de La Courtine. Abbé Peuch.
NOTE LUE EN SÉANCE – A PROPOS DU MILLIAIRE DE SARDENT
Le bienveillant accueil que la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse a fait, il y a quelques mois, à ma communication sur le milliaire de Sardent m'encourage à lui donner quelques indications sommaires sur les recherches que j'ai poursuivies depuis lors sur la voirie romaine en pays creusois.
1° En compagnie de ma sœur et de M. le docteur Bordier, je me suis rendu à Valaise, près du Moutier-d'Ahun. Nous avons minutieusement examiné le célèbre milliaire d'Ahun (C. I. L., XIII, 2, 8911). Il est hors de doute que, sur un point capital, cette inscription a été lue de façon défectueuse par nos devanciers. Les titres de l'empereur Gordien y sont énoncés exactement comme dans l'inscription de Sardent :
[Imperatori Cæsari] Marco Antonio Gordiano Pio Felici Augusto, pontifici maximo, tribunicia potestate VI, consuli II, patri patriæ, PROCONSULI.
Ce qui reste de ce dernier mot est très dégradé, mais derrière le PR initial il y a un O tout à fait lisible.
C'est par erreur que des entailles accidentelles de la pierre ont été interprétées comme deux X. L'hypothèse que le milliaire s'érigeait à vingt lieues gauloises de Prætorium (PRXX) tombe d'elle-même avec la fausse lecture sur laquelle elle se basait.
2° Toujours avec l'amical concours de M. le docteur Bordier, j'ai pu obtenir de M. Pradelle, propriétaire de la ferme de la Pierre du Marteau, commune du Donzeil, la permission d'exhumer un autre milliaire, signalé dans le Corpus Inscriptionum Latinarum (XIII, 2) comme « anépigraphe ».
En fait, ce milliaire porte bel et bien une inscription que je n'ai malheureusement pas eu le loisir d'étudier à mon aise. Un examen sommaire du monument me permet seulement de dire que l'empereur sous le règne duquel a été gravée l'inscription n'est pas Gordien III. Je me propose de procéder, cette année, à une étude plus approfondie du document.
3° Très utilement aidé des études qui ont été publiées sur la question, j'ai pu suivre, à travers les bois d'Ahun, les restes de la voie romaine qui descendait d'Ahun vers le sud-ouest. M. Pradelle, qui connaît admirablement toute cette région, a bien voulu me donner, à ce propos, des indications très précises dont j'ai tiré grand profit.
Plus au sud, un examen critique de la littérature du sujet, contrôlé par des observations directes faites sur le terrain, m'a amené à cette conviction que la route romaine se bifurquait quelque part au nord-est de La Chapelle-Saint-Martial, peut-être à proximité du hameau de Las Chaussadas. Une des deux routes, comme l'ont très bien vu MM. Ducourtieux et Dercier, descendait sur Pontarion par Le Mas-Neuf et par Le Chaussedier. L'autre passait au pied du Peu Charles (à la pointe nord de l'étang actuel de La Chapelle-Saint-Martial), et prenait la direction de Sardent.
Je conçois combien ce résumé de mes recherches est nécessairement incomplet. J'espère bien qu'aux prochaines grandes vacances je pourrai, si la Société y trouve de l'intérêt, lui soumettre un exposé plus détaillé de mes travaux. Je saisis avec plaisir cette occasion présente de dire ma reconnaissance pour le concours actif et bienveillant que m'a prêté notre président, M. Lacrocq, et je demande la permission d'exprimer ici ma gratitude pour mon ancien maître M. Antoine Thomas et pour M. Camille Jullian, qui m'ont encouragé dans mes recherches. Paul Porteau.
SÉANCE DU 15 MARS 1923
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, chanoine Bujadoux, docteur Deschamps, docteur Dufour, Ferrier, Gallerand, G. Jamot, Laborde, Mozer, Pichon, Sarrassat, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : Mlle Boudot, MM. Aguillaume, Arrivière, docteur Bordier, de Cessac, des Cheises, Hugonnier, docteur Janicaud, Lafay, Mazet, Eugène Parot, Phérivong.
— M. Georges Thomas, fils de M. Antoine Thomas, président d'honneur de la Société, vient de sortir de l'Ecole des Chartes, ayant obtenu le diplôme d'archiviste paléographe avec une thèse sur les comtes de la Marche de la famille de Charroux. La Société est heureuse de le complimenter.
— M. le Ministre de l'hygiène et de la prévoyance sociale a décerné à M. le docteur Treille une médaille d'argent pour les services qu'il a rendus à la protection des enfants du premier âge. Des félicitations sont adressées à notre collègue.
NÉCROLOGIE. — M. Joseph Legrand est décédé au château de La Villeneuve, commune de Vallière, le 2 mars 1923 ; il était né à Pellanges, commune de Saint-Yrieix-la-Montagne, le 7 octobre 1847. Il a occupé à Paris une situation considérable dans l'industrie du bâtiment. Parmi les entreprises qu'il a exécutées se placent des travaux très importants : la construction de la gare de Lyon, à Paris, deux lots du doublement des voies du chemin de fer d'Orléans, de Juvisy à Brétigny. Très attaché à la région de Vallière où il avait acquis le beau château de La Villeneuve, il avait un vif souci de conserver les choses du passé. C'est ainsi que son désir de faire classer un chapiteau gallo-romain dans son village natal lui fut l'occasion de venir à nous l'an dernier.
M. Legrand jouissait de l'estime et de la sympathie de ses concitoyens. Nous exprimons à Madame Legrand — qui veut bien prendre parmi nous la place de son mari — et à ses enfants nos vives condoléances.
— La mort du docteur Hippolyte Coudère, survenue à Ahun le 6 mars 1923, a été un deuil public. Le dévouement attentif et éclairé avec lequel il exerçait la médecine était inlassable ; par l'élévation de son caractère et sa bonté il inspirait respect et amitié.
Né à Saint-Goussaud le 13 juillet 1864, il avait fait ses études secondaires au collège de Felletin, ses études de médecine à Paris. Reçu docteur en 1890 avec une thèse ayant pour titre Des tumeurs congénitales de la région sacro-coccygienne comme cause de dystocie, il vint s'établir à Ahun où il eut immédiatement la situation qu'il méritait. Très modeste, il cantonna sa vie dans sa profession et la coopération à des œuvres sociales, s'occupant avec zèle du Bureau de bienfaisance dont il était administrateur.
Il appartenait à notre Société depuis 1920. En exprimant notre sympathie à la famille du docteur Coudère nous nous associons aux éloges émus que trois de nos collègues ont prononcés à ses obsèques : M. le chanoine Parinet, qui était son ami, M. le docteur Treille, parlant au nom du corps médical, et M. Chabrol, maire d'Ahun, interprète des profonds et unanimes regrets de la population.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlles Bellegy, Besnier et Vergne, professeurs à l'Ecole normale d'institutrices à Guéret ; MM. l'abbé Chaussat, curé de Glénic ; Ducouret fils, négociant à Guéret ; Dunaud, négociant à La Souterraine ; Farge, inspecteur primaire à Bourganeuf ; Georges Thomas, archiviste paléographe à Paris.
COMPTES ET BUDGET. — M. Pichon, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1922 :
Recettes
I. — Excédent de caisse au 31 décembre 1921 augmenté de la prévision pour paiement du fascicule des Mémoires de novembre 1921 non paru à cette date.... 1.996 37Subvention du département......................... 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret.................. 2.000 »
Cotisations de 1922................................ 2.910 »
Vente de volumes des Mémoires........................ 61 80
Intérêts de rente 5 %................................ 200 »
Intérêts de bons du trésor........................... 135 »
II. — Cotisations rachetées........................... 240 »
TOTAL................................................ 9.043 17
Dépenses
Gardiens du Musée................................. 1.053 »Impression et brochage des Mémoires............... 5.230 95
Envoi des Mémoires et des convocations............... 269 05
Recouvrement des cotisations......................... 163 80
Frais de bureau....................................... 427 20
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service................................. 662 60
Acquisitions pour le Musée............................ 73 25
Bibliothèque........................................... 71 25
Dépenses diverses..................................... 155 85
TOTAL................................................ 8.106 95
RECETTES................................................. 9.043 17
DÉPENSES................................................. 8.106 95
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1922.................... 936 22
Cette somme est affectée au paiement du fascicule de novembre 1922 et à l'emploi des cotisations rachetées.
Le fonds de réserve, le montant des cotisations antérieurement rachetées et la réserve pour publications sont représentés par le titre de 200 fr. de rente 5 % et le livret de Caisse d'épargne s'élevant à 230 fr. 45 au 31 décembre 1922.
M. Laborde et M. Sarrassat, désignés pour procéder à la vérification des comptes, en reconnaissent l'exactitude. Des remerciements sont votés à M. Pichon.
Le budget pour 1923 est établi avec les mêmes prévisions que celui de 1922 sauf deux modifications : le traitement de MM. Quinquaud et Séroux, gardiens du Musée, sera augmenté et il sera accordé également une augmentation à M. Moreigne pour son travail de bureau.
MUSÉE. — M. le chanoine Bujadoux présente un sceau en plomb d'une bulle du pape Urbain III (1185-1187) dont il fait don au Musée. Ce sceau est du type, établi au XIIe siècle, que la chancellerie pontificale a conservé depuis (nom du pape sur une face ; figures de saint Pierre et de saint Paul sur l'autre) ; il est en bon état, mais recouvert d'une gangue due à un long séjour en terre. C'est en effet dans le sol qu'il a été trouvé, le 8 février 1914, non loin d'Ambazac (Haute-Vienne). M. le chanoine Bujadoux a conjecturé avec vraisemblance qu'il provenait d'une bulle de l'abbaye de Grandmont, qui était proche de cette localité. Il rappelle les précisions qu'il a données sur cette découverte dans le Bulletin trimestriel de l'Ecole Saint-Jean [à Ambazac], n° d'avril 1914, p. 42-44, avec reproduction du sceau.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu les dons suivants :
De M. Adrien Blanchet, membre de l'Institut, trois tirages à part de ses articles récemment publiés : Monnaies gauloises inédites ou peu connues (extrait de la Revue numismatique, 1922) ; Contribution à l'histoire de l'anatomie, dissection-vivisection (extrait du 2e congrès d'histoire de la médecine, 1922) ; Une remarque sur le temple antique du Montmartre de Paris (extrait du Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XLVIII) ; — de M. Henri Hugon, Un document numismatique du voyage d'Ahmed bey à Paris (1846), tirage à part de l'article qu'il a publié dans la Revue de l'histoire des colonies françaises, 3e trimestre 1922 ; — de M. René Fage, son étude sur Les clochers-murs de la France (Paris, 1923, in-8°, 106 p. avec illustrations) parue dans le Bulletin monumental ; — de M. Franck Delage, les tirages à part de ses articles sur Les pélerinages et l'art roman dans la région limousine (extrait du Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. LXIX) et Les dolmens de la Haute-Vienne (extrait des Bulletins de la Société préhistorique française, 1922) ; — de M. le président Raymond, le numéro de la revue « Le Jardin de la France » du 1er décembre 1922, qui a publié un article de lui intitulé : Un Blésois à la recherche d'un logement au XVIIIme siècle ; — de M. Bontemps, éditeur à Limoges, un exemplaire de l'Annuaire de la Creuse et de Montluçon pour 1922.
M. le Ministre de l'Instruction publique nous a adressé le tome VIII du Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, par M. le commandant Espérandieu, récemment paru.
M. Guy, trésorier de la Chambre de commerce de la Creuse, a fait don d'une affiche, sur papier orange, mesurant 0m,31 de hauteur et 0m,23 de largeur, relative au remplacement militaire. M. le commandant Bareige présente ce document qui est ainsi conçu :
Messieurs Musset aîné, et Sollier, de Paris, ont l'honneur de prévenirles jeunes gens appelés à faire partie de la classe de 1822, que, moyennant
une prime de 1000 francs, il leur sera fourni des remplaçans de belle taille
et ayant les qualités requises. La confiance soutenue qui honore MM. Musset
et Sollier, et qu'ils ont méritée par leur loyauté, est un sûr garant de
l'exécution de leurs engagemens.
Ceux qui désireront souscrire, s'adresseront à M. J.-B. Vollant, Notaire
royal, à la résidence de Guéret, chargé de la correspondance pour les
remplaçans, dans le département de la Creuse, qui leur donnera, à cet
égard, toute satisfaction.
Guéret, de l'Imp. d'Alphonse Fauchier et Dugenest, Imp. de la Préfecture. An 1822.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée :
1° D'une note de M. Mayeux, membre honoraire, sur Un fragment gallo-romain au Grand-Bourg-de-Salagnac, qu'accompagne un dessin ; il s'agit de l'objet en granit, classé comme monument historique, qui se trouve sur la place publique, à côté de l'église, et qui a fait l'objet de diverses interprétations ;
2° D'une note de M. Henri Hugon, sur des monnaies et deux coins monétaires trouvés, en 1922, dans la ferme d'Epagne, commune de Crozant ;
Ces communications seront publiées dans les Mémoires.
— M. Emile Genevoix signale des observations ornithologiques par une note publiée à la suite du présent procès-verbal.
— M. Albert Lacrocq décrit les ruines de Châteauclos, commune d'Anzème, dans une note également publiée à la suite du présent procès-verbal.
Il signale une analyse d'acte qu'il a trouvée dans un des carnets de voyage de A. Bosvieux, dont il poursuit le dépouillement, aux Archives départementales de la Haute-Vienne (fonds Bosvieux, série M, carnet n° 23).
Le 16 juillet 1634 fut passé le contrat de mariage de Louis de La Gastine, demeurant au lieu noble de Lizière, fils de Mathurin, écuyer, seigneur de Lizière, et de feu Anne Martin, avec Gabrielle de Savignac, demeurant à La Maison-Rouge, paroisse de Saint-Maurice, près La Souterraine, fille de Gabriel de Savignac, écuyer, sieur de La Maison-Rouge et de Chabannes-Bertrand, et de Anne de Saint-Yrieix. Assistaient l'époux, à côté de son père, Louis-Anne de La Goutte-Bernard, écuyer, sieur de ce lieu et de Chassenon, Pierre Deau, écuyer, sieur du Chambon, et Léonard de La Gastine, écuyer, sieur du Loubost. Assistaient l'épouse, Jacques et Jean de Montostre, écuyers, sieurs de ce lieu, et Louis de Saint-Julien, écuyer, sieur de La Rochette. (Sur la famille de La Gastine, cf. ci-dessus, p. XXIII et s.).
— M. Louis Lacrocq lit une lettre de Madame Necker, femme du ministre de Louis XVI, à l'abbé Sauty, curé d'une petite paroisse de la Haute-Marche, qui lui a été communiquée par notre collègue M. Latrige. Ce document, accompagné de quelques explications, fait l'objet d'une note à la suite du présent procès-verbal.
NOTE LUE EN SÉANCE – DEUX NIDS ORIGINAUX
Il existe pour chaque espèce d'oiseau, dans les mœurs et dans les habitudes (qu'il s'agisse d'émigration, de nidification, etc.), une telle constance, une telle fixité, que les deux observations suivantes, relatives à la nidification, en contradiction avec les règles habituelles, m'ont paru intéressantes à signaler.
Tout ornithologiste un peu observateur a pu contrôler (en particulier sur les espèces sédentaires en Creuse ou sur celles qui viennent pour y nicher) le rigorisme de ces règles. L'oiseau ne s'affranchit que très rarement des habitudes héréditaires dans l'architecture de son nid, dans ses proportions, dans son emplacement, à tel point qu'on peut très souvent, à priori, déterminer rien que par l'examen de ce nid, sa situation, la composition de ses matériaux, leur association, une espèce d'une autre souvent très voisine. Le collectionneur averti, pénétré de ces connaissances, orientera en conséquence ses recherches s'il désire une espèce déterminée et il acquerra vite les qualités de « limier » qui étonnent les profanes.
Chaque espèce d'oiseau n'a pas seulement l'habitude de nicher dans des conditions identiques au point de vue de l'emplacement, du milieu, comme nous venons de le dire ; la fantaisie et l'originalité semblent toujours exclues de son travail qui, le plus souvent il est vrai, atteint la perfection. L'oiseau prisonnier de cette perfection héréditaire serait-il donc dénué d'initiative individuelle ?
Les deux observations que j'ai faites permettent de penser qu'il n'est pas absolument incapable d'adaptation dans certains cas. Je citerai d'abord celui d'une hirondelle (hirundo urbica Lin.). On sait que cette espèce est particulièrement familière et qu'elle fait volontiers confiance à l'homme pour protéger sa progéniture. Les nichées d'hirondelles à l'intérieur de nos maisons ne sont pas rares. J'ai pu observer des nids dans des chambres meublées et habitées ; j'en ai vu un placé sous les récipients d'une sonnette électrique, un autre fixé sur un ciel de lit en noyer ciré ; mais ces faits témoignent seulement de la familiarité de l'oiseau et ne méritent pas de mention spéciale. Le cas suivant est plus original.
Dans la maison de M. Marcel Nadaud, à Dun-le-Palleteau, j'ai pu observer un nid d'hirondelle qui reposait sur l'abat-jour en verre d'une lampe électrique dans un cabinet de toilette ; cet abat-jour était suspendu par un fil souple. Bien que solidement fixé, ce nid offrait quelques inconvénients pour la nichée : en effet, il était dans un équilibre relatif lorsqu'il fut terminé, mais il bascula dès qu'il fut lesté de la jeune couvée. Les occupants dégringolaient à tour de rôle sur le parquet ; heureusement les propriétaires protecteurs veillaient, et souvent ils replaçaient les petits rescapés. A la deuxième couvée, la mère n'abandonna pas son nid, mais l'expérience devait lui servir : elle superposa au premier nid un deuxième ; la même cause (surcharge) déterminant les mêmes effets, le poids accentua encore l'inclinaison en basculant davantage le céladon ; toutefois, cette masse de maçonnerie se rapprochant de la verticale du fil à plomb (en l'espèce le fil souple), il en résulta un équilibre plus satisfaisant ; la deuxième nichée bénéficia de cette amélioration et put s'élever sans malheur.
Ce nid placé sur l'abat-jour affecte une forme vraiment curieuse : il comporte une maçonnerie très importante, parfaitement adhérente et bien équilibrée ; il offre la preuve d'une solution heureuse des difficultés que l'oiseau rencontrait avec les lois de l'équilibre ; la parfaite adhérence du nid sur un corps aussi lisse que le verre témoigne que la confection du mortier avait dû être modifiée. Ajoutons que l'appartement était inhabité quand l'oiseau commença à bâtir ; les fenêtres étaient constamment ouvertes. Plus tard, la pièce fut habitée et les propriétaires allumaient la lampe électrique sans que les oiseaux, petits ou grands, paraissent effrayés.
Le deuxième cas observé indique encore une infraction aux règles habituelles des oiseaux : là il s'agissait d'une mésange dont je n'ai pu déterminer exactement l'espèce (probablement mésange charbonnière Parus Major Lin.) On sait que les mésanges ne sont pas familières et qu'elles nichent généralement dans les cavités des arbres, dans les vergers ou dans les champs. Le nid qu'il m'a été donné de voir était logé dans une pompe désaffectée et située à côté de la caserne de gendarmerie de Dun-le-Palleteau ; il reposait dans le corps de pompe. L'oiseau y accédait par le goulot de la pompe ; il n'avait pas craint d'établir son nid sur des parois de fer, alors que l'on connaît l'action nocive des courants électriques, les jours d'orage, pendant l'incubation. Dans ce cas particulier la couvée a parfaitement réussi.
Ces deux cas m'ont paru intéressants à signaler par leur originalité. Cette originalité n'avait pas pour cause directe une obligation imposée par les circonstances, puisque ces oiseaux étaient parfaitement en liberté. Il y a donc eu dans ces deux cas infraction aux habitudes héréditaires ; cet affranchissement est assez rare chez l'oiseau. E. Genevoix. Arcachon, 17 février 1923.
NOTE LUE EN SÉANCE – LES RUINES DE CHATEAUCLOS
A la limite des communes d'Anzême et du Bourg-d'Hem se trouvent, dominant la Creuse, les restes informes d'une forteresse féodale, Châteauclos (ou Châteauclop). La vaste seigneurie qui portait ce nom, mouvante du comté de la Marche, était une des trois vicomtés de la province ; elle s'étendait sur plusieurs paroisses. Au moyen-âge elle avait appartenu à la famille de Brosse ; au XVIe siècle elle est devenue la propriété de la famille de La Celle (1). Son histoire est à faire. La présente note n'a pour objet que d'indiquer ce qu'on trouve sur le terrain évoquant le souvenir de ce vieux château disparu depuis bien longtemps.
Il s'élevait sur un éperon de la rive droite de la rivière, immédiatement au-dessous du moulin de Jupile. En face, sur la rive gauche, se dresse une falaise abrupte. Les rochers pittoresques de Roche-Gallet font face à l'éperon sur la même rive. La position était assez forte.
On accède facilement à Châteauclos par un chemin qui descend du village de Jupile bâti sur la crête. Le fossé qui, de ce côté, constituait la première défense est toujours visible. Immédiatement après, commencent les amas de matériaux recouverts de ronces et de végétations diverses, moellons de granit mélangés de débris de tuiles, les unes qui étaient incorporées à la maçonnerie et portent encore du mortier, les autres provenant des couvertures, reconnaissables à leur bec d'attache ou au trou servant à les clouer. On aperçoit quelques bases de murs et les fossés latéraux sont encore bien marqués.
Les constructions sont tellement écroulées qu'on ne peut plus discerner même les grandes lignes de la forteresse. On devine cependant les traces d'une tour importante du côté de l'entrée, et celles du donjon sans qu'on puisse voir s'il était carré ou rond.
Il semble que le château ne devait pas aller jusqu'à la rivière et s'arrêtait à un banc de rochers à pic à une trentaine de mètres de la rive ; sa longueur, du fossé de l'entrée jusqu'à ces rochers, était de 80 mètres environ.
Dans un carnet de voyage d'Aug. Bosvieux, qui avait visité Châteauclos il y a soixante ans (2), nous n'avons relevé aucune mention de particularités observées dans les ruines, mais il avait recueilli sur place un détail curieux : on lui avait montré une anfractuosité de rocher, près de ces ruines, qui, d'après la tradition, avait servi de cachette à des conscrits réfractaires sous le Premier Empire et qu'on appelait « La cabane de Margot ». Albert Lacrocq.
(1) Gabriel Martin, dans son étude sur Malval, a donné de brèves indications sur Châteauclos (Mémoires de la Société des sciences natur. et archéol. de la Creuse, t. VI, p. 300). Cf. également le Dictionnaire de la Creuse par l'abbé Lecler, p. 151.
(2) Archives de la Haute-Vienne, Fonds Bosvieux, M 34, carnet de voyage 23.
UNE LETTRE DE MADAME NECKER A UN CURÉ DE LA MARCHE (1788)
M. Louis Latrige m'a aimablement remis l'original de la lettre suivante :
Versailles, 3 Déc. 1788.J'ai fait part à Mr le Directeur général, Monsieur, de la lettre que vous
m'avez écrite, et il va se procurer toutes les informations nécessaires sur
vos malheurs et sur les moyens d'y apporter quelque soulagement. J'ai
différé de vous répondre jusques au moment où j'ai pu entretenir le
Ministre et j'ai voulu seulement vous assurer aujourd'hui que ce délai n'a
été causé par aucune négligence : au contraire, je prends l'intérêt le plus
vif aux infortunés habitans des campagnes et aux pasteurs, dignes de leur
noble mission, qui, comme vous, Monsieur, se dévouant à les secourir,
oublient leur propre souffrance pour ne sentir que celle de leur troupeau.
J'aurai soin de vous informer du résultat des soins que le Ministre va
prendre et je vous prie d'être persuadé des sentiments très distingués que
votre zèle et votre piété m'inspirent et avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.
C. de NAS NECKER.
Mr Sauty, curé de Couffy, par Ussel (1).
L'événement malheureux auquel s'intéressait, de façon si compatissante, Madame Necker, née Curchod de Nas, femme du célèbre ministre, était l'incendie survenu le 22 mars 1788 au bourg de Couffy, chef-lieu d'une petite paroisse de l'archiprêtré de Chirouze, qui faisait partie d'une pointe de la Haute-Marche du côté du Bas-Limousin (2). Le feu détruisit la charpente de l'église et la sacristie, le joug de la grande cloche qui tomba et se brisa, le presbytère, cinq maisons, trois granges et leurs étables. Une partie des registres paroissiaux et des titres de la cure furent brûlés.
L'évaluation des pertes des particuliers faite le 26 mars par M. Cornudet, écuyer, seigneur de Farges et bailli de Châteauvert, s'éleva à 8.662 livres.
Le curé de Couffy, l'abbé Pierre Sauty, qui desservait cette pauvre paroisse depuis 1754, se mit avec ardeur et dévouement en quête de concours qui permettraient de secourir les victimes du sinistre et de reconstruire l'église.
Une note qu'il a écrite sur le registre paroissial de 1788 relate l'incendie et énumère ses démarches : du grand-prieur d'Auvergne de l'Ordre de Malte il avait obtenu un secours de 100 pistoles ; il avait fait des quêtes ; Mgr d'Argentré, évêque de Limoges, avait envoyé des fonds et une quête pour les paysans de Couffy avait eu lieu à Paris, par les soins « de M. Popart, curé de Saint-Eustache, confesseur de Leurs Majestés ». Du côté des autorités civiles l'aide était venue à la fois de la généralité de Limoges et de celle de Moulins et on a vu, par la lettre reproduite ci-dessus, que l'abbé Sauty avait su trouver une précieuse auxiliaire dans la femme généreuse à qui Paris dut la fondation de l'hôpital Necker.
Elle avait raison de dire qu'il pensait aux autres avant de penser à lui : sa note se termine par cette mention que pour le presbytère, il a « déjà obtenu des promesses... ». Quant à son église il avait réussi à la remettre en état quelques mois après l'incendie (1). Louis Lacrocq.
(1) Cf. sur l'incendie de Couffy : Poulbrière, Dictionnaire histor. et archéol. des paroisses du diocèse de Tulle, tome I (Tulle, 1894) p. 401-403 ; Docteur Longy, Le canton d'Eygurande (Corrèze), Tulle, 1893, p. 257-259. — J'exprime mes remerciements à M. Rohmer, archiviste départemental de la Corrèze, pour la courtoise obligeance avec laquelle il m'a communiqué les mentions de l'ouvrage du Dr Longy et m'a procuré la copie de la note inscrite sur le registre paroissial par abbé Sauty. Je remercie également M. Coutinsuzat, maire de Couffy, qui a pris la peine de recopier cette note.
SÉANCE DU 17 MAI 1923
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, docteur Bordier, Christauflour, Ferrier, Gallerand, G. Jamot, Laborde, P. Mozer, Pichon, Sarrassat, P. Sauty, docteur Treille, Valadeau, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, Batut, comte de Beaufranchet, Blanchet, docteur Deschamps, Lafay, Mazet, abbé Peuch, Phérivong, Pluyaud.
— Lecture est donnée d'une lettre de M. le Directeur de l'Ecole des Chartes annonçant que Madame de Montégut vient de fonder à cette école un prix annuel de 1500 francs destiné à récompenser un travail manuscrit ou imprimé ayant pour auteur un élève de ladite école ou un ancien élève muni du diplôme d'archiviste paléographe. Ce travail devra concerner l'histoire ou l'archéologie des provinces suivantes : 1° le Limousin ou la Marche (Haute-Vienne, Corrèze, Creuse) ; 2° le Périgord ; 3° l'Angoumois ; 4° le Hainaut français ou belge ; ou 5° consister en la publication d'un cartulaire ou d'un inventaire d'archives des provinces susdites. Ce prix portera le nom de « Prix du président Henri de Montégut Lamorélie ». Le bénéficiaire sera désigné par le Conseil de perfectionnement, les professeurs et les chargés de cours de l'Ecole des Chartes.
— M. le Président signale l'importance et l'intérêt de deux ouvrages récemment parus, dûs aux éminents membres honoraires de la Société, MM. Emile Mâle et Adrien Blanchet.
M. Mâle a complété ses belles études sur l'iconographie du moyen-âge par L'art religieux du XIIe siècle en France (Paris, Colin, 1922), qui présente un intérêt particulier pour notre région par la façon dont le rôle et les influences de l'art limousin y sont mis en lumière.
M. Blanchet a publié un magistral travail, d'une sûre érudition, sur Les Souterrains-refuges de la France (Paris, Picard, 1923) ; la Creuse y figure en bonne place, comme un des départements contenant le plus de souterrains.
— Au dernier Congrès des Sociétés savantes, M. Adrien Blanchet a lu un mémoire sur un groupe de pierre, de l'époque gallo-romaine, trouvé en 1852 dans la commune de Champagnat (Cf. Mémoires de notre Société, t. III, p. 459 et pl.), qui appartient à M. Autorde.
— Des félicitations sont adressées à M. de Font-Réaulx, membre correspondant, qui, pour sa publication du cartulaire du Chapitre de Saint Etienne de Limoges, a obtenu à l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres une mention sur le prix des Antiquités de la France.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mesdemoiselles Mathilde Bonnet, à Dun-le-Palleteau et Proust, professeur agrégée au lycée Jules Ferry, à Paris ; MM. Th. Aguillaume, architecte constructeur à La Souterraine ; Baraille, pharmacien à Saint-Dizier-Leyrenne ; Bruzin, docteur en droit, procureur de la République à Guéret ; René Berthomier, architecte, au château de Saint-Germain-Beaupré ; docteur Deblois à Ahun ; Delamarre, aux Petites Chapelles par Saint-Germain-Beaupré ; Deslandis, receveur des contributions indirectes en retraite à Guéret ; Duvergé, directeur de l'école primaire supérieure à La Souterraine ; Javayon, receveur des contributions indirectes à La Souterraine ; Paul Jorrand, au château de La Forêt près Aubusson ; Raymond Limouzin-Lamothe, à La Souterraine ; Montagne, juge de paix honoraire à Montluçon ; Eugène Parot, négociant à La Souterraine ; Reuillard, professeur au lycée de Guéret ; docteur Saint-Hilaire, chevalier de la Légion d'honneur, maire de La Souterraine.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — Il a été donné :
Par M. Antoine Jorrand une affiche de la mairie de Clermont-Ferrand, contenant le programme de la fête du roi Charles X célébrée dans cette ville le 4 novembre 1826 ;
Par M. le docteur Treille une thèse pour le doctorat en médecine, intitulée Essai sur la rage, soutenue le 26 mars 1824, devant la Faculté de Montpellier, par Léonard-Hippolyte Laforest, né à Bénévent-l'Abbaye ;
Par Mlle Boudot deux documents qui seront ci-après analysés ;
Par M. Grenier, avocat à Montluçon, une conférence qu'il a faite dans la salle des « Amis de Montluçon » le 21 mai 1922, sur Un Volontaire Montluçonnais de 1791, le capitaine Favier (Montluçon, imprim. du Centre) ;
Par M. Paul Pellot le tirage à part de son article sur L'ancien faubourg Saint-Jacques à Rethel, (Charleville, 1923), extrait de l'Annuaire rethélois ;
Par M. l'abbé Peuch son étude Découvertes archéologiques et curiosités naturelles et scientifiques (Toulouse, imprim. moderne, 1923, 39 p. et fig.), contenant l'exposé de ses explorations et constatations dans la région de Toulx-Sainte-Croix et Boussac ;
Par M. Paul Ducourtieux la première partie de ses notes sur Le Vieux Limoges, parues dans le « Courrier du Centre » (Limoges, libr. Ducourtieux, 1923, in-12, 84 p. et illustr.).
MUSÉE. — M. Quellet a fait don d'un tube, rapporté par lui d'Italie, qui contient des cendres provenant d'une éruption du Vésuve en 1906 ; — M. Rastoueix, de deux haches néolithiques, trouvées au village des Farges, commune de Saint-Marc-à-Frongier.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'un travail de M. de Font-Réaulx, qui sera publié, sur Saint-Pierre d'Anzème et les origines de son prieuré.
— M. Valadeau fournit des indications générales sur la paroisse de Maisonnisses et la commanderie de Malte qui y existait, dont il a commencé l'étude.
Il lit des extraits d'un curieux « Catéchisme républicain, philosophique et moral » de la période révolutionnaire, en vers, d'auteur et d'origine inconnus, qu'il a trouvé en manuscrit à La Courtine.
— M. l'abbé Peuch communique le relevé fait par M. Elie Michaud et par lui de l'inscription d'une des trois cloches de l'église de Leyrat. Elle est écrite en caractères gothiques sur une ligne et paraît devoir être lue ainsi : Voce pia pro nobis Virgo Maria Sante Michael ora pro nobis. L'an mil Vc et X [1510]. Quatre petits reliefs se trouvent au-dessous de l'inscription ; ils représentent le Christ en croix, la sainte Vierge, saint Michel terrassant le dragon et un apôtre. La hauteur de la cloche est de 0m,68 ; son diamètre à la base de 0m,82.
— M. Louis Lacrocq présente et analyse deux documents donnés à la Société par Mlle Boudot.
Le premier de ces documents fournit une intéressante indication sur une question de dîmes.
C'est une supplique présentée par les habitants de Crozant à l'Intendant de Moulins, signée seulement de sept d'entr'eux (Perperot, Gaillardin, Laberthonnière, autre Laberthonnière, Jeanrot, de la Chassaigne et Periot), non datée, mais qui doit être du mois de septembre 1780, car elle porte une autorisation de l'Intendant datée du 10 octobre de cette année. Ils sollicitent la permission de réunir une assemblée de paroisse pour délibérer sur les réparations à la nef et au clocher de l'église de Crozant prescrites par l'autorité ecclésiastique et se préoccupant de l'entretien que, dans l'avenir, nécessitera l'édifice, ils soumettent à l'Intendant la proposition suivante : « ils désireroient employer tous les diners de dixmes qui se payent par les seigneurs décimateurs de leur paroisse, par chaque année, aux laboureurs de ladite paroisse, lesquels dinés de dixme seroient par chaque année levé par une personne solvable qui seroit à cet effet par les suppliants nommée, lequel s'obligera d'employer le montant desdits dinés de dixmes à faire faire les réparations qui se trouveront à faire par la suite, c'est à dire seulement tant à la nèfe de leur église qu'au cloché ».
On sait en quoi consistaient les « diners de dîmes ». Dans la Marche le décimateur était tenu de payer aux laboureurs une indemnité pour le travail que faisaient à son profit ceux-ci en levant la portion de récolte affectée à la dîme. L'usage avait remplacé cette rétribution par un dîner qu'offrait le décimateur aux laboureurs ; mais cette habitude parut entraîner des inconvénients et les juridictions locales l'interdirent à une époque non précisée, probablement au XVIIe siècle. On revint alors au paiement de la rétribution en argent, en continuant cependant de la désigner sous le nom de « dîner de dimes ». Couturier de Fournoue qui rapporte ces détails dans son commentaire de la coutume de la Marche (Clermont-Ferrand, 1744, p. 63 et ss.) relate deux procès auquel l'usage donna lieu pour ces dîmes à Issoudun (près Chénérailles) et à Saint-Fiel et il ajoute que suivant le procédé qu'avaient choisi les habitants de Saint-Fiel, diverses paroisses s'étaient fait autoriser à employer « à des usages pieux pour les églises » l'argent des « dîners de dîmes ». Le document communiqué fournit un exemple de cette utilisation.
Le second document donné par Mlle Boudot est un placard in-plano imprimé à Moulins, chez C.-J. Pavy, qui reproduit l'Ordonnance de M. l'Intendant portant règlement pour le traitement des épizooties dans la Généralité de Moulins, du 15 décembre 1786.
Cette ordonnance en 15 articles, signée de l'intendant Barbarat de Mazirot, établit une organisation complète, sous la haute direction de notre compatriote Baraïlon, médecin en chef de la généralité, pour le service des épizooties. Il y aura un « artiste vétérinaire » commissionné pour chaque subdélégation ; chez chaque subdélégué on trouvera une boîte de remèdes « composée par les soins et sous les yeux du sieur Baraïlon ». Le rôle des vétérinaires, la façon dont ils devront établir rapports et statistiques sont minutieusement réglementés.
— M. Louis Lacrocq communique également les indications suivantes relevées dans un registre conservé aux archives de la cure de Leyrat, obligeamment mis à sa disposition par M. l'abbé Peuch. Ce registre est intitulé « Annales de l'église et de la paroisse de Leyrat à partir du 1er janvier 1839 » ; il a été commencé, à cette date, par l'abbé Dufour, alors curé de la paroisse :
Une « notice sur M. Duchier » ouvre le registre. Elle complète les brèves indications données sur ce prêtre par le chanoine Lecler dans les Martyrs et Confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution française (t. IV, p. 356). L'abbé Duchier était né dans la paroisse de Préveranges (auj. commune du département du Cher), d'une famille riche. Il fit ses études à Bourges, débuta comme vicaire à Préveranges, puis passa au diocèse de Limoges par l'obtention de la cure de Leyrat, paroisse où ses parents avaient des propriétés. A la Révolution, il refusa le serment, mais ne quitta pas son poste. D'après la tradition recueillie par l'abbé Dufour, « dans un champ situé à peu de distance de sa maison il avoit fait construire une grotte où il se renfermoit lorsque le danger devenoit plus grand ». Très aimé de ses paroissiens il fut, du reste, peu inquiété et continua de célébrer le culte dans sa maison. Au Concordat, il fut titulaire des deux cures de Saint-Pierre-le-Bost et de Leyrat qui avaient été réunies, usant avec une grande générosité de sa fortune pour les pauvres et ses paroisses ; c'est lui qui fit construire le presbytère de Leyrat en 1822, un an avant sa mort. Il avait pris, vers 1798, pour domestique et sacristain un prisonnier de guerre polonais interné à Montluçon et venu travailler dans les bois aux environs de Leyrat ; cet homme, nommé Joseph Orban et qu'on avait naturellement surnommé « Pologne », était d'éducation et d'instruction soignées ; il s'attacha à l'abbé Duchier et ne quitta jamais la modeste et obscure vie qu'il avait trouvée auprès de lui ; il mourut à Leyrat en 1839.
SÉANCE DU 19 JUILLET 1923
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, comte de Beaufranchet, Briquet, Brunet, Bruzin, commandant Carteron, abbé Chaussat, Croisier, docteur Deschamps, Deslandis, Ferrier, Gallerand, Laborde, Mazet, André Mozer, Perron, Pichon, Reuillard, Valadeau, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, Batut, du Beaufret, docteur Bordier, des Cheises, abbé Courteau, Dartige, Gabriel Jamot, Amédée Montaudon, abbé Peuch, Rollinat, Sarrassat.
— Communication est donnée du programme du 57me Congrès des Sociétés savantes, qui se tiendra à Dijon au mois d'avril 1924.
— La Société archéologique de Bordeaux a invité notre Société aux fêtes de son cinquantenaire, qui ont eu lieu les 21 et 22 juin dernier. Le Bureau lui a exprimé nos remerciements et nos vœux de prospérité.
— M. le Président signale l'intérêt et le succès de l'Exposition de cartons modernes pour la tapisserie de basse-lisse, organisée à Aubusson par le Sous-Comité des arts appliqués de la Creuse, qui s'est tenue du 24 juin au 1er juillet, à l'Ecole nationale d'art décoratif. Il en sera rendu compte dans la Chronique artistique des Mémoires.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlles Chevalier-Lavaure, Dedde et Nicollet, professeurs au lycée de jeunes filles à Guéret ; MM. Pierre Bouchardon, officier de la Légion d'honneur, vice-président à la Cour d'appel de Paris ; Connevot, député de la Creuse ; Maurice Dayrat, inspecteur d'assurances, à Paris ; Grand, sénateur de la Creuse, maire de Guéret ; Horluc, inspecteur général de l'enseignement du français dans les écoles indigènes, à Alger ; Journeault, professeur au lycée de Guéret ; Judet, député de la Creuse ; Ferdinand Matigot, entrepreneur à La Souterraine ; Mazure, architecte à Guéret ; abbé Michel, curé de La Celle-Dunoise ; Emile Parrain, chirurgien dentiste à Guéret ; Ranquet, instituteur à Saint-Maureil ; Salvanet, constructeur-mécanicien à Saint-Maureil ; Timbal, professeur à l'Ecole primaire supérieure de Bellac.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu les dons suivants :
De M. Adrien Blanchet, de l'Institut, les tirages à part d'articles qu'il vient de publier : Barc, nom des vases rouges vernissés (Revue des études anciennes, t. XXV) ; Les villes fortifiées de la péninsule balkanique d'après les monnaies de l'époque romaine (Publication de la Société roumaine de numismatique) ; Chronique de numismatique celtique (Revue celtique, vol. XXXIX) ;
De M. l'abbé Savoyant, le n° du Bulletin de la Société Les Amis de Montluçon, de janvier-avril 1923, contenant le compte-rendu de conférences qu'il a faites dans cette ville, l'une, en avril 1922, sur les usages funéraires observés par lui en Macédoine pendant la guerre et sur le Mont Athos, l'autre, en janvier 1923, sur diverses curiosités archéologiques des environs de Montluçon et de la Creuse, ainsi que sur les usages des fiançailles en Macédoine et les tumuli de cette région comparés à ceux de la France ;
De M. Henri Hugon, le numéro de la revue « Franche-Comté et Monts Jura », d'avril 1923, contenant son article Un « record » administratif ; Couthenans (Haute-Saône) et ses cinq départements ;
De M. le docteur Sallet, le Bulletin des Amis du Vieux Hué, de 1922, contenant son article A propos de centenaires. Notes et impressions [Champollion ; la Société asiatique].
Nous avons été heureux d'accepter l'échange régulier de nos publications avec les Analecta Bollandiana, qui sont éditées à Bruxelles ; une série importante des volumes de cette érudite revue nous a été envoyée et nous lui avons adressé la collection des volumes de nos Mémoires dont nous pouvons disposer.
MUSÉE. — Les collections d'histoire naturelle se sont enrichies d'un squelette complet de tête d'hippopotame adulte du Congo, donné par notre compatriote M. Fernand Philippon, fondé de pouvoir de la Trésorerie générale du Congo.
Notre collègue M. Louis Lasnier a fait don d'une aquarelle, représentant un paysage des environs de Paris, peinte par son oncle Germain Lasnier (1846-1918), né à Guéret (Cf. Mémoires, t. XX, p. CIV).
La collection numismatique a reçu des monnaies diverses, anciennes et modernes, données par M. Dhéron, professeur à l'Ecole primaire supérieure de La Souterraine, et par notre collègue M. Javayon. Dans le don de M. Javayon se trouve une pièce romaine en bronze, découverte à La Bussière, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois ; elle est à l'effigie de Dioclétien (284-305) ; le revers porte l'inscription Genio populi romani, avec les lettres P L C à l'exergue ; le Génie, à demi-nu, la tête tournée à sa droite, tient une patère et une corne d'abondance ; la partie à sa gauche est effacée ; à sa droite, autel en forme de candélabre.
CLASSEMENT D'ÉDIFICES. — L'église de La Nouaille a été classée comme monument historique par arrêté du 9 mars 1923.
Un vœu est émis pour le classement des églises de Blaudeix, Glénic, Jarnages, Lupersat, Moutier-Rozeille et Saint-Silvain-Bellegarde, ainsi que pour le classement du portail de l'église de Lépaud et de l'abside de l'église de Rimondeix.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Valadeau donne lecture : 1° d'une note, reproduite à la fin du présent procès-verbal, sur La Procession des deux lieues à La Souterraine ; — 2° d'une notice sur Jean-Baptiste-Voysin, baron de Gartempe (1759-1840), pair de France, qui sera publiée dans les Biographies creusoises.
— M. Briquet communique trois originaux de déclarations de grossesse faites, en conformité de l'édit d'Henri II, de 1556, aux dates des 10 mai, 20 juin 1785, 28 septembre 1788, devant Georges Mignerat, « juge bailli civil et criminel du comté de La Chapelle Barioux [La Chapelle-Baloüe] ». Les déclarantes sont des domestiques, deux de la paroisse de Saint-Sébastien, une de la paroisse de La Chapelle-Baloüe. Le nom du père est indiqué par elles, mais contrairement à ce qu'a relevé L. Duval dans d'autres actes de ce genre [Cahiers de la Marche, (Guéret, 1873), Introduction, p. 117 ; Cf. P. Viollet, Précis de l'histoire du droit français (Paris, 1886), p. 392] cette déclaration n'est pas faite sous la foi du serment. Le magistrat enjoint aux déclarantes « de se comporter sagement tant dans la grossesse que enfantement et de faire impartir le sacrement de baptême à l'enfant aussitôt sa naissance ».
— M. Antoine Thomas nous a fait savoir qu'il a trouvé dans les registres du criminel du Parlement de Paris, aux Archives Nationales, à l'année 1492, la relation d'un procès pour la possession de la commanderie de Saint-Antoine, paroisse de Saint-Frion, dépendant de l'Ordre des Antonites. Les noms des deux concurrents, qui se disputaient la commanderie après la mort du commandeur Olivier d'Aubusson, sont malheureusement restés en blanc. Le document indique que l'établissement antonite marchois dépendait de la commanderie de Boutiers (aujourd'hui Boutiers-Saint-Trojan, canton de Cognac, Charente). Ce rattachement ne paraît pas avoir été signalé jusqu'à présent.
— Par l'intermédiaire de M. Hugon, nous avons reçu de M. Pajot, professeur honoraire, agrégé de l'Université, membre de la Société d'émulation du Doubs, une note sur l'étymologie du nom de Guéret.
La ville de Guéret, dit M. Pajot, ayant pris naissance autour d'un monastère au VIIIe siècle, son nom, qui a l'apparence du nom commun guéret, n'est assurément pas autre chose que ce nom commun s'appliquant au lieu où la ville se créa. Guéret, comme nom commun et comme nom propre, répond à une même forme latine varactum, mot signifiant terre nouvellement labourée soit après défrichement, soit après jachère. Le monastère, noyau de la ville de Guéret, a dû se fonder dans un lieu inculte où il a fallu défricher l'emplacement et les alentours ; c'est de ce défrichement que le nom de la ville conserve le souvenir. Varactum est une transformation de vervactum (agrum), participe passé du verbe vervagere, labourer, qu'on trouve dans Varron et Columelle. Par dissimilation, le second v du mot est tombé, le réduisant à veractum, ou varactum, ou varectum. Puis, probablement sous une influence germanique, le v initial s'est changé en g comme dans vadum, gué, vagina, gaine, etc.), d'où Garactum, Garait, Garet, Guéret (Cf. les formes anciennes indiquées dans le Dictionnaire de la Creuse de l'abbé Lecler).
M. Pajot retrouve le même nom, mais altéré, dans des lieux dits de la région de Besançon : La Grette pour La Guérette, forme féminine de Guéret (Cf. Du Cange, Glossaire, au mot warecta), Gratteris. Le nom de la ville de Gray (Haute-Saône) est le même que celui de Guéret ; sa forme latine la plus ancienne est Gradicus, qui paraît une réminiscence adoucie d'une forme primitive varecticum (agrum) dérivé de varectum, rappelant les modestes commencements de la localité aux bords de la Saône. Au même thème M. Pajot rattache le nom du Varais, région de la Franche-Comté au moyen-âge, comprenant les premiers plateaux de la montagne, et le nom de ses habitants, Varasci, Varasques.
— Lecture est donnée d'une notice de M. Emile Genevoix sur Paulin Fillioux (1823-1905), né à Guéret, pharmacien à Arcachon, qui sera publiée dans les Biographies creusoises.
— M. l'abbé Peuch communique les inscriptions de deux cloches du XVIe siècle qu'il a relevées :
1° Boussac. — [En capitales romaines] ✝ SANCTE CLERENTI ORA PRO NOBIS ✝ SANCTA ANNA. PHLS DVCHIER PARIN ✝ ‖ HONESTE FEMME CLAIRE DUCHIER MARINE ✝ FAIT LAN 1588 ✝ EXVRGAT DEVS ET DISSIPENTVR INIMICI EIVS ✝.
Hauteur : 1m,10 ; diamètre à la base : 0m,90. Petit décor floral au-dessus de la 1re ligne ; croix à décor floral à la base.
2° Saint-Pierre-le-Bost (canton de Boussac). — L'inscription, en capitales romaines, sur deux lignes, présente la disposition suivante :
✝ SANCTE MARRYNE ORA PRO NOBIS. PARIN LEONARD DVCHIER. KATHERYNE BIESSES. F. V. T. 1588.
Hauteur : 0m,80 ; diamètre à la base : 0m,65. Croix à piédestal près de la base.
— Au sujet de l'inscription de la cloche de Leyrat communiquée par M. l'abbé Peuch à la séance du 17 mai 1923 (voir ci-dessus, p. LXXI) M. Louis Lacrocq fournit l'indication suivante :
La formule voce pia de l'inscription lui ayant paru exceptionnelle et sans analogue dans notre région, il a soumis le texte de cette inscription à M. Berthelé, archiviste de l'Hérault, l'érudit directeur de l'Ephemeris campanographica, dont l'opinion fait autorité.
M. Berthelé lui a obligeamment fait savoir qu'il ne connaissait aucun autre exemple en France de cette formule campanaire, usitée en Allemagne ; il a signalé plusieurs cloches allemandes, notamment de la région rhénane, relevées par Karl Walter, Glockenkunde (1913) p. 231, 305. 436, 528 et 535, dont l'inscription contient voce pia. Une de ces cloches est de 1419 (Nunen bei Helmond), une autre de 1518 (Neuhofen, diocèse de St-Polten). La cloche de Leyrat a dû être fondue par un fondeur ambulant allemand.
— Une note de M. Albert Lacrocq signale une particularité de construction qu'il a observée, sur l'indication et en compagnie de notre collègue M. le docteur Riollet, au village du Mont-Sarrazin, commune de Crozant.
Les fours de plusieurs maisons anciennes sont établis à l'intérieur de ces maisons, alors que le dispositif habituel de nos constructions rurales place le four à l'extérieur. Ces fours à l'intérieur sont constitués par des massifs de maçonnerie à l'angle de l'appartement, à côté de la cheminée ; la gueule du four a son axe perpendiculaire à celui de la cheminée ; les deux axes sont très rapprochés et la fumée sortant de la gueule du four va dans la cheminée. Au-dessus de la voûte du four se trouve généralement un poulailler dont l'entrée est à l'extérieur du bâtiment.
M. le docteur Deschamps dit qu'il a vu un four intérieur ancien dans une maison des Plats, commune de Vallière, et il a utilisé ce dispositif, avec des modifications le rendant plus pratique, dans une construction qu'il a faite aux Plats.
M. Mazet a vu aussi un four intérieur à Lamant, commune de Banize.
M. Croisier en a vu un à Ladapeyre.
— M. l'abbé Courteau communique une brochure in-8° de 16 pages, imprimée à Guéret chez Guyès, sans date, contenant : 1° le texte de l'arrêté de l'administration centrale du département de la Creuse, du 16 fructidor an VII, prescrivant l'impression à 2.000 exemplaires de plusieurs hymnes patriotiques à distribuer aux conscrits, aux administrations municipales et à tous les fonctionnaires publics, ces hymnes devant être chantés « alternativement dans toutes les assemblées décadaires, à toutes les fêtes nationales, aux spectacles et dans les casernes et réunions de conscrits » ; 2° le texte de ces hymnes qui sont : la Marseillaise, le Chant des Vengeances, Veillons au salut de l'Empire, le Départ du soldat républicain, le Chant du départ, le Dévouement de la première réquisition, la Fête de la Liberté, enfin un chant, intitulé « Hymne sur l'assassinat des Plénipotentiaires français au congrès de Rastadt », sur l'air de la Marseillaise, composé par le citoyen Grand, secrétaire en chef du Directoire du département de la Creuse.
— M. l'abbé Courteau communique un relevé statistique de la consommation du tabac dans la région d'Aubusson en 1768-69, qu'il a établi d'après un registre in-folio de la ferme des Tabacs, trouvé dans les papiers de notre regretté collègue, M. Bouygues, et portant le titre suivant : « Tabac. Registre de transport, première année du bail d'Alaterre, pour servir pendant la première année dudit bail qui commencera le 1er octobre 1768 et qui finira le dernier septembre suivant pour sur iceluy porter et enregistrer, par article et par ordre de dates, toutes et chacune des quantités de tabac qui seront délivrées tant aux débitants du chef-lieu qu'à ceux établis dans les villes, bourgs, paroisses et hameaux de l'arrondissement dudit bureau ».
L'arrondissement d'Aubusson desservait 110 débits. Au nord, il allait jusqu'à La Chapelle-Saint-Martial, Saint-Martial-le-Mont, Saint-Médard, Saint-Priest ; à l'est, sa limite englobait Bellegarde et Crocq ; au sud, elle comprenait le Mas-d'Artige et Faux-la-Montagne ; à l'ouest, Gentioux, Vallière et la région de Saint-Sulpice-les-Champs. Une carte, jointe à la communication de M. l'abbé Courteau, précise ce contour. Il y avait 16 débits à Aubusson, 12 à Felletin, 3 à Vallière, 2 dans quelques bourgs, 1 dans les petits chefs-lieux de paroisse ou villages.
La consommation mensuelle variait, à Aubusson, de 315 à 399 livres ; à Felletin, de 280 à 320 ; à Bellegarde, Crocq, de 16 à 27 ; à Magnat, de 40 à 72 ; à Pontcharraud, de 13 à 30 ; dans les petites localités elle oscille de 3 à 15.
— M. Louis Lacrocq communique un placard reproduisant l'arrêté du préfet de la Creuse du 1er messidor an IX qui avait institué un « Conseil des arts, commerce et agriculture », et le procès-verbal imprimé de l'installation de ce comité. Ces documents seront publiés.
— M. le commandant Bareige lit des notes biographiques sur des militaires creusois de la Révolution et de l'Empire, titulaires de la Légion d'honneur, notes qui seront publiées.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA PROCESSION DES DEUX LIEUES A LA SOUTERRAINE
Dans la séance du 16 mars 1922, notre collègue M. Mazet a présenté un livre ayant pour titre : Processionnal pour le jour de la Très sainte Trinité de La Souterraine :
Cet ouvrage m'avait été signalé autrefois par notre collègue M. Georges Berthomier. Répondant à l'appel formulé à la suite de la communication de M. Mazet, je suis heureux de pouvoir faire connaître les événements qui amenèrent la cérémonie objet de ce processionnal, qu'on appelait « procession des deux lieues » (1).
Les moines de La Souterraine, par une sage administration des biens que leur avait concédés Gérald de Crozant, vicomte de Bridiers, en l'an 1016, voyaient grandir et se développer assez rapidement leur petite cité. Les successeurs de Gérald à Bridiers, volontiers querelleurs et tentés par la prospérité du monastère, cherchaient à s'approprier ses biens ou à revendiquer des droits qui ne leur appartenaient pas sur le petit ilot limousin enclavé dans leur puissante vicomté poitevine.
En 1224 une querelle éclata au sujet du droit de guet. Le vicomte prétendait que les habitants de La Souterraine devaient aller faire le guet et garde à son château : ceux-ci affirmaient le contraire ; il revendiquait également le droit de justice sur certains champs que lui contestaient les moines ; on allait en venir aux mains lorsque l'abbé de St-Martial de Limoges accourut à La Souterraine. Il fit agréer par les parties, comme médiateur, Durand, évêque de Limoges, qui se rendit sur les lieux. Le 31 mai 1224, une transaction fut signée par le vicomte de Bridiers, Hugues de Lusignan, comte de la Marche, le prévôt et les bourgeois de La Souterraine. Une délimitation de l'enclave fut faite par douze bornes ; à chacune d'elles on planta une croix, puis il fut décidé que chaque année, pour bien maintenir les limites respectives des parties, une procession solennelle suivrait le contour de l'enclave qui comprenait deux lieues de périmètre. Les croix plantées étaient celles de saint Eutrope, de saint Léobon, de saint Pierre, de saint Martial, de saint Maurice, de saint Jean, de saint Julien, de sainte Madeleine, de saint Sébastien, de saint Pardoux, de saint Etienne et de saint Marc ; (on les retrouve toutes au processionnal). Le jour de la procession on s'arrêtait devant chacune d'elles et on chantait l'hymne approprié.
Une de ces bornes existe encore dans la cour de la métairie de la Croix-Pierre, non loin de l'emplacement où s'élevaient les fourches patibulaires des seigneurs de Bridiers, à trois cents mètres environ des remparts de la ville. P. Valadeau.
(1) Sources : Histoire de saint Martial, de Bonaventure de Sainte-Amable ; Archives départementales de la Haute-Vienne, fonds Rochechouart, n° prov. 9.438 ; Manuscrit dit de Rochechouart (archives de la famille Montaudon).
SÉANCE DU 4 OCTOBRE 1923
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Georges Berthomier, René Berthomier, Brunet, chanoine Bujadoux, commandant Carteron, Darraud, docteur Deschamps, Deslandis, Ferrier, Filloux, Gallerand, Hugonnier, Gabriel Jamot, Laborde, Mazet, Perdrix, Phérivong, Pichon, Pluyaud, Reuillard, Sarrassat, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, Baraige, Briquet, Bruzin, Coutisson des Bordes, Dartige, Gonot, Guingue, E. Parot, abbé Peuch, P. Sauty.
— M. Henri des Cheises, président honoraire de la Société, est décédé à Guéret le 8 août dernier. M. le Président retrace sa vie et rappelle les brillantes qualités d'intelligence qui s'unissaient en lui à la bonté et à la générosité du caractère en même temps qu'à la plus courtoise aménité. En l'absence de M. Lacrocq, les adieux émus de la Société à M. des Cheises ont été exprimés à ses obsèques par M. le docteur Bordier. Une notice nécrologique paraîtra dans les Mémoires.
— Des distinctions ont été décernées à plusieurs de nos collègues : M. le docteur Queyrat a été promu officier, M. Defumade a été nommé chevalier de la Légion d'honneur ; MM. Gonot et Rougon ont été nommés chevaliers du Mérite agricole ; MM. Pélissier et Paul Quéroy ont reçu la médaille d'argent de la Prévoyance sociale ; M. le docteur Dutil a reçu la médaille d'argent, M. le docteur Gaumet la médaille de bronze, M. Guillot la mention honorable des œuvres de protection des enfants du premier âge.
M. Charles Alluaud, membre honoraire, a été élu membre correspondant de l'Académie des sciences coloniales.
La Faculté de droit de Bordeaux a décerné la médaille d'or à M. Bruzin pour sa thèse de doctorat.
Des félicitations leur sont adressées.
La Société exprime également ses compliments à M. le marquis de Fayolle, l'érudit président de la Société historique et archéologique du Périgord, nommé chevalier de la Légion d'honneur, qui a toujours témoigné à notre Société un bienveillant intérêt.
— M. Camille Jullian a fait au Comité des travaux historiques et scientifiques un compte-rendu élogieux des 1er et 2me fascicules du tome XXII de nos Mémoires (Bulletin archéologique, extrait des procès-verbaux de juin 1923).
— Il est décidé que l'excursion de 1924 aura lieu à Chambon-sur-Voueize et Bonlieu.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Marie Gannat, à La Celle-Dunoise ; Mme André Pellerin, née Lacrocq, à Mehun-sur-Yèvre ; MM. Louis Blanchet, contrôleur des contributions directes à Lille (Nord) ; Bussière, receveur principal des postes et télégraphes, à Guéret ; Eugène Delafond, propriétaire, suppléant du juge de paix, à La Font-Martin, commune de Dun-le-Palleteau ; Faure, directeur de l'école communale, à Guéret ; le docteur René Fayolle, à Bonnat ; le commandant Gabriel de Forges, à Riom ; Jouve, directeur des services vétérinaires de la Creuse, à Guéret ; Marest, mécanicien à Dun-le-Palleteau ; Edmond Pascaud, négociant à Dun-le-Palleteau ; Pimpaneau, pharmacien à Guise (Aisne) ; Félix Peyrot, pharmacien à Beaumont-sur-Oise (Oise) ; Jean Rabuteau, à Paris et au château de Villemore, commune de La Celle-Dunoise.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — Il a été donné :
Par le groupe d'Etudes limousines à Paris, son Livre d'Or de la guerre 1914-1918, contenant les nécrologies et états de service des membres du groupe ;
Par M. Charles Alluaud, la description des Coléoptères, cicindélides et carabides, extraite du Voyage de M. le baron Maurice de Rothschild en Ethiopie et en Afrique orientale anglaise (1904-1905), Paris, Imprimerie nationale, 1922 ;
Par M. Burthe, sa Note sur la valeur d'une mine métallique, extraite du compte-rendu du Congrès scientifique international de Liège, 1922 ;
Par M. le président Bouchardon, des brochures, circulaires, placards et journaux locaux ;
Par M. René Fage, les tirages à part de quatre articles qu'il a récemment publiés : Le combat de Montanceix en Périgord (extrait du Bulletin de la Société scientif. histor. et archéol. de la Corrèze, Brive, 1923) ; Le tympan de l'église de Collonges (extrait du même Bulletin, Brive, 1923) ; Eglises de Gimel et de Braguse (extrait du Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze, Tulle, 1923) ; Les étudiants limousins à l'Université de Toulouse en 1378 (extrait du Bulletin de la Société archéol. et histor. du Limousin, Limoges, 1923) ;
Par M. Henri Hugon, le Palmarès du collège de Guéret pour l'année scolaire 1879-1880 ;
Par M. Louis de Nussac, les numéros des 19 et 28 août 1923 du journal « La République » (Brive), contenant son article sur La mort du cardinal Dubois, et les numéros des 1er mai et 15 août 1923 de la « Revue du plateau central », contenant son article sur Les Limousins à l'Académie des sciences ;
Par M. Pellot, une bibliographie dactylographiée de ses travaux ;
Par Mlle Boudot, des documents dont il sera parlé plus loin ;
Nous avons acheté une brochure in-8°, imprimée à Guéret en novembre 1818, intitulée Projet d'un nouveau système d'impôt sur les boissons, par G. Filloux, « ancien administrateur, conservateur de la Bibliothèque du département de la Creuse » ; l'ouvrage est dédié « aux amis du bonheur public ».
MUSÉE. — M. l'abbé Augory, curé de Saint-Agnan-de-Versillat, a fait don d'un outil ancien, trouvé dans cette localité : un rabot de menuisier, taillé dans une seule pièce de bois et sur lequel est gravée la date 1720.
CLASSEMENTS. — Par arrêtés ministériels du 30 août 1923 ont été classés comme monuments historiques :
1° la pierre dite le « Peyroux de Pélanges », au village de Pélanges, commune de Saint-Yrieix-la-Montagne, qui avait été signalée par feu notre collègue M. Legrand (cf. la communication de M. Mayeux au présent tome, page vi) ;
2° une croix de cuivre émaillée du XIIIe siècle et une statue en pierre du XVIe siècle, représentant saint Sulpice, qui se trouvent dans l'église du Donzeil ; l'initiative de ce classement a été prise par notre collègue M. Mazet, qui présente des photographies de ces objets.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. MAZET communique l'arrêt imprimé du Parlement de Paris, du 10 avril 1777 (Paris, imprimerie de P.-G. Simon, in-4°, 4 pages), rendu sur requête du Procureur général, pour mettre fin à des abus qui s'étaient produits dans le ressort de la sénéchaussée de Guéret, au sujet des publications de bans et des mariages. L'arrêt « fait défenses à toutes personnes « de former opposition aux mariages, soit des mineurs ou des « majeurs, ni d'interjetter appel comme d'abus des publications de « bans, sous prétexte d'intérêts civils ou de promesses verbales « de mariage. »
— M. DARRAUD communique cinq comptes, années 1826 à 1831, relatifs à la propriété de Chermentoux, commune de Guéret, appartenant au président Bonnyaud et que le grand-père de notre collègue exploitait comme métayer.
Ces comptes indiquent pour le prix du bétail les chiffres suivants : la paire de bœufs est achetée 400 à 450 francs ; la paire de bœufs gras est revendue, le 17 décembre 1826, 600 francs, le 17 décembre 1828, 700 francs ; le prix des vaches va de 90 à 130 francs, celui des veaux de lait de 10 à 16 francs ; sept moutons sont vendus, le 17 mai 1828, 7 fr. 50 l'un ; le 17 mai 1826 ils n'avaient été vendus que 6 fr. 25 l'un.
M. Darraud communique également un passe-port délivré le 7 avril 1810, par le maire de Guéret, à « Charles Dareau, conscrit de l'an 14, non désigné, profession de maçon », pour se rendre à Montargis (Loiret).
— Lecture est donnée d'une note de M. le chanoine PARINET sur La chapelle saint James à Bourganeuf, et d'une note de M. Louis LACROCQ, sur Les conscrits réfractaires dans la Creuse en 1810, d'après les documents donnés par Mlle Boudot. Ces deux notes sont reproduites à la fin du présent procès-verbal.
— Présentation est faite d'une monnaie communiquée par M. BARAIGE. Cette pièce, en argent, est un denier de l'abbaye bourbonnaise de Souvigny, du XIIe ou du XIIIe siècle ; elle a été trouvée à Naillat, dans une cave. Elle porte le buste de saint Mayeul de face avec la légende : SCS MAIOLVS ; au revers une croix avec la légende : ✠ SILVINIACO.
— M. le docteur de BRINON a complété la communication qu'il nous avait faite sur le souterrain-refuge de Montgrut, commune de Flayat (Mémoires, t. XXI, p. cxxiv).
Dans une nouvelle visite il a relevé diverses particularités :
La galerie a presque partout la forme d'« une ogive renversée » et le fond sert ainsi commodément de canal d'évacuation des eaux. On ne peut nulle part se tenir debout et la marche est rendue difficile par la pente des parois qui se rejoignent en bas. Très près de l'entrée actuelle — entrée de fortune, créée par le propriétaire qui a trouvé le souterrain — il y a un rétrécissement formé par une paroi naturelle verticale, qui diminue d'un cinquième environ la lumière du souterrain. Sur cette paroi verticale un trou d'environ 0m,10 de diamètre a été foré et il est prolongé par un conduit parallèle à la paroi verticale.
Ces particularités du souterrain de Montgrut sont éclairées par les indications qu'on trouve dans le savant ouvrage de M. Adrien Blanchet sur Les souterrains-refuges de la France, pages 30 et 41. Il y a d'autres exemples de voûtes de souterrains dont les montants se rapprochent vers la base, notamment dans la Creuse (Les Grands-Fonds, commune d'Azerables, Le Peu-de-la-Ville, commune de Vareilles, Le Donzeil). La paroi verticale paraît se rattacher à des dispositifs de fermeture et de défense intérieures.
— M. l'abbé PEUCH signale plusieurs cloches anciennes, dont les inscriptions seront publiées ultérieurement, à Boussac-Bourg (XVe siècle), Soumans (1656), Bord-Saint-Georges (1602, 1712, 1733).
— M. Georges BERTHOMIER communique la photographie d'une plante exotique qui a fleuri l'été dernier dans son parc de Saint-Germain-Beaupré. M. LABORDE, sur l'examen de cette photographie et les explications de M. Berthomier, présente les observations suivantes :
La plante signalée est un Agave ou Mathey, plante grasse magnifique de la famille des Amaryllidées, à hampe florale très droite, aux fleurs érigées en bouquet à la pointe extrême de pédoncules partant alternativement de la hampe, de couleur jaune verdâtre, aux feuilles vert glauque, épaisses, rudes, à bords épineux et terminées par une pointe noire et acérée. L'Agave, originaire du Mexique, a été importé en Europe vers le milieu du XVIe siècle ; on le cultive comme plante d'ornement. Sa floraison, telle que l'a décrite M. Berthomier, est une curiosité rare : plantée depuis de longues années, l'Agave du château de Saint-Germain-Beaupré n'avait jamais fleuri ; en juin 1923 la fleur s'est développée et a duré trois mois ; la hauteur totale de la plante, en pleine floraison, dépassait 5 mètres ; cette floraison semble avoir épuisé la plante qui, depuis, s'est flétrie et dépérit.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA CHAPELLE SAINT-JAMES
Dans son Pouillé Nadaud écrit à l'article Bourganeuf : « ... Saint-James. Chapelle rurale. Fête : St Jacques et St Philippe et St Goussaud ». Vayssière, dans son étude sur l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en Limousin (p. 162), mentionne aussi parmi les chapelles de Bourganeuf « celle de Saint-James, dédiée à saint Philippe et saint Jacques et bâtie au bout du pont de La Chassagne, à la croisée des routes de Saint-Dizier et de Guéret ». Cette mention nous permet de l'identifier sûrement avec la modeste construction rectangulaire, sans aucun style, couverte en tuiles creuses, qui existe encore sur la rive droite du Thaurion, près du pont de La Chassagne. Elle renferme un autel en bois avec les statues de saint Philippe et de saint Goussaud. La messe y est célébrée chaque année le 1er mai ; c'est le jour de la fête des apôtres saint Philippe et saint Jacques, mais les fidèles qui s'y rendent des villages voisins semblent plutôt avoir l'intention d'honorer saint Goussaud et c'est sa statue qui est portée, après la messe, hors de la chapelle jusqu'à la croix qui se trouve au pied d'un grand chêne à quelques mètres de là. Cette statue, en bois peint, représente saint Goussaud en diacre, avec le petit bœuf à ses pieds ; elle ressemble beaucoup à celle de l'église de Saint-Goussaud, qu'a publiée M. Louis Lacrocq dans son étude sur Saint Goussaud et son culte (Mém. de la Soc. des sciences natur. et archéol. de la Creuse, t. XXI, p. 541) et me paraît être de la même époque (XVIIIe siècle).
La chapelle est la propriété de M. Laumond, de Saint-Amand-Jartoudeix.
J'ignore pourquoi le nom de Saint-James lui a été donné ; aujourd'hui on la désigne simplement sous le nom de chapelle du pont de La Chassagne. La disparition de son vieux nom a fait que M. Louis Lacrocq, dans l'étude précitée, a considéré cette chapelle comme n'existant plus.
E. PARINET.
NOTE LUE EN SÉANCE – LES CONSCRITS RÉFRACTAIRES DANS LA CREUSE EN 1810
Trois documents communiqués par Mlle Marguerite Boudot renseignent avec précision sur les difficultés que rencontrait dans la Creuse le recrutement sous le Premier Empire après plusieurs années de guerres meurtrières.
Le 21 octobre 1810, Joullietton, conseiller de préfecture, remplaçant le préfet de la Creuse absent, signait un arrêté, imprimé à 320 exemplaires (Guéret, Fauchier et Gadon, imprimeurs de la Préfecture, 4 pages in-4°), « concernant le placement de la colonne mobile, « composée de 60 gendarmes d'élite envoyés dans ce département « pour y être placés en station dans les communes qui ont des « conscrits réfractaires ». Il s'agissait des conscrits des classes de 1806 à 1810, dont le nombre s'élevait à 800, sur lesquels 500 appartenaient à l'arrondissement d'Aubusson.
L'arrêté prescrivait l'envoi des gendarmes successivement dans toutes les communes où il y avait des réfractaires, en commençant par celles de l'arrondissement d'Aubusson. Ils ne devaient quitter la commune que lorsque les deux tiers au moins des réfractaires se seraient présentés ou auraient été arrêtés. Les parents des conscrits payaient l'indemnité journalière fixée à 2 fr. 75 par gendarme et fournissaient la ration des chevaux (7 kilogr. 500 de foin et 12 litres d'avoine) ; cette ration pouvait aussi être requise chez les autres propriétaires de la commune. Un porteur de contraintes accompagnait chaque détachement.
Une lettre de Joullietton au maire de Crozant du 6 novembre 1810 montre que les municipalités cherchèrent à éviter l'envoi des gendarmes en alléguant l'indigence des familles des réfractaires et l'impossibilité de leur faire payer les dépenses du stationnement. L'administration préfectorale n'accepta pas cette défaite et la lettre au maire de Crozant expliqua avec fermeté que ces dépenses seraient recouvrées, s'il le fallait, sur tous les habitants de la commune.
La menace ne produisit pas effet à Crozant du moins, car une « Note des sommes payées à MM. Mariotte et Rouvère, gendarmes d'élite établis en station chez les parents des réfractaires et déserteurs de la commune de Crozant » mentionne un séjour assez prolongé des gendarmes en janvier et février 1811 qui aboutit à la mise en route de deux conscrits.
Louis LACROCQ.