Séances de 2000

22 janvier 2000

En premier, Gérard GOUYET fait part de ses récentes découvertes au cours de prospections qu’il effectue. I! s’agit d’un cippe aux Razets (commune de Roches), d’une pierre de mesure à Rious dans la même commune, d’une villa gallo-romaine à Villelot (commune de Jouillat).

Patrick LÉGER se fait ensuite l’écho de la présence à la Petite-Baleyte (Ccommune de Pionnat) d’un souterrain découvert il y a une vingtaine d’années entre les parcelles 1026 et 1058. Renseignement fourni par Mme Lainé, institutrice.

A Victor SOUCHE revient de raconter par le menu une évasion de la prison de Dun en 1757. Les conditions de détention, bien que le régime y soit fruste, apparaissent empreintes d’une certaine bonhomie, ce qui facilitera grandement la fuite d’un des détenus. En dépit des recherches activées par la machine judiciaire, les efforts pour retrouver le fugitif resteront vains.

Daniel DAYEN traite d’un sujet plus actuel en présentant de façon synthétique les parlementaires du département sous la Troisième République. De 1871 à 1940, il furent cinquante à représenter le département : 27 députés, 11 sénateurs et 12 députés puis sénateurs, tous originaires de la Creuse à l’exception de Léonce de Lavergne, devenu propriétaire à Châtelus-le-Marcheix, d’Emile Palotte,
directeur des mines de Lavaveix, d’Oscar Berton, natif de la Charente mais marié à Crozant, et de René Viviani, né à Sidi-Bel-Abbès, député de la Seine avant de remplacer Antoine Desfarges dans l’arrondissement de Bourganeuf. On sait qu’il était président du Conseil en 1914. Furent également ministres François Binet et Albert Rivière, les autres détenant cependant presque tous des mandats locaux, en particulier au conseil général, assemblée que présidèrent Fayolle, Parry, Villard, Defumade et Chagnaud.
Leur mandat parlementaire fut parfois très court, comme celui de Léonce Marlaud, élu en 1912, ou le passage de Simonnet au Sénat et non réélu en 1914, ou de Frédéric Sauton, dont l’élection de janvier 1889 fut invalidée et qui fut remplacé en mars par Félix Lecler. La mort mit fin à la carrière de 17 d’entre eux, parfois .jeunes comme Amédée Le Faure ou Louis Bandy de Nalèche, parfois âgés comme
Lecler, élu il est vrai à 75 ans. Deux démissionnèrent, seize ne se représentèrent pas et 17 connurent J’échec, certains après une carrière bien remplie, comme Martin Nadaud, Auguste Lacôte ou le pourtant très populaire « Piarret » Mazière. Selon le schéma classique, députés et sénateurs de la Creuse furent d’abord des notables traditionnels puis appartinrent aux « couches nouvelles » chères à Gambetta, le remplacement intervenant au début des années 1890. Cependant, au cours de la première période aux côtés des derniers maillons de dynasties parlementaires comme Théophile ‘de Saincthorent, Louis de Nalèche et Emile Cornudet ou de “riches agriculteurs comme Armand Fourot, Eugène Parry et Honoré Martinon, on trouve des « self-made-men » : Martin Nadaud, bien sûr, mais aussi Lacôte et Desfarges, voire le docteur Moreau et Camille Cousset. Après les législatives de 1893 seront au contraire élus 12 fils de paysans certes aisés, 6 fils de commerçants et d’artisans, 4 fils d’instituteurs, 3 fils de notaires, eux-mêmes fils de paysans.
Au total, 33 parlementaires creusois ont fait des études supérieures, dont 24 des études de droit. Neuf semblent avoir suivi des études secondaires et huit ont seulement eu pour bagage un enseignement primaire, ce qui n’a pas empêché Connevot de devenir un important entrepreneur et Rivière d’être choisi comme ministre des Pensions. A l’exception des élus de 1871, et en particulier du légitimiste marquis de La Roche Aymon, les parlementaires de la Creuse furent toujours ou du moins se dirent-ils, de bons républicains, dont la majorité a appartenu à la famille radicale, étant entendu qu’il y a loin du radicalisme d’extrême gauche d’un Lacôte des années 1880 au radicalisme droitier d’un Chambonnet des années 1930.

Guy MARCHADIER vlôt la séance en présentant une carte d’admission délivrée par la société populaire de Champs-Froids, aujourd’hui Saint-Sulpice-les-Champs, et plusieurs photos montrant l’arrivée, en 1914, à La Courtine, centre d’internement, de nombreux ressortissants de pays ennemis.

 

18 mars 2000

Assemblée générale

Le président donne lecture du rapport d’activité pour l’année écoulée.

Le nombre des adhérents est en légère augmentation, atteignant un effectif de 680 membres environ, mais un effort de recrutement doit être poursuivi, compte tenu du vieillissement de la majorité des cotisants.

Au cours de 1999, les séances se sont tenues tous les deux mois et ont connu une fréquentation accrue. Ont été présentées 19 communications. Grande a été la variété des sujets abordés : histoire moderne (7 communications), archéologie (4), histoire littéraire (2), histoire du Moyen Age, histoire de l’art, histoire contemporaine…

Pour assurer un meilleur fonctionnement de la bibliothèque, la Société s’est dotée de matériel informatique. M. Saint-James a assuré la saisie des données alors que la municipalité de Guéret met à la disposition de la Société, les mercredis après-midi, une personne chargée de l’utilisation de l’ordinateur.

Afin de renouveler les accords du 3 septembre 1970 concernant le musée de Guéret, un inventaire des objets déposés par l’intermédiaire de la Société est en cours.

Le président porte ensuite à la connaissance de l’assemblée le dépôt à la bibliothèque par Mlle Sabourin de son fichier archéologique, consultable seulement avec autorisation de son auteur.

Le fascicule des Mémoires étant paru en décembre, il est indispensable, pour avancer la date de sa parution, que les auteurs d’articles fournissent leurs textes plus tôt.

Enfin, en 1999, une visite à l’issue de la séance de juillet, aux mottes de Drouilles, a été effectuée sous la conduite de Patrick Léger. Le 12 septembre, l'excursion annuelle, préparée par A. Carriat, P. Urien, G. Rommeluère, G. Le Hello, a conduit les participants visiter Brioude le matin, le village de Marengheol et le château de Parentignat l’après-midi.

En conclusion, le président se félicite de la poursuite régulière des interventions, confortées par l’informatisation de la bibliothèque.

Mis aux voix, le rapport d’activité est approuvé à l’unanimité.

A Mme Rommeluère, trésorière de la Société, revient de présenter le bilan financier.

Le compte de résultat 1999 se solde par un déficit de 19 517,73 F, dû, malgré une subvention à cet effet du Conseil général, à l’achat du matériel informatique. La situation de la trésorerie demeure cependant satisfaisante, s’élevant à 210 191,93 francs et permettra d’assurer normalement les publications prévues en 2000.

Après vérification des pièces comptables par deux délégués aux comptes, le rapport financier, mis aux voix, est approuvé à l’unanimité.

Pour l’année 2000, il est décidé de maintenir la cotisation à 160 francs.

Communications

Tout d’abord, Michel BASIN nous entretient de la bourgeoisie rurale et du système seigneurial aux XVIIe et XVIIIe siècles à Crozant.
Deux anecdotes concernant une même famille de Crozant illustrent l’attitude ambiguë de la bourgeoisie rurale vis-à-vis du système seigneurial aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dans la première, en 1672, on voit Me Gabriel Mongle, notaire royal, se poser, lors d’un procès, en critique acerbe des justices seigneuriales et du principe même de cette organisation socio-économique. Mais il se titre « sieur de La Maltière », et marie une de ses filles au moins à un gentilhomme. En 1745, son petit-fils achète le fief noble de Grandcher. La deuxième anecdote, située en 1779, montre le chef de famille, Pierre Mongie de La Maltière, chirurgien, tenter d’empêcher le mariage de sa nièce, qui veut épouser un charpentier, en venant au manoir de Grancher où elle réside, et en administrant une volée de coups de bâtons à son futur neveu. Le mariage s’est néanmoins fait, mais il est piquant de voir l’arrière-petit-fils du presque révolté de 1672 s’indigner en 1779 de ce qu’un charpentier puisse prétendre entrer dans la famille des Mongie et ainsi « devenir un jour seigneur décimateur ».

Ensuite, Jean BRUNET décrit une inscription latine sur granite réutilisée comme pierre d’angle d’une maison à Cornemule, commune de Lupersat. Coupée en deux, il n’en subsiste que la partie gauche, qui porte, sur quatre lignes : DIS / ET MI / TAVRIAM / TAVRLAM, et pourrait remonter au IIIe siècle après J.-C.
Il signale également, sur la même commune, au sommet du plateau escarpé du Puy d’Erouletas (alt. 697 m), un ensemble réparti sur S hectares et comprenant 28 cairns de tailles imposantes à parements soigneusement empilés. Ils réunissent de 5 à 60 m3 de matériaux chacun. Le tout est cerné de murs de soutènement en pierres sèches atteignant jusqu’à 2 mètres de hauteur. Un chemin longe le plateau à l’est, où l’on devine une ancienne chicane d’accès. On pourrait se trouver devant un oppidum (?) — nécropole antérieur à la conquête des Gaules. Des ouvrages dus aux bergers du Moyen Age (capitelle, abris coupe-vent) ont légèrement dénaturé le site. L’absence de points d’eau fait penser à une occupation occasionnelle.

Enfin, Henri GERBAUD s’interroge sur la paroisse d’origine du Marchois Michel Villedo qui devint, en 1636, maître général des bâtiments du roi, ponts et chaussées de France, et met en doute sa naissance, communément admise, à Pionnat.
Des documents conservés dans le minutier des notaires aux Archives nationales viennent corroborer cette intuition. Le testament de Jean Taradon, premier mari de Marguerite, sœur de Michel Villedo, rédigé en 1641, donne la véritable graphie du patronyme : Villedouaud. L’année suivante est vendu par Marguerite et sa sœur, Anne, le modeste bien familial sis à Clermonteix (Jarnages), où, selon toute vraisemblance, est né leur frère Michel. Comment s’expliquerait autrement le legs. qu’il fait, à l’article de sa mort, à l’église de Jarnages et à ses parents habitant la paroisse ?

 

20 mai 2000 - Royère-de-Vassivière

En premier lieu Mme Anne-Marie REYRE, maire de Royère, dresse un tableau du canton, s’attachant principalement à montrer l’intérêt touristique et archéologique qu’il présente.

A Géraldine THÉVENOT de présenter ensuite la première communication en traitant de l’église de Saint-Pardoux. L’édifice présente différentes campagnes de construction : à la fin du XIIe siècle sont élevés la nef et le chevet ; au XVe siècle, un bas-côté est ajouté au sud de la nef, et à l’ouest un clocher-porche. Des peintures murales accompagnaient le nouvel aménagement méridional ; malheureusement, il n’en reste aujourd'hui que des fragments : faux appareil, frises de trilobes, visages d’une femme et d’un enfant.

Jean-Louis BROILLIARD, lui, analyse une protestation adressée en 1789 à l’Assemblée nationale par Le Compeix. Le Compeix, choisi comme chef-lieu de canton dans un premier temps, a la désagréable surprise de se voir supplanté par Royère en avril 1790. Le mécontentement, partagé avec Saint-Pierre-le-Bost et Saint-Pardoux, prend la forme d’une sorte de supplique adressée à l’Assemblée nationale. Ce document s’étend sur les avantages du lieu, bien situé sur l’ancienne route de Bordeaux à Lyon, plus central, bien équipé en auberges, aussi peuplé que Royère. Tandis que ce dernier bourg est accusé d’être « sujet à la cabale », Le Compeix se donne le beau rôle en affichant un patriotisme sans égal. C’est ici que, depuis le mois d’août 1789, les pauvres habitants des campagnes viennent écouter «la bonne nouvelle » : les journaux contenant les décrets de l’Assemblée nationale sont lus dans des assemblées qui se tiennent tous les dimanches après l’office ; ils sont traduits en « langue vulgaire » pour permettre au pauvre laboureur de « se repaître de tant de faveurs ». Tous ces arguments sont restés sans effet.

Comme il est d’usage pour la séance décentralisée, Daniel DAYEN clôture la réunion en retraçant les élections cantonales de 1833 à nos jours. Depuis 1833 où ’élection a remplacé la nomination par le préfet, ce sont douze conseillers généraux qui se sont succédé pour le siège du canton de Royère. Le plus long mandat a été celui du docteur Ferrand, entre 1958 et 1992. Il avait remplacé Camille Bénassy, élu depuis la Libération. Fils d'instituteur, économe au lycée de Guéret, député de 1924 à 1928 et de 1931 à 1936, celui-ci avait déjà représenté le canton de 1919 à 1928, ayant alors été le premier élu de la S.F.I.O. à l’assemblée départementale. Mais une lutte fratricide l’opposa à l’instituteur Clément Vialatou qui l’emporta au renouvellement de 1928. Jean Bouteille, receveur de l’Enregistrement, avait auparavant remplacé Camille Riffaterre, conseiller de 1892 à 1910, qui avait été l’ami et l’exécuteur testamentaire de Martin Nadaud.
Au XIXe siècle avaient été successivement élus Silvain Cressant, propriétaire à Arfeuille, commune de Saint-Junien-la-Bregère, où il avait voulu établir une ferme-école, Léonard Coutisson-Dumas, notable traditionnel, le docteur Victor Cancalon et son frère Charles, greffier du tribunal de Bourganeuf, l’avocat Henri Pâquet, de Saint-Martin-Château, et Pierre Magadoux, notaire au même lieu. Le docteur Cancalon s’était livré à des expériences agronomiques dans son domaine d’Arfeuille, commune de Royère, et il a laissé une intéressante Agriculture du Centre. Farouche républicain, il soutint tant pour les élections municipales et cantonales que pour ses affaires privées des luttes épiques contre ses ennemis, au premier rang desquels Pâquet, Zénon Toumieux et le curé Touraille, luttes qui lui valurent même, quelques mois avant sa mort en 1890, d’être emprisonné pour diffamation à Bourganeuf. Le conseiller général actuel du canton est depuis 1992 Bernard Laborde, maire de Saint-Pardoux-Morterolles.

 

22 juillet 2000

Jacqueline SABOURIN retrace l’histoire du Moulin Rouge situé sur la commune de Saint-Médard-La-Rochette. Ce moulin se trouve sur la rive gauche de la Creuse, à un endroit où la vallée est assez resserrée entre deux lignes de collines culminant à 450 m et 500 m. Il a périodiquement été victime des crues plus ou moins importantes de la Creuse, les plus dramatiques semblent bien être celles de 1660 et de 1960.
À proximité immédiate des bâtiments actuels se trouvent des vestiges galloromains ; il s’agissait certainement d’une activité en liaison avec la rivière. L’histoire du Moulin Rouge est obscure jusqu’en 1815 où le cadastre donne le plan d’un modeste moulin. La construction abritant les personnes et les animaux était située à l’abri des crues les plus graves. Entre 1815 et 1843, les bâtiments sont regroupés, entièrement reconstruits dans la zone inondable. L’installation comprend en 1843 un moulin à blé, un moulin à huile et un moulin à chanvre. Le moulin à chanvre sera abandonné, mais des réparations importantes et même des reconstructions seront effectuées jusqu’à la fin du siècle. Le moulin semble assez prospère mais souffre du manque de route carrossable.
À partir de 1895, un nouveau propriétaire entreprend une reconstruction totale du moulin. Celui-ci est maintenant relié à la gare de Fourneaux par une vraie route. Le moulin artisanal avec son meunier n’existe plus ; on a maintenant une minoterie dirigée par un entrepreneur et fonctionnant avec des ouvriers. Puis le propriétaire s’avise que les transports sont un lourd handicap. Il crée une société et construit, près de la gare de Fourneaux, une minoterie qui fonctionne à l’électricité produite par une turbine située au Moulin Rouge et transportée par une ligne d’environ 1,5 km.
Ce moulin est entièrement détruit par un incendie le 11 novembre 1913 et ce sera la fin de toute activité de meunerie au Moulin Rouge. Ce dernier subira alors des fortunes diverses et souffrira surtout de manque d’entretien. En 1960, il sera très gravement endommagé par une crue catastrophique. Actuellement les bâtiments restants ont été consolidés et ils passent le seuil de l’an 2000.

Au tour de Laetitia REYGNAUD de faire l’inventaire des possessions des Célestins des Ternes (paroisse de Pionnat), de préciser l’étendue de ces biens et, cartes à l’appui, de montrer leur évolution depuis la fondation du prieuré en 1338 à sa suppression en 1771.

Comme il est d’usage en juillet, à l’issue de la séance, les assistants sont conviés à une visite, en l’occurrence celle des vestiges du prieuré des Ternes, où M. de Léobardy accueille la Société avec une exceptionnelle affabilité.

 

16 septembre 2000

La première communication est faite par Géraldine THÉVENOT qui rend compte des peintures murales découvertes dans la Creuse au cours de l’année 1999. A l’occasion d’études préalables ou de travaux de maçonnerie, différents décors peints sont apparus sur les murs de quatre églises creusoises. En juillet a été menée une étude des enduits peints intérieurs de l’église Sainte-Marie de La Chapelle-Baloue, découvrant différents décors : un faux appareil, des litres funéraires, des blasons du xVIr° siècle. En octobre, des sondages pratiqués dans la nef de l’église Saint- Barthélémy de Chénérailles ont mis au jour plusieurs époques de décorations murales, dont principalement une scène historiée, probablement du xur° siècle, et un décor ornemental de la fin du x siècle. Dans le même mois une campagne de sondages sur l’ensemble des murs de l’église Saint-Sulpice de Banize a livré un ensemble de peintures murales, essentiellement historiée, datant du xVvi° siècle et du début du xvir° siècle. En décembre, une intervention de conservation d’urgence a été effectuée sur les peintures murales récemment découvertes en rouvrant la baie axiale murée du chevet de l’église Saint-Martin de Boussac-Bourg. Les décors conservés entre la baie et le retable se composent de motifs géométriques : faux appareils, faux claveaux, dents de scie…, et d’une figure très mutilée d’un évêque. Deux époques de décorations ont été identifiées : le XIIe siècle et le XVe siècle.

C’est ensuite au tour de Jean JAMOT de nous raconter comment Chambon-sur- Voueize s’est organisée, au fil des années, pour se défendre contre les eaux. Depuis ses origines, Chambon a toujours été menacée par des inondations. Au Moyen Age, déjà, les bénédictins fondateurs d’un monastère avaient entrepris les premiers grand travaux : dérivation du cours d’une partie de la Voueize et de la Tardes et régulation d’un certain nombre de ruisseaux; ils avaient également construit trois ponts dont un seul subsiste aujourd’hui : le vieux pont ou pont roman sur la Voueize.
Mais les inondations ne cessaient pas pour autant, aggravées par des obstacles que constituaient les écluses du moulin banal de Bordet sur la place Saint-Eloi, dont Barailon demandait déjà la démolition vers 1780. Après les catastrophes de juin 1845 et surtout de 1859, un programme de grands travaux de défense était enfin élaboré avec l’autorisation de l’Empereur Napoléon III et grâce à des crédits obtenus par M. Delamarre, député de la Creuse et ancien préfet. En 1862, on commençait la construction d’un mur de défense sur la rive gauche de la Voueize, qui se poursuivait en 1863 avec la démolition de quatre maisons du carrefour de la Brèche et le nouveau pont Delamarre était élevé à 50 mètres environ du vieux pont Saint-Eloi en direction d’Evaux. On procédait ensuite à la destruction du moulin du sieur Roux et de sa digue.
Les travaux étaient sans doute terminés en 1870, mais le contentieux avec les riverains, et surtout le général de Courtais, ne prendront fin qu’en 1876. Malgré ces énormes travaux, Chambon connut encore d’autres calamités, notamment en 1940 et surtout en 1960, la Voueize emportant une partie de la digue. La municipalité décida alors, en 1963, le renforcement des murs de soutènement de la Voueize, le curage de la Tardes et surtout la construction d’une puissante digue de 700 mètres de longueur entre le pont neuf et le pont d’Evaux, bordée d’une voie nouvelle. Depuis cette date, Chambon n’a pas connu d’alertes notables. Cependant, la commune a été récemment dotée d’un plan de prévention des risques naturels prévisibles. Il aura pour conséquences de nouvelles dispositions d’urbanisme et des modifications de P.O.S. que le conseil municipal a accueillies avec de sérieuses réserves.

Une recherche originale conclut la séance : Jean-Pierre LARDUINAT, en traitant de l’onomastique creusoise, surprend et passionne son auditoire. Après avoir mis sur ordinateur les 16 725 patronymes différents recensés en 1997, l’analyste a pu dresser une liste de ceux qui sont représentés dans plus de 15 foyers, en précisant pour chacun d’eux le nombre d’occurrences. Comme il est habituel en France, Martin (316 fois) vient en tête, suivi de Moreau (285), Petit (260), Giraud (180), Vincent (151)... En comparant ces résultats à ceux obtenus dans les autres départements limousins, on constate une grande concordance entre Creuse et Haute- Vienne, et une différence très marquée avec la Corrèze. À pu être aussi établi un classement des « noms creusois », c’est-à-dire ceux pour lesquels les naissances sont plus fréquentes que dans les autres départements pendant la période 1890-1990. Aux premiers rangs : Peyrot, Malterre, Villatte, Delarbre…. De plus, les patronymes disparus ou en voie de disparition ont pu être repérés. 

 

18 novembre 2000

Patrick LÉGER et Serge GADY ouvrent la séance avec un compte rendu de la fouille effectuée en août 2000 sur le site médiéval de Drouilles (commune de Saint-Eloi).
La fouille concernait l’une des deux mottes, celle qui fut arasée dans la première moitié du x1x° siècle. Un sondage en tranchée a permis de situer le fossé est de cette motte, la base de sa construction et le fossé ouest. Dans le même temps, le levé topographique du site, complété par des sondages à la tarière, a permis de mieux comprendre l’organisation de ce site castral. L'organisation défensive du site, en fond de vallon, s’organisait à partir d’un étang baignant les mottes. Le mobilier recueilli lors de la fouille comprend des vestiges céramiques qui s’inscrivent dans un contexte de transition entre les périodes carolingiennes et capétiennes. Toutefois, le principal apport de ce sondage est la mise en évidence d'une couche comprenant de nombreux macro-restes, à la base du fossé séparant la motte existante de celle détruite. Cette couche de vase, qui n’a pas été fouillée, pourrait permettre d’apporter de nombreux renseignements sur les conditions de vie dans notre région au début des temps féodaux.

Guy Avizou fait ensuite l’historique de la construction de l’hôtel de ville de Guéret.
La construction de l’immeuble qui abrite aujourd’hui l’hôtel de ville de Guéret, la Chambre de commerce et d’industrie de la Creuse et la Chambre d’agriculture s’est déroulée entre 1931 et 1935, sur l’emplacement de l’ancien dépôt de remonte. Auparavant, l’hôtel de ville avait connu deux autres localisations : la première, dans l’immeuble situé à l’angle de l’actuelle rue de l’Ancienne Mairie et de la place du Marché, de 1777 à 1835, la deuxième dans l’immeuble du Présidial, de 1835 à 1935.
L’enclavement du Présidial, le développement des fonctions administratives autour de la place Bonnyaud, amena la municipalité à profiter de la décision de l’Etat de fermer le dépôt de remonte le 10 septembre 1926 pour édifier à son emplacement un nouvel hôtel de ville. La délibération officielle fut prise le 18 novembre 1928 par le conseil municipal sur proposition du maire Alfred Grand. Un concours d’architecte fut lancé. Le projet retenu fut celui d’un architecte guérétois, M. Chervy, associé à deux confrères parisiens, MM. Michel et Mahieu. Le montant prévisionnel des travaux s’élevait à 3 407 818 Francs.
Le bâtiment, en granit du Maupuy, est en forme de U avec une façade style néoclassique. Les deux ailes latérales sont destinées aux chambres consulaires, partenaires financiers de l’opération. La construction donna lieu à des polémiques passionnées. Ses détracteurs dénonçaient son coût exagéré pour les finances de la ville et le caractère prétentieux de l’édifice. Il fut inauguré le 31 mars 1935 par Marcel Regnier sénateur de l’Allier et ministre de l’Intérieur du cabinet Flandin.

Pour terminer la séance, Sandrine ALLÈGRE propose à l’assistance une rétrospective sur la Coopérative diamantaire « La Felletinoise ». Les origines de l’implantation d’une activité diamantaire à Felletin restent encore à éclaircir : y a-t-il eu création d’une taillerie impériale dès 1861 comme l’annonçait un article de L’Echo de la Creuse de la même année, ou a-t-il fallu attendre 1880 pour qu’un certain Blaise Vennat apporte ce savoir-faire dans la cité felletinoise ? En tout cas, une coopérative diamantaire a bien été fondée à Felletin dès 1906 et a fonctionné pendant tout le siècle. Sa création est d’ailleurs à l’origine de la création du premier mouvement syndical ouvrier du département de la Creuse. En 1912, la coopérative prend le nom de « La Felletinoise » et s’installe dans un bâtiment nouvellement construit sur les bords de la Creuse. À la veille de la guerre de 1914, on compte 80 ouvriers diamantaires à Felletin. Puis l’activité va voir se succéder de longues périodes de crise, la plus dure étant celle de 1948 obligeant de nombreux diamantaires à abandonner définitivement la profession. Alors que jusqu’alors se taillaient des diamants pour la joaillerie, les ouvriers vont devoir conquérir de nouveaux marchés et se spécialiser dans la taille de diamants industriels, secteur pour lequel la coopérative continuera de travailler jusqu’en 1982, date de sa fermeture définitive.