SÉANCE DU 19 JANVIER 1922
Présidence de M. GALLERAND, administrateur.
Présents : MM. Autorde, Bourzat, Eugène Déguison, Ferrier, Hugonnier, Gabriel Jamot, Lafay, Nétange, Perdrix, Joseph Petit, Pichon, Sauty, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. Aguillaume, Camille Alhéritière, Blanchet, de La Brugière, Carle, des Cheises, baron de Corbier, abbé Courteau, Dayras, docteur Deschamps, Albert Lacrocq, de Lavillatte, Lighthil, Mazet, Naigeon, Paufique, Pluyaud, abbé Urbani.
— M. le Président exprime la part que la Société prend au deuil causé par le décès de M. Alfred Leroux, correspondant de l'Institut, archiviste honoraire de la Haute-Vienne, membre honoraire. Une Notice nécrologique sera publiée dans les Mémoires.
M. Marcel Jamot, membre titulaire, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur. Des félicitations lui sont adressées.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. le commandant Baraige, à Guéret ; le docteur Francis Bussière, directeur du service municipal d'hygiène à Montluçon ; le vicomte Charles de Curel au château de la Fôt, commune de Noth ; Louis Demay, juge de paix à Bourganeuf ; Jacques Dumestre, receveur des domaines à Bénévent-l'Abbaye ; Louis Fourneau, inspecteur de l'agriculture coloniale, en congé à Dun-le-Palleteau ; Alfred Guingue, notaire et maire à Jarnages ; Legrand au château de La Villeneuve, commune de Vallière ; le capitaine Mayaud, à Guéret ; l'abbé Savoyant, curé de Nouhant ; Jean Serrurier, à Paris.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES : — M. A. Carton, de Felletin, a donné des livres, des imprimés divers et des manuscrits. Les pièces les plus importantes de ce don sont pour les livres et les imprimés : l'édition publiée en 1835 à Limoges, chez Bargeas aîné, des Fables choisies de Lafontaine mises en vers patois limousins, par J. Foucaud ; un Essai philosophique et historique sur le christianisme au XIXe siècle (Paris, Sagnier et Bray éditeurs, 1851), par un magistrat d'origine felletinoise, T. Ruyneau de Saint-George, conseiller à la cour d'appel de la Réunion ; l'Histoire de la ville de Bellac (Limoges, Chapoulaud frères éditeurs, 1851) par l'abbé Roy de Pierrefitte ; la 1re année (1853) de l'Almanach pittoresque et historique de la Creuse, publié à Guéret par Ad. Poty ; — une Liste des prix distribués publiquement et en présence de MM. les administrateurs, des Corps et des Communautés spécialement invités à la clôture des exercices littéraires du collège de Felletin du 28 août 1773 (placard in-fo, imprimé à Limoges chez Martial Barbou), les Exercices littéraires et publics des élèves du collège de Felletin (Guéret, Betoulle, 1815), le Programme des exercices littéraires des élèves du collège de Felletin (Guéret, Betoulle, 1820) ; — trois placards in-fo du XVIIIe siècle relatifs aux manufactures de tapisseries de Felletin, émanant de l'Intendance de Moulins et contenant publication d'arrêts du Conseil d'Etat, l'un, déchiré, de 1744, sans nom d'imprimeur, relatif à une saisie de fusées de laine et de soie faite chez des fabricants de Felletin, l'autre (Moulins, Pavy imprimeur, 1770) relatif à la couleur de la lisière des tapisseries, le troisième (Moulins, Pavy imprimeur, 1770) relatif à la nomination des jurés-gardes ; — deux imprimés judiciaires intéressants pour l'histoire de Felletin : un arrêt du Conseil d'Etat du 10 avril 1783 (placard in-plano, Moulins, Pavy imprimeur, 1783) rendu sur un procès entre la municipalité et les religieuses de Blessac pour le « droit de layde », un arrêt du Parlement de Paris du 12 janvier 1789 (Paris, Nyon imprimeur) prescrivant la façon dont on devait distribuer pendant le carême, à la porte de l'église de Beaumont, une aumône de quatorze setiers de blé à prendre sur les moulins de Beaumont ; — une affiche in-fo non datée (Clermont-Ferrand, Pierre Viallanes, imprimeur) du XVIIIe siècle relative à la messagerie royale de Clermont-Ferrand à Limoges, avec bureau à Aubusson ; — quelques numéros de journaux locaux de la première moitié du XIXe siècle.
Les manuscrits comprennent neuf actes du XVIe siècle en originaux sur parchemin ; la plupart sont relatifs à des acquisitions faites par un membre d'une famille connue, Pierre de Mirambel, dans la région de Poussanges ; — quelques documents du XVIIIe siècle dont le plus intéressant est un état des revenus et des charges de la ville de Felletin en 1772 ; — une généalogie de la famille de Villoutreys établie en 1862 par M. Ernest de Villoutreys de Brignac.
Les objets donnés par M. A. Carton proviennent de la famille marchoise Roy de Pierrefitte dont le dernier du nom, M. François-Anatole Roy de Pierrefitte, chevalier de la Légion d'honneur, vice-président honoraire du tribunal de la Seine, est mort très âgé à Felletin le 22 août 1921, ayant légué à cette ville 5.000 francs pour « réparations et embellissements de l'église du Château », où ses ancêtres avaient été inhumés. (Testament devant Me Deslions, notaire à Felletin du 15 décembre 1919). Les Roy de Pierrefitte ont tenu une place importante dans la vie municipale de Felletin. C'est à cette famille qu'appartenait le savant abbé Roy de Pierrefitte (1819-1865), membre de notre Société, qui a écrit de nombreux travaux historiques sur la Marche et le Limousin.
— Nous avons acheté diverses brochures ayant un intérêt local, notamment des palmarès du collège de Felletin (années 1851 et 1855) ; deux discours de rentrée prononcés par des magistrats creusois, l'un à la cour de Riom, le 3 novembre 1834, par M. de La Seiglière, procureur général, (Cf. Mémoires t. XXI, p. 260 et ss. la biographie de M. de La Seiglière par Alfred Leroux), l'autre à la cour de Limoges, le 9 novembre 1846, par M. Aubusson-Soubrebost, avocat général ; deux compte-rendus, rédigés par Cressant aîné, de l'aménagement et de l'exploitation de la ferme départementale établie en 1832 dans sa propriété d'Arfeuille, commune de Saint-Junien-la-Bregère ; les Lettres industrielles de Ch. Sallandrouze de La Mornaix (Paris, Didot, 1846) ; une brochure de Léon Sandon dont il sera parlé plus loin ; des Synthèses de pharmacie et de chimie présentées et soutenues devant le jury médical de Guéret, par E. L. Champeaux, de Felletin, le 19 octobre 1840 (Guéret, Dugenest, 1840) ; divers documents électoraux de la période de la Monarchie de Juillet ; un certain nombre de numéros de l'Album de la Creuse des années 1834, 1835 et 1836.
MUSÉE. — Les héritiers de M. Binet, géomètre aux houillères de Lavaveix, récemment décédé, ont fait connaître leur intention en conformité des volontés de celui-ci, de remettre au Musée une collection d'empreintes fossiles, recueillies dans les houillères, qu'il avait formée. M. Joseph Petit veut bien se charger d'assurer le transport de cette collection.
— M. Baraige, mécanicien en retraite à Bordeaux, a donné un lot de monnaies modernes françaises et étrangères.
— Présentation est faite : 1o d'un fer à gaufres récemment entré au Musée ; sur une de ses faces il a cinq rangs de losanges garnis de fleurs de lys et des étoiles en bordure, sur l'autre face de petites billettes ; les parties gravées mesurent 0,152mm × 0,085mm ; il paraît être du XVIIIe siècle ; — 2o d'un fer à hosties, du XVIIIe siècle, qui fait partie de nos collections et de son empreinte sur plâtre relevée par M. Nétange ; on en trouvera plus loin une reproduction, dessinée par M. Marc de Lajaumont.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée : 1o d'une notice de M. Albert Mayeux, accompagnée d'un plan et de photographies, sur L'église de Saint-Pardoux-Lavaud ; 2o d'un article rédigé en collaboration par M. l'abbé Courteau et M. Maurice Dayras, avec relevés topographiques, sur Le camp romain des Châtres près Aubusson ; 3o de deux Biographies creusoises, l'une de M. Louis de Nussac sur le docteur Joseph Duffour (1761-1821) originaire de Bourganeuf, l'autre de M. Henri Hugon sur le professeur Eugène Beaulieu (1866-1900), originaire de Lupersat. — Ces travaux seront publiés.
Lecture est aussi donnée d'une note de M. Albert Lacrocq sur Un émail du Musée de Guéret et d'une note de M. Louis de Nussac sur des Médecins et chirurgiens de la Creuse en 1802. Ces deux notes sont reproduites à la fin du présent procès-verbal.
— M. Brody de Lamotte a signalé une communication de M. l'abbé de Laugardière à la séance du 6 juillet 1921 de la Société des Antiquaires du Centre (analysée dans le Bulletin mensuel de cette société) sur la signification du nom de lieu Chambon que portent plusieurs villages du Berry. M. l'abbé de Laugardière indique que ce nom vient de Cambonum ou Cambodunum qui veut dire « la courbe » et s'applique à un lieu situé à proximité d'une rivière. M. Brody de Lamotte fait observer que cette étymologie conviendrait très bien à Chambon-sur-Voueize, ville placée au confluent de la Voueize et de la Tarde, dans la courbe formée par ces deux rivières ; il rappelle que cependant on a, jusqu'à présent, fait dériver le nom de Chambon-sur-Voueize de celui d'une déesse gauloise Cambo qui aurait été vénérée chez les Cambiovicences.
M. Antoine Thomas, à qui nous avons soumis la question, a répondu qu'il fallait effectivement rattacher le nom de Chambon au mot celtique Camb signifiant « courbe », en laissant de côté les fantaisies imaginées sur les noms de déesses gauloises et en s'en tenant à la courbe des cours d'eau. « Quoique les textes latins du « moyen-âge, nous dit-il, donnent Cambonium — aussi bien pour « Chambon-Sainte-Croix, que pour Chambon-sur-Voueize — le fait « que le nom roman est énoncé Chambo (avec chute de n) par le « chroniqueur Bernard Itier prouve qu'il faut partir d'un type « Cambonum ou Cambonem. Le premier paraît préférable parce « qu'on trouve à l'ablatif Cambono (appliqué à une localité des « Hautes-Alpes qui a, depuis, changé de nom) dans un ancien « Itinéraire de Jérusalem. Il faut écarter le type Cambodunum, qui « a existé, mais qui ne peut avoir été le nom de Chambon, car il a « évolué, dans sa désinence, tout différemment ».
M. Louis Lacrocq fait remarquer que Chambon-Sainte-Croix est dans une situation topographique cadrant complètement avec cette étymologie : la Petite Creuse y fait une courbe très prononcée. Le Dictionnaire de la Creuse de l'abbé Lecler indique trois villages appelés Chambon, l'un commune de Bussière-Saint-Georges, l'autre commune de Champsanglard, l'autre commune de Genouillat, un village et un moulin appelés Les Chambons, commune de Saint-Martial-le-Mont (ce dernier nom écrit Le Chambon en 1660). L'examen de la carte du ministère de l'Intérieur ne permet pas de voir si le village de Chambon, commune de Bussière-Saint-Georges, est à la courbe d'un cours d'eau, mais pour les trois autres localités la carte montre cette situation avec des courbes particulièrement accentuées pour le village de la commune de Champsanglard (Grande Creuse, en amont d'Anzême) et celui de la commune de Genouillat (Petite Creuse, en aval du pont de Genouillat) ; la courbe est moins prononcée, mais nette cependant, sur la Grande Creuse, pour les Chambons, en amont de Saint-Martial-le-Mont.
M. Louis Lacrocq rappelle que M. Antoine Thomas, étudiant l'étymologie de Chambonchard, canton d'Evaux, sur le Cher, (Nouveaux essais de philologie française, Paris 1905, p. 48) a indiqué que ce nom était un mot composé dont le premier élément est Cambon et le deuxième « le nom de la rivière du Cher sous sa forme indigène Char, conforme à l'appellation gauloise Caris », (le d final est une addition moderne). M. Antoine Thomas a fait remarquer que le Cher forme à Chambonchard un coude assez prononcé.
— Par délibération du 13 Novembre 1921 le Conseil municipal de Saint-Yrieix-la-Montagne, sur l'initiative prise par notre nouveau collègue M. Legrand, a demandé le classement d'un bloc de granit sculpté, situé sur la place publique du village de Pélanges, dépendant de cette commune et connu sous le nom du « Peyroux de Pélanges ». D'après la tradition cette pierre marquait la limite, au village de Pélanges, de la Marche et de l'enclave poitevine qui a subsisté jusqu'à la Révolution (la paroisse de Saint-Yrieix-la-Montagne était partie en Marche, partie en Poitou). M. Albert Mayeux, en sa qualité d'architecte des monuments historiques pour notre département, s'est activement occupé de présenter cette demande de classement, avec l'avis le plus favorable. Il a bien voulu nous envoyer un dessin de la pierre qu'il a fait d'après une photographie et le mesurage fournis par M. Legrand (reproduction ci-contre) et la note suivante extraite de son rapport :
« Le premier coup d'œil sur le « Peyroux de Pélanges » suffit pour « y reconnaître un chapiteau gallo-romain mutilé. La colonne avait « 0,50 de diamètre ; un morceau du fût de 0,20 reste encore compris « dans le même bloc. Ce fût est orné de rinceaux gravés qui « paraissent avoir été destinés à recevoir un stuc coloré :
« L'astragale à 0,05 d'épaisseur ; au-dessus un premier rang de « feuilles d'acanthe de 0,26 et un second rang de 0,30.
« Il suffit de restituer par la pensée, le tailloir et les parties « détruites pour voir qu'on se trouve en présence d'un beau débris « d'un chapiteau de type corinthien simplifié et déjà de basse époque « comme le prouvent ses proportions alourdies et l'exagération des « nervures des feuilles qui n'ont plus qu'un sens décoratif presque « incompréhensible.
« D'où provient cette pierre ? D'après les données classiques, la « colonne aurait eu près de 5 mètres de hauteur ; c'est donc d'un « monument important qu'elle a été extraite. Evaux ou Ussel, « centres gallo-romains assez rapprochés de Pélanges, sont des « lieux d'origine auxquels on peut penser ».
— M. Aguillaume communique l'analyse d'un acte du 8 juin 1738, en sa possession, qui contient afferme par « Marin Martial, curé de Saint-Maixant et Saint-Amand » à Jacques Barat et Sébastien Rimareix, laboureurs, demeurant au village de La Bussière, paroisse de Saint-Maixent, de « la dîme de La Bussière, Ville du Bois et appartenances » pour neuf ans, comprenant pour chaque année, dix-sept septiers de blé, une quarte d'orge, une émine d'avoine, une quarte de blé noir et vingt bottes de paille ; le curé n'habitait pas l'un des deux chefs-lieux de ses paroisses ; sa résidence est indiquée au village de Juchafaux (aujourd'hui Juchefaux), paroisse de Saint-Maixent.
— M. l'abbé Urbani a envoyé des renseignements sur des particularités du culte de saint Roch et de saint Jean dans la paroisse de Saint-Sulpice-le-Dunois.
Saint Roch, patron secondaire de l'église de Saint-Sulpice-le-Dunois, y est invoqué comme protecteur du bétail.
« Jadis, le 16 août, jour de sa fête, dit M. l'abbé Urbani, une « nombreuse assistance de fidèles emplissait l'église, tenant à la « main un bouquet composé de cette plante très commune au mois « d'août dans les fossés et sur le bord des eaux, l'Inule dysentérique, « vulgairement appelée herbe de saint Roch. Le célébrant bénissait « ces plantes avant la messe et, la messe dite, on se rendait en « procession à une fontaine, dite fontaine de Saint-Mandé, qui « se trouve à deux cents mètres environ de l'église, sur la « gauche, près de la route de Saint-Sulpice-le-Dunois à Bussière- « Dunoise.
« Ce n'est pas à cause des propriétés médicinales qu'elle peut « avoir, que cette plante était choisie et conservée soigneusement « ensuite dans les maisons et les étables ; mais elle était cueillie à « cause de son nom vulgaire, « herbe de saint Roch », et conservée à « cause de la bénédiction spéciale qu'elle avait reçue, bénédiction « qui demandait à Dieu, « créateur et providence de l'univers, « d'étendre sa protection sur les hommes et sur les animaux ». « C'est la formule que le Rituel Romain indique pour une bénédiction « des herbes le jour de l'Assomption de la sainte Vierge. La fête de « saint Roch tombant le 16 août on peut supposer que c'était cette « bénédiction qui était renvoyée au lendemain, et il était naturel « que la plante choisie pour être bénite, fût celle dont le nom « vulgaire était le nom du saint que l'on invoquait pour les « animaux.
« De nos jours, peu de personnes viennent à la messe le jour de « saint Roch, et c'est le jour de la fête de l'Assomption que les « fidèles font dire des évangiles et bénir l' « herbe de saint Roch ». « Et ainsi la bénédiction des herbes, « Benedictio herbarum », « indiquée dans le Rituel pour le jour de l'Assomption, a bien lieu « ce jour-là, mais en l'honneur du saint ».
Au sujet du culte rendu à saint Jean-Baptiste dans la chapelle du Mas-Saint-Jean, commune de Saint-Sulpice-le-Dunois, où on l'invoque traditionnellement pour la protection des moutons (Cf. Note de M. Albert Lacrocq dans nos Mémoires, t. XXI, p. XVIII-XIX), M. l'abbé Urbani signale une coutume ancienne, disparue il y a, paraît-il, une cinquantaine d'années : les fidèles qui faisaient dire des évangiles sur les marches de l'autel, par dessus la tête du prêtre, jetaient une quantité plus ou moins grande de laine pour payer ces évangiles. Les cérémonies terminées, le curé de Saint-Sulpice-le-Dunois mettait aux enchères la laine et l'adjugeait au plus offrant.
— M. Maurice Dayras signale un ouvrage de Léon Sandon, le personnage qui a fait l'objet de l'article de M. Pierre Charreyron publié dans nos Mémoires (t. XXI, p. 401-414). C'est un roman intitulé Lucile de Miozette, édité à Paris chez Achille Faure, 18, rue Dauphine, en 1867. Il est dédié, en témoignage d' « amitié » et de « profonde reconnaissance », au docteur Conneau, premier médecin de l'Empereur. L'auteur s'intitule « avocat, ancien avocat général ». Ce roman contient, avec beaucoup de déclamations et d'attaques contre la législation des aliénés, une sorte d'autobiographie.
La brochure de Léon Sandon acquise pour notre Bibliothèque, dont nous avons parlé plus haut, est intitulée Les Socialistes et la Société (in-8o 56 pages), elle a été éditée par Garnier à Paris en 1849. Sandon y prend aussi le titre d' « ancien avocat général ». Au dos de la couverture il annonce la publication prochaine d'une « histoire complète du droit » qui comprendra quinze volumes in-octavo.
NOTE LUE EN SÉANCE – A PROPOS D'UN ÉMAIL DU MUSÉE DE GUÉRET
M. J.-J. Marquet de Vasselot, conservateur-adjoint au Musée du Louvre, qui s'est à maintes reprises occupé d'émaillerie limousine, vient de publier un remarquable ouvrage sur les émaux limousins de la fin du XVe siècle et de la première partie du XVIe (1). L'examen minutieux de presque toutes les pièces survivantes de cette première époque de l'émaillerie peinte et les observations qui se sont dégagées de la comparaison et du rapprochement de ces pièces ont permis à M. Marquet de Vasselot, après élimination de beaucoup d'œuvres secondaires, de grouper par ateliers, suivant leurs points de contact, les 220 émaux qu'il décrit. L'auteur reconstitue ainsi l'atelier du prétendu Monvaerni, l'atelier du triptyque d'Orléans, ainsi nommé d'après l'œuvre typique conservée dans cette ville, l'atelier de Nardon Pénicaud, l'atelier aux grands fronts, auquel une particularité de dessin vaut son nom, l'atelier du triptyque de Louis XII, l'atelier de Jean I Pénicaud ; il y ajoute un groupe d'émaux divers et un groupe violet, spécial de facture et de couleur.
Notre Musée possède une plaque représentant la Nativité que Louis Bourdery dans son catalogue a décrite sous le no 4 et attribuée à Nardon Pénicaud (2).
M. Marquet de Vasselot, retenant cette pièce qui figure dans sa liste sous le no 150 et à laquelle la planche LX de son ouvrage est consacrée, la classe dans son groupe des émaux divers, groupe peu nombreux, ne comprenant que quatre objets.
Voici en quels termes M. Marquet de Vasselot s'exprime au sujet des deux premières pièces de ce groupe :
« Une petite plaque représentant la Vierge et l'Enfant, léguée en 1911 au Musée de Cluny par Mme Lasseux de Chambine (liste, « no 149) rappellerait évidemment, au premier abord, certaines « œuvres du prétendu Monvaerni ; on y retrouve le même réalisme « et la même tonalité un peu blafarde, notamment dans les nus, « qui sont blancs. Mais, d'autre part, l'exécution est moins brutale, « et le style se rapproche davantage de celui que les peintres « pratiquaient alors généralement en France. Aussi n'avons-nous « pas cru devoir joindre ce curieux émail à ceux de l'atelier du « prétendu Monvaerni ; nous nous bornons à indiquer le rappro- « chement possible et à supposer que son auteur avait subi « l'influence du maître énigmatique, à qui sa production considérable « avait dû assigner l'un des premiers rangs parmi les émailleurs « limousins.
« Les mêmes remarques s'appliqueraient à une petite plaque, « représentant la Nativité, qui est conservée au Musée de Guéret « (liste, no 150 ; pl. LX). Plusieurs de ses détails rappellent « également certaines œuvres du prétendu Monvaerni : ainsi le « visage du saint Joseph ressemble à celui du roi agenouillé de « l'Adoration des Mages de l'ancienne collection Garnier (liste, no 26), « et l'ensemble ne serait pas sans analogies avec d'autres pièces de « cet atelier, parmi celles dont les petites dimensions ont imposé à « leur auteur une exécution plus minutieuse. Mais quand on veut « pousser plus loin la comparaison, on constate que ces similitudes « sont plus apparentes que réelles, et la prudence commande de ne « pas en tirer des conclusions trop précises ».
Si M. Marquet de Vasselot n'a pas cru pouvoir rattacher l'émail de notre Musée à l'un des ateliers entre lesquels il répartit les émaux de cette époque, le fait qu'il lui a consacré une place parmi les pièces qu'il a jugé dignes d'être étudiées montre encore une fois l'intérêt artistique qu'offre cette œuvre délicate et charmante.
ALBERT LACROCQ.
(1) J.-J. Marquet de Vasselot, Les Emaux limousins de la fin du XVe siècle et de la première moitié du XVIe. Etude sur Nardon Pénicaud et ses contemporains. Un vol. petit in-4o de texte, 412 p. et 1 album de 85 planches en phototypie. Auguste Picard, édit., Paris 1921.
(2) Louis Bourdery, Musée de Guéret. Emaux peints. Catalogue descriptif et raisonné (Guéret, 1887). — La plaque mesure : H. 0m,101 ; L. 0m,075. Bourdery qualifie le sujet Adoration des Bergers ; le titre Nativité adopté par M. Marquet de Vasselot convient mieux. On trouvera une reproduction de cet émail dans les Mémoires de notre Société, tome XIX.
NOTE LUE EN SÉANCE – MÉDECINS ET CHIRURGIENS CREUSOIS EN 1802
(D'après une publication de l'époque)
En l'An X (1801-2), « chez Moreau et Compagnie, libraire » à Paris, parut un assez fort vol. in-8o : Dictionnaire des médecins, chirurgiens et pharmaciens français, légalement reçus avant et depuis la fondation de la République française, publié sous les auspices du Gouvernement.
Ce Dictionnaire, qui se réclame ainsi d'un caractère semi-officiel, débute par la nomenclature du personnel des Ecoles spéciales de médecine et des praticiens de Paris ; il comprend ensuite les praticiens des départements ; les départements sont rangés par ordre alphabétique, et les « exerçans », dans chacun, avec le même ordre ; il y a des compléments à la fin du volume dont nous avons tenu compte. Mais médecins, chirurgiens et pharmaciens forment, les uns et les autres, des listes séparées : le régime nouveau n'a encore à peu près rien changé aux divisions professionnelles qui séparaient les chirurgiens des médecins sous l'Ancien régime.
Le département de la Creuse comprend seulement sept médecins et quinze chirurgiens, mais aucun pharmacien.
Hâtons-nous de dire que cette énumération est loin d'être complète ; la documentation locale permettrait d'y ajouter beaucoup de noms. Telle quelle elle contient d'intéressants détails, notamment sur les villes où les praticiens avaient fait leurs études. Remarquons, à ce sujet, que, sur sept médecins, quatre venaient de la Faculté de Montpellier renommée pour son enseignement pratique et où allaient beaucoup d'étudiants de notre région.
Voici, groupés par localités, les renseignements que fournit le Dictionnaire :
AUBUSSON. — Le docteur François Delaporte, 35 ans, né dans cette ville, y exerçant depuis 8 ans ; reçu en 1770 à Bourges.
AUZANCES. — Le chirurgien Pierre Barraud, 57 ans, né à Auzances, y exerçant depuis 20 ans ; reçu en 1781 à Riom (Puy-de-Dôme).
BÉNÉVENT. — Le docteur Etienne Laforest, 48 ans, né à Bénévent, y exerçant depuis 17 ans ; reçu en 1785 à Montpellier ; — le chirurgien J.-B. Dordet, 61 ans, reçu en 1778 à Limoges ; « Nota : Le cit. Dordet ayant été forcé de faire le sacrifice de ses « lettres de maîtrise, qui ont été la proie des flammes dans un « moment d'effervescence révolutionnaire, n'a pu nous donner les « noms de ceux qui l'ont reçu, mais 38 ans d'exercice dans la même « commune, et l'attestation du maire de Bénévent qui certifie la « vérité de ce que le cit. Dordet a avancé, et de plus l'estime dont « ce chirurgien jouit nous ont paru y suppléer ».
BOURGANEUF. — Deux médecins : les docteurs Mathieu Aubusson-Duclou, 42 ans, et J.-B. Dubayle, 45 ans, enfants de Bourganeuf, y exerçant depuis 21 ans, tous deux reçus en 1781 à Montpellier ; — trois chirurgiens : J.-B. Dubayle le jeune, 40 ans, né à Bourganeuf et y exerçant depuis 12 ans, reçu en 1791 à Paris ; Simon Dumas-Faure, 40 ans, né à Saint-Martin-Château, reçu en 1793 à Paris, exerçant à Bourganeuf depuis 8 ans ; et François Mosnier, 42 ans, né à Bourganeuf, y exerçant depuis 20 ans, reçu en 1781 à Montmorillon (Vienne).
BOUSSAC. — Le docteur Jean Bourdeaux, 33 ans, né à Boussac, y exerçant depuis 4 ans, reçu en 1771 à Reims (Marne).
CHATELUS-MALVALEIX. — Le chirurgien J.-B. Boyron, 30 ans, né à Châtelus, y exerçant depuis 6 ans, reçu l'an II à Paris, chirurgien-major du 10e bataillon de Paris, puis chirurgien à Bicêtre ; le chirurgien de 3e classe Léonard Périchon, né à Châtelus, y exerçant depuis 1801, après avoir été officier de santé à l'armée d'Italie, puis en l'an II à Paris, et avoir reçu une seconde commission d'officier de santé en l'an 8, (licencié sur sa demande le 20 floréal an 9).
CHÉNIERS. — Le chirurgien Pierre Enont, 43 ans, établi en 1787, originaire de Rouen où il a été reçu la même année.
EVAUX. — Le chirurgien Claude Tripiez, 32 ans, né à Evaux, y exerçant depuis 5 ans, reçu en l'an V à Paris.
GUÉRET. — Ancien siège d'une communauté de chirurgiens, en a quatre : Jean-Christophe Fayolle père, 63 ans, né dans la ville, y exerçant depuis 22 ans, devenu chirurgien en chef de l'hôpital civil et militaire, reçu à Paris ; Jean-Pierre Fayolle fils, 28 ans, né à Bésancourt, reçu officier de santé (militaire) l'an V à Paris ; François Lasnier-Desbarre, 75 ans, né à Fresselines, exerçant à Guéret depuis 40 ans, y ayant reçu ses lettres de maîtrise du lieutenant Luche et du greffier Perral ; Pierre Poissonnier, 67 ans, né à Guéret, y exerçant depuis 50 ans et y ayant reçu en 1765 ses lettres signées Luche, Cusinet et Blandin.
LA CHAPELLE-TAILLEFER. — Le docteur J.-B. Fillias, 58 ans, né à Basville, reçu en 1767 à Montpellier.
LA SOUTERRAINE. — Le docteur J.-B. Montaudon, 32 ans, né à Bessines, reçu en 1792 à Montpellier.
VALLIÈRE. — Deux chirurgiens, sans doute le père et le fils, Pierre Rousset, 60 ans, né à Aubusson, exerçant à Vallière depuis 29 ans, reçu à Guéret (lettres de maîtrise certifiées véritables par le maire) ; et J.-B. Rousset, 28 ans, né à Vallière, y exerçant depuis 4 ans, (de 3e classe), reçu en 1793 par le Conseil de Santé de Paris comme officier de santé pour l'armée d'Orient.
LOUIS DE NUSSAC.
SÉANCE DU 16 MARS 1922
Présidence de M. GALLERAND, administrateur, et de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Arfeuillère, commandant Baraige, docteur Bordier, Bourzat, commandant Carteron, de Cessac, Champeymaud, Chanterelle, docteur Deschamps, docteur Dumont, de Forges, Hugonnier, Gabriel Jamot, Louis Lacrocq, Lafay, Lecante, Mazet, Parot, Perdrix, J. Petit, Phérivong, Pichon, Polier, Ravoux, Sarrassat, Ferrier, secrétaire-adjoint.
Excusés : Madame Loup, MM. Autorde, comte de Beaufranchet, Hugon, de Lavillatte, Naigeon, Nétange, chanoine Parinet, abbé Peuch, Pluyaud.
— M. Gallerand lit des lettres de MM. des Cheises, président, et Pâquet, trésorier-adjoint, qui donnent leur démission de ces fonctions à raison de leur état de santé. Il rend compte des démarches que le Bureau a faites auprès d'eux pour les prier de retirer ces démissions et de leurs réponses invoquant l'impossibilité où ils se trouvent d'assister aux réunions.
Devant ces décisions irrévocables M. Gallerand se fait l'interprète de la Société en adressant à M. des Cheises et à M. Pâquet nos remerciements pour les services qu'ils ont rendus et notre regret de les voir quitter le Conseil d'administration.
Il est alors procédé aux élections pour leur remplacement.
M. Louis Lacrocq est élu président.
M. Lafay est élu trésorier-adjoint.
M. Louis Lacrocq prend la présidence et exprime à ses collègues sa gratitude pour l'honneur qu'ils lui font en l'appelant à succéder aux hommes distingués qui, depuis la création de la Société, ont dirigé ses travaux.
Sur la proposition du Bureau M. des Cheises est nommé président honoraire.
— Des félicitations sont adressées à nos collègues M. le chanoine Parinet nommé officier d'Académie, M. Despagnat nommé commandeur de la Légion d'honneur, M. le docteur Deschamps nommé commandeur du Mérite agricole.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Gabriel Chambraud, à Clugnat ; le docteur A. Dufour, chevalier de la Légion d'honneur, médecin principal de la marine, à Rochefort-sur-Mer ; Louis Jorrand, industriel à Aubusson ; le comte de Lauzanne de Vauroussel, à Pontmort, par Cellule (Puy-de-Dôme) ; Prugnat, directeur de l'usine à gaz, à Guéret ; le chanoine Toulouse, curé-doyen de Dun-le-Palleteau.
COMPTES ET BUDGET. — M. Pichon, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1921 :
Recettes
I. — Excédent de caisse au 31 décembre 1920 augmenté de la prévision pour paiement du fascicule des Mémoires de novembre 1920 non paru à cette date.......... 1.149 25
Subvention du département.......................................... 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret................................... 2.000 »
Cotisations de 1921................................................ 2.540 »
Vente de volumes de Mémoires......................................... 275 40
Intérêts de rente 5 %................................................ 200 »
Intérêts de bons de la Défense nationale.............................. 78 75
II. — Cotisation rachetée.............................................. 120 »
III. — Réserve pour publications en caisse au 31 déc. 1920........... 250 »
TOTAL.................................................................. 8.113 40
Dépenses
Gardiens du Musée.................................................... 950 »
Impression et brochage des Mémoires.............................. 3.742 40
Envoi des Mémoires et des convocations.............................. 240 10
Recouvrement des cotisations........................................ 130 75
Frais de bureau...................................................... 316 30
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service.. 337 50
Acquisitions pour le Musée.......................................... 116 45
Bibliothèque......................................................... 206 »
Fouilles.............................................................. 50 »
Dépenses diverses..................................................... 27 54
TOTAL.................................................................. 6.417 03
RECETTES.................................................. 8.113 40 DÉPENSES.................................................. 6.417 03 EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1920..................... 1.996 37
Sur cette somme il y a à payer le fascicule de novembre 1921 des Mémoires et à employer une cotisation rachetée ainsi que la réserve pour publications.
Le fonds de réserve de la Société, le montant des cotisations rachetées et la réserve pour publications sont représentés par le titre de rente 5 % de 200 fr. et le livret de Caisse d'épargne s'élevant à 102 fr. 57 au 31 décembre 1921.
MM. le docteur Deschamps et Ravoux sont désignés pour procéder à la vérification des comptes. Ils en reconnaissent la parfaite régularité. Des remerciements sont votés à M. Pichon.
Le budget pour 1922 a été établi par le Bureau de la manière suivante :
Recettes
Reliquat en caisse au 31 décembre 1921................ 1.996 37
Subvention du département............................. 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret...................... 2.000 »
Cotisations............................................ 2.400 »
Vente de volumes des Mémoires.......................... 100 »
Intérêts de titres de rente............................ 200 »
TOTAL................................................... 8.196 37
Dépenses
I. — Exercice 1921. — Solde de dépenses et d'emplois à effectuer.................................. 1.900 »
II. — Exercice 1922. — Gardiens....................... 950 »
Impression et brochage des Mémoires................ 3.500 »
Envoi des Mémoires, et des convocations aux séances.. 250 »
Recouvrement des cotisations........................ 125 »
Frais de bureau...................................... 125 »
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service.......................................... 500 »
Acquisitions pour le Musée........................... 500 »
Bibliothèque et abonnements.......................... 200 »
Réserve pour publications............................. 50 »
Fouilles et dépenses imprévues........................ 96 37
TOTAL................................................... 8.196 37
Ce projet de budget est approuvé.
— M. le Président fait remarquer l'accroissement constant du nombre des sociétaires qui dépasse maintenant 250.
Le 7me fascicule du tome XXI des Mémoires, qui est à l'impression, clora ce volume et le tome XXII va être commencé. Il débutera par un important travail, le Journal de Voyage d'Ernest Mallard, ingénieur des mines, relatant ses explorations géologiques dans la Creuse (1857-1860). M. G. Mouret, inspecteur général honoraire des Ponts-et-chaussées, a bien voulu se charger de cette publication. Au lieu de la fragmenter dans des fascicules successifs il a paru nécessaire de la donner dans son ensemble ; pour y parvenir on réunira les 1er et 2me fascicules du tome XXII en une seule livraison.
Selon l'usage adopté, un frontispice nouveau a été adopté pour le tome XXII. Son choix est dû à M. Autorde. C'est la reproduction d'un bois du XVIIIme siècle figurant les armes de la province de la Marche : Semé de France à la bande de gueule chargée de trois lionceaux d'argent. Il se trouve en tête d'une affiche administrative imprimée à Guéret au début de la Révolution (Archives de la Creuse, série L). D'après le Nobiliaire de Nadaud (t. III, p. 153) et Louis Guibert (Sceaux et armes des villes..... des trois départements limousins, Bull. de la Soc. arch. et histor. du Limousin, t. XXVI, p. 93), ces armes de la province sont celles des anciens comtes de la Marche.
BIBLIOTHÈQUE. — M. Ferrier, bibliothécaire, fait un rapport sur les enrichissements de la Bibliothèque en 1921. Grâce aux dons mentionnés dans les procès-verbaux et à quelques achats, notre fonds local s'est augmenté de 153 numéros (livres, brochures et placards) dont 84 pour la série A et 69 pour la série B. Les séries générales en ont reçu 25.
Nous échangeons nos publications avec 90 sociétés françaises et 19 sociétés étrangères. Nous recevons 13 recueils périodiques.
Des félicitations sont adressées à M. Ferrier pour le zèle avec lequel il s'occupe de la Bibliothèque.
MUSÉE. — M. Eugène Alluaud, artiste peintre, a fait don d'une étude représentant le petit château des Places, commune de Crozant.
— M. Lafay lit une note sur l'herbier du Musée, note reproduite à la fin du présent procès-verbal.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Mazet présente un livre très rare, faisant partie de ses collections, le Processionnal pour le jour de la Très sainte Trinité de La Souterraine, in-12 de 60 pages, imprimé à Limoges chez Pierre Chapoulaud, place des Bancs, sans date. M. Mazet l'a acquis à la vente de la bibliothèque d'Auguste Bosvieux en 1887. Il y figurait sous le n° 34 du catalogue rédigé par le libraire Claudin qui a inséré dans l'exemplaire une fiche donnant, sans référence, la date de 1770 pour l'impression.
Ce petit volume ne contient que des chants liturgiques sans aucune explication sur les cérémonies locales où on les faisait entendre. Malgré son titre qui ne vise qu'un jour de fête il a des hymnes pour d'autres fêtes. Sa particularité est la série des mentions, accompagnant certaines prières, des croix où l'on s'arrêtait pour les chanter ; voici leurs noms : croix de saint Eutrope, de saint Léobon, de saint Pierre, de saint Martial, de saint Maurice, de saint Jean, de saint Julien, de sainte Madeleine, de saint Sébastien, de saint Pardoux, de saint Etienne et de saint Marc.
Il serait intéressant de rechercher à La Souterraine ou autour de cette ville l'emplacement de ces croix et l'itinéraire de la procession. Nous souhaitons qu'un de nos collègues éclaircisse cette question.
— Lecture est donnée d'une étude de M. Henri Hugon sur le peintre Léon Desjardins (1823-1914) ; cette étude sera publiée.
VŒUX. — La société émet le vœu que soient classés comme monuments historiques l'église de Maison-Feyne et le portail ancien de l'église de Saint-Sulpice-le-Guérétois.
NOTE LUE EN SÉANCE – L'HERBIER DU MUSÉE DE GUÉRET
Les collections de plantes du Musée ont été transportées à l'Ecole Normale d'instituteurs afin d'en permettre l'examen et la mise en état auxquels nous avons procédé avec M. Sarrassat.
Dans les dix-neuf cartons qui composent ces collections nous avons trouvé quatre herbiers qui datent d'époques différentes.
Les deux plus anciens ont été constitués à l'origine de la Société des sciences, puisque le Bulletin de 1838 en fait mention. Ce sont surtout des espèces locales, mais la plupart des plantes sont en mauvais état de conservation, sont mal fixées sur papier buvard gris et beaucoup ne présentent aucune indication de lieu et de date pour la récolte ; elles sont d'ailleurs mélangées dans les chemises et il y a peu de parti à tirer de ces huit cartons.
Les deux autres herbiers sont en bien meilleur état. Ils ont été constitués par divers botanistes creusois : le Dr Pailloux, d'Ahun, l'abbé de Cessac, M. Monnet, pharmacien à Guéret, M. Fillioux, le Dr Dugenest, le Dr Bussière, M. Legrip, l'abbé Pinot et l'abbé Paufique.
L'un d'eux ne comprend que des plantes de la Creuse récoltées de 1846 à 1853 et classées avec assez de soin dans cinq cartons ; chaque famille est enfermée dans une chemise en buvard rose, chaque genre dans une chemise gris bleu et chaque espèce dans une double feuille de papier bulle. Ces plantes ne sont pas fixées sur le papier et chaque feuille renferme le plus souvent plusieurs exemplaires de la même espèce, mais toutes n'offrent pas d'indications suffisantes sur le lieu et la date de la récolte. Des étiquettes ont été perdues, d'autres, déplacées, ne correspondent plus aux plantes qu'elles accompagnent. Enfin plusieurs familles importantes, notamment celles des Renonculacées et des Crucifères, ont disparu ; il n'en reste que quelques espèces mélangées avec les plantes des deux herbiers les plus anciens.
Le quatrième herbier, composé aussi de cinq cartons, présente des plantes en assez bon état de conservation et classées par familles et espèces dans des feuilles de papier buvard bleu. Il y a là des plantes de la Creuse et aussi des plantes d'autres régions, notamment un lot intéressant d'espèces recueillies par le Dr Pailloux au Mont-Dore et au Puy de Sancy en juillet 1846 et des espèces de la Côte-d'Or, de l'Alsace, du Palatinat, de la Bavière, de Hambourg et même des bords de la Baltique ; ces dernières plantes proviennent d'une autre société et ont dû être obtenues par des échanges.
Nous nous proposons, à l'aide de ces quatre collections, d'établir d'abord un Herbier spécial des plantes de la Creuse ; nous remplacerons les espèces absentes ou en mauvais état par des doubles puisés dans nos propres collections ou dans l'Herbier de la Creuse que nous avons fait établir à l'Ecole Normale. Nous avons commencé à faire coller ces plantes sur papier bulle par nos élèves à l'aide de bandes de papier gommé et nous joindrons à chacune d'elles une étiquette mentionnant le nom scientifique, le nom vulgaire, le port, les propriétés et usages et, quand cela sera possible, la date de la récolte, la localité et la station, ainsi que le nom du collecteur. Nous conserverons la classification établie qui est celle de Jussieu.
Les plantes étrangères au département seront ensuite classées à part et formeront une seconde collection.
Mais il y a là un travail très long et assez minutieux qui ne pourra sans doute pas être terminé cette année ; nous espérons néanmoins le mener à bonne fin.
Il sera alors facile de consulter utilement ces collections, fruit de longues recherches de nos devanciers, et elles pourront être complétées au fur et à mesure que des espèces nouvelles seront découvertes dans notre département.
Guéret, 10 mars 1922. A. Lafay.
SÉANCE DU 18 MAI 1922
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, comte de Beaufranchet, docteur Bordier, commandant Carteron, Chantrelle, Champeymaud, abbé Courteau, Gallerand, Jamot, Lafay, Lafaye, de Lajaumont, Paul Mozer, Nétange, Parot, Joseph Petit, Phérivong, Pichon, Ferrier, secrétaire-adjoint.
Excusés : MM. Arrivière, Autorde, docteur Bonnet, Des Cheises, Hugonnier, Larbaneix, Legrand, Malabout, Mazet, Ravoux, Sarrassat.
— Sur la présentation du Bureau, M. le commandant Bareige est élu secrétaire de la Société en remplacement de M. Louis Lacrocq, précédemment élu président.
— M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. Charles-François-Marie Bouygues, membre titulaire, décédé à Aubusson le 28 Mars 1922.
M. Bouygues était né à Bar-sur-Seine (Aube) le 7 mars 1850, mais par son ascendance maternelle il était de souche creusoise. Son père, François-Hippolyte Bouygues, originaire de Saint-Céré (Lot), fils d'un député à la Convention Nationale, avait épousé à Aubusson, le 8 juin 1840, Marguerite-Antoinette Lecler, qui appartenait à une vieille famille Aubussonnaise et dont le frère, Félix Lecler, directeur général de l'Enregistrement, sénateur de la Creuse, a été une illustration de notre département.
François-Hippolyte Bouygues fut longtemps conservateur des hypothèques à Aubusson, où il prit sa retraite. Notre collègue suivit la même carrière ; entré dans l'administration de l'Enregistrement en 1872, après avoir pris part à la guerre de 1870-1871 comme capitaine de la garde mobile, il fut receveur à Corbigny (Nièvre), et revint dans la Creuse comme sous-inspecteur à Guéret, puis à Aubusson ; il était très attaché à cette dernière ville, où il s'était marié avec Mademoiselle Thérèse Leblanc, fille du contre-amiral Leblanc, et n'ambitionna que le poste qu'avait occupé son père, la conservation des hypothèques d'Aubusson ; il y resta de 1892 à sa retraite, qu'il prit en 1914. Sa dignité de vie, son intelligence droite, sa haute honorabilité lui valaient l'estime et la sympathie de tous. Son souci d'être utile, comme les traditions de sa famille, lui faisaient donner une large place aux œuvres sociales ; il était président de la Société de Secours mutuels des ouvriers d'Aubusson et administrateur de la succursale de la Banque de France.
Entré dans notre Société le 23 décembre 1900, il a toujours suivi nos travaux avec intérêt et soigneusement conservé les vieux papiers de sa famille. Cet homme de bien a laissé d'unanimes regrets.
— M. le Président associe également la Société au deuil qu'a causé la mort d'un écrivain limousin, Johannès Plantadis, né à Tulle le 12 janvier 1864, décédé à Paris le 23 février 1922.
A la tête du mouvement régionaliste et félibrige limousin, directeur de la revue Lemouzi, historien et archéologue, M. Plantadis portait à tous les sujets qu'il traitait un amour passionné de sa province, une remarquable intelligence et des connaissances très étendues. La Corrèze a été le principal objet de ses recherches, mais certains de ses articles (p. ex. ceux sur L'eau limousine, sur Les maîtres du paysage limousin) ont touché à la région creusoise, et l'ensemble de ses travaux variés constitue une importante contribution à l'étude de la région limousine.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Christauflour, à Guéret ; Dardanne, pharmacien à Paris ; Dorotte, négociant à Guéret ; Mlle Ferrier, à Guéret ; MM. Maillaud, artiste peintre à Guéret et Paris ; Martinon, ancien député, à Blessac ; André Mozer, étudiant à Guéret.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — Nous avons reçu de M. Louis Lasnier divers ouvrages d'histoire générale et un volume pour notre fonds local, les Elévations poétiques, recueil de poésies religieuses par l'abbé Théobald Neveux, qui fut archiprêtre de Guéret de 1852 à 1871 [in-8° de 280 p. imprimé à Isle (Haute-Vienne) chez Martial Ardant frères, en vente à Paris à la librairie veuve Jules Renouard, à Limoges à la librairie P. Durand, et à Guéret à la « Librairie religieuse de Labrune »].
— M. René Fage a envoyé le tirage à part de son étude sur Les Noailles peints par Oudry (Brive 1922, 11 p., extrait du Bulletin de la Société scientif. histor. et archéol. de la Corrèze). Cette étude a eu pour point de départ un article de M. Jean Cordey sur Deux albums de portraits inédits peints par Oudry (Bull. de la Soc. de l'Hist. de l'art français, 1920, p. 140 et s.) où on trouve la mention, qu'a relevée M. Fage, d'un portrait d'un Marchois, « le comte de Nadaillac » (n° 20 du catalogue). M. Cordey a identifié dubitativement ce personnage avec François-Louis Pouget, comte de Nadaillac, lieutenant aux gardes du corps et maréchal de camp ; son costume d'apparat dans le dessin d'Oudry s'accorde avec cette qualité. Les albums d'Oudry ont été commencés l'un en 1713, l'autre en 1716.
— M. Jacques-Roger Filhoulaud a envoyé la thèse de doctorat en droit qu'il a récemment soutenue sur Le partage à titre onéreux des biens communaux dans le ressort de la Cour d'appel de Limoges. Il en sera rendu compte.
M. René Frémonteil a fait don de diverses thèses de doctorat en droit de la Faculté de Poitiers.
— Deux manuscrits ont été donnés par M. Louis Lasnier : 1° — un registre contenant les Ordres du jour de la Garde nationale de Guéret du 3 octobre 1830 au 6 avril 1832 ; il contient quelques détails assez pittoresques sur la participation de la Garde nationale aux fêtes commémoratives des Journées de juillet célébrées à Guéret en 1831 ; les commandants signataires des ordres sont d'abord M. Tandeau de Marsac, ensuite M. Ducros.
2° — la copie des principales pièces du dossier d'une affaire criminelle de corruption électorale dans le canton de Pontarion, instruite en 1846 et qui vint devant la Cour d'assises de la Creuse ; les avocats qui la plaidèrent étaient Léon Duval, du barreau de Paris, Théodore Bac, du barreau de Limoges, et Silvain Lasnier, grand'père de notre collègue.
MUSÉE. — L'Etat a fait don d'un Paysage de la Creuse de M. Eugène Alluaud, acquis au dernier Salon d'automne. Cette toile, très lumineuse, représente un aspect de Crozant.
— Deux études à l'huile faites vers 1887, au cours d'un voyage dans la Creuse, par le peintre Gaston Brun, ont été données par M. Eugène Alluaud. Elles ont un intérêt documentaire comme représentant avec fidélité l'état, à cette époque, l'une des ruines de Crozant, l'autre, des ruines de Bridiers.
— M. Louis Lasnier a donné le portrait de son grand'père Silvain Lasnier, né à La Celle-Dunoise le 18 avril 1804, mort à Guéret le 5 janvier 1835. Avocat au barreau de Guéret, maire de cette ville en 1849-1850, conseiller général du canton d'Ahun, Silvain Lasnier a eu une place considérable dans notre département.
— La collection de la flore fossile houillère constituant la collection de M. Binet, donnée par ses héritiers, a été placée par les soins de M. Joseph Petit. Cette collection, qui comprend surtout des empreintes provenant des houillères d'Ahun, a beaucoup d'intérêt. M. Antoine Binet, qui l'avait patiemment formée, était né à Bert (Allier) le 23 juillet 1843. Sorti en 1862 de l'Ecole des maîtres-mineurs d'Alais, il entra à la Compagnie des Houillères d'Ahun le 1er juin 1863 et y fit toute sa carrière d'ingénieur géomètre ; il prit sa retraite le 1er janvier 1920, après 57 ans d'excellents services. Il est décédé à Lavaveix-les-Mines le 9 janvier 1922. La Société salue respectueusement la mémoire de ce bon travailleur.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée de l'Introduction rédigée par M. G. Mouret, pour la publication par ses soins, dans nos Mémoires, du Journal contenant les explorations géologiques de Mallard à travers la Creuse. Cette introduction met en lumière, avec une haute compétence, la valeur scientifique du travail de Mallard qui, malgré le temps écoulé, n'a rien perdu de son intérêt.
Des remerciements sont adressés à M. Mouret.
— Lecture est donnée d'une note de MM. le docteur Bonnet et Larbaneix relative à une borne milliaire romaine trouvée à Sardent. Cette note est publiée à la fin du présent procès-verbal.
— M. Antoine Thomas, à qui nous avons communiqué un des documents provenant de la famille Roy de Pierrefitte et donnés à la Société (voir procès-verbal de la séance du 19 janvier 1922), ce document semblant présenter un intérêt particulier, a bien voulu le copier et nous communiquer à son sujet d'intéressantes explications.
C'est une grosse de 1508, sur parchemin avec seing notarial, délivrée par Michel Boussan, notaire public de Domène (aujourd'hui chef-lieu de canton de l'Isère, arrondissement de Grenoble), d'un contrat de mariage en latin, du 26 janvier 1450, où figurent des membres d'une famille de notre région, les de Saint-Agnan, qui tirait son nom du bourg de Saint-Agnant-près-Crocq. L'époux était un Dauphinois, Claude de Beaumont, seigneur de la Frette (ancien château, commune du Touvet, arrondissement de Grenoble) ; l'épouse, Antoinette de Saint-Agnan, était fille de Beraud de Saint-Agnan, seigneur de La Gâtine et de Confolent, petites seigneuries du Bas-Limousin (La Gâtine, commune de Saint-Rémy, canton de Sornac ; Confolent, commune de Saint-Pardoux-le-Vieux, canton d'Ussel).
Les conventions matrimoniales sont les suivantes : Beraud de Saint-Agnan constitue à sa fille une dot de 1500 florins d'or ; il est stipulé que Claude de Beaumont providere teneatur de jocalibus usque ad summam quatercentum florenorum ; un désaccord sur le douaire de l'épouse est renvoyé à un arbitrage ; enfin diverses conventions relatives aux affaires personnelles de l'époux sont insérées à l'acte.
Comment s'explique ce mariage d'une Limousine si loin du pays de sa famille ? La présence au contrat de deux personnes de ses parentes et le lieu où il est passé paraissent fournir cette explication.
L'arbitre choisi par Beraud de Saint-Agnan, pour la difficulté relative au douaire, est Pierre de Saint-Agnan, abbé de Sainte-Marie de Boscodon, abbaye bénédictine au diocèse d'Embrun [aujourd'hui commune des Crottes, canton et arrondissement d'Embrun (Hautes-Alpes)]. Ce personnage figure comme témoin au contrat, lequel est passé au monastère des Cisterciennes des Ayes [aujourd'hui commune de Crolles, canton du Touvet (Isère)], dans la chambre de l'Abbesse, Isabelle de Saint-Agnan. Ainsi deux établissements monastiques du Dauphiné avaient à leur tête des membres de la famille de Saint-Agnan. Si nous ne savons pas comment ils s'étaient implantés dans cette province, nous constatons par une indication que nous donne M. Antoine Thomas, que la famille de Saint-Agnan prit solidement pied dans l'abbaye des Ayes. En se reportant à la liste des abbesses donnée par B. Hauréau, Gall. chr., XVI (1865), col. 287-8, d'après une communication de Pilot, on en trouve six appartenant à cette famille : à Isabelle, montée sur le siège abbatial en 1446, succéda, en 1457, Catherine de Saint-Agnan de la Castine (sic) ; puis vinrent : Marguerite (1461), Charlotte, au nom de qui s'ajoute aussi « de la Castine » (1482) ; autre Marguerite (1506) ; la série s'interrompt alors par l'abbatiat de Catherine de Beaumont, reprend et se clôt par celui d'autre Catherine de Saint-Agnan (1538-1545). Pendant plus d'un siècle, sœurs, tantes, nièces ou cousines ont donc gouverné le monastère.
Sur les Saint-Agnan en Bas-Limousin, les renseignements sont peu nombreux. M. Antoine Thomas, dans ses Etats provinciaux (t. I, p. 233, note M), a signalé une quittance notariée donnée le 1er février 1442 (n. s.) par Beraud de Saint-Agnan, le père de la mariée de 1450. Champeval (Bas-Limousin seigneurial et religieux, p. 341) a mentionné une fondation de vicairie à l'église de Saint-Pardoux-le-Vieux par « Berald de Saint Anian », seigneur de Gastine et de Confolent, et sa femme « Spina » (cor. « Christina ») de Bonneval, ainsi que le testament de ce personnage à la date du 16 juillet 1484. Le Nobiliaire de Nadaud a une courte notice sur la famille au nom de Gastine (t. II, p. 204, 276), qui s'était substitué à celui de Saint-Agnan vers la fin du XVIe siècle, semble-t-il. La notice débute par Pierre de Saint-Agnan, abbé de Sainte-Marie de Boscodon en 1438 (avec l'indication inexacte que son abbaye est au diocèse d'Evreux) ; elle mentionne le Beraud des documents ci-dessus, ainsi que le contrat de mariage de sa fille Antoinette, avec la date exacte, appelant l'époux « Claude de Bonneval, seigneur de La Freyte » ; elle signale aussi Catherine, abbesse de « Las Agnas », diocèse de Grenoble, et Marguerite, religieuse au même monastère.
Les Saint-Agnan ont dû quitter le Bas-Limousin à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle après la vente de leurs seigneuries de La Gâtine et de Confolent (Cf. Champeval, loc. cit., p. 272 et 341). Au XVIIe siècle, une branche était fixée dans la région de La Souterraine et du Grand-Bourg et possédait la seigneurie de Lizière (Nadaud, loc. cit.).
— M. l'abbé Courteau présente et lit une expédition originale sur parchemin de l'Ordonnance donnée à Carlat le 17 novembre 1434 par Bernard d'Armagnac, lieutenant général du comte de la Marche, Jacques de Bourbon, au sujet des fortifications de Guéret, Ahun, Jarnages, Chénérailles et Felletin. Cette pièce des plus intéressantes se trouve dans les archives de la famille Jorrand. Elle a été publiée, sur une copie qu'en avait prise A. Bosvieux, dans les Archives historiques du Limousin, tome V, page 317.
M. l'abbé Courteau communique également divers documents de la période révolutionnaire et les analyse. Ces documents sont :
1°. — Le Rapport fait à la Société populaire d'Aubusson au nom de sa commission des huit, par Joseph Joullietton, membre de cette commission, à la séance du 30 pluviôse l'an II de la République française, une et indivisible (Guéret, imprim. Guyès, in-4°, 8 pages).
La Société populaire est divisée en deux partis : « d'un côté siège l'honorable médiocrité,..... le pauvre,..... des jeunes gens,..... et c'est même ce qu'on a fait valoir pour le (le parti) couvrir de la défaveur publique ; deux ex-prêtres qui, pour avoir été bons citoyens en devenant époux et pères, ont été persécutés ;...... des fonctionnaires publics..... qui n'ont été ni séduits par les caresses, ni intimidés par les menaces, ni déconcertés par des enquêtes illégales ;..... enfin, plus de soixante sans-culottes.....
« Dans le parti opposé, on voit les riches,..... ces hommes rapaces, si justement proscrits par la Convention nationale et si bien caractérisés par le nom de Grippe-sous ;..... ces raisonneurs politiques..... qui, après avoir longtemps calomnié les intrépides montagnards, les fondateurs de la République, se sont dits tout-à-coup montagnards, lorsqu'ils ont vu que le gouvernement avait l'œil ouvert sur eux..... »
Le parti aristocratique a réussi à empêcher un « scrutin épuratoire » ; mais le Comité de Salut public a prescrit cette épuration, et le rapport de Joullietton y conclut en donnant une liste des membres à radier.
2°. — Une adresse, datée du 20 germinal an II, ayant pour titre : Les sans-culottes composant la Société populaire d'Aubusson à tous les sans-culottes de la République. (Guéret, Imprimerie nationale, in-4°, 8 pages).
Ce document dénonce une intrigue contre-révolutionnaire et raconte ce qui s'est passé à Aubusson les 11 et 12 germinal lors du passage du détachement de chasseurs dit de la Montagne. Les patriotes mettent en garde tous les sans-culottes contre de pareilles manœuvres. Le document est signé : François Assollent fils. Il apporte une précision intéressante sur l'affaire du 10 germinal dont ont parlé C. Pérathon (Histoire d'Aubusson, p. 107) et L. Duval (Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 336).
3°. — Un mémoire intitulé : Joseph Joullietton à ses concitoyens (Guéret, imprim. Guyès, sans date, in-4°, 18 pages), où l'auteur, qui avait été arrêté au cours de la mission du représentant Chauvin, fait justice des accusations portées contre lui (Cf. L. Duval, Archives révolutionnaires, p. 358).
4°. — Des extraits du registre de la municipalité d'Aubusson (6 janvier, 6 mars, 4 août 1793), relatifs aux comptes de la fabrique de l'église Sainte-Croix.
5°. — Un inventaire des ornements de cette église, sans date, mais probablement de l'année 1793.
6°. — L'accord intervenu, le 5 pluviôse an XII, entre M. Dechierfranc, curé d'Aubusson, et les membres de la congrégation des Pénitents noirs, pour la tenue des réunions de celle-ci dans l'église de Saint-Nicolas.
NOTE LUE EN SÉANCE – UN MILLIAIRE A SARDENT
Le 21 avril 1922, à Sardent, nous avons appris et constaté l'existence d'un milliaire qui, nous le croyons du moins, n'est encore mentionné nulle part.
Il se trouve dans le bourg même de Sardent, derrière une maison de la rue principale, non loin du champ de foire.
Ce milliaire gît dans l'herbe ; il est en granit et a la forme d'un demi-cylindre, soit par suite d'une refente postérieure dans le sens de la longueur, soit qu'il ait été ainsi taillé dès l'origine pour être appliqué contre la paroi d'un édifice quelconque. Cependant, l'aspect particulier de la surface plane nous conduirait à admettre plutôt la première hypothèse. La base du monolithe, qui devait être enfouie, est simplement dégrossie.
Le côté convexe du milliaire étant tourné vers le sol nous n'avons aperçu que quelques lettres de son inscription.
M. Bontemps, ancien instituteur, et M. Mercier, agent-voyer, nous ont déclaré que ce milliaire a été étudié, il y a deux ans, par un ancien professeur du lycée de Guéret, actuellement chargé de cours à l'Université de Lyon, M. Porteau ; qu'ils ont lu une note, rédigée par ce dernier, de laquelle il résulterait que l'inscription du milliaire de Sardent est semblable à celle du milliaire du Moutier-d'Ahun, sauf, naturellement, en ce qui concerne le chiffre des distances.
Obligés de repartir, nous avons dû décliner l'offre aimable qui nous fut faite de retourner la pierre du côté de l'inscription.
Bourganeuf, le 22 avril 1922.
Le 15 mai, nous sommes revenus à Sardent, et, la pierre ayant été retournée, grâce à l'obligeance de M. Bontemps, négociant, et de deux voisins, nous avons pu examiner et essayer de déchiffrer l'inscription qui occupe le haut de la surface convexe du milliaire.
Elle se compose de 5 lignes dont les lettres ont environ 6 centimètres de hauteur.
Certaines lettres sont très apparentes ; d'autres, au contraire, sont en partie effacées, et notre lecture a été bien incomplète, surtout aux 3e et 4e lignes.
(I) MP. CAES. M. AN... (?)
GORDIANO PIO
... CI. AVG. P. M. TR. ... VIC...
P. P. P. .... COS. ...
L. XXX.
Rapprochée de celle du Moutier-d'Ahun (Dictionnaire Lecler, au mot Moutier-d'Ahun), notre inscription semblerait bien être du même type, du moins jusqu'à la 3e ligne ; mais ici ne figurerait pas l'indication de la distance de Prætorium. Celle de Limoges est, au contraire, très nette : L. XXX, et correspondrait bien, croyons-nous, à la distance réelle de Sardent à Limoges par Saint-Goussaud, telle, du moins, qu'un rapide examen de la carte nous la révèle (environ 66 kilomètres).
Voici les dimensions du milliaire : longueur totale : 2m,22 ; largeur au sommet : 0m,50 ; largeur de la base : 0m,70 ; épaisseur au sommet : 0m,19 ; épaisseur de la base : 0m,35.
M. Mercier, qui a pris part à nos observations, nous a déclaré que ce milliaire avait été découvert, il y a environ quinze ans, au cours des fouilles faites pour la construction d'un bâtiment voisin ; qu'il se trouvait au milieu de sarcophages. Nous devons ajouter que nous avons vu deux de ces cercueils qui, réunis, forment un bac, et, sur la place de l'église, deux autres de même forme, au niveau du sol.
Ainsi ce milliaire occuperait encore aujourd'hui, à quelques mètres près, son emplacement primitif.
Nous nous excusons auprès de nos collègues, de la brièveté excessive de cette communication, qui n'a d'ailleurs, d'autre but que de leur signaler, dès la réunion du 18 courant, l'existence de ce milliaire, persuadés que quelques-uns, plus versés que nous dans l'épigraphie, auront à cœur d'étudier plus longuement et scientifiquement ce précieux souvenir de l'époque gallo-romaine.
Bourganeuf, le 16 mai 1922. Docteur BONNET et Pierre LARBANEIX.
Le milliaire signalé par la note qui précède a un grand intérêt pour l'étude de la voirie romaine dans notre région. Mais la discussion des conséquences à tirer de cette découverte paraît nécessiter de nouvelles recherches sur le terrain. En effet, d'ores et déjà, une observation s'impose à la seule comparaison du milliaire trouvé à Sardent et du milliaire du Moutier-d'Ahun : celui-ci indique que Limoges est à 34 lieues gauloises de son emplacement, celui-là à 30 lieues ; la différence entre ces deux distances représente donc 4 lieues, soit 8 kilom. 900 m. ; or il y a entre Ahun et Sardent, à vol d'oiseau, environ 15 kilomètres ; d'où il suit que l'un des deux milliaires n'est plus à son emplacement. C'est, selon toute apparence, celui du Moutier-d'Ahun qui a été déplacé et son étude est à reprendre. Il est donc sage, quant à présent, de se borner à des précisions de fait. C'est dans cet ordre d'idées que nous publions ci-dessous, pour accompagner la note de MM. Bonnet et Larbaneix :
1° La lecture de l'inscription du milliaire de Sardent par M. Porteau ;
2° Une note de M. Paul Ducourtieux qui a si utilement étudié les voies romaines de la région.
En septembre 1920, j'ai eu l'occasion d'examiner le milliaire de Sardent (mis au jour en 1906 lors de travaux de terrassement). C'est un bloc de granit, de forme à peu près semi-circulaire (ce que je crois rare) et muni d'un socle.
I. — Lecture :
iMP. CAES. MANt
gORDIANO PIOFE
l ICI. AVGPMTRPVICos
ii PP. PRO. COS. C.
L. XXX
La barre transversale des A est régulièrement omise.
II. — Déchiffrement :
Première partie. — Imperatore Caesare Marco Antonio Gordiano Pio Felici Augusto, pontifice maximo, tribunicia potestate VI, consule II, patre patriae, proconsule.
Le nombre des salutations impériales de Gordien ne figure pas après l'indication des puissances tribunices. Il en est de même dans le milliaire d'Ahun (C. I. L. XIII - 2 - 8911), qui date, lui aussi, de 243. Une inscription lyonnaise de la même année (C. I. L. XIII - 1 - 1791) énonce les noms et titres de Gordien exactement comme le milliaire de Sardent. Celui d'Ahun omet le titre de proconsul (PR. XX s'y interprétant : Prætorium à 20 lieues gauloises).
Seconde partie. — La fin de la quatrième ligne est malheureusement mutilée. Après le C et le point, il y a un trait qui peut être un I ou le premier jambage d'un V.
Bien que la table de Peutinger appelle Limoges Augustoritum, il est vraisemblable que, comme on l'admet pour d'autres textes analogues au nôtre, (Cf. C. I. L. XIII, 2, p. 645), L = L(emovices) ou L(emovicibus). Lisons :
C....... Lemovicibus XXX.
5 juillet 1922. Paul Porteau.
Au moment où la découverte du milliaire de Sardent apporte un nouvel élément à la détermination de la voie romaine de Lyon à Saintes par Limoges, qu'il me soit permis de rappeler ce que j'ai soutenu dans mon étude sur Les voies romaines en Limousin (Limoges, 1909).
Contrairement à l'opinion de MM. Desjardins et Longnon, j'ai indiqué qu'antérieurement à la création du tronçon Ahun-Limoges par Pontarion, Bourganeuf et Sauviat, seul admis par eux, avait existé le tronçon Ahun-Limoges par Prætorium (Saint-Goussaud) et que cette voie passait dans la commune de Sardent par Le Chironceau, Les Chatrelles, Le Mont-de-Sardent, Le Masthubert et La Rebeirolle (loc. cit. p. 61), trajet qui ne laisse Sardent qu'à un kilomètre environ au sud.
Les découvertes gallo-romaines faites sur le parcours Ahun-Saint-Goussaud sont très nombreuses (Cf. la Table des 15 premiers volumes des Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse) ; on a trouvé notamment des sépultures et des puits funéraires dont l'emplacement était en général à proximité des voies (Cf. P. de Cessac, Divers modes de sépultures à l'époque gallo-romaine dans la Creuse, mêmes Mémoires, t. IV, p. 240).
Enfin il ne faut pas oublier que la découverte artistique la plus importante faite dans la Creuse se place non loin d'Ahun. C'est la trouvaille de 1824 à Sous-Parsac, trouvaille désignée à tort sous le nom de « Trésor de Limoges » (Tripon, Historique monumental du Limousin, p. 83, pl. 27 et 29 ; Thédenat et Héron de Villefosse, Les trésors de vaisselle d'argent trouvés en Gaule, dans la Gazette archéologique, t. IX (1884), p. 243). Ce trésor se composait de deux grands vases d'argent, de patères, de cuillers antiques, d'une pierre précieuse servant d'agrafe, le tout portant gravés les mots : DEO MERCVRIO ; plus quarante monnaies d'argent et sept statuettes en bronze ou en argent, dont quatre de Mercure. Tripon tenait ces détails de Maurice Ardant, qui avait vu tous ces objets, et qui vendit la plus grande et la plus belle statue de Mercure, en 1841, au Cabinet des médailles. Paul Ducourtieux.
SÉANCE DU 27 JUILLET 1922
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Antoine Thomas, membre de l'Institut, président d'honneur, Adrien Blanchet, membre de l'Institut, membre honoraire, Autorde, docteur Deschamps, Ferrier, Jamot, docteur Janicaud, Mazet, Nétange, Pichon, docteur Treille, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. le docteur Bonnet, des Cheises, abbé Courteau, Hugon, Lafay, Larbaneix, chanoine Parinet, Parot, abbé Peuch, Phérivong.
M. le Président souhaite la bienvenue à M. Adrien Blanchet, qui nous fait l'honneur, pour la première fois, d'assister à une de nos séances.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Baret d'Auriolle, notaire à Ahun ; Bregère, pharmacien à Aubusson ; Briquet, instituteur à La Chapelle-Balouë ; Marcel Brunet, chef de l'Office départemental des Mutilés, à Guéret ; Chamaly, entrepreneur de peinture à Lavaveix-les-Mines ; Edouard Chapal à Basville ; docteur Cournet, médecin oculiste à Guéret ; René Desbeaux à Guéret ; Laborde, pharmacien à Guéret ; Albert Martin à Paris ; Ulysse Mazoit, huissier à Guéret ; Montmerle, avocat à la Cour d'appel de Paris ; Louis Pissavy-Yvernault, aux Baudouins par Chassignolles (Indre) ; Paul Porteau, chargé de cours à la Faculté des lettres de Lyon ; abbé Sarrassat, curé de Beaune (Allier).
M. Porteau, présent à la séance, remercie de son admission.
— M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. l'Intendant militaire Gatumeau, membre titulaire depuis le 27 janvier 1904, décédé à Guéret le 28 mai 1922.
M. Mathias-Isidore-Emile Gatumeau était né à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales) le 22 mars 1824. Il entra à Saint-Cyr en 1841 et fut nommé sous-lieutenant au 6me léger le 1er avril 1843. Envoyé immédiatement en Algérie il fut grièvement blessé d'un coup de feu au combat de l'Oued-Meliah le 30 août 1843. Promu lieutenant au même régiment en 1847, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur le 25 septembre 1853 et capitaine au 81me de ligne le 29 décembre de la même année. Passé dans le corps de l'Intendance comme adjoint en 1855 le hasard d'une nomination l'envoya à Guéret où il épousa, le 24 juin 1861, Mlle Amélie Courty, fille d'un honorable négociant de notre ville, M. Valéry Courty, longtemps adjoint au maire.
M. Gatumeau fit dans l'Intendance une brillante carrière, atteignit le sommet de la hiérarchie et devint Intendant directeur à Rennes, puis à Limoges ; il fut admis au cadre de réserve le 22 mars 1886 : il était officier de la Légion d'honneur depuis le 11 mars 1868. Il prit sa retraite à Guéret, consacrant sa robuste vieillesse aux œuvres charitables et à l'agriculture. Il a été président du comité local de la Société de Secours aux blessés militaires et du Syndicat agricole de la Creuse, administrateur de la Banque de France. Il s'est éteint presque centenaire, tenu par tous en haute estime.
— Communication est donnée du programme du Congrès des Sociétés Savantes qui s'ouvrira à Paris le 3 avril 1923.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — Les dons suivants ont été faits :
Par M. E. Chénon, l'étude qu'il vient de publier sur Les voies romaines en Berry, qui, en divers points, touche à la Creuse et dont il sera rendu compte ;
Par M. Henri Hugon, le tirage à part de la biographie (Besançon, 1922, extrait des Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs) qu'il a écrite sur son oncle Charles Hugon, écrivain distingué et dessinateur, né à Nozeroy (Doubs) en 1824, mort en 1886 à Saint-Pétersbourg, où il était professeur de français au Lycée Nicolas ; le Nouveau guide général du voyageur en Algérie (Paris, Garnier frères, 1865) écrit par un Creusois distingué, Achille Fillias, né à Aubusson le 25 mars 1820, d'une famille originaire de Guéret, mort chef de bureau au Gouvernement général de l'Algérie, en 1882.
— Par M. Louis de Nussac, deux plaquettes du conventionnel Baraïlon, député de la Creuse, l'une contenant sa « votation » dans le procès de Louis XVI (Paris, Imprim. nationale, 1793, in-8°, 7 pages) qui complète les indications sommaires qu'on trouve dans les Archives révolutionnaires de L. Duval (pages 389 et s.) ; l'autre intitulée Opinion..... sur les fêtes civiques à établir dans la République française, datée du 8 novembre 1792 (Paris, imprim. Pougin, in-8°, 8 pages) où Baraïlon fait assez curieusement appel à des motifs d'ordre archéologique pour justifier ses propositions.
— Par M. Martinon, un fragment d'acte sur parchemin dont la date (fin du XVIe siècle) peut être approximativement déterminée par l'indication, en tête, de Jehan Granchier, garde-scel à Felletin, personnage connu ; cet acte constate la vente d'une maison dans la ville de Felletin, pour le prix de 485 livres tournois ; les vendeurs paraissent être des consorts Sallon, dont Jehan Sallon, prêtre communaliste ; l'acquéreur, François de la Salle, aumônier de l'Hôtel-Dieu de Felletin et curé de Combles ; le notaire, Antoine Gipoulon ; — trois lettres adressées, en nivôse an IV, « au citoyen Martinon, administrateur du département de la Creuse », l'une signée G. G. Furgaud, l'autre signée Terradon, la troisième écrite par Joullietton, l'historien de la Marche, recommandant diverses personnes pour qu'elles soient rayées des rôles de l'emprunt forcé.
— Nous avons acquis une brochure du docteur F. Villard, les Lettres sur l'Attique (Guéret, Dugenest, 1875, in-8°, 62 pages), relatant les impressions d'un voyage qu'il avait fait en Grèce ; de ce même voyage, le docteur Villard avait rapporté aussi des observations scientifiques qu'il a consignées dans une Notice hygiénique et médicale sur l'Attique, que possède notre Bibliothèque.
MUSÉE. — M. Martinon a fait don d'une urne en terre grise, de la période gallo-romaine, trouvée à Coudeleix, commune de Bussière-Nouvelle, village où il y a des vestiges gallo-romains importants.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Adrien Blanchet, après avoir exprimé ses sentiments de sympathie pour notre Société, donne lecture d'une note qu'il a rédigée sur des documents faisant partie de sa collection et de ces documents eux-mêmes relatifs à l'Epidémie de Glénic en 1789. Ce travail sera publié dans les Mémoires.
Le Président remercie M. Blanchet de cette communication.
— M. E. Brody de Lamotte signale la découverte, au printemps dernier, dans un champ dit des Fromenteaux, dépendant de son domaine du Mas d'en Bas, commune de Lussat, d'une hache en silex, de la période néolithique, mesurant environ 134 mm de longueur. Il a joint à sa communication un croquis de la hache et indiqué qu'il y a quelques années, on a découvert dans un champ limitrophe du bourg de Lussat, dit le pâtural Saint-Martin, un souterrain refuge en partie obstrué et inondé ; ce souterrain a été immédiatement comblé.
Rappelant la constatation qu'on a faite, près du moulin de Villerange, dans cette même commune de Lussat, d'excavations paraissant fort anciennes pour des recherches minières [Cf. Dictionnaire archéologique de la Gaule (Epoque celtique) tome II, 5me fascicule (Paris, Imprim. nationale, 1921) page 572], M. Brody de Lamotte fait remarquer que la région de Lussat, certainement habitée aux temps préhistoriques ou protohistoriques, présentait aux populations primitives un excellent territoire de chasse et de pêche avec ses bois, le lac qui devait être l'étang des Landes, et ses deux rivières, la Tarde et la Voueize.
— Dans ses archives de famille, M. Brody de Lamotte possède le terrier de la seigneurie du Mas, paroisse de Lussat, dressé en 1426 et années suivantes, la seigneurie appartenant alors aux frères Regnaud et Prot de Lescluze. Il a relevé plusieurs mentions contenant un mot qui paraît rare : après l'indication de redevances ordinaires due par les tenanciers, on lit :
Item plus un septier de seigle mesure de Chambon et une gerbe et demie à cause des espijatges..........................................
...... item plus une émine d'avoine à la dite mesure et en outre plus deux gerbes et demie à cause des espijatges.. ..........................
...... outre plus deux gerbes et un quartier à cause des espijatges.
(Déclarations du 22 janvier 1426, pages 12 v°, 13 v°, 14 v°).
M. Antoine Thomas donne l'explication du mot :
Espijatge est la forme limousine normale correspondant au français épiage et au provençal espigatze. Le type étymologique est le latin vulgaire spicaticum (non attesté) dérivé de spica, « épi ».
Les dictionnaires actuels français ne donnent épiage qu'au sens de « la formation de l'épi dans le chaume et sa sortie du tuyau ». De même Mistral traduit espigage par « action d'épier, de former ses épis ; temps où les blés épient ».
On ne trouve le mot ni dans Du Cange, ni dans les dictionnaires de l'ancien provençal.
Le sens doit être le même que celui de gerbage, « droit sur les gerbes », donc : « droit sur les épis ».
Il faut noter que non seulement dans le Limousin, mais dans la partie méridionale du Berry et du Poitou, on dit encore aujourd'hui épiger, épigeot, etc. avec le ge = j.
— M. Albert Mazet présente une miniature, faisant partie de sa collection, qui est le portrait d'un Creusois, Arnaud-Léonard Guillon, commissaire des guerres sous le Premier Empire.
Les états de service de Guillon qui se trouvent aux archives communales de Felletin indiquent qu'il était né au Moutier-d'Ahun le 17 janvier 1768. Quartier-maître trésorier du bataillon de volontaires nationaux de la Creuse le 21 septembre 1792, il gravit successivement les divers échelons du Corps du Commissariat des guerres jusqu'à l'emploi de commissaire de 2e classe ; mis en demi-solde en 1817, lors de la formation du Corps de l'Intendance militaire, il fut fait chevalier de l'ordre de St-Louis en 1819 et fut mis à la retraite pour ancienneté de services en 1826. Il avait pris part à presque toutes les campagnes de 1792 à 1814. Nous ne connaissons pas la date et le lieu de son décès.
Sur la miniature, dont nous donnons ci-contre la reproduction, Guillon s'est fait représenter dans son costume militaire. Notre compatriote M. Jules Rouffet, artiste peintre, dont la collection de costumes militaires et la compétence sur cette question sont connues, a fourni à M. Mazet les indications suivantes :
Aux termes d'un arrêté du 27 messidor an VIII, l'habit des Commissaires des guerres était bleu céleste, avec veste, culotte et doublures blanches. Le règlement du 1er vendémiaire an XII leur donna le même habit avec culotte de drap bleu céleste, chapeau semi-bordé d'un galon de poil de chèvre de 6 centimètres de largeur, ganse d'argent arrêtée par un gros bouton, manteau en drap bleu de ciel, broderies en argent.
M. Rouffet sait que le costume de Guillon, vendu au Musée de l'Armée, était conforme à cette description.
M. Mazet présente un bouton provenant de l'uniforme de Guillon.
— M. Louis de Nussac a relevé, dans des ouvrages médicaux anciens, diverses mentions relatives aux eaux minérales d'Evaux. La note les indiquant est publiée à la suite du présent procès-verbal.
— Lecture est donnée d'une étude de MM. le docteur Bonnet et Pierre Larbaneix sur l'Eglise du Compeix. Cette étude sera publiée.
— M. Martinon a communiqué la Liste des électeurs [pour le département de la Creuse] nommés dans les assemblées primaires tenues en exécution de la loi du 12 août 1792 pour le choix des députés à la Convention nationale (Guéret, de l'Imprim. nationale, 1792, l'an quatrième de la Liberté, in-4°, 20 pages). Les noms sont classés par cantons, pour quelques-uns les adresses ne sont pas complètes ; ce document constitue un répertoire utile des notabilités du département.
— M. Porteau donne des explications sur le milliaire de Sardent qu'il avait examiné en septembre 1920 et qui a fait l'objet de la communication de MM. le docteur Bonnet et Larbaneix publiée à la suite du procès-verbal de la séance du 18 mai 1922 avec la lecture du milliaire par M. Porteau (Cf. ci-dessus page XXVII). Notre collègue annonce l'intention de rechercher sur le terrain la voie romaine dans la région de Sardent.
— M. Louis Lacrocq lit une note sur le tombeau de Georges d'Aubusson de La Feuillade, évêque de Metz. Cette note est publiée à la suite du présent procès-verbal.
NOTE LUE EN SÉANCE – ANALYSES ANCIENNES DES EAUX MINÉRALES D'ÉVAUX
Dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences depuis 1666 jusqu'à 1699, tome IV, M. Duclos, médecin ordinaire du roi, membre de cette académie, publia les Observations sur les eaux minérales de France faites en l'Académie royale des sciences de l'année 1670 et 1671. On lit dans ce travail, pages 67 et s. :
DE L'EAU D'EVAHON, OU EVOS, EN COMBRAILLES
L'eau de la grande source des Bains était très limpide et insipide. Elle a laissé, après son évaporation, 1/768 de résidence blanche et fibreuse de saveur saline, dont le sel séparé de sa terre avait du rapport au sel commun. Il n'a point changé sa couleur blanche au feu, et sa terre s'est presque toute dissoute dans le vinaigre distillé.
Cette eau avait été prise au printemps avec celle de la petite source de la ville, et parce que l'eau de cette petite source s'est trouvée différente de celle de la grande source des Bains, les observations qui en ont été faites sont rapportées sous une autre classe.
Page 76 : DE L'EAU D'EVAHON, DE LA PETITE SOURCE DE LA VILLE
Cette eau s'est trouvée différente de celle de la grande source des Bains d'Evahon. Elle a laissé après son évaporation 1/808 de résidence, très blanche et feuillée, de saveur saline, dont le sel s'est trouvé semblable à celui de l'eau de Néris, et a aussi contracté quelque verdeur au feu.
L'analyse des eaux d'Evaux donnée par Duclos fut contestée par Jean-François Chomel, qui reproduisit les Observations à la suite du Traité des eaux de Vichy publié en 1738 ; Chomel ayant fait à son tour l'examen de ces eaux : « d'une livre il en a tiré un peu plus de sept grains de résidence dont 1/8 était de la terre. La résidence trouvée précédemment par M. Duclos était près de la moitié moindre. Cet académicien croyait le sel de ces eaux analogue au sel marin, mais il paraît par les expériences de M. Chomel qu'au sel marin qu'elles contiennent il se joint un sel alcali naturel et un peu de soufre ». Ainsi s'exprime Buchoz dans son Dictionnaire des Eaux Minérales (1775, p. 315), à l'article de quelques lignes qu'il donne à Evaux.
Il est à remarquer, dans ces extraits, l'emploi du mot résidence équivalant aux termes actuels de résidu, dépôt.
Louis de Nussac.
NOTE LUE EN SÉANCE – LE TOMBEAU DE GEORGES D'AUBUSSON À LA CATHÉDRALE DE METZ
En visitant récemment la cathédrale de Metz, j'y ai vu le tombeau d'un Marchois, Georges d'Aubusson de La Feuillade, qui fut évêque de cette ville pendant près de trente ans.
Ce tombeau se trouve dans une des chapelles absidales qui contient les sépultures d'autres prélats (notamment de Mgr Dupont des Loges). Il est très simple et se compose de deux colonnettes en pierre calcaire à chapiteaux corinthiens avec des têtes d'angelots à la base et d'un fronton brisé de même pierre. Ces colonnettes encadrent la plaque de marbre noir sur laquelle est gravée l'épitaphe que surmonte l'écusson des Aubusson, la croix ancrée, avec le cordon du Saint-Esprit. Le tout paraît très restauré.
On trouvera ci-dessous le texte de cette épitaphe qui, après avoir rappelé que Georges d'Aubusson, avant de venir à Metz, avait rempli brillamment des missions d'ambassadeur à Venise et en Espagne, administré les diocèses de Gap et d'Embrun, loue avec quelques détails les œuvres du prélat à Metz.
Né en 1613, Georges d'Aubusson mourut à Metz le 12 mai 1697.
Nos Mémoires contiennent sa biographie sommaire dans l'étude de Z. Toumieux sur le comté de La Feuillade (tome XIV, pages 18-20). 25 juillet 1922. Louis Lacrocq.
D. O. M.
ET ÆTERNÆ MEMORIÆ
ILLVSTRISSIMI ET REVERENDISSIMI DOMINI
GEORGII D'AVBVSSON DE LA FEVILLADE
ECCLESIÆ METENSIS EPISCOPI.
LEGATVS AD VENETOS ET HISPANOS MISSVS
SVMMA ANIMI SOLERTIA ET BLANDA SERMONIS
SVAVITATE
EXTERORVM ADMIRATIONEM SIMVL ET AMOREM
SIBI CONCILIAVIT.
POSTQVAM ECCLESIAS VAPINCENSEM
MOX EMBRODVNENSEM SAPIENTER REXIT
PER ANNOS XXVIII METIS PRÆSVL DATVS
TOTVS CARO GREGI SESE DEVOVIT.
AMPLISSIMARVM OPVM FIDELIS DISPENSATOR
SANCTI GEORGII ÆDEM A FVNDAMENTIS EVEXIT
SANCTI NICOLAI DILAPSAM REPARAVIT
VT PAVPERVM SALVTI AC EGESTATI CONSVLERET
METIS ET MVSSIPONTE SEMINARIA INSTITVIT
PRO ADOLESCENTIBVS ARIS DESTINATIS.
PASTORIBVS SENIO ET LABORE CONFECTIS
ANNVOS REDITVS DE SVO CONSTITVIT.
OBIIT PLENVS DIERVM ET OPERVM
ANNO ÆTATIS SVÆ LXXXIV CVRRENTIS
SÆCVLI MDCXCVII DIE MAII XII
R. I. P.
SÉANCE DU 19 OCTOBRE 1922
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, comte de Beaufranchet, Briquet, Brunet, Christauflour, Ferrier, Filloux, Gallerand, Hugonnier, G. Jamot, Laborde, Lafay, Maillaud, Mazet, Pichon, Pluyaud, Ravoux, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Benoît, Blanchet, des Cheises, abbé Courteau, Coutisson des Bordes, docteur Deschamps, chanoine Parinet, Phérivong, Pissavy-Yvernault, abbé Savoyant, Valadeau.
— MM. Gérouilhe et Latrige ont été nommés officiers d'académie ; MM. Guingue et Pluyaud ont été promus officiers de l'instruction publique ; des félicitations sont adressées à nos collègues.
— M. le Président fait connaître que, conformément à des vœux précédemment émis par la Société, ont été classées comme monuments historiques : 1° l'église de Sagnat (arrêté du 19 août 1922) ; 2° la croix en pierre sculptée, du XVe siècle, de Nouhant (arrêté du 1er septembre 1922).
Un vœu est émis en faveur du classement des églises de La Nouaille et Bonnat.
— M. le Président annonce l'achèvement de la publication du Catalogue des plantes du Limousin, par M. Le Gendre. Le Bureau propose à l'assemblée d'offrir ses respectueuses félicitations et le titre de membre honoraire à M. Le Gendre, qui a mené à bien, avec une remarquable persévérance, ce travail d'une grande valeur scientifique. Cette proposition est acceptée à l'unanimité.
— Il est décidé que l'excursion de 1923 aura lieu à La Souterraine, Saint-Germain-Beaupré et Sagnat.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Eugène Alluaud, artiste peintre, chevalier de la Légion d'honneur, à Limoges et à Crozant ; Batut, pharmacien à Bourganeuf ; Boucher, directeur de l'école annexe de Guéret ; Dumont, receveur des domaines en retraite à Châtelus-Malvaleix ; Mme Léon Jouannet, au château de Beauvais, par Bussière-Dunoise ; MM. Henri Lemaigre, industriel à Ivry-la-Bataille ; André Monnet, ingénieur des constructions civiles à Saint-Etienne ; Alexandre Perron, négociant et conseiller d'arrondissement à Dun-le-Palleteau ; Louis Rebière, ingénieur des arts et manufactures, directeur de l'usine Dunlop à Montluçon ; Louis Rebière fils, étudiant à Montluçon ; Edmond Rochat, docteur en médecine, croix de guerre, à Clugnat ; Camille Sauty, éditeur à Paris.
ARCHIVES & BIBLIOTHÈQUE. — M. Adrien Blanchet, de l'Institut, membre honoraire, a fait don d'une lettre écrite de Gouzon, le 19 prairial an III, par de Saint-Vourry à Baraïlon, député de la Creuse à la Convention. En rappelant une pétition remise à celui-ci la lettre donne une intéressante indication : elle précise, en effet, que Baraïlon avait été envoyé en mission dans son propre département par la Convention et qu'il avait dû rentrer à Paris sans avoir achevé cette mission. L'auteur appartenait à une famille creusoise. Un cachet, partiellement brisé, portant l'initiale de son nom et une devise où on lit : gloria... Domini, est apposé sur la lettre.
M. Pellot, membre correspondant, a envoyé les notes et copies de pièces qu'il a réunies, au cours de son séjour pendant la guerre, à Dun-le-Palleteau, en dépouillant les archives communales de cette localité. Ce travail considérable, fait avec soin et compétence, a porté principalement sur les registres paroissiaux et les registres de délibérations du corps municipal de la période révolutionnaire. Il constitue pour notre histoire locale une documentation d'un grand intérêt. M. Pellot l'a généreusement abandonné à notre société, en lui laissant le soin de le publier comme elle le jugera à propos.
Nous avons reçu les dons suivants :
De M. René Fage le tirage à part de l'étude sur les Petites églises et églises rurales du Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) parue dans le Bulletin archéologique du Comité en 1920 ; il en sera rendu compte ;
De M. le commandant L. de La Bastide son étude sur Les voies romaines et les chemins au moyen-âge dans le département de la Charente (Angoulême, 1922, 79 pages et carte) ;
De M. Peignaud, caissier principal de la Caisse d'Epargne de Guéret, le compte-rendu (Guéret, imp. Adenis et Fouriaud) de la commémoration célébrée à Guéret le 9 juillet 1922 du 80e anniversaire de la fondation de cet établissement ; ce compte-rendu comprend un Historique de la Caisse par M. Louis Lacrocq ;
De M. Martinon l'exemplaire de la liste électorale de 1792 qui a fait l'objet d'une communication à la précédente séance ;
De M. Henri Hugon des thèses soutenues par des Creusois ;
De M. Audiau l'édition qu'il vient de publier (Paris, Delagrave, 1922) des poésies des Quatre troubadours d'Ussel.
Nous avons acheté un petit livre de piété imprimé à Guéret chez la veuve Betoulle en 1858 : L'Imitation de Jésus-Christ, traduite en vers français par M. Hautome, Inspecteur d'académie [à Guéret], suivie de diverses prières (284 pages).
MUSÉE. — Il a été donné par M. Peignaud un exemplaire de la plaquette en bronze représentant une allégorie de l'Epargne, signée P. V. Dautel et portant au revers cette inscription :
CAISSE D'EPARGNE DE GUERET.<br> 80me ANNIVERSAIRE DE SA FONDATION.
1842-1922
avec, à droite, les armes de Guéret. (H. 0,061 ; L. 0,050) ; — par M. Chicaud, agent-voyer à Dun-le-Palleteau, deux médailles de piété en cuivre, de forme ovale, avec anneau de suspension, trouvées à Dun-le-Palleteau dans les fouilles faites, sur l'emplacement de l'ancien cimetière, pour l'érection du monument aux morts ; ces médailles, dont l'une porte un personnage en buste à fort relief, ont des inscriptions très effacées ; elles paraissent être du XVIIIe siècle ; — par notre collègue M. Daraud l'exemplaire portant son nom de la plaquette en bronze commémorative du Banquet des maires (22 septembre 1900).
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée :
1° — D'une lettre de notre collègue, M. Emile Genevoix, pharmacien à Dun-le-Palleteau, relative à des secousses sismiques assez violentes ressenties à Dun le 12 octobre, entre 22 et 23 heures.
Plusieurs de nos collègues présents à la réunion fournissent à ce sujet des renseignements intéressants.
M. Lafay veut bien se charger de résumer les divers renseignements recueillis dans une note qui sera insérée à la suite du présent procès-verbal.
2° — D'une note de M. le chanoine Parinet reproduisant et commentant deux lettres écrites par le Père Lacordaire à M. Desal, supérieur du collège de Felletin, en 1848.
3° — D'une note de M. le commandant Bareige au sujet d'un registre manuscrit énumérant en détail les fondations et autres revenus de la paroisse de Saint-Fiel, établi en 1773.
Ces deux notes figureront à la fin du présent procès-verbal.
4° — D'une notice communiquée par M. l'abbé Courteau sur le peintre Louis Janmot, d'origine aubussonnaise, et dont l'auteur est M. F. Thiollier, petit-fils du peintre.
Louis Janmot, né à Lyon en 1814, mourut en 1892 ; son père, Léonard Janmot, était né à Aubusson le 10 septembre 1771, et la généalogie de la famille, qui compta un certain nombre de tapissiers, a pu être retrouvée par M. l'abbé Courteau jusqu'en 1671, d'après les registres paroissiaux de la ville d'Aubusson.
Le peintre Janmot commença son éducation artistique à l'école Saint-Pierre de Lyon, puis entra à l'atelier d'Ingres, où il devint l'émule d'Hippolyte Flandrin. Parmi ses nombreuses œuvres, dont beaucoup sont remarquables, on peut citer : Le Christ au tombeau ; La Résurrection du fils de la veuve de Naïm (ces deux toiles sont dans l'église de Puget-Ville, Var) ; la fresque de l'Antiquaille à Lyon, représentant La Cène ; Le Poème de l'Ame, œuvre de longue haleine, comprenant 34 compositions importantes (18 peintures à l'huile et 16 cartons), accompagnées d'un poème en vers portant le même titre ; la décoration de la chapelle de Saint-Etienne dans l'église de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris ; les peintures de l'église de Saint-François-de-Sales et celles du plafond de l'Hôtel-de-Ville à Lyon ; des aquarelles représentant des paysages de Provence et d'Italie ; de nombreux portraits à l'huile, au pastel ou au crayon, parmi lesquels celui du P. Lacordaire, etc., etc.
Poète, fin lettré, passionné de musique, Louis Janmot était aussi un homme de cœur ; d'une grande sûreté de relations, il compta au nombre de ses amis le P. Lacordaire, Ozanam, de Laprade, de Montalembert, Rossini, Gounod, Corot, Berlioz, etc. Sous l'impulsion d'Ozanam, il créa à Lyon l'œuvre des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul. Il mourut en laissant le souvenir d'un homme supérieur chez qui la fidélité à ses convictions religieuses s'allia toujours à la tolérance et à la pratique du bien.
M. Louis Lacrocq indique qu'une notice très précise sur cet artiste, accompagnée de la liste de ses principales œuvres et d'une bibliographie, se trouve dans le Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art de la France (Lyonnais) par MM. Audin et Vial (Paris, Bibliothèque d'art et d'archéologie, 1918), tome I, page 451.
5° — D'une note de M. le docteur Rochat relative à la découverte de deux sarcophages à Clugnat.
Procédant à des travaux de nivellement dans la cour de la ferme de M. Jannet, un ouvrier a mis à jour un sarcophage présentant les particularités suivantes : taillé dans une pierre étrangère au pays, calcaire, de teinte gris jaunâtre, très friable, et analogue à la pierre des cercueils trouvés l'an dernier à Toulx-Sainte-Croix.
Les dimensions intérieures sont 1m,80 de longueur, 0m,52 de largeur à la tête et 0m,26 aux pieds ; l'épaisseur moyenne est de 0m,07. Le sarcophage était orienté exactement de l'ouest à l'est, la tête, à l'ouest, plus élevée que les pieds, et isolé du sol par quatre piles de pierre en forme de pain de sucre. La dalle qui devait le fermer n'a pas été retrouvée.
Il contenait comme ossements : un os frontal, un occipital, un maxillaire inférieur fendu en deux et portant encore toutes ses dents ; l'examen de ces dernières a permis de conclure que le sujet avait 25 à 40 ans. Il n'y avait pas de traces de bras, mais une partie d'os coxal et partie de deux fémurs et d'un tibia. Ces os étaient exactement à leur place, ce qui prouve que le sarcophage n'a jamais été touché. Sous les débris du squelette était une couche de sable fin l'isolant de la pierre.
En procédant à l'isolement du cercueil, l'ouvrier en a trouvé un autre de même nature et orienté de la même façon ; malheureusement ce second cercueil a été brisé en deux.
A diverses époques, d'autres sarcophages avaient été découverts dans le même terrain, mais tous étaient rectangulaires et taillés dans le granit du pays ; on en voit d'ailleurs encore un à demi-enterré au centre de la place Saint-Jean contiguë à la ferme de M. Jannet. Cette place était autrefois un cimetière, dans lequel s'élevait une chapelle dédiée à saint Jean (Cf. Pouillé de Nadaud, éd. Lecler, p. 531). Le cimetière a été supprimé en 1869 ; les ossements furent réunis en un ossuaire aménagé sous la chapelle qu'on reconstruisit.
— M. Baraille a envoyé en communication quatre pièces de monnaie romaines en bronze lui appartenant. Deux de ces pièces, dans un état parfait de conservation, sont à l'effigie de Dioclétien (284-305) ; le revers de l'une porte l'inscription Genio populi romani avec la figuration de ce génie tenant une corne d'abondance et une patère ; le revers de l'autre porte l'effigie de Jupiter. Les deux autres pièces, d'une lecture moins certaine, paraissent être à l'effigie de Constance Chlore (305-306). Les quatre pièces ont été trouvées, il y a une trentaine d'années, aux abords du village du Grand-Murat, commune de Bénévent-l'Abbaye, où des sépultures et des débris de constructions gallo-romaines ont été signalés (Cf. Mémoires, tome III, page 488).
— M. Albert Lacrocq a communiqué la photographie qu'il a faite, au mois d'août dernier, des restes d'un colombier au village du Pertuis, commune de Lafat, en y joignant les explications suivantes :
Ce colombier, visité en compagnie de notre collègue M. le docteur Riollet, qui l'avait signalé, était carré (3 mètres environ de côté) et élevé sur le porche qui donnait accès à la cour de la petite demeure seigneuriale du Pertuis, porte dont il est resté l'entrée en plein cintre sur l'extérieur et le départ du cintre à l'intérieur. Deux pans du colombier sont partiellement restés debout, l'un avec quatre rangs de boulins, l'autre avec huit. Ces boulins sont réunis deux par deux.
M. Enlart (Manuel d'Archéologie française, II, Architecture civile et militaire, Paris, 1904, p. 203), indique qu'en Auvergne il n'est pas rare que les colombiers surmontent la porte d'entrée de la ferme ; dans la Creuse, ce type paraît avoir été peu répandu.
Lecture est donnée :
1° — D'un article de M. Germouty sur Varillas et la politique de la Maison d'Autriche ;
2° — D'un article de M. René Fage sur Jean-Joseph Dumons, peintre du roi à Aubusson et à Beauvais ;
3° — D'un article de M. Valadeau sur le Dolmen de Saint-Priest-la-Feuille, accompagné d'un dessin de M. René Berthomier.
Ces divers travaux seront publiés.
NOTE LUE EN SÉANCE – DEUX LETTRES DU PÈRE LACORDAIRE AU SUPÉRIEUR DU COLLÈGE DE FELLETIN
Les luttes soutenues par Lacordaire pour la liberté de l'Eglise passionnaient les catholiques de France et en particulier un grand nombre de membres du clergé ; c'est ainsi que le Supérieur du collège de Felletin, M. Desal, âme enthousiaste et esprit impressionnable, était un ardent admirateur de l'illustre orateur. Après la Révolution de 1848 il le suivit dans son évolution politique et fut, dès son apparition, un chaud partisan de l'Ere nouvelle ; quelques uns de ses professeurs partageaient ses idées, en particulier l'abbé Pataux, plus tard membre de notre Société ; d'autres restaient fidèles aux directions de l'Univers (1).
Le prospectus de l'Ere nouvelle fut lancé le 1er mars 1848, revêtu des signatures du R. P. Lacordaire, de l'abbé Maret, Ozanam, de Coux, Ch. Sainte-Foi, Lorain, de Labaume, J.-P. Tessier, Gouraud. Le premier numéro parut le 5 avril.
Voici la lettre que Lacordaire écrivait le 11 mars 1848 à M. Desal au sujet du journal :
Paris, 11 mars 1848.
Monsieur le Supérieur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et je vous ai envoyé immédiatement quelques prospectus de l'Ere nouvelle que mes amis et moi nous voulons fonder pour venir au secours de l'Eglise de France dans la phase politique et sociale où nous sommes engagés. On m'avait proposé de prendre l'Univers ; mais ce journal a des charges considérables et il a été dirigé dans une ligne dont nous ne voulons ni suivre l'exemple ni accepter la responsabilité.
Les souscriptions ont pour but de couvrir les premiers frais d'établissement et de lancement sans recourir à la voie des actions, lesquelles constituent une propriété séparée de la direction spirituelle et qui ne tarde pas à gêner et à entraver celle-ci. Nous voulons que l'Ere nouvelle soit une œuvre collective et de dévouement. Si vous et vos amis, Monsieur le Supérieur, pouvez nous aider, je crois que vous rendrez un grand service à la cause de la religion et de notre patrie.
Veuillez agréer, Monsieur le Supérieur, l'expression de mes sentiments respectueux.
Fr. Henri-Dominique LACORDAIRE
des Fr. Prêcheurs.
Pour soutenir les idées qui lui étaient chères l'ancien polémiste de l'Avenir employa donc d'abord la presse : « un journal, écrivait-il, est une puissance pour le bien ou pour le mal (2) » ; mais l'action par la parole, surtout dans l'assemblée qui dirigeait les affaires du pays, devait également tenter le puissant orateur ; « il accepta donc, s'il ne sollicita pas, dit un de ses historiens, d'être porté comme candidat à l'Assemblée nationale sur la liste de plusieurs départements (1) ». La lettre suivante, qu'il adressa à M. Desal, semble indiquer que l'idée de sa candidature avait été agitée dans la Creuse.
Paris, 26 mars 1848.
Monsieur le Supérieur,
Je suis en effet porté à Paris et dans plusieurs départements comme candidat à l'Assemblée nationale et il me paraît inutile de compliquer vos élections de ma candidature, bien qu'on ne soit jamais assuré du succès en tel ou tel lieu. Je me borne à vous énoncer le fait, m'en rapportant à votre prudence.
Veuillez agréer, Monsieur le Supérieur, l'expression de mes sentiments respectueux et dévoués.
Fr. Henri-Dominique LACORDAIRE
des Fr. Préch.
Il ne fut pas donné suite à ce projet et le Père Lacordaire, présenté à Paris où il obtint 62.333 voix, dans les Côtes-du-Nord, dans la Mayenne, dans l'Isère, dans le Var et dans les Bouches-du-Rhône, fut élu dans ce dernier département. Son élection fut validée sans opposition et il se rendit à l'Assemblée nationale avec son costume de Dominicain qui fut acclamé par la foule. Chanoine Parinet.
(1) Voici d'après l'Ordo diocésain les noms des principaux membres du corps professoral du collège de Felletin, en 1848 : MM. Laurent, économe, Chapelle, professeur de philosophie, de Cessac, professeur de mathématiques, Richard-de-Latour, Malaure, Lecour, Florand, Migeon, Pataux, Laval, Baleynaud, etc.
(2) L'Ere nouvelle, 20 avril 1848.
NOTE LUE EN SÉANCE – LES REVENUS DE LA CURE DE SAINT-FIEL AU XVIIIe SIÈCLE
Grâce à l'obligeance de M. l'abbé Chaussat, curé de Glénic et desservant de la paroisse de Saint-Fiel, nous avons eu communication d'un manuscrit qui a pour titre : Registre ou lièue des fondations et autres revenus de la cure de Saint-Fiel commençant au mois de janvier de l'année 1773 en continuation de celui fait par M. René Bandi, curé de Saint-Fiel, le 7 juillet 1757 en conformité à l'ordonnance de réduction de Mgr l'évêque du 28 janvier de la même année.
Ce registre appartient aux archives de la paroisse de Saint-Fiel et avait été établi par M. Antoine Banassat, qui fut curé de cette paroisse de 1772 à 1792.
Pour sa notice La Cure de Saint-Fiel sous l'Ancien régime (Mémoires de notre Société, tome XI, pages 80 et s.) M. le chanoine Dardy a utilisé ce document, mais les indications qu'il y a prises sont loin d'être complètes et il nous a paru utile d'en présenter une analyse méthodique.
Tenue avec un soin méticuleux, la lièue porte, jusqu'en 1792, les acquits de chaque fondation qui étaient au nombre de 22 et représentaient annuellement 120 messes basses, 34 messes chantées et 8 services ; cinq de ces fondations avaient été faites par d'anciens curés de Saint-Fiel. Les 22 fondations s'échelonnaient de l'année 1626 à l'année 1785 et avaient été constituées soit par des capitaux dont le principal était à l'entière disposition du curé, soit, le plus souvent, par des rentes en argent ou en nature, soit enfin par des terres, pâturaux ou autres immeubles réunis aux biens de la cure ; c'est ainsi que furent successivement donnés : une grange, une écurie avec chambre au-dessus, un cellier avec grenier, un bûcher, deux petits jardins et deux pâturaux, sis au bourg de Saint-Fiel ; une terre, un pâtural et une masure, sis au village de La Barde.
Toutes les fondations de messes furent régulièrement acquittées jusqu'en 1792, époque à laquelle les rentes furent abolies et les biens du clergé vendus comme biens nationaux.
La seconde partie de la lièue établie par M. Banassat fait connaître en détail les différentes dîmes qui appartenaient à la cure de Saint-Fiel :
1° — DÎME DU BOURG, CROZE ET CHAVANAT.
La moitié de cette dîme appartenait au chapitre de N.-D. de Guéret ; l'autre moitié revenait à la cure de Saint-Fiel et produisait en moyenne 36 setiers de blé et 3 setiers d'orge.
2° — DÎME DE LA VILLETELLE.
Elle appartenait en entier au curé et produisait en moyenne 34 setiers de blé et 2 d'orge.
3° — DÎME D'ARDILAT, CHAMPREDON, LE ROUDEAU ET LA BARDE.
La dîme des villages d'Ardilat, Champredon et La Barde revenait par tiers au curé de Saint-Fiel, au prieur d'Anzême et aux prêtres communalistes de Guéret ; ces derniers versaient un quart de leur part aux religieuses de Blessac.
La dîme du village du Roudeau se partageait par moitié entre le curé de Saint-Fiel et les prêtres communalistes de Guéret.
La part de ces dîmes qui revenait au curé était affermée à longues années moyennant 15 setiers de blé.
4° — DÎME DE BOSCHABRAT.
Cette dîme appartenait en entier au curé de Saint-Fiel et rapportait en moyenne 15 setiers de blé et 1 setier et demi d'orge ou avoine.
5° — DÎME DES CHIERS ET LAVERGNE.
Cette dîme appartenait en entier au curé de Saint-Fiel ; elle était affermée et rapportait en moyenne 16 setiers de seigle, parfois quelques boisseaux de froment et de blé noir, 16 gluasses de paille et quelques poulets ou chapons.
En plus des grosses dîmes comprises dans les cinq paragraphes ci-dessus, le curé percevait dans un certain nombre de villages de sa paroisse les novales, dîmes spéciales prélevées sur les héritages mis en culture depuis moins de 40 ans.
L'ensemble des dîmes qui appartenait à la cure de Saint-Fiel représentait en moyenne 123 setiers de grains, soit environ 147 hectolitres, le setier mesure de Guéret valant 8 boisseaux de 22 livres, soit 6 doubles décalitres.
En fin de registre, M. Banassat avait ouvert un troisième chapitre intitulé : Des fonds appartenant à la cure de Saint-Fiel ; mais aucune inscription n'a été faite à cette rubrique.
Dans l'article cité plus haut, M. le chanoine Dardy a donné sur M. Banassat, des renseignements dont voici le résumé :
Antoine Banassat naquit à Guéret vers 1729 et prit possession de la cure de Saint-Fiel le 5 mai 1772. Prêtre de grande valeur, il se vit confier par son évêque les fonctions importantes de vice-gérant de l'officialité de Guéret, tout en assurant son ministère paroissial.
Lorsqu'éclata la Révolution les membres du clergé de la Hte-Marche, réunis à Guéret les 16 et 17 mars 1789, élurent comme députés aux Etats-Généraux MM. Banassat, curé de Saint-Fiel, et Goubert, curé de Saint-Silvain-Bellegarde.
A l'Assemblée nationale, M. Banassat vota toutes les mesures qui lui parurent équitables, mais il s'opposa énergiquement à toutes celles qu'il considéra comme iniques ou attentatoires à la foi catholique, telle la constitution civile du clergé, décrétée le 12 juillet 1790 et à laquelle il refusa de prêter serment à la séance du 4 janvier 1791. M. Banassat revint alors dans sa paroisse, mais dut bientôt l'abandonner par suite de son refus de prêter comme curé le serment qu'il avait refusé de prêter comme député. Mis en prison à Guéret ainsi qu'un certain nombre de ses confrères, il fut, en avril 1793, envoyé à Bordeaux afin d'être transporté à la Guyane ; mais comme il était âgé de plus de 60 ans, les membres du Directoire de la Gironde le renvoyèrent à Guéret, où il fut immédiatement remis en prison. En mars 1794, le représentant du peuple Vernerey, en mission dans la Creuse, prit un arrêté condamnant à la déportation, malgré son âge, M. Banassat ainsi que quatre autres prêtres du département ; tous furent envoyés à Rochefort pour être transportés à Cayenne, ainsi que 700 à 800 autres prêtres insermentés venus de divers points de la France. Entassés sur deux vaisseaux, ces prêtres restèrent en rade, où ils eurent à souffrir toutes sortes de tortures physiques et morales. De graves épidémies s'étant déclarées à bord, on débarqua les malheureux détenus à l'île d'Aix, où beaucoup succombèrent ; le vénérable curé de Saint-Fiel fut du nombre et mourut, martyr de sa foi, le 18 août 1794, à l'âge de 65 ans. Commandant Bareige.
NOTE RELATIVE AU TREMBLEMENT DE TERRE DU 12 OCTOBRE 1922
Trois secousses sismiques ont été ressenties à Guéret le jeudi soir 12 octobre, entre 22 h. 30 et 22 h. 45 ; elles paraissaient avoir la direction ouest-est.
La 1re, à 22 h. 30, fut particulièrement forte et dura 5 à 6 secondes ; elle provoqua une violente vibration des vitres et même des meubles : il semblait qu'un camion lourdement chargé arrivait, puis passait à toute vitesse.
La 2me, à 22 h. 36, fut presque aussi violente que la 1re, mais de moindre durée, environ 3 secondes.
La 3me, à 22 h. 45, fut beaucoup plus faible et ne dura qu'une seconde ; elle provoqua seulement une légère vibration des vitres.
Les deux premières ont été ressenties fortement, même par des personnes en plein air et notamment par des promeneurs sur la place Bonnyaud ; la 3me n'a été constatée qu'à l'intérieur des habitations.
Ces secousses ont été signalées dans les divers points de l'arrondissement de Guéret, dans une partie de l'arrondissement de Boussac (Bétête, Clugnat, Nouhant), le nord de l'arrondissement de Bourganeuf et la pointe nord-ouest de l'arrondissement d'Aubusson (Le Donzeil). Elles se sont même étendues dans la partie sud-est du département de l'Indre (La Châtre, Neuvy-Saint-Sépulchre) et le nord de celui de la Haute-Vienne (Saint-Sulpice-les-Feuilles). Par contre, rien n'aurait été ressenti dans le sud de la Creuse, non plus que dans les autres régions de l'Indre, notamment à Châteauroux et même à Argenton.
Les secousses ont été le plus violentes dans le nord du département. M. Genevoix, pharmacien à Dun, a fait connaître qu'elles ont été très intenses dans cette commune, les deux premières surtout ; elles ont donné l'impression d'une véritable explosion. Les portes ont réagi simultanément comme lorsqu'il se produit un déplacement d'air considérable ; les vitres ont tremblé et chez certains quincailliers les casseroles se sont entrechoquées. Un commerçant a cru à l'effondrement de son magasin de fer, un autre à l'explosion d'une tonne dans son chai.
M. Briquet, instituteur à La Chapelle-Baloue, a déclaré que des portes ont été ouvertes dans diverses maisons de cette commune et qu'à Saint-Sébastien des lampes auraient été renversées.
A Bussière-Dunoise, des gens ont cru à l'effondrement de leurs granges et sont allés avec des lanternes sur les lieux pour s'en rendre compte. Le même fait s'est produit à une autre extrémité de l'arrondissement, à Saint-Etienne-de-Fursac. On a eu la même impression à La Celle-Dunoise.
M. le comte de Beaufranchet a signalé que dans la région de Bétête, surtout dans la vallée de la Petite Creuse, les secousses ont été aussi très violentes ; dans un de ses domaines, des bouteilles ont été renversées sur la table de la maison.
Beaucoup de personnes dans le nord du département ont cru tout d'abord à une explosion de stocks de chedditte ou de mélinite à Eguzon, où l'on fait de grands travaux pour l'établissement d'une usine hydro-électrique ; d'autres à une explosion à la pyrotechnie de Bourges. De même dans la partie centrale et orientale du département, on avait pensé à l'explosion d'une poudrière à Montluçon. Partout, en un mot, on a bien eu l'impression de violentes détonations et non de simples grondements souterrains.
Un phénomène semblable s'était déjà produit à Guéret en 1913 et dans un rayon d'environ 30 kilomètres. Deux secousses avaient été ressenties le 27 mai, la 1re à 2 h. 1/2 du matin, la 2me à 6 heures. Cette dernière avait été très forte : à Guéret les meubles avaient été secoués plus violemment que cette année et les gens avaient été beaucoup plus effrayés. A. Lafay.