SÉANCE DU 17 JANVIER 1998
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles D. Basin, A. Bichet, L. Bournazel, M. Colombier, J. Desbeaux, C. Godard, S. Jarnageon, S. Métrich, D. Michon, S. Picaud, C. Pinet, J. Porcher, Ch. Riou, G. Rommeluère, S. Rousseau, F. Saint-James, S. Saumande, M. Taillemite, O. Vieilleribière ; MM. M. Basin, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Crépiat, St. Fradet, G. Gouyet, J. Jamot, P. Lamiraud, M. Lecoq, J.-P. Le Gall, P. Léger, Ph. Loy, R. Marcelot, F. Mimon, B. Minne, J. Picaud, J. Pion, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, G. Thibord, P. Urien, J.-P. Verguet.
Excusés. — Mme S. Caylus ; M. R. Auclair.
Admissions. — Une seule adhésion a été enregistrée, celle de M. Jean-Dominique Meunier, statisticien agricole, Le Trop, 23400 Saint-Amand-Jartoudeix.
Nécrologie. — La Société déplore le décès de trois de ses adhérents : celui du Dr Camille Aumasson, 23150 Ahun ; de Gaston Crépiat, 23200 Moutier-Rozeille ; de Michèle Prade, le Mas-Crépaud, 23500 Gioux.
Le Dr Camille Aumasson, décédé fin 1997, à l'âge de 92 ans, père du Dr Christiane Chaubier, maire d'Ahun, fut maire d'Ahun de 1944 à 1947, conseiller général de 1967 à 1979 et conseiller régional de 1973 à 1979. Il était également membre de notre Société depuis 1975 et président fondateur de l'Association de coordination et de développement des recherches archéologiques.
Bibliothèque. — Il nous a été donné par la M.J.C. La vicomté de Bridiers, de René Chatreix ; par le Cercle archéologique de Montluçon, 19 juin 1940. Bombardement de Montluçon et autres villes au sud de la Loire d'Alain Bisson ; par Maurice Piboule, des photocopies de ses études sur Budelière, Le Châtelet, Saint-Marien, Sainte-Radegonde et Viersat ; par Gérard Gouyet les numéros 219 à 320 de la Revue Archéologia, et les Dossiers archéologiques n<sup>os</sup> 210 à 219 ; par Paul Colmar, 9 documents photographiques (23,5 × 17,5 cm) dont 8 représentant des aspects de l'ancien hôpital de Guéret.
CHRONIQUE
Le 57<sup>e</sup> Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre se tiendra à Brive les 15, 16 et 17 mai. Le thème des communications sera « marchands, marchés et marchandises ».
D'autre part, un appel est lancé aux membres de la Société pour venir renforcer le bureau, notamment pour assurer les permanences des mercredis après-midi.
COMMUNICATIONS
Michel Basin présente la deuxième partie de son travail sur « La maison de La Chapelle-Baloue au temps du Roi-Soleil : des Tiercelin aux Châteautiers ».
Après la mort, le 14 juin 1692, lors du siège de Namur, de Jean-Louis Tiercelin de Rancé, comte de La Chapelle-Baloue, sa famille se trouve dans une situation très délicate en raison d'un endettement considérable qui a déjà provoqué la saisie réelle du domaine foncier. Le fils unique, Jean-Louis-Bernard meurt, enfant, deux ans plus tard, mettant fin à la lignée masculine des Tiercelin de Rancé. La mère de Jean-Louis, l'énergique Jeanne-Marie Turpin de Crissé, obtient néanmoins que l'administration des terres reste entre les mains de la famille. La veuve de Jean-Louis, Louise-Henriette d'Appelvoisin, aidée de son cousin, M. de Riparfond, négocie avec les créanciers un contrat d'union et d'abandonnement de biens dont l'habile gestion permet de gagner le temps nécessaire au mariage de l'héritière, Marie-Louise Tiercelin. Celle-ci épouse, le 17 avril 1697, Louis de Foudras, comte de Châteautiers en Mâconnais, ancien camarade de son père aux Mousquetaires, ancien capitaine aux Gardes-Françaises. La famille de Foudras, aidée de quelques amis, s'emploie dès lors à racheter la plus grande part des créances courant sur l'héritage de Marie-Louise, de telle sorte qu'elle acquiert une place prépondérante dans le groupe des créanciers, conjointement avec Joachim de Seiglière, seigneur de Boisfranc, un Marchois qui s'est enrichi en gérant pendant plus de trente ans les finances de Monsieur, frère du roi Louis XIV. M. de Boisfranc tente bien de parvenir à la vente des seigneuries de La Chapelle-Baloue, Le Châtelier, La Pouge, mais les Foudras parviennent à neutraliser ses efforts jusqu'à ce qu'il meure à 89 ans, en 1706. Le règlement final intervient en 1709-1711. La seigneurie de La Pouge et Naillat est vendue à André Rebière, assesseur en l'élection de Guéret, auteur des Rebières de Naillat. Les biens propres de Jeanne-Marie Turpin, morte à La Chapelle-Baloue en 1702, sont également vendus ou abandonnés. Madame de Châteautiers rachète aux créanciers, pour 170 200 livres, probablement fournis par son généreux mari, la seigneurie du Châtelier et le comté de La Chapelle-Baloue, dont elle avait, d'ailleurs, gardé la jouissance effective depuis son mariage. Ainsi, le comté de La Chapelle-Baloue, plus tard donné en dot à sa petite-fille, aura été transmis par voie familiale depuis le XI<sup>e</sup> siècle jusqu'à la Révolution. Mais la maison de La Chapelle-Baloue s'est éteinte avec la mort de Louise-Henriette d'Appelvoisin, en 1757.
Jean Jamot fait ensuite part à l'assistance d'un mémoire de Jean-François Barailon concernant l'hiver 1788-1789. Celui-ci a marqué son époque par sa forte personnalité ; ses nombreuses activités et surtout sa fulgurante carrière politique. Médecin à Chambon où il mourut en 1816, et médecin en chef de la généralité de Moulins, il a rédigé en 1789 un intéressant mémoire relatif au terrible hiver 1788-1789, notamment en Combraille et en Bourbonnais.
L'hiver s'est annoncé dès septembre avec des froids vifs et des gelées en octobre et novembre ; la neige a fait son apparition début décembre et le thermomètre est descendu jusqu'à — 23° à Aubusson à la fin du mois. Les premiers jours de janvier ont été très rigoureux avec — 24° à Chambon, le dégel survenant brusquement le 13 par suite d'une surprenante hausse des températures, surtout les derniers jours du mois avec + 15°, mais il faudra encore longtemps pour que la terre se ramollisse, étant gelée sur 45 cm de profondeur. L'auteur n'évoquant pas les périodes suivantes, on peut supposer que l'hiver s'est montré dès lors plus clément. Le froid excessif a eu pour conséquences de curieux effets et bien souvent catastrophiques : arbres éclatés, rivières prises par les glaces, moulins arrêtés, sources taries, quadrupèdes, oiseaux et poissons gelés, futailles et bouteilles brisées dans les meilleures caves... Néanmoins, Barailon estime que l'hiver 1789 fut peut-être moins rigoureux que ceux de 1709, 1766 et 1776, bien que le froid ait pénétré plus avant dans la terre et les appartements, parce que plus humides, en raison des intempéries. En décembre 1788 et janvier 1789, de nombreuses maladies ont été soignées avec plus ou moins de succès selon les régions : fluxions de poitrine, fièvres, coliques ainsi que des luxations, entorses et membres gelés, accidents provoqués par le froid ou les chutes. Médecins et chirurgiens ont noté d'étonnants symptômes et notamment des hémorragies par les cheveux ou par les talons en cas d'avortement. Tout aussi curieuses les pratiques médicales de l'époque : bains glacés auxquels on ajoutait du vin ou de l'eau-de-vie et lavements du même type ! Les animaux eux aussi n'ont pas été épargnés : chevaux et bêtes à cornes que l'on a soignés avec des diaphorétiques, bêtes à laine décimées par la clavelée ou des affections du foie que les vétérinaires n'ont pu guérir.
Barailon n'évoque que de façon succincte la vie quotidienne des populations durant ce terrible hiver qui fut sans doute un des plus rigoureux du XVIII<sup>e</sup> siècle. Néanmoins, le mémoire du médecin chambonnais, qui a vécu cette difficile période, a la valeur d'un document qui ajoute un témoignage authentique à l'histoire de la Combraille.
SÉANCE DU 21 MARS 1998
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles D. Basin, C. Beauchet, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, S. Chaix, J. Corriéras, M.-J. Crossay-Lestrade, C. Desthieux, C. Godard, S. Jarnageon, H. Jean, M.-L. Lecoq, J. Marest, S. Métrich, S. Nicolas, C. Pinet, J. Porcher, Ch. Riou, G. Rommeluère, A.-M. Rouet, S. Rousseau, S. Saumande, M. Taillemite, G. Thévenot ; MM. R. Barret, M. Basin, G. Bellon, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Crépiat, D. Dayen, B. Desthieux, St. Fradet, B. Habellion, P. Lamiraud, M. Lecoq, J.-P. Le Gall, M. Manville, R. Marcelot, F. Mimon, R. Nicoux, J. Pion, J. Rousseau, R. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien.
Excusés. — MM. R. Auclair, P. Léger, J. Marrane.
Admissions. — Deux nouvelles adhésions ont été enregistrées : Mme Anne-Marie Aymard, retraitée de l'Education nationale, Rizat, 23270 Ladapeyre ; M. Georges Gouny, professeur de Sciences naturelles, Boucheteau, 23280 Glénic.
Nécrologie. — La Société présente ses condoléances à la famille de M. Gustave Devaloir, 36200 Argenton-sur-Creuse. De même, elle rend hommage à la mémoire de Mme Bouvier dont nous déplorons le décès. Mme Bouvier était un membre très actif de notre Société, elle fréquentait assidûment la bibliothèque, avait classé le fonds Videau et avait rédigé un article sur « les tapisseries aubussonnaises de la cathédrale de Mende » en 1994. Elle participait également à la rédaction du bulletin municipal de Vigeville.
Bibliothèque. — D'une part ont été donnés, par Mme Bichet, de Fredo Bourdier, La hache et le missel ; par Mlle Sabourin, J'ai écouté dire : le français parlé en Creuse dont elle est l'auteur ; par Mlle Basset, de Victor Monmillon, Trois ans au régiment et Le duc d'Antin ; par les Archives départementales, La lettre de Nigremontis, n<sup>os</sup> 1 à 5 ; par Jean-Pierre Le Gall, bulletins municipaux de Peyrat-la-Nonière (n<sup>os</sup> 4 et 5) ; par Alain Beune-Audebert, un dossier Bible, saints et art chrétien et un livret pédagogique. La Société tient également à remercier Paul Colmar pour le don de photographies qu'il a fait à la bibliothèque. D'autre part, il a été acheté la réimpression d'Elie de Beaufort Recherches archéologiques dans la région de Saint-Benoît-du-Sault ainsi qu'un ouvrage de C. Andrault-Schmitt sur le Limousin gothique.
CHRONIQUE
Le 57<sup>e</sup> Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre se tiendra les 16 et 17 mai à Brive sur le thème « Marchands, marchés et marchandises ».
Le stage 1998 de formation à la prospection archéologique se déroulera du 21 au 24 avril au Saillant, commune de Voutezac (19). Les inscriptions doivent s'effectuer avant le 27 mars, ce stage étant gratuit.
L'excursion annuelle de la Société débutera par la visite à Châteauroux du musée Bertrand, puis se poursuivra par Déols (église romane), les sarcophages de saint Ludre et saint Léocade, et enfin visite de la ferme apicole de Chézelles.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
M. Taillemite, président, présente à l'assistance le rapport d'activité de la Société pour 1997.
Vie de la Société : Cette année, encore, le nombre des adhésions reste trop réduit puisqu'il compense tout juste celui des décès ou démissions. En 1997, en effet, nous n'avons enregistré que 16 adhésions pour 13 décès ou démissions. De même, le nombre des négligents qui oublient de régler leur cotisation reste relativement élevé : 40. Nos effectifs ont donc tendance à diminuer : 727 en 1994, 685 en 1997.
Tenue des séances : Nos séances se sont tenues régulièrement aux dates prévues et devant une assistance de plus en plus nombreuse (70 personnes lors de certaines séances). Sur les dix-neuf communications présentées, nous notons une communication d'histoire du Moyen Age, douze d'histoire moderne et contemporaine, cinq d'archéologie et une de sciences naturelles.
Convention avec la ville de Guéret : Le 18 août 1997, une convention modifiant celle du 3 septembre 1970 a été signée avec la ville de Guéret au sujet des collections du musée. Ce document permet à la Société d'être représentée au Conseil du musée par son président et trois de ses membres. C'est ainsi que le président a été associé à la procédure de recrutement de Mme Charlotte Riou, nouveau conservateur des musées de Guéret, suite au départ à la retraite de Mme du Vigneau.
Publications : Le volume des Mémoires a paru en novembre, et le tome XV des Etudes creusoises a été publié.
Excursion annuelle : La 68<sup>e</sup> excursion annuelle, préparée par Mme Bichet et MM. Carriat et Urien, nous a mené à Anzème, Le Bourg-d'Hem, Saint-Sulpice-le-Dunois, Dun-le-Palestel (visite de l'exposition de peinture « Les maîtres de la Creuse »), La Celle-Dunoise, Chéniers (visite de la tuilerie de Pouligny) et enfin à Malval.
COMMUNICATIONS
En début de séance, Pierre Urien fait part à l'assistance de la découverte faite par M. Jean Brunet, de Lupersat. Ce dernier a découvert un cippe gallo-romain en 1997 à Chambon-sur-Voueize, dans le lit de la Tardes. Il mesure 1 m de haut, a la forme d'un parallélépipède surmonté d'un dôme arrondi. Sur une face, on remarque une trace de sculpture à l'intérieur d'un cartouche : il s'agirait d'un laboureur poussant la charrue et tenant à la main une houe ?
Ensuite, Géraldine Thévenot expose le résultat de ses travaux sur l'église de La Souterraine. A la suite de la donation par Gérald de Crozant de sa villa « de Subterranea » à l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, au tout début du XI<sup>e</sup> siècle, prospéra un prieuré dont, aujourd'hui, le seul vestige significatif est l'église Notre-Dame de La Souterraine. L'étude de son architecture, accompagnée de son décor, permet de saisir les grandes campagnes de construction de l'édifice. En effet, la partie la plus ancienne, qui correspond à l'époque de la donation, se situe au centre de la crypte. A partir de ce noyau primitif s'étendit l'imposant monument. C'est à l'ouest, sur les deux premières travées, qu'un réel projet architectural tendant à bâtir un édifice cultuel dans le goût du temps se développa dans les années 1150. A partir de la troisième travée cette orientation romane, d'abord suivie, fut rapidement abandonnée pour un voûtement à croisées d'ogives offrant un éclairage direct du vaisseau central. Les dernières travées de la nef montrent la progression architecturale qui dut avoir lieu après 1170. Toutefois, ces nouvelles options s'intègrent dans une organisation générale encore romane de la nef. Enfin, les travaux de construction s'achevèrent par une troisième campagne unitaire concernant le transept et le chœur à l'extrême fin du XII<sup>e</sup> siècle et au tout début du XIII<sup>e</sup>. Quant au clocher occidental, il connut ces différentes campagnes d'édification, mais constructions ou reconstructions durèrent en fait jusqu'à la fin du Moyen Age.
Puis c'est au tour de Jean-Dominique Meunier de faire part à l'assemblée des observations qu'il a effectuées sur une fontaine à dévotions à Saint-Amand-Jartoudeix. Il précise auparavant le contexte archéologique. La commune est riche en traces d'occupation d'époque gallo-romaine, sans doute à rapprocher du passage de deux grands axes de circulation, la voie romaine Clermont-Limoges au nord, le chemin antique, plus direct, au sud. Située à 200 m de ce dernier, la fontaine dite « pêcherie du pêcher » est également proche d'une structure gallo-romaine et de l'emplacement d'une urne funéraire. La description qu'il donne du culte a été recueillie auprès d'une habitante du village du Trop, qui a participé à deux ou trois processions entre 1945 et 1955, date à laquelle la pratique semble avoir été abandonnée. Une douzaine d'habitants, une minorité, descendaient en silence sur les lieux ; ils s'agenouillaient en hémicycle et répétaient, à la suite de la doyenne qui portait aux creux de ses mains une petite statuette : « Sainte Calire, donne-nous de l'eau », trois fois, en français. Et ainsi de suite pendant neuf jours si la pluie n'arrivait pas. Il conclut son exposé en présentant la statuette, conservée au village depuis 1860 environ. Il s'agit plutôt d'une poupée à tête et pieds de cire en assez mauvais état, d'une vingtaine de centimètres, habillée richement et reposant sur un lit de fleurs en papier. Curieusement, elle est dénommée saint Théophile et un papier apocryphe mentionne qu'elle est invoquée pour faire venir le soleil ou faire cesser la pluie.
Enfin Bernard Desthieux termine cette séance en présentant un historique sur Fournoux. Fournoux est une vieille demeure, assez modeste, blottie au fond d'un vallon à l'écart des grandes voies de circulation, visible cependant de la route départementale 19, entre Bellegarde-en-Marche et Mainsat, sur le territoire de la commune de Champagnat. Elle domine la Tardes d'une trentaine de mètres, presque à pic, petite place forte marquant sans doute la limite entre la Haute-Marche et la Combraille.
C'est une bâtisse composite dont l'origine est très ancienne puisque le site en est repéré dès 636, comme portant une villa : villa quæ dicitur fornolis (dipl. ch. 11, 41), et cité plusieurs fois au Moyen Age sous l'appellation de apud fornols vers 1150-1200, fornol en 1191, fornols-los-sotras en 1203 dans le cartulaire de Bonlieu, puis Fornoulx, et enfin Fournoux ou Fourneaux dans les graphies modernes.
Le fief était tenu au Moyen Age par une famille « de Fournoux », probablement liée par vassalité, et sans doute apparentée à la famille de La Roche-Aymon. Le premier cité est un Hugues, dit « lo seschales », descendant d'Albertus, en 1194. Cette première branche étant éteinte au début du XVI<sup>e</sup> siècle, la seigneurie passe alors à Durand, fils bâtard de Louis II de La Roche-Aymon, puis à son fils François qui épousait en 1573 Gabrielle de Saint-Julien ; leur fils Gilbert épouse également une Saint-Julien, et cette union sans postérité fera passer ensuite le fief aux descendants des Saint-Julien.
L'auteur cite ensuite plusieurs passages d'un cahier précieux de souvenirs de famille où est relaté le mode de vie des personnes habitant ce genre de domaines au XIX<sup>e</sup> siècle : occupations quotidiennes, été comme hiver, repas, voyages à Clermont, etc. Puis il évoque rapidement les figures de ses ancêtres et parents, officiers, professeurs ou magistrats, et notamment celle de ses oncles : Jean Desthieux, homme de lettres, Jean et Henri Guitton, membres de l'Institut, qui passaient leurs vacances à Fournoux, au début du XX<sup>e</sup> siècle.
SÉANCE DU 23 MAI 1998 - PONTARION
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents : Mmes/Mlles T. Barthoux, A. Bichet, R. Caffy, M. Dayen, G. Groussaud, H. Mafaity, S. Manetti, J. Marest, S. Métrich, J. Porcher, F. Saint-James, M. Sourribes, M. Taillemite, G. Thévenot, L. Thévenot ; MM. R. Auclair, A. Barret, R. Barret, A. Caffy, A. Carriat, P. Collin, P. Crépiat, D. Dayen, R. Groussaud, H. Lacrocq, P. Lamiraud, J.-P. Larduinat, J.-L. Léger, R. Nicoux, J. Patiès, A. Poty, R. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien, J.-P. Verguet.
Excusés. — Mme G. Rommeluère ; MM. M. Basin, P. Léger, J. Marrane, J. Pion.
Admissions. — Ont adhéré à la Société : Mme Anne-Marie Auzelle, L'Age-Bardon, 23170 Viersat ; MM. David Glomot, 10, rue de Fontaubert, 87000 Limoges, Bernard Héraud, 27, Le Verger, 23000 Sainte-Feyre.
Nécrologie. — La Société déplore le décès d'un de ses membres, M. Frédéric Olivier, 52, avenue du Limousin, 23000 Guéret.
Bibliothèque. — Il a été acheté l'ouvrage de Ian Ralston, Les enceintes fortifiées du Limousin. Daniel Petot a fait don à la Société du livre Les sites protégés en Limousin.
CHRONIQUE
La date de la séance du mois de juillet a été fixée au 18.
COMMUNICATIONS
Pierre Urien commence la séance en faisant part à l'assistance d'une mise au point de Patrick Léger sur « le temple et les dieux » de Pontarion. Dans le tome premier des Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, Jean-François Bonnafoux signale un temple lié à Priape situé dans le bourg de Pontarion. Cette note lacunaire est reprise par les archéologues creusois, sans plus de précisions, et le plus souvent en émettant des doutes sur la réalité de ce site archéologique. Une recherche dans les publications anciennes, et surtout dans les notes manuscrites de Bonnafoux et de Bosvieux, apporte des éléments nouveaux. Un bas-relief représentant un couple de personnages nus existait au-dessus d'une porte d'une maison du bourg. Cette maison fut détruite vers 1820. Les études comparatives de cette double figuration avec des représentations similaires, notamment la stèle d'Usseau, dans les Deux-Sèvres, permettent d'assurer la présence à Pontarion d'un couple de dieux gaulois de la fécondité.
Puis Géraldine Thévenot présente les peintures murales de l'église de Vidaillat. En 1990, des peintures murales ont été dégagées sur les voûtes de l'église. Il s'agit de peintures purement ornementales imitant le dessin de pierres et couvrant les organes de l'architecture : arcs doubleaux, arcs formerets, nervures. Sur les voûtains sont également peintes des bandes végétales évoquant d'autres nervures, mais en trompe-l'œil. Les colonnes sont aussi colorées. Ces peintures murales datent de la seconde moitié du XV<sup>e</sup> siècle.
Ensuite, Amédée Carriat expose l'intérêt dispensé en 1998 par Le Page disgracié. A la veille bientôt du quatrième centenaire de sa naissance, lire Le Page disgracié, de Tristan L'Hermite (1601-1655), c'est aborder l'écrivain, essentiellement poète et dramaturge, par son œuvre sans doute la plus accessible. On en mesure de plus en plus l'importance dans la production romanesque du XVII<sup>e</sup> siècle. Ce roman d'enfance et d'adolescence, paru en 1642-1643, est sans équivalent en son siècle. Ce n'est ni L'Astrée, ni Francion, ni Le Roman comique, ni La Princesse de Clèves. Mi-autobiographique mi-fiction, il offre, en une centaine de courts chapitres, une extrême variété de tons, entre divertissement et aspects tragiques de la vie. Que l'enfance ait été marquée par de réjouissantes tribulations et surtout par la passion du jeu, que se déroule ensuite une longue aventure sentimentale en Angleterre (sans doute imaginée), qu'à son retour en France l'adolescent coure les routes du royaume et prenne plaisir au spectacle du monde, la leçon qui se dégage est que la vie rêvée finit par s'effacer devant les désillusions du réel. Tiré de l'oubli en 1898, aujourd'hui Le Page, œuvre majeure de notre patrimoine littéraire, est mis à la portée de tous par sa publication dans la collection « Folio » chez Gallimard.
Enfin, Daniel Dayen termine cette série de communications en présentant « Les 15 conseillers généraux du canton de Pontarion ». Depuis 1833, date à laquelle les conseillers généraux cessèrent d'être nommés pour être élus, d'abord au suffrage censitaire, puis au suffrage universel masculin, 15 personnalités ont représenté le canton de Pontarion, chiffre plus élevé que la moyenne, car il n'y eut pas de mandats très longs. Adrien Lavaud occupa cependant la fonction pendant vingt ans, de 1871 à 1891. Plus récemment, Claude Chazeirat (1976-1994) et son prédécesseur, Georges Mercier (1958-1975), ont également eu un mandat d'une respectable durée. Dans la liste, on relève des noms qui ont compté dans l'histoire creusoise, comme le docteur Villard (1891-1907), maire de Guéret, sénateur et historien, ou comme le « médecin des pauvres », le docteur Vincent, de Sardent, qui fut président de la Fédération des œuvres laïques du département. Deux conseillers furent en fait totalement étrangers au département. En 1846, Emile de Girardin imposa son associé, Laurent Boutmy, dont le fils fut plus tard le fondateur de l'Ecole libre des Sciences politiques. L'élection fut fort contestée et donna lieu à un retentissant procès pour achat d'électeurs, auquel s'intéressa la presse nationale tout entière. Au décès d'Emile Aucante, conseiller de 1907 à 1912, c'est René Viviani, député de l'arrondissement, qui le remplaça, jusqu'à son décès, survenu en 1925. Pontarion est donc le seul canton de la Creuse à avoir eu un conseiller général qui fut un temps président du Conseil, mais né, il est vrai, à Sidi Bel-Abbès ! Occupèrent également le siège Etienne Tixier-Lachapelle (1833-1845), Marien Martinet (1848-1852), Valéry Fourest (1852-1867), Frédéric Laumont (1867-1871), Amédée Peyrot (1935-1940 et 1945-1951) et Jean Dumet (1951-1958). Rappelons que le conseiller actuel est, depuis 1994, Jacky Guillon, maire de Pontarion.
SÉANCE DU 18 JUILLET 1998
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, A. Bichet, L. Bournazel, B. Bouvier, Y. Coudert, C. Devaux, M.-L. Lecoq, J. Marest, S. Métrich, S. Moreigne, J. Porcher, G. Rommeluère, J. Sabourin, F. Saint-James ; MM. G. Bellon, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, G. Coudert, D. Dayen, D. Devaux, R. Devaux, St. Fradet, G. Gouyet, H. Lacrocq, M. Lecoq, J.-L. Léger, R. Marcelot, F. Mimon, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier.
Excusés. — MM. R. Auclair, J. Pion, P. Urien.
Admissions. — Deux nouveaux membres ont adhéré à la Société : Mme Françoise Champeymaud, pharmacienne en retraite, 7, Grande Rue, 23250 Saint-Hilaire-le-Château ; M. Jean-Louis Marçot, informaticien chercheur, 3, rue de Beaujeu, 94100 Saint-Maur.
Nécrologie. — La Société déplore le décès du Docteur Dumont, de Paris, membre à vie.
Bibliothèque. — Gérard Gouyet a offert à notre bibliothèque Etudes sur le néolithique de la région Centre et le Guide des musées de la région Centre. De même ont été enregistrés en dons, d'André Mavignier, Le tambour de Creuse ; de l'association « Les maçons de la Creuse », bulletin n° 2, ainsi que le catalogue de l'exposition Martin Nadaud, de Daniel Petit Les sites protégés de la Haute-Vienne. Il a également été acheté Les habitats protohistoriques de la France méditerranéenne, de René Létolle et Hocine Bendjoudi Histoires d'une mer au Sahara.
CHRONIQUE
Viennent de paraître, dus à deux de nos membres, les ouvrages qui suivent : de Daniel Dayen, Martin Nadaud, ouvrier maçon et député 1815-1898 ; par André Mavigner, Le tambour de Creuse, l'un et l'autre aux Editions Souny.
COMMUNICATIONS
Jacqueline Sabourin nous fait découvrir les structures en pierres sèches de la région du Compeix (commune de Saint-Pierre-Bellevue). Le hasard des randonnées d'un promeneur observateur et l'examen de la photo aérienne ont permis la découverte de différentes structures en pierres sèches sur la colline dominant au sud le village du Compeix. Il s'agit principalement d'une enceinte de forme grossièrement ovale dont les axes mesurent environ 380 m du nord au sud et 260 m d'est en ouest. Le pourtour mesure entre 1 000 et 1 100 m et inclut une superficie d'environ 7 ha. Elle est constituée d'un cordon de pierres de 2 à 3 m de large dans les parties étroites, de 7 à 10 m dans les parties élargies. Cette enceinte n'a aucun caractère défensif, ne peut être liée ni à un habitat ni à une activité agricole, tous deux très improbables sur ces hauteurs inhospitalières particulièrement ingrates. Il pourrait s'agir d'une structure préhistorique cultuelle ou funéraire. L'observation sur le terrain a amené à découvrir d'autres éléments liés ou non à l'enceinte. Elle a aussi permis de retrouver les traces de l'activité des carriers et également, celles, plus discrètes, de la présence des bergers.
Avec Jean-Luc Léger, c'est la carrière d'un chroniqueur sportif aux nombreuses attaches creusoises, Roger Dépagniat, qui est retracée. Né à Paris en 1891, il est le fils d'un entrepreneur de maçonnerie. A 20 ans, ses études achevées, il se fait journaliste sportif et publie, en 1911, une étude, Les sports dans l'Antiquité, préfacée par Henri Desgrange, puis Les Martyrs de l'aviation (1912 ; 1914), comportant introduction de Maurice Barrès pour le premier volume, de Paul Painlevé pour le second. Malheureusement, la correspondance échangée avec Pierre de Coubertin avec qui il était lié n'est pas présentement accessible. Après la Grande Guerre, Roger Dépagniat rédige en grande partie et édite un Grand annuaire des littérateurs et des notabilités artistiques contemporaines (1922). Dépagniat est décédé à Paris en 1974.
Comme il est de tradition en juillet, la séance est suivie d'une visite, celle du château de Jouillat où, fort aimablement, M. Jacques Chevereau accueille les membres de la Société.
SÉANCE DU 19 SEPTEMBRE 1998
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, A. Bichet, M. Colombier, M. Dayen, J. Desbeaux, G. Duguey, S. Jarnageon, S. Métrich, R. Parton, J. Porcher, A.-M. Rouet, M. Taillemite, O. Vieilleribière ; MM. M. Basin, G. Bellon, J. Bouvier, P. Bouyer, J.-L. Broilliard, R. Calinaud, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, A. Duguey, H. Gerbaud, G. Gouyet, P. Lamiraud, P. Léger, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, H. Parelon, R. Parton, J. Pion, P. Rigaud, J.-M. Rouet, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, G. Thibord, P. Urien.
Excusés. — Mmes C. Godard, G. Rommeluère ; M. R. Auclair.
Admissions. — Trois nouvelles adhésions ont été enregistrées. Ce sont celles de M. Didier Devaux, technicien en géologie, La Trémouille, 23270 Ladapeyre ; de M. Jacques Juillet, préfet de région honoraire, 30, rue du Pré, 06400 Cannes ; de M. Jean-François Moreigne, fonctionnaire, 18, avenue Charles de Gaulle, 23000 Guéret.
Nécrologie. — La Société déplore la disparition de quatre de ses membres : Mme Pierrette Truffy, 1, allée du Verger, 23400 Bourganeuf ; Mme Germaine Moreau, 6, impasse Fernand-Maillaud, 23000 Guéret ; Mme Suzanne Conchon, 12, bd Guillaumin, 23000 Guéret ; M. Maurice Sourioux, 23260 La Villetelle.
Maurice Sourioux a beaucoup paricipé à la vie de la Société en rédigeant plusieurs articles. Notamment en 1981, il faisait, en collaboration avec Henri Hours, une étude sur la réparation de la chapelle de Notre-Dame de La Borne. En 1984, il s'intéressait à la seigneurie de Lavaud-Promis ; en 1988, il continuait ses travaux sur la seigneurie de Lavaud-Promis et la dîme de Marcenat. En 1993, les Archives départementales déménagent et ne peuvent assurer la préparation de l'exposition sur le canton de Crocq pour la séance foraine de la Société. Maurice Sourioux prête alors de nombreux documents pour réaliser cette exposition. Enfin, en 1997, il fait don à la Société de deux portraits de Jules Sandeau et de 14 cartes du département, dont quatre anciennes.
Bibliothèque. — De nombreux dons sont venus gonfler les collections de notre bibliothèque : Martial Busutil, Auriat, une commune creusoise à l'heure de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; Daniel Dayen, Martin Nadaud, ouvrier maçon et député 1815-1898 ; Maurice Piboule, Quelques communes des confins Creuse-Allier : Budelière, Nouhant, Soumans, Viersat, Leyrat, Verneiges ; Dr Chanterelle, Etudes des structures agricoles de la Creuse, 1970. Les structures d'accueil touristique dans le département de la Creuse, tomes 1 et 2, 1971 ; André Mavigner, Le tambour de Creuse.
CHRONIQUE
L'église de Saint-Frion (église du XIV<sup>e</sup> et ses deux chapelles du XVIII<sup>e</sup> siècle) a été classée monument historique à la suite de la découverte, le 18 décembre 1977, d'un décor peint, dans le chœur.
A Felletin, une maison (fin XV<sup>e</sup> début XVI<sup>e</sup>), rue Détournée, a été inscrite à l'inventaire supplémentaire. On note la présence d'un puits, d'une tour d'escalier avec porte à gable flamboyant, et de cheminées.
COMMUNICATIONS
Pierre Rigaud présente tout d'abord à l'assistance « un patrimoine méconnu : les minières de Combraille ». Sur 60 km de long, de Soumans (Creuse) à Condat-en-Combraille (Puy-de-Dôme), un des plus spectaculaires filons de quartz qu'on puisse observer en Europe prend en écharpe toute la Combraille. A ce filon, décrit par de Launay au début du siècle, est associé un district minier dont l'origine est indiscutablement très ancienne. Il s'agit de mines métalliques à ciel ouvert se présentant sous forme de dépressions allongées entourées de levées de stériles (haldes). La plupart des sites repérés actuellement correspondent vraisemblablement à des aurières. L'or est parfois visible sous forme de fines mouches disséminées dans les volants de quartz. Le résultat des prospections alluvionnaires effectuées par le B.R.G.M. dans les ruisseaux issus des bassins versants des sites s'est avéré positif. Sur le trajet du filon, un village porte le toponyme très caractéristique de Laurière. Au nord, les minières sont dispersées sur des filons annexes au décrochement quartzeux principal qui semble stérile ; au sud, les minières toutes parallèles entre elles sont localisées sur le décrochement lui-même. L'exemple de Villosanges est frappant : plus d'une dizaine d'aurières sont présentes dans une bande large de 400 m et longue de 3 km. Il est plus que probable qu'une partie au moins de ces exploitations a fonctionné à l'époque gallo-romaine vu la densité des vestiges de cette période aux abords des sites (habitats, nécropoles, voirie). Le fait que Carrono Vico (Charron, Creuse) et Caranciaco (Charensat, Puy-de-Dôme) aient été des lieux d'émission de monnaies mérovingiennes peut même suggérer une activité minière perdurant en Combraille jusqu'au V<sup>e</sup> ou VI<sup>e</sup> siècle. Malheureusement, ces minières sont actuellement détruites au bulldozer pour niveler les champs labourables et dessoucher les taillis avant enrésinement. Ces agissements sont assimilables à une dilapidation de patrimoine.
Patrick Léger décrit ensuite le « trésor de Pognat ». Une des plus extraordinaires découvertes d'objets précieux gallo-romains eut lieu en 1824 près du village de Pognat, commune de Sous-Parsat. Ce trésor se composait de 40 monnaies d'argent, de huit statues en bronze et en argent dont au moins une possédait une chaînette d'or, de deux grands plats, de patères et des cuillères également en argent. Les statuettes furent acquises par Maurice Ardent, puis dispersées. Deux sont conservées au Cabinet des médailles à Paris, les autres ont disparu. Le reste du trésor aurait été fondu « le jour même de la découverte » par un orfèvre d'Ahun. Les recherches conduites dans les publications anciennes et la découverte d'un vieux cahier de dessins d'Alphonse Morel permettent de mieux comprendre la réalité de cette très ancienne trouvaille, trésor d'un temple où était honoré le dieu Mercure.
Après quoi Amédée Carriat se penche sur « les différentes définitions du mot maçon à travers trois siècles de dictionnaires ». Du dépouillement des principaux dictionnaires de la langue française publiés au long de trois siècles, Amédée Carriat a tiré des constatations dont on n'a guère fait état jusqu'à ce jour. Tout commence avec le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière (1690). Y apparaissent premièrement cette acception peu flatteuse : « Maçon se dit figurément et par injure à toutes sortes d'ouvriers qui travaillent grossièrement et malproprement, à quelque besogne que ce soit » ; deuxièmement un sens nouveau pour le nom goujat, jusqu'alors valet de soldat : « Il y a aussi des ateliers de goujats, qui sont des valets de maçons et qui portent l'oiseau chargé de mortier. ». Au XVIII<sup>e</sup> siècle, le Dictionnaire de Trévoux reprend les définitions de Furetière. Au XIX<sup>e</sup> siècle, en dépit de quelques citations valorisantes, c'est cette mauvaise réputation qui est confirmée de dictionnaire en dictionnaire : par Bescherelle (1843) qui entérine l'équivalence travail de maçon et travail de goujat, par Littré (1863-1872), par Pierre Larousse dans son monumental Dictionnaire universel du XIX<sup>e</sup> siècle (1866-1876), par le Dictionnaire de l'Académie française (7<sup>e</sup> édition, 1878)... Une exception toutefois : le Dictionnaire général de la langue française de Hatzfeld, Darmesteter et Thomas occulte l'acception désobligeante, le père de notre savant compatriote ayant été entrepreneur de maçonnerie ! Au XX<sup>e</sup> siècle, mêmes allusions dépréciatives dans le Nouveau Larousse illustré (1897-1904), dont les deux notices sont reproduites à l'identique dans le Larousse du XX<sup>e</sup> siècle (1930-1933). Ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale qu'il ait fait silence définitivement sur le discrédit d'une profession aussi honorable que nécessaire — laquelle cependant n'avait pu accéder au compagnonnage. Mais, si l'on en doit croire les dictionnaires, est-ce au motif seulement que des tâches parcellaires et répétitives lui interdisaient la production de tout chef-d'œuvre ?
A Pierre Urien revient de clore la réunion par une évocation des journées de 1830, auxquelles à Paris les maçons creusois participèrent massivement. En effet, grand était leur mécontentement en raison du marasme frappant la construction, de la flambée du prix du pain, d'hivers particulièrement rigoureux brochant sur le tout. Au hasard de diverses relations des événements se rencontrent souvent des maçons sans que soit précisé s'il s'agit de Limousins, mais leur grand nombre dans les rangs des insurgés a étonné les contemporains. Les documents, même, font défaut pour identifier blessés et tués. On ne connaît les noms que d'une dizaine de Creusois parmi ces derniers. Dans la Creuse, la chute de Charles X fut accueillie, généralement, avec joie, accompagnée parfois de quelques manifestations d'anticléralisme sans gravité.
SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 1998
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, A.-M. Aymard, A. Bichet, F. Blanquart, L. Bournazel, J. Desbeaux, S. Jarnageon, J. Marest, S. Métrich, R. Nicoux, J. Porcher, G. Rommeluère, J. Sabourin, M. Taillemite, O. Vieilleribière ; MM. G. Avizou, M. Basin, G. Beaufils, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, B. Desthieux, St. Fradet, G. Gouyet, A. Guillon, B. Habellion, H. Lacrocq, P. Lamiraud, M. Lecoq, M. Manville, R. Marcelot, R. Nicoux, J. Picaud, J. Pion, R. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, G. Thibord, P. Urien, J.-P. Verguet.
Excusés. — Mmes S. Caylus, C. Godard, I. Maurin-Joffre, Ch. Riou ; M. F. Mimon.
Admissions. — Ont adhéré depuis la séance de septembre : MM. Guy Beaufils, retraité, Telline, 23270 Clugnat ; Mickaël Nouger, étudiant, 6, rue Poussin, 87000 Limoges.
Bibliothèque. — Sont venus enrichir la bibliothèque différents dons : du musée de Guéret, deux catalogues de l'exposition « Les peintres de la vallée de la Creuse, une colonie sous influence » ; du Conseil général, deux exemplaires de l'Atlas pratique de la Creuse ; de l'Association Maurice Dayras, son bulletin 1998 ; de M. Taillemite, le Dictionnaire généalogique : Familles d'Auvergne, par Albert de Remacle.
En sus, un anonyme a légué à la Société 16 eaux-fortes de Desbois.
CHRONIQUE
Le président annonce pour les 28, 29, 30 mai 1999 la tenue, à Bourges, du 58<sup>e</sup> Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre. Le thème retenu pour les communications est « La forêt, le bois et leurs produits ».
COMMUNICATIONS
En premier, Armand Tessier localise, dans la commune de Colondannes, le tracé de la faille de la Marche qu'elle traverse d'est en ouest. Il en résulte un partage du soubassement du territoire : nord à dominante de gneiss, sud constitué de leucogranites. Des failles secondaires, perpendiculaires à la précédente, sont empruntées par les cours de la Brézentine et de la Cazine. L'une d'entre elles entraîne une faible activité sismique. A proximité du Ris se rencontre une variété de microgranite ne figurant pas sur la carte géologique.
Puis Jean-Louis Broilliard commente deux minutes de notaire établissant que le Moutier-d'Ahun et Ahun ont tissé des tapisseries au début du XVII<sup>e</sup> siècle. Au Moutier-d'Ahun, la famille Bataille passe des contrats avec des marchands tapissiers d'Aubusson, soit pour en confectionner, soit pour en confectionner, et ce dès 1601. A Ahun, en 1630, deux tapissiers s'associent pour fabriquer des tapisseries pour le compte d'un marchand tapissier aubussonnais. Le fait que l'un d'eux, Léonard Jarnajon, est aussi régent et maître écrivain d'Ahun, confère à ce contrat une originalité certaine.
A Daniel Dayen revient ensuite d'évoquer les carrières des Bandy de Nalèche ayant depuis la Révolution connu la célébrité. Aux côtés des Cornudet, des Tixier-Lachapelle, des Sainthorent, des Voysin de Gartempe, des Coutisson, des Martinon et de quelques autres dynasties de notables creusois figurent en bon rang les Bandy de Nalèche, apparentés aux Grellet de Beauregard, aux Tibord du Chalard, aux Furgaud du Fot. Beaucoup de ces « brumairiens », qui avaient dû leur ascension sociale à la Révolution, furent remplacés dans le département par les « couches sociales nouvelles » chères à Gambetta, mais certains, tout en continuant à revenir régulièrement dans leur propriété familiale, occupèrent, essentiellement à Paris, des fonctions parfois importantes, ainsi Etienne de Nalèche (le Bandy ayant disparu), pendant longtemps directeur du vénérable Journal des Débats. Issu d'une lignée de marchands de tapis de Felletin propriétaires de la terre de Nalèche, près de Moutier-Rozeille, Léonard Bandy de La Chaud fut élu député du tiers état en 1789. Il ne se fit guère remarquer à l'Assemblée constituante et devint ensuite juge de paix de Felletin. Son fils, Gilbert, qui, le premier, prit le nom de Nalèche, accomplit une belle carrière militaire comme général de Napoléon, mais il compromit considérablement la fortune de la famille. Auguste, son fils, fut d'abord officier puis, sous la monarchie de Juillet, sous-préfet d'Aubusson pendant quatorze ans, avant d'être nommé inspecteur général des établissements de bienfaisance. Louis Bandy de Nalèche, issu de son mariage avec Françoise Petit-Laforest, la fille du notaire du Monteil-au-Vicomte, fut d'abord avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation. Rallié à la république conservatrice de Thiers, il fut élu en 1874 conseiller général du canton de Felletin et, en 1876, fut désigné comme candidat aux élections législatives par le comité républicain. Elu sans concurrent, il fut l'un des 363 protestataires contre la désignation du ministère de Broglie et il fut réélu en 1877 mais, déjà malade, il mourut en 1879, remplacé par Amédée Le Faure. Son fils Etienne, d'abord secrétaire d'ambassade, entra au Journal des Débats, dont la famille de sa femme possédait des actions, et il en devint directeur en 1895. Plus épicurien, son frère Gilbert fut le père de Françoise Chauvin, qu'il reconnut en 1936 et qui était devenue célèbre au cinéma sous le nom de Françoise Rosay. Dans La traversée d'une vie, celle-ci raconte comment, en 1940, elle vint se réfugier un moment à Nalèche et comment elle y fit son entrée, sa superbe Delahaye, en panne, tirée par des bœufs ! Ses enfants, issus de son mariage avec le cinéaste Jacques Feyder, ont assuré la postérité de la Famille.
Enfin, pour clore la séance, Etienne Taillemite retrace la vie de Michel-Régis Leblanc qui finit contre-amiral et mourut à Aubusson le 2 janvier 1890. Entré à l'Ecole navale à l'âge de 16 ans, il en sortit aspirant et fit campagne dans l'Atlantique, au cours de l'attaque du port mexicain de Veracruz. Très prisé par ses chefs, on le retrouve en 1844 dans l'océan Indien. Sa participation au bombardement de Tamatave lui vaut la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1844. Sous le Second Empire, son avancement se poursuit, soutenu par des protections, dont celle de Rouher. En dépit de plus de vingt-cinq années passées à la mer, Leblanc n'a pas atteint le sommet de la hiérarchie, le hasard a fait qu'il n'a pu s'illustrer dans des opérations militaires, et il a été desservi, après 1870, par ses sympathies bonapartistes. Le 27 octobre 1852, il avait épousé Thérèse Emma Rogier à Aubusson et c'est dans cette ville qu'il termina sa vie.
COMPOSITION DU CONSEIL D'ADMINISTRATION AU 20 MARS 1999
Etienne Taillemite, président ; Pierre Urien, vice-président ; Daniel Dayen, vice-président ; Muriel Colombier, secrétaire ; Patrick Léger, secrétaire-adjoint ; Gilliane Rommeluère, trésorière ; Gérard Gouyet, trésorier-adjoint ; Régis Saint-James, bibliothécaire ; Amédée Carriat, bibliothécaire-adjoint ; Charlotte Riou, conservateur des musées de Guéret (membre de droit) ; Michèle Giffault, conservateur du musée départemental de la Tapisserie à Aubusson (membre de droit) ; Isabelle Maurin-Joffre, directeur des services d'archives de la Creuse (membre de droit) ; Guy Avizou ; Michel Basin ; Andrée Bichet ; Jean-Louis Broilliard ; Henri Lacrocq ; Jean-Pierre Larduinat ; Michel Manville ; Roland Nicoux ; Victor Souche.