SÉANCE DU 26 JANVIER 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud et Théreil, MM. Barthon, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Gautier, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Lamatière.

Excusés : MM. le docteur Bordier, Foucart, Genevoix.

Des félicitations sont adressées à M. Faucher, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Le projet de statuts de la Fédération des sociétés savantes du Centre est adopté sans observations.

La Société émet le vœu que les lanternes des morts de Saint-Agnan-de-Versillat et de La Souterraine soient classées comme monuments historiques.

CLASSEMENT. — Par décret du 27 novembre 1932, les Pierres-Civières, commune de Saint-Léger-le-Guérétois, ont été classées comme site pittoresque.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Monnet, ancien maire du Grand-Bourg, et Pierre Larbaneix, membres titulaires, récemment décédés. M. le président rappelle la collaboration que M. Larbaneix avait apportée à nos travaux.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Augier, professeur de dessin au lycée de jeunes filles, à Guéret ; Mlle Lelarge, à Felletin ; Mlle Monnet, au Grand-Bourg ; MM. Bouchet, instituteur à Saint-Loup ; Jean Moreau, inspecteur des chemins de fer à Nantes ; Octave Nigon, ingénieur électricien à Guéret ; Jean Piton, greffier à La Souterraine ; Raynaud, instituteur à Saint-Sulpice-le-Guérétois ; Pierre Tournyol, à Romainville (Seine).

COMPTES ET BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1932 :

Recettes En caisse au 31 décembre 1931..................... 924,60
Subvention du département........................... 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret ..................... 2.500 »
Cotisations.......................................... 10.280 »
Vente de volumes des Mémoires ....................... 1.027,10
Intérêts de rente 5 % convertie...................... 191,60
16.423,30

Dépenses
Gardiens du Musée.................................... 1.800 »
Impression, brochage et clichés des Mémoires .......... 10.404,35
Frais d'envoi des Mémoires et recouvrement des cotisations. 1.130,45
Frais de bureau....................................... 670,85
Musée ................................................ 815,95
Bibliothèque.......................................... 460 »
Fête du Centenaire.................................... 700 »
15.981,60

RECETTES.............................................. 16.423,30
DÉPENSES.............................................. 15.981,60
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1932............... 441,70

Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris : un versement de membre bienfaiteur et cinq rachats de cotisations effectués pendant l'année 1932 qui ont été versés au livret de Caisse d'épargne. Celui-ci s'élève, au 31 décembre 1932, à 9.459 fr. 07. Le livret et les titres de rente représentent le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.

Les comptes, vérifiés par Mlle Théreil et M. de Lajaumont, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.

Le budget de 1933, établi par le bureau, est approuvé.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus de M. H. Germouty, les numéros du Mémorial de la Creuse contenant l'un (3 décembre 1932) son article sur La route de Felletin à La Courtine, l'autre (31 décembre 1932) son article sur Une visite à la maison de George Sand à Nohant ; — de M. Louis de Nussac, le livre qu'il vient de publier : L'héritage français du royaume de Grèce et de l'Empire d'Orient (Paris 1932), ouvrage contenant l'histoire de la famille limousine de Geouffre.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. de Font-Réaulx, membre correspondant, a envoyé les deux communications suivantes :

1° « Le registre 28 du fonds Sabatier, notaire de Bollène (Archives départementales du Vaucluse) renferme, au fol. 125, le testament fait le 21 octobre 1494, sous la menace de la peste, du prêtre Louis Landon, hebdomadier de Saint-Paul-Trois-Châteaux, testament lugubre, car le testateur est au cimetière hors les murs de Saint-Restitut, petit village tout proche, célèbre par sa belle église, et le notaire se tient au fossé de Labestorie. Parmi ses legs, l'un est fait à son neveu Louis Landon, habitant la paroisse de Bétête, province de Berry, diocèse de Limoges, de tous ses droits, assurément modestes, audit lieu (parochia de Betostiis in provincia de Berri Lemovicensis diocesis) et qui ne saurait être que Bétête, canton de Châtelus-Malvaleix. Louis Landon, ou peut-être son père, est un émigré qui a gardé quelques attaches lointaines avec le pays natal, mais qui a entraîné avec lui un ou deux frères. Un neveu, Pierre, habite Carpentras, l'autre Saint-Paul ».

[Les localités indiquées ci-dessus sont aujourd'hui : Bollène et Carpentras dans le département du Vaucluse, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Saint-Restitut, dans le département de la Drôme].

2° « Des documents concernant l'histoire religieuse du territoire actuel de la Creuse se trouvent dans le tome XIII du registre du pape Jean XXII (publié par M. Mollat en 1932) :

Bénévent. — A la demande du prieur Bernard Coste, expectative d'un bénéfice en dépendant, en faveur de Bernard de Gales (5 avril 1333, n° 59.945).

Moutier-Rozeille. — Bernard Viraud est cité comme prévôt le 21 septembre 1332 (n° 58.422).

La Chapelle-Taillefer (chapitre). — Simon de Rochechouard en est cité comme chanoine le 15 mai 1333 ; il avait d'autres bénéfices (n° 60.363).

La Souterraine (prévôté). — Le prévôt Ademar Morcel, bien que profés, obtient la faculté de tester le 12 juin 1333 (n° 60.529). Il résidait non à La Souterraine, mais en Avignon, auprès du siège apostolique, et il mourut bientôt après, car le 9 juillet 1333 le poste était vacant par son décès, et le pape en pourvut Guy Morcel, sans aucun doute un parent, peut-être un neveu (n° 60.741).

Saint-Vaury (prévôté). — Le titulaire passant au prieuré de Paray, diocèse d'Autun, ordre de Saint-Benoît, cette dignité est donnée à Guillaume Rolland, précédemment prieur de Panazol, où il est remplacé par Pierre de Anrocha, le 26 novembre 1332 (n° 59.169).

Archidiaconés. — Sont cités comme archidiacres de Combraille, Guy de Mauriolis, le 6 mars 1333 (n° 59.721) ; de la Marche, Martial Martel, le 16 décembre 1332 (n° 59.169) ».

— M. Henri Hugon a continué, aux Archives Nationales, l'examen de cartons de la série F concernant la Creuse. Les nos F7 5032 et 5033 — Emigrés — contiennent quelques correspondances d'ensemble, notamment sur un conflit d'octobre 1792 entre le directoire du département et celui du district de Guéret qui l'accusait de tiédeur. Le département dut se défendre longuement devant les comités de Paris. Mais on y compte surtout 66 dossiers individuels (réclamations de personnes portées comme émigrés, qui produisent des certificats de résidence ou de civisme). L'aboutissement ordinaire de ces dossiers, souvent incomplets, est la radiation de la liste d'émigration. Ils concernent des roturiers aussi bien que des ex-nobles et des prêtres, et montrent que plusieurs inscriptions étaient dues à des erreurs évidentes. Le dossier de Henri de Carbonnières contient les devis relatifs à la démolition de son château de Boussac décidée par le district et la décision de sursis. Par ailleurs on note l'établissement à Saint-Paul-de-l'Ubaye (Basses-Alpes) de Pierre Chatridon, d'Auzances, de J.-B. Pasquanet, du même lieu, de J.-B. Durieux, de Montaigut, auxquels il faut joindre, sans aucun doute, Charles Couturier de Fournoue, qui dit seulement « avoir voyagé dans les Basses-Alpes ». Tous les quatre venaient de Lyon où résidaient beaucoup de Creusois. Saint-Paul, situé à 1.500 mètres d'altitude, à 20 kilomètres au Nord-Est de Barcelonnette, dans une étroite vallée descendant du Viso, est à moins de 8 kilomètres à vol d'oiseau de la frontière (col du Lautaret). Peut-être est-ce la cause qui avait fait adopter par nos compatriotes cette région où on ne les signale pas d'habitude. Un autre dossier présente, dans un long mémoire, les plaintes de Ruyneau Saint-Georges, de Felletin, au comité de législation. Un autre concerne Catherine Pichard, veuve du sénéchal Carcado, 27 ans, prisonnière le 2 prairial an II à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, qui est rayée par le district d'Evaux le 2 pluviôse an III. Il s'agit d'une Pichard de Saint-Julien, et de ce marquis de Carcados mentionné au tome XXI de nos Mémoires, p. L.

Le dossier F7 4557 (arrestations, détentions, comité de sûreté générale) ne renferme guère que des copies de décisions de mises en liberté d'une trentaine de personnes, le plus souvent sur intervention de députés ou de comités locaux. Notons la dénonciation par Bel, d'Aubusson, de Joullietton et de son fils aîné comme « auteurs d'un projet d'adresse pour Capet », et la libération, le 11 floréal an II, de Ribeyreix détenu aux Carmes. Il avait été arrêté dans son château de Beaufort, district de Boussac (Creuse), et conduit, de brigade en brigade, à la Petite-Force, sur une décision dont l'exécution avait été confiée au comité de surveillance de Libreval, ci-devant Saint-Amand (Cher), d'où venait sans doute la dénonciation.

— M. Jacques Levron a envoyé l'inventaire sommaire qu'il a dressé des documents concernant le prieuré de Blessac qui se trouvent aux Archives départementales de Maine-et-Loire dans le fonds de l'abbaye de Fontevrault.

— Lecture est donnée d'un article de M. le baron de Chaumont sur la manufacture de porcelaine de Bourganeuf.

— M. Chamberaud a communiqué le dépouillement qu'il a fait des registres paroissiaux de Pionnat.

Il a envoyé, en outre, l'analyse d'un partage de biens communaux de la commune de Malval, constaté par procès-verbal du 10 floréal an IV. Ce partage, fait en exécution du décret-loi des 10-11 juin 1793, portait sur la propriété de neuf terrains d'une contenance totale de 185 boisselées (11 hectares environ). Il y avait 173 co-partageants, et parmi eux les domestiques, conformément aux dispositions du décret-loi.

— M. Desjobert de Prahas donne lecture d'une curieuse consultation médicale, rédigée le 11 mars 1756, par le médecin Grandclos, de Paris.

— Lecture est donnée de deux communications de M. Emile Genevoix : une note d'ornithologie sur le Bec-croisé des pins, et la copie d'un procès-verbal de septembre 1688, rédigé par le bailli de Dun, pour constater la mise en liberté de Dazat, notaire à Naillat, qui avait été arrêté en plein marché et incarcéré comme conséquence d'une condamnation prononcée contre lui en qualité de « dépositaire de biens de justice ».

— M. Dutheil analyse des documents communiqués par M. Provain, élève-maître à l'Ecole normale d'instituteurs. L'un de ces documents est un contrat de mariage dressé le 16 janvier 1730, par Martin, notaire royal, sur la place publique du bourg de Sardent ; Jean Clémençon donne à sa fille Anne « une velle du prix de huit livres, quatre brebis, quatre lincieux, six aulnes de toile de chanvre... ».

— M. Dutheil a relevé aux Archives départementales de la Creuse (L 232), un état de paiement par le district de Felletin, en exécution de la loi du 17 ventôse an III, de primes pour la destruction des loups. Onze loups ou louveteaux avaient été abattus en l'espace de quatre mois.

Il donne lecture ensuite d'une note reproduite à la suite du présent procès-verbal.

— M. le docteur Janicaud décrit une sépulture gallo-romaine du type à incinération en coffre de granit qui lui a été signalée par M. Aureix, directeur d'école à Bénévent, et qui a été découverte à Longeville, commune du Grand-Bourg ; l'urne contenait un gracieux stylet dont la poignée présente une tête de lion. Une sépulture identique, signalée par M. Pierre Champeaux, a été trouvée à Larbeyrette, commune de Bosroger, chez M. Jean Roche.

Il communique le croquis, envoyé par M. Raynaud, du sarcophage où a été trouvée une bague présentée à une précédente séance ; à ce sujet, M. le docteur Janicaud donne la description des divers types de sarcophages trouvés dans la Creuse et remontant jusqu'au ive siècle.

— M. Louis Lacrocq présente des photographies faites par M. Fournaux, membre de la Société, à la demande de M. Emile Genevoix, de deux statues qui se trouvent au village de la Bretaudière, commune de Fresselines. Il décrit ces statues qui représentent l'une la Vierge de Pitié, l'autre sainte Barbe.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – L'AFFAIRE DURET

Le citoyen Duret, âgé d'environ 70 ans, était un homme paisible qui exerçait à Bourganeuf la profession d'instituteur. Il devait probablement faire partie de ces maîtres qui connaissaient le latin, comme semble le prouver un texte écrit par lui et conservé aux Archives départementales de la Creuse. Après la tourmente révolutionnaire, il avait ouvert, suivant l'expression de la police, « une maison d'éducation ». Ses opinions étaient sûrement modérées, car aux yeux des maîtres du jour, il passait pour « empoisonner de son royalisme la jeunesse confiée à ses soins ».

Un soir du mois de nivôse an VI, un militaire prétendant être son compatriote, se présenta chez lui, conduit par le neveu d'un cabaretier nommé Levert. Ce militaire lui demande par où il fallait passer pour se rendre à Châteauroux. Il rejoignait l'armée au plus vite, mais ses affaires l'obligeaient à s'arrêter dans cette ville.

Sans défiance, Duret lui indiqua les localités qu'il devrait traverser, puis, sur l'insistance du soldat, il prit un morceau de papier au recto duquel il avait écrit un texte latin ; sur le verso resté blanc il mentionna les localités de l'itinéraire : de Bourganeuf à Saint-Dizier, au Grand-Bourg, à Colondannes, à Chantôme (1), à Argenton, à Châteauroux.

Peu après, un nouveau militaire vint demander à l'instituteur la route de Bourges. Duret lui dit de passer par Guéret, La Châtre, et refusa de mettre ce renseignement par écrit. L'autre s'emporta, sortit de sa poche le papier, « l'espèce de route » suivant l'expression d'alors, que le maître d'école avait tracée pour le premier militaire : « Reconnaissez-vous cet écrit ? Vous êtes un contre-révolutionnaire ! C'est ainsi que vous favorisez la désertion. Je vais vous dénoncer à l'administration ».

Duret, très alarmé, vint lui-même à l'administration municipale raconter son aventure et dire que sa bonne foi avait été surprise.

Le commissaire du directoire exécutif fit appeler les militaires et les questionna. Ceux-ci lui dirent qu'ils avaient tenté cette épreuve, sur l'indication de quelques habitants, pour se rendre compte des sentiments de l'instituteur. Ils déposèrent sur le bureau du magistrat le papier obtenu par surprise.

L'administration municipale de Bourganeuf dut, elle aussi, s'occuper du cas Duret dans une de ses séances. Elle n'y attacha pas beaucoup d'importance et passa à l'ordre du jour sans donner suite à la plainte formulée contre l'instituteur, « n'ayant pu s'empêcher de reconnaître, en cette affaire, un piège tendu à la simplicité d'un septuagénaire sans moyens pour y résister, vieilli dans l'habitude des préjugés et de la routine, plus coupable de bêtise que d'intention, quoique bien convaincue de la nullité de ses vertus civiques... ».

Les personnes qui étaient intéressées à la perte du maître d'école ne s'en tinrent pas là et adressèrent une dénonciation en règle au ministre de la police. Le 23 nivôse an VI, ce haut personnage demandait au directoire départemental un compte-rendu de l'affaire. Il ordonnait de fermer la maison d'éducation du sieur Duret le plus promptement possible et s'étonnait que l'administration municipale de Bourganeuf, « quoique composée de républicains », n'en ait pas pris l'initiative.

Le dossier ne contient aucun autre papier relatif à Duret dont très probablement l'école dut être fermée (2).

(1) Chantôme, chef-lieu de commune de l'Indre.
(2) Archives départementales de la Creuse, L 232.

Jean Dutheil.

 

 

SÉANCE DU 23 FÉVRIER 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. Barthon, Beluchon, Foucart, Gautier, le docteur Janicaud, Lafay, Sarrassat.

Excusés : MM. Maurice Dayras, Dutheil, Laborde.

M. le Président annonce qu'il a été informé par M. le chanoine Parinet que notre regretté collègue, M. Pierre Larbaneix, récemment décédé, avait laissé à notre Société ses papiers et documents concernant l'histoire et l'archéologie locales. Il exprime la gratitude émue de la Société.

Des félicitations sont adressées à nos collègues : Mlle Suzanne Vitte, nommée archiviste aux Archives nationales ; MM. Lafaye, Fouriaud, Perron, nommés officiers de l'Instruction publique, Chomeau, Emile Cluzet, Doignon, nommés officiers d'Académie, Pruchon, nommé chevalier du Mérite agricole.

MONUMENTS HISTORIQUES. — Par arrêté du 27 janvier 1933, le portail de l'église de La Saunière a été classé.

Par arrêté du 14 janvier 1933, M. Louis Lacrocq et M. le docteur Janicaud ont été nommés correspondants de la Commission des Monuments historiques.

ADMISSION. — Est admis comme membre titulaire M. R. Chatreix, instituteur, à Saint-Maurice près La Souterraine.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Gautier lit un chapitre d'une étude qu'il prépare sur le mouvement de chouannerie qui se produisit dans le Sud et l'Est de la Creuse, à la fin de la Révolution. Ce chapitre raconte la dramatique attaque aux abords de Chambon, de la voiture portant les fonds de la recette d'Evaux (14 nivôse an VIII), et la poursuite des agresseurs.

— M. Maingonnat communique la photographie d'une tapisserie envoyée à l'Ecole d'art décoratif d'Aubusson, dont il est directeur, par le P. Hümpfner, religieux cistercien de Rome. Elle représente de très beaux panneaux tissés à Aubusson au xviiie siècle, signés du tapissier Picon, figurant des épisodes de la vie de saint Bernard. Ces tapisseries sont conservées à l'abbaye de Zirc, en Hongrie, et proviennent de l'abbaye alsacienne de Lützel.

— M. Adrien Rivet communique la copie d'une lièue de 1779 indiquant les redevances dues aux religieuses de Blessac pour leurs possessions de l'Hôpital Fontfeyne, paroisse de Saint-Frion, situées dans les paroisses de Saint-Maurice-près-Crocq, Saint-Pardoux d'Arnet et Saint-Georges-Nigremont.

— M. Doignon envoie copie de renseignements généalogiques sur la famille de Salvert.

— M. Emile Genevoix communique :

1° Une copie des déclarations faites, le 17 juillet 1621, par les tenanciers du village de Tarsat, paroisse de Dun, au terrier dressé à la requête de Gabriel Foucauld, « seigneur de Saint-Germain et de Beaupré », pour des immeubles tenus les uns en franche, les autres en serve condition. Il y est fait mention du « chemin tendant de Dun à Saignat appelé la Vie des morts ».

2° Une copie de déclaration collective faite en 1667 par des tenanciers du village de La Valette, paroisse de Naillat, pour les héritages dépendant de la commanderie de Pouligriat, même paroisse, qui appartenait aux religieux augustins de la Maison-Dieu de Montmorillon ;

3° Un bail passé devant Simon, notaire royal, le 2 mars 1765, par Silvain-François de La Celle, chevalier, vicomte de Châteauclos, « seigneur du Vignaud, Villebâton et autres places, demeurant en son château de Villebâton, paroisse d'Hem », tant en son nom personnel que comme administrateur des biens des enfants nés de son mariage avec feu Jeanne Taquenet, à Mathieu Vignaudon, marchand, demeurant à Bord, paroisse de Bussière-Dunoise, pour 8 ans à partir du 1er mars, d'une partie du château de Neuville, même paroisse, et d'héritages « dépendants des prés et clôtures dudit château ». Pour son logement, le fermier aura la cuisine du château, la chambre basse à côté et celle au-dessus de la boulangerie.

— M. le docteur Janicaud lit une note décrivant les restes de la villa gallo-romaine de La Courière, commune de Mansat, et indiquant quelles conjectures peuvent être faites sur la disposition de cette construction.

— M. Louis Lacrocq présente le « Programme des exercices littéraires et publics des jeunes demoiselles de la maison d'éducation dirigée par Mme Martin, à Aubusson », imprimé à Aubusson, chez Betoulle, en 1822.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :

« M. J. Boulaud a publié [voir ci-dessus p. LXIV] une note sur Le tabernacle de Pionnat reproduisant le marché passé pour ce travail avec « Claude Le Lorrain », sculpteur à Limoges. Cet artiste, qui semble ici l'homonyme de son aîné, le célèbre peintre Claude Gelée, s'appelait en réalité François Claude ; il est dit natif de Neufchâteau en Lorraine à l'acte de son mariage avec Marguerite Florès, célébré le 22 octobre 1674 à Saint-Pierre-du-Queyroix de Limoges (Antoine Thomas, Inventaire sommaire des Archives communales de Limoges). Louis Guibert, dans son Catalogue des artistes limousins (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. LVIII) l'a bien mentionné, mais sous le nom de Claude (n° 99).

« Sur l'original du dessin, à l'encre, la figure supérieure, sa base et les inscriptions des panneaux inférieurs sont seulement indiquées au crayon. Dans la niche centrale, au-dessus de la balustrade, un nom de saint, également au crayon mais indiscernable, est peut-être : saint Eloy ».

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« M. le marquis de Fayolle, l'érudit président de la Société archéologique du Périgord, a eu l'obligeance de nous envoyer, pour notre Musée, les empreintes qu'il a faites du sceau et des cachets du Musée de Périgueux qu'avait signalés M. H. Hugon [v. ci-dessus p. LXXX]. Le sceau a un intérêt tout particulier.

« Circulaire (diam. 0,045mm), il présente une fleur de lys assortie, à droite et à gauche, à la partie supérieure, d'une petite couronne. L'inscription suivante entoure la décoration :

S. regis ad causas de Burgo-Novo
(Sceau du roi à la juridiction de Bourganeuf)

« La forme des lettres paraît le classer au xive siècle. La juridiction où il servait à donner l'authenticité aux pièces était le bailliage de Bourganeuf.

« Louis Guibert, dans son étude sur Laron (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. XLI, p. 74 et s.) a parlé de ce bailliage royal dont la première mention qu'il avait rencontrée est de 1434, mais qui, dit-il, « fonctionnait, sans nul doute, antérieurement à cette date ». Le sceau appuie cette dernière indication. De même qu'on ignore quand et comment le bailliage fut créé, on ignore quand et comment il fut supprimé. On sait seulement qu'il a dû disparaître dans la première moitié du xviie siècle (la dernière mention qu'en a rencontrée Guibert est de 1612). Son ressort est assez bien précisé par des documents qu'a cités Guibert : c'était la partie du territoire de l'enclave poitevine formée de la haute vallée de la Vienne et d'une grande portion du bassin du Taurion.

« Il y a toute apparence qu'il fut un démembrement du bailliage de Montmorillon auquel son territoire fit retour à sa suppression. Guibert (p. 74) a émis l'opinion, paraissant fondée, qu'il n'a pas été un transfert du siège du bailliage royal créé, au xiiie siècle, à côté de la seigneurie de Laron [aujourd'hui village de la commune de Saint-Julien-le-Petit, Haute-Vienne], bailliage qui dut disparaître au xive siècle (la dernière mention qu'on en possède, trouvée par M. Antoine Thomas, est de 1352). Ni par le territoire, ni par la compétence, les deux juridictions ne se ressemblent : celle de Bourganeuf fut beaucoup plus importante que celle de Laron. L'une paraît être née au moment où l'autre a disparu, mais elle ne l'a pas remplacée ».

 

 

SÉANCE DU 30 MARS 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud et Théreil, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Desjobert de Prahas, Dutheil, Filloux, Foucart, René de Forges, Gautheron, Jacob, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lamatière, Sarrassat.

Excusés : MM. Maurice Dayras, Gourdon.

Des compte-rendus de la fête du Centenaire de notre Société ont paru l'un dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze sous la signature de M. le vicomte de Chalup, l'un dans le Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais sous la signature de M. Capelin, l'autre dans le Bulletin de la Société des lettres de la Corrèze sous la signature de M. Rohmer. Ils sont rédigés en termes fort aimables. Des remerciements sont exprimés à leurs auteurs.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Soulmagnon, membre titulaire, récemment décédé.

CLASSEMENT. — M. le Président annonce le classement comme site pittoresque des pierres d'Ep-Nell, situées sur la propriété de M. Lausanne, à Toulx-Sainte-Croix (arrêté du 9 mars 1933).

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Roger Bernard, au château de La Dauge, commune de Ladapeyre ; Adolphe Léger, pharmacien à Paulhac, commune de Saint-Etienne-de-Fursac.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Henri Hugon, le tirage à part de l'article qu'il a publié, en collaboration avec M. J. Durieux, dans le Carnet de la Sabretache (1933) sur Les sabres de la 3e Cie de la 19e demi-brigade de ligne ; — de M. J. Boulaud, son étude sur Le fief de Noudtre en Limousin et ses seigneurs (Albi, 1933) ; — de M. Jacques Levron, le Répertoire de la série S des Archives départementales de la Creuse qu'il a établi pendant qu'il dirigeait ce dépôt et a fait précéder d'une introduction sur les routes au xviiie siècle dans notre région. (Cf. au présent tome, p. 169).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. de Berranger, La Creuse sous Napoléon Ier, d'après quelques témoignages, reproduite à la suite du présent procès-verbal.

— Présentation est faite au nom de M. Rozier, ingénieur des Travaux publics, de cailloux portant des empreintes et provenant de la carrière de Puy-Lagarde, à Saint-Oradoux-près-Crocq. Ces empreintes sont le résultat d'une cristallisation manganésienne.

— M. Gautheron fait connaître les constatations qu'il a faites sur les cupules que présentent les rochers de Perseix, commune de Soubrebost, leurs formes et leurs groupements ; il communique les dessins qu'il en a relevés. Certaines de ces cupules lui paraissent être un travail de main d'homme.

— M. Henri Hugon a envoyé la communication suivante :

« Le tome XLIV des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie (1932) est entièrement consacré à une fort importante étude de M. Adrien Huguet sur Jean de Poutrincourt, fondateur de Port-Royal en Acadie (aujourd'hui Annapolis), vice-roi du Canada de 1557 à 1615, colonisateur de haut mérite.

« Il était, de son nom patronymique, un Biencourt, d'une des plus anciennes familles du doyenné d'Oisemont, en Vimeu.

« L'auteur rappelle, en note, page 6, qu'un fils de Colart de Biencourt, Jean, seigneur d'Arry-lès-Rue, vivant en 1448, époux de Michelle de Lesclauze, s'établit dans la Marche et y fonda une branche qui y dura plus de trois siècles. Son dernier représentant sous l'ancien régime fut Charles de Biencourt, marquis de Fortilesse, fils de François et de Marie-Perrette du Boueix de Villemort, né le 7 novembre 1747 (au château du Masfaure près d'Ahun, dit A. Tardieu), maréchal de camp après de glorieuses campagnes dans l'Inde, député de la noblesse de la sénéchaussée de Guéret aux Etats généraux de 1789, membre de la Constituante, rentré dans la vie privée et mort le 23 décembre 1824 en son château d'Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire).

« M. Huguet donne quelques indications sur sa descendance, actuellement représentée par la vicomtesse de Poncins ; elles complètent heureusement celles qui ont été fournies sur cette famille par l'abbé Dardy, au tome XII de nos Mémoires (p. 57), et par Ambroise Tardieu dans son Grand Dictionnaire de la Haute-Marche, mais il semble que le dernier des Biencourt, né ou élevé dans la Marche, soit le fils de Charles, François-Armand, qui se signala à la journée du Dix-Août comme officier des Gardes de Louis XVI et mourut en 1854. Ce fait mériterait d'être élucidé en même temps que les circonstances qui firent sortir du patrimoine des Biencourt leurs domaines creusois ».

— Le docteur Janicaud signale la découverte, le 2 mars dernier, dans la cour de la Caisse d'épargne de Boussac, d'un trésor de plusieurs centaines de pièces d'or des xive et xve siècles.

Il rapporte la trouvaille, faite à Chambon-sur-Voueize, d'une canalisation antique composée de tubes en terre cuite évasés à une extrémité, rétrécis à l'autre, pour pouvoir s'emboîter les uns dans les autres ; il les rapproche de tubes analogues, mais en plomb ou en bronze, trouvés dans les thermes romains d'Evaux, et d'autres de même type et en terre, décrits par M. A. Blanchet, à Bannay (Cher) et à Strasbourg, également d'époque romaine.

— M. Adrien Rivet communique le procès-verbal de l'assemblée de paroisse tenue à Flayat le 14 mai 1730, au sujet de l'incendie du presbytère qui avait eu lieu quelques jours auparavant. Les habitants décident de le faire reconstruire ; mais comme il n'y a « aucun fonds de fabrique ny bourse commune », il sera demandé à l'Intendant une « modération » des impôts de la paroisse, la somme diminuée devant être versée par les habitants pour payer la dépense de reconstruction et indemniser le curé, Gilbert-Toussaint Michon, de la perte de ses meubles.

— M. Lucien Doignon a fait don à la Société de documents qu'il a trouvés à Paris chez un bouquiniste et qui proviennent des papiers de Louis Duval, archiviste de la Creuse de 1868 à 1879 (cf. Mémoires, t. XXI, p. 169). Ce sont des lettres adressées à celui-ci, devenu archiviste de l'Orne, en 1881, 1883 et 1887, une par Pierre de Cessac, président de notre Société, quatre par Simon-Pierre Mayaud, archéologue, qui a écrit quelques opuscules concernant la Creuse. Il se trouve, en outre, dans ces papiers, le faire-part du décès de Mayaud, survenu à Villeneuve-sur-Yonne (Yonne) où il habitait, le 5 mai 1887, à l'âge de 67 ans.

— M. Louis Lacrocq communique deux imprimés qui lui ont été remis par M. Montagne, notaire honoraire à Clugnat :

1° Instruction proposée à l'administration du département de la Creuse par les agens de la Commission d'agriculture et des arts (in-8, 14 p. Guéret, imprim. Guyès), datée du 24 prairial an II et signée de Rougier-Labergerie et Isabeau le jeune. L'impression en avait été votée à 2.000 exemplaires, par le Directoire du département. Elle contient des conseils sur la culture, spécialement celle de la pomme de terre et du colza.

2° La Commission d'agriculture et des arts aux habitans des campagnes (in-8, 7 p., sans date, Guéret, imprim. Guyès). Cet imprimé, signé de Brunet, Laugier et Tissot, « commissaires », contient des conseils sur l'élevage du bétail.

— M. Dutheil lit quelques pages d'un travail qu'il prépare sur l'Ecole centrale de la Creuse, établie en l'an IV à Aubusson.

Il présente et commente des extraits, donnés à la Société par M. Emile Genevoix, des mercuriales du marché de Dun-le-Palleteau pour le froment, le seigle, et l'avoine, pendant les périodes 1732-1737 et 1774-1787. Ces mercuriales accusent une hausse sensible en 50 ans.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA CREUSE SOUS NAPOLÉON Ier D'APRÈS QUELQUES TÉMOIGNAGES

Une des périodes les moins étudiées, dans notre histoire locale, est celle du Premier Empire. Cette lacune tient en partie à l'extrême pauvreté des Archives départementales — les fonds judiciaires exceptés — en documents de l'époque, pauvreté qui oblige à recourir aux Archives nationales, ainsi qu'aux mémoires contemporains.

Le recueil, malheureusement inachevé, de M. d'Hauterive sur La Police secrète du Premier Empire (1) facilite aujourd'hui, à l'hôtel Soubise, l'accès d'une sous-série dont l'intérêt est majeur, celle de la police générale (F7). L'auteur a, en effet, dépouillé et résumé tous les bulletins de police adressés quotidiennement à l'Empereur de 1804 à 1807. La Creuse s'y trouve plus d'une fois représentée. Outre la mention de nombreux incendies, on relève celle d'un curieux incident (2) survenu le 28 prairial an XIII (17 juin 1805). Ce jour-là, des gendarmes de Châtelus-Malvaleix escortaient à Saint-Sébastien un huissier chargé d'exécuter un jugement consulaire contre le fils du maire Mignerat. Ils furent accueillis à coups de fusils. Parmi les chefs de la rebellion figuraient le curé, le maire, l'adjoint et quelques autres notables. La Cour criminelle condamna, le 5 décembre, le curé et l'adjoint à un an de prison, trois complices à six mois, et tous les cinq à une amende. Plusieurs autres coupables avaient pris la fuite.

La conscription tient évidemment une grande place dans les bulletins de police. En octobre 1806 (2), les cantons de Chénérailles, Felletin et Crocq présentent un contingent composé en grande partie d'infirmes, d'absents ou de réfractaires, qu'il faut remplacer à grand peine. Le mois suivant (3), dans l'arrondissement d'Aubusson, tous les conscrits de trois cantons — les mêmes sans doute — manquent à la revue de départ. La publication des bulletins postérieurs montrerait probablement une situation analogue ou pire jusqu'à la fin du règne.

Un autre témoignage, celui-là non officiel, est fourni par l'abbé Fleury (4), un des premiers tenants de la Petite-Eglise. Une hostilité tenace contre le Concordat avait attiré sur ce prêtre manceau les rigueurs répétées de la police qui, finalement, en 1805, l'interna par mesure administrative dans la prison d'Etat de Pierre-Châtel (5). D'étape en étape, ou plutôt de prison en prison, Fleury parvint, vers le 30 septembre, à Guéret, dont nous parlent ses mémoires. La répulsion qu'inspirait à l'auteur le gouvernement impérial, les souffrances, aussi, d'un voyage particulièrement pénible, ne permettent pas d'accepter sans réserves le récit qui va suivre :

De toutes les provinces de France, celle-ci (la Marche) est la plus misérable. On n'y récolte aucune boisson ; le froment n'y est pas commun ; les habitants, me dit-on, ne vivent pour l'ordinaire que de pommes de terre, de raves et autres racines.

Près d'entrer à Guéret, nous vîmes, sur une hauteur, un palais magnifique. Ce palais, qui appartenait à un émigré et dont il avoit été dépouillé, étoit changé en sénatorerie (6). Le titulaire étoit mort depuis quelques jours. La mort terrible et effrayante dont Dieu avoit frappé cet impie avoit répandu la consternation dans toute la ville.

Son corps, avant sa fin tragique, étoit pourri, mangé des vers. Il exhaloit au loin une puanteur si insupportable qu'on ne put, après sa mort, le garder longtemps. Il expira au milieu des hurlemens et des blasphèmes, abandonné de tous ses domestiques et de ses prétendus amis. Virum injustum mala capiant in interitu. « Tous les maux fondront sur le pécheur au moment de son trépas ». Le curé (7) fut lui-même si frappé de cette mort, qu'il comparoit à celle d'Antiochus, qu'il refusa de l'enterrer. Le préfet le cita pour savoir le motif de son refus. Le curé, me rapporta-t-on, répondit que toutes les lois de l'Eglise défendent de donner la sépulture ecclésiastique à un pécheur public, scandaleux, mort sans aucun signe de repentir. — « Nous ne sommes plus, s'écria le préfet, dans les temps de barbarie et de superstition, mais dans ceux de lumières et de civilisation. Vous connoissez les punitions qui ont été infligées au curé de Saint-Roch de Paris pour avoir refusé d'enterrer une comédienne, et vous, vous osez refuser les derniers honneurs à un comte de l'Empire, à un sénateur qui a si bien mérité de la patrie ? Vous avez juré sur les Evangiles obéissance au Gouvernement, le Gouvernement vous ordonne par ma bouche de l'enterrer. Obéissez ou je vous poursuivrai comme parjure suivant toute la rigueur des lois ». — Le pauvre curé se soumit, malgré les cris de sa conscience, et enterra l'impie sénateur avec tous les honneurs dus à son haut rang (8). Le curé fut malade de chagrin.

Nous partîmes, le lendemain, de la prison de Guéret dont le geôlier étoit un ancien bourreau de Marseille.

(1) Paris, 1908-1912, 3 vol. in-8°. L'ouvrage s'arrête actuellement à 1807.
(2) Op. cit., t. II, no 610. Les Archives de la Creuse (U. Cour criminelle) possèdent vraisemblablement le dossier du procès.
(3) Op. cit., t. III, n° 40.
(2) Ibid., n° 122.
(4) J.-P. Fleury, Mémoires sur la Révolution, le Premier Empire et les premières années de la Restauration, publiés par Dom Piolin (Paris, 1874, in-8°), p. 478-479. — Jacques-Pierre Fleury, né à Mamers en 1758 et mort au Mans en 1832, fut vicaire de Mamers (Sarthe), puis curé de Vieuvy (Mayenne). Cf. Angot (A.), Dictionnaire de la Mayenne, t. II, (Laval, 1900, in-8, p. 171-172.
(5) Ain, commune de Virignin.
(6) Il s'agit de l'hôtel Tournyol du Clos qui est maintenant le Musée. Le sénateur dont parle l'abbé Fleury est Morard de Galles [cf. J. Pâquet, La résidence à Guéret du sénateur titulaire de la Sénatorerie de Limoges, Mém. Soc. Sciences de la Creuse, t. XX, p. 99 ; — sur la mort de ce sénateur, v. p. 120].
(7) Etienne Jarrit-Delille, nommé en 1808, cf. chanoine Bujadoux, Guéret, Histoire de la paroisse (Guéret, 1928, in-8), p. 27.
(8) D'après le Moniteur universel du 1er août 1809, l'abbé Jarrit-Delille fit même, en chaire, l'éloge de Morard de Galles (cf. J. Pâquet, loc. cit., p. 121). Le décès remontait un peu plus loin que le dit l'abbé Fleury ; il était arrivé le 23 juillet 1809. Les documents qu'a utilisés J. Pâquet ne font aucune allusion à l'incident raconté par l'abbé Fleury.

H. de Berranger.

 

 

SÉANCE DU 18 MAI 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles du Muraud et Théreil, MM. Aureix, Barthon, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, René de Forges, Gautier, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lamatière, Pajot, Pasty, Rimour, Sarrassat.

Excusés : MM. Arnaud de Bèze, Foucart.

Des félicitations sont adressées à M. Barthon, pour le succès de son envoi au Salon.

CLASSEMENT ET INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE. — L'église de Crozant a été classée comme monument historique, par arrêté ministériel du 8 avril 1933. Les façades et les toitures du château de Chantemille, commune d'Ahun, propriété de M. Louis Moreau, ont été inscrites à l'Inventaire supplémentaire, par arrêté du 13 avril 1933.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire du docteur Paul Jorrand, de Guéret, membre titulaire, bienfaiteur du Musée ; de M. Gédéon Patureau, aussi membre titulaire ; de M. Victor Forot, ancien président de la Société des lettres et sciences de la Corrèze, auteur de nombreux travaux historiques et archéologiques.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Blanche Rougeron, institutrice à Verdes (Loir-et-Cher) ; MM. L. Bricout, directeur de la Société des Forces motrices de la Haute-Creuse, à Aubusson ; J.-E. Brunaud, entrepreneur à Paris ; Robert Defaye, à La Croix, par Dompierre (Allier) ; Dubuit, banquier à Aubusson.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Henri Hugon, Militaires franc-comtois de la Révolution et du 1er Empire (extrait des Mémoires de l'Académie de Besançon) ; de M. Albert de Laborderie, L'église de Vigeois (extrait du Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat donne quelques explications sur un lichen récolté par M. Maurice Dayras dans les bruyères voisines du bois des Salles, près de Gentioux. Il s'agit du Cladonia Macilenda de Kœrber ou Cladonie maigre. C'est une espèce assez commune que l'on rencontre sur la terre, les rochers moussus. M. Sarrassat l'a récolté à Fayolle. Lamy de La Chapelle l'indique comme assez répandu au Mont-Dore et dans la Haute-Vienne.

— Lecture est donnée de la note suivante de M. Henri Hugon :

« Voici d'après des papiers conservés par M. Edmond Cibot, membre de la Société archéologique du Limousin, quelques notes sur une famille d'artistes se rattachant à Felletin :

« Un Polonais au service de l'Autriche, Grégoire Lewitzki, fait prisonnier à Mons en 1793, naturalisé français (?), s'était installé au Leyris, commune de Basville. En 1806 il suppléa à la perte de son état-civil par une notoriété établie devant le juge de paix de Crocq. Sept Polonais, prisonniers des guerres d'Italie de 1796, y comparurent : trois habitaient Felletin, et quatre Aubusson. Ainsi Lewitzki put épouser à Felletin une Creusoise, Gabrielle Bousquet, et se fixa dans cette ville où il fut professeur de musique. En novembre 1814, il reçut la décoration du Lys, et c'est à lui, plutôt qu'à son gendre dont il va être parlé, que dut appartenir l'insigne du Mérite militaire de Pologne qui se trouve, sans diplôme, dans les papiers examinés. Lewitzki mourut à Felletin le 17 janvier 1822, laissant au moins un fils et une fille, Juliette.

« Celle-ci avait 24 ans quand reflua en France l'exode des Polonais insurgés de 1831. Felletin en reçut plusieurs. Le 9 novembre 1834, Juliette Lewitzka épousa, du consentement de sa mère, Thomas Zyrzniewski, officier polonais réfugié, âgé de 31 ans, qui prit pour témoins quatre de ses compagnons d'exil. Le 12 décembre 1835 naquit à Felletin leur fils aîné, Jean-Paul-Joseph.

« Peu après, Thomas vint chercher du travail à Limoges où sa belle-mère avait des parents ; il y appela sa femme et devint père de deux autres enfants. Hôtelier rue Sainte-Valérie, il mourut à 59 ans, le 3 décembre 1862, rue Fontaine-des-Barres.

« Un enfant était mort en bas-âge ; la fille cadette, Constance (1843-1889), lauréate des cours de dessin de Limoges, mais d'une santé précaire, resta à la charge de son aîné Paul. Celui-ci, également lauréat des mêmes cours entre 1848 et 1852, devint un peintre sur porcelaine apprécié. Il avait sacrifié des ambitions d'art plus hautes à ses devoirs de famille, mais des vestiges de ses productions, notamment un grand tableau de fleurs, daté de 1866, et des croquis de la banlieue de Limoges montrent chez lui un heureux éclectisme. Il a droit de prendre place dans la liste des artistes et ouvriers d'art de notre province. La considération due à cette famille polono-creusoise est attestée par ses étroites relations avec l'excellent érudit Louis Guibert qui fut témoin déclarant au décès de tous les Zyrzniewski. Lorsque Paul, resté célibataire, mourut le dernier, le 8 janvier 1892, Guibert lui consacra, dans la Gazette du Centre du 12, un article ému rappelant ses vertus familiales, sa médaille d'honneur de la Société d'encouragement au bien, sa valeur artistique surtout comme peintre de fleurs, et les expositions auxquelles il avait pris part tant à Limoges qu'au dehors, citant nommément les expositions de Bayonne et de Guéret ».

— M. Maurice Dayras décrit une pierre ancienne, trouvée lors de la démolition d'une maison dite « de la Croix », à Fourneaux, commune de Saint-Médard, et qui nous a été signalée par M. Chapronier, facteur-receveur. C'est un bloc de granit taillé en forme de bâtière, long de 0m,60, comportant, aux bases, des encoches qui indiquent que ce fragment n'était pas isolé. Le sommet de la bâtière présente un épaulement dans lequel sont ménagées deux cavités, l'une peu profonde, l'autre de 0m,05 centimètres ; dans celle-ci vient se loger une croix en granit rappelant la croix ancrée et haute de 0m,30. Il est probable que ces fragments sont une portion du couronnement du toit, avec croix antéfixe, d'une chapelle aujourd'hui disparue.

— M. Maurice Dayras présente une brochure anonyme imprimée à Aubusson, chez Bouyet, en 1877, ayant pour titre : Examen de quelques questions contemporaines. L'auteur paraît avoir été un prêtre, probablement l'abbé Labrune, archiprêtre d'Aubusson. Il y développe des considérations générales sur les pèlerinages, en réponse, dit-il, à un opuscule non précisé qui avait attaqué celui de Notre-Dame de La Borne. Il parle, avec quelques détails, de celui-ci. Un seul de ces détails est à retenir : la mention d'un acte notarié de 1686, reçu par Dayras et Legros, notaires royaux, aux termes duquel François d'Aubusson, duc de La Feuillade et baron de La Borne, donne à l'abbé Lefaure, curé de Saint-Michel-de-Veisse, la permission d'ajouter à la chapelle de La Borne une sacristie dont l'emplacement ne devra pas dépasser 8 pieds au-delà de la muraille de la chapelle. Cette sacristie est celle qui existe toujours.

— Lecture est donnée de l'étude de Mlle Yetta Morel sur Les origines du pays de Franc-Alleu, constituant le complément de la thèse sur la Combraille qu'elle a soutenue à sa sortie de l'Ecole des Chartes.

— M. Louis Lacrocq présente un mémoire judiciaire au Parlement de Paris (imprim. Quillau à Paris, 1777, in-4°, 20 p.) établi au nom de divers habitants d'Aubusson dans le procès qu'ils soutenaient contre un tanneur de cette ville, Marien Duchierfranc, pour la gêne et le préjudice qu'ils alléguaient leur être causés par la mauvaise tenue de sa tannerie.

— Au sujet de la communication faite à la séance du 30 mars dernier par M. Henri Hugon sur la famille de Biencourt, M. Desjobert de Prahas indique que le château et la terre de Bogenest (commune de Pionnat) ont été pendant longtemps la propriété de cette famille, de qui elle était venue aux Lejeune de Fressanges par un mariage au xviie siècle. Pierre Lejeune de Fressanges les vendit, le 12 octobre 1737, à Jean Dissandes, ancêtre de notre collègue. Il y a, au château de Bogenest, une pierre provenant d'un portail démoli, où sont sculptées les armoiries des Biencourt.

— M. Adrien Rivet communique : 1° la copie d'un acte reçu par Bourbon, notaire royal à Crocq, le 6 février 1690, aux termes duquel « reverande dame Michelle de Reclaines de Lionne, prieure et superieure du couvent et monastere de l'Immaculée Conception de la Vierge et de saint Joseph, ordre de saint Benoist, ...de ceste ville de Crocq », donne procuration en blanc pour la résignation de ce prieuré au profit de « reverande dame Marthe de Brun du Boisnoir, religieuse professe de l'abbaye des Chazes ». L'acte est passé au parloir du couvent de Crocq.

2° La copie d'un acte, aussi passé au parloir du couvent de Crocq, devant Debel, notaire royal, le 3 août 1694, aux termes duquel la même prieure, dont la première résignation n'avait pas pu se réaliser, donne à nouveau procuration pour faire cette résignation au profit de dame Marguerite de Chaussecourte de Chierdon du Botz, religieuse professe de l'abbaye de Lignieux au diocèse de Lyon.

M. Rivet fait remarquer que ces documents paraissent fournir pour la première fois mention d'un établissement de Bénédictines à Crocq ; le fait n'avait pas encore été signalé. Il ajoute que le couvent avait certainement disparu en 1700, car un procès-verbal de visite d'un délégué de l'évêque de Clermont-Ferrand (diocèse auquel appartenait Crocq), dressé cette année-là, dit qu'il n'y a aucun monastère à Crocq.

M. Louis Lacrocq ajoute que cet établissement, qui a dû avoir une brève existence, avait peut-être un lien avec le monastère des Bénédictines de Clermont, fondé en 1650 sous le vocable de Saint-Joseph, que signale dom Besse (Abbayes et prieurés, t. V. Province de Bourges, p. 118).

— M. Aureix décrit des sépultures gallo-romaines découvertes à Chassin, commune de Janaillat, du type habituel en boîtes de pierre. Il remet, pour le Musée, une curieuse lampe en argile, de fabrication locale, provenant de ces sépultures.

— M. Emile Genevoix a envoyé une note sur le prieuré du Riveau, commune de Fresselines, qui appartenait à la Maison-Dieu de Montmorillon (cf. Mémoires, t. XXII, p. 566).

Ses bâtiments étaient situés à 200 mètres environ du village actuel du Riveau, à mi-côte de la vallée aboutissant à la Creuse. Les derniers vestiges ont disparu il y a quelques années ; la chapelle, qui était en ruines, a été complètement démolie vers 1900. Des constructions au voisinage de son emplacement sont appelées « Le Priorat ».

M. Genevoix a examiné trois objets provenant du prieuré, conservés chez M. Lansade :

1° Une statue en bois (hauteur 0m,58) qui représente saint Jean-Baptiste ; elle est très abîmée, mais a gardé son expression assez rude ; elle paraît pouvoir être attribuée au xive siècle ; elle a des traces de peintures.

2° Une statue de sainte en bois, privée de sa tête et vermoulue qui peut être de la même époque que la précédente.

3° Une pierre taillée prismatique (granit) qui a une cavité à sa partie supérieure avec orifice d'évacuation dans une gouttière linéaire se continuant jusqu'à la base.

Une excellente photographie de la statue de saint Jean-Baptiste, faite par notre collègue M. Louis Fourneau, accompagne la communication.

— M. Emile Genevoix a fait don d'un Palmarès du collège royal de Limoges de 1829.

— Présentation est faite d'une photographie du château de Montaigut-le-Blanc, donnée par M. G. de La Roche.

 

 

SÉANCE DU 27 JUILLET 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles de Montessus de Ballore, du Muraud, Théreil, MM. René Berthomier, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Maurice Dayras, le colonel de Forges, René de Forges, le docteur Janicaud, Lafay, René Martin.

Excusés : MM. Antoine Thomas, president d'honneur, Marc Bloch, Desjobert de Prahas, Dutheil, Laborde.

La Société des Sciences et Lettres du Loir-et-Cher a invité notre Société aux fêtes de son centenaire. Des remerciements lui ont été adressés.

Communication est donnée des statuts de la Société des Amis d'Aubusson, nouvellement créée. Nous lui exprimons nos vœux de réussite.

Des félicitations sont adressées à nos collègues M. le professeur Henri Rousseau, élu président de la Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers, Mme Chambraud, nommée officier de l'Instruction publique, M. Briquet, nommé officier d'Académie, ainsi qu'à M. Dutheil, chef de bureau aux Archives départementales de la Creuse, nommé officier d'Académie.

M. le Président signale la brillante soutenance de thèse à l'Ecole du Louvre de Mlle Simone de Montessus de Ballore sur les retables et tabernacles en bois des xviie et xviiie siècles conservés dans la Creuse.

NÉCROLOGIE. — Quatre de nos membres titulaires sont récemment décédés : MM. Antoine Jorrand, Bory, Alexandre Perron et Léonce Dubujadoux. La Société prend une vive part à ces deuils et exprime ses condoléances aux familles de nos regrettés collègues.

L'érudition provinciale vient de perdre un de ses plus distingués représentants, M. le marquis de Fayolle, président de la Société historique et archéologique du Périgord, conservateur du Musée de Périgueux. Archéologue érudit, il était aussi la courtoisie et la distinction mêmes. Il connaissait notre Musée et en faisait volontiers l'éloge ; tout récemment il nous avait envoyé des empreintes de sceaux et de cachets. Nous adressons à sa mémoire notre respectueux hommage.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mmes Gérouilhe et Rouet, à Nouziers, Mlle Simone de Montessus de Ballore, diplômée de l'Ecole du Louvre, à Paris, MM. Chervy, architecte à Guéret, Chigot fils, diplômé de l'Ecole du Louvre, à Limoges, de Lafaire, au château d'Ecosse, commune de Bétête.

CLASSEMENTS ET INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE. — Divers objets mobiliers conservés dans des églises de la Creuse ont été classés par arrêté du 20 mai 1933 : autel gallo-romain transformé en bénitier (Saint-Quentin) ; Vierge de Pitié en pierre, du xve siècle (Saint-Silvain-Montaigut) ; châsse émaillée, du xiiie siècle (Pionnat) ; buste-reliquaire de saint Barbaire, bois xviie siècle (Aubusson) ; Vierge de Pitié en bois, du xviie siècle (Champagnat) ; statue de saint Julien de Brioude en pierre, du xvie siècle, et statue en bois de saint Jean-Baptiste, du xviiie siècle (Fresselines) ; statue en bois d'ange, du xve siècle (Saint-Pierre-de-Fursac) ; reliquaire incrusté de nacre, du xve siècle ; reliquaire de saint Roch de 1674 ; clochette en bronze du xiie siècle ; clochette en bronze du xviie siècle (Le Moutier-d'Ahun).

Le même arrêté a classé la pierre tombale d'un prêtre (xiiie siècle) qui se trouve dans le cimetière de Saint-Quentin.

Par arrêté du 8 mai 1933 ont été inscrites à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques les églises d'Anzême, Gouzon, Ladapeyre, Le Monteil-au-Vicomte, Noth, Saint-Agnan-de-Versillat et Saint-Moreil ; par arrêté du 6 juin celle de Clairavaux.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. H. Germouty, les numéros du Mémorial de la Creuse contenant ses articles Une visite à Fontevrault (27 mai 1933) et Tourisme et villégiature dans la Creuse (15 juillet 1933).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note d'ornithologie de M. Emile Genevoix sur le Cincle plongeur (Cinclus aquaticus).

— M. René Martin communique une lettre autographe de Gault de Saint-Germain, professeur de dessin au collège de Guéret, adressée à Mme Beaulaton et datée du 18 janvier 1810. Cette lettre fait partie d'une série déjà signalée dans nos Mémoires (t. XXIII, p. cxvii). Elle contient, avec beaucoup de généralités, des détails sur la météorologie creusoise. Elle figure dans la publication faite en 1861, à Clermont-Ferrand, chez Auguste Veysset (in-12, 68 p.) des Lettres inédites sur la géographie, la physique, la topographie, l'histoire naturelle, les antiquités et les hommes illustres de la ci-devant province de la Marche, écrites en 1809 et 1810, par M. Gault de Saint-Germain, peintre.

— M. Henri Hugon signale la mention dans un document des Archives départementales de la Corrèze (B 710) de Barbad de La Chaudière, horloger à Aubusson.

Il communique une carte postale représentant la statue du général Espagne élevée sur une place d'Auch (Gers). La famille Espagne fixée à Aubusson était originaire d'Auch où était né, le 16 février 1769, le général dont une place d'Aubusson porte le nom (cf. Mémoires, t. XX, p. 366).

— M. Joseph Boulaud signale deux actes du xviie siècle, qu'il a trouvés dans le fonds des notaires de Limoges, aux Archives départementales de la Haute-Vienne, où sont mentionnés divers abbés de Bénévent : Charles Foucaud (1658), Paul Pélisson (1685), de Saint-Vallier, évêque de Québec (1688).

Il signale, en outre, dans le même fonds, un acte du 21 juin 1671, reçu par Villemonteix, notaire, aux termes duquel Daniel de La Loue, seigneur du Masgelier, paroisse du Grand-Bourg de Salagnac, reconnaît tenir de Philippe de Jumilhac, seigneur de Montaigut-le-Blanc, en foi et hommage lige, la rente foncière et directe de son fief de Las Broas [aujourd'hui Las Brouas], paroisse de Gartempe, justice de Montaigut.

— M. le docteur Janicaud présente des photographies d'une statue du Musée de Guéret qu'il décrit. Elle représente le dieu gaulois Cernunios, avec ses attributs : serpent, torques, cornes.

— Lecture est donnée d'une note de M. Dutheil sur des prix de denrées, de matériaux, d'outils, de remèdes, etc., qu'il a extraits de documents du xviiie siècle trouvés dans le fonds du prieuré des Ternes, aux Archives départementales de la Creuse.

M. Dutheil signale, en outre, d'après un document du même fonds, l'existence d'un bureau des traites à Bosmoreau en 1750.

— M. Louis Lacrocq lit la note reproduite à la suite du présent procès-verbal.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – UN ÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE DE MALTE

Notre collègue M. Adrien Rivet a trouvé un procès-verbal, en date des 13 et 14 août 1759, dressé par Pierre Lacoux, notaire royal à Mérinchal, relatif à l'établissement que l'Ordre de Malte avait au Monteil-au-Temple, paroisse de Lioux-les-Monges. C'est un document intéressant.

Il présente l'état d'un « membre » d'une commanderie lointaine, car Le Monteil-au-Temple, situé dans une paroisse, Lioux-les-Monges, qui a fait partie, jusqu'en 1790, du diocèse de Clermont-Ferrand, dépendait de la commanderie de Saint-Romain-en-Gal [actuellement département du Rhône]. Le titulaire de cette commanderie était, en 1759, un Marchois appartenant à une famille de la région de Chénérailles, Charles Peschant, « prêtre conventuel ». En vertu d'une procuration que, devant un notaire de La Valette (île de Malte) il lui avait donnée le 13 mars 1743, sa sœur, demoiselle Jeanne Peschant de Malleret, demeurant au château de Malleret, paroisse de Saint-Chabrais, administrait ses biens. C'est elle qui s'entendit avec les deux commissaires délégués par le Grand-maître de l'Ordre de Malte pour la visite qu'ils étaient chargés de faire au Monteil-au-Temple. Ces deux commissaires étaient : frère Henri Bertrand du Masdon, chevalier de l'Ordre et commandeur de Féniers où il demeurait, et Gabriel Tournyol du Rateau, chapelain prêtre conventuel de l'Ordre, demeurant au château du Rateau, paroisse de Bonnat.

Avec le notaire assisté de deux témoins, Joachim Perret de Laforest, curé de Pierrefitte, et Jean-Louis Loyseaud, curé du Compas, et Mlle Peschant présente, les commissaires se rendirent, le 13 août 1759, au Monteil-au-Temple où les attendait demoiselle Angélique Besse du Monterant, fermière du domaine, moyennant un loyer annuel de 440 livres. Elle leur présenta son bail en date du 17 octobre 1743, les terriers de 1711 et 1733 et le procès-verbal de la précédente visite faite en 1743, mentionnant les réparations prescrites au commandeur. Ces pièces examinées, les commissaires remirent au lendemain la continuation de leur visite parce qu'il n'y avait « aucun logement sur les lieux pour loger ».

Le 14 août, ils se rendirent à l'église de Brousse dont le patronage appartenait au commandeur. Au son des cloches, le curé Jacques Tord les reçut, revêtu de son surplis et de son étole. Tout, dans l'église, leur parut en bon ordre. Ils allèrent ensuite au pré du Verger, où ils remarquèrent « deux bornes marquées aux croix de l'Ordre qui font séparation dudit pré d'avec celui du seigneur de Brousse ». De là ils gagnèrent « le lieu de Larfeul où il y a une chapelle dépendant dudit membre », desservie par le curé de Brousse. Cette chapelle que mentionne la carte de Cassini, que le Dictionnaire de Lecler (art. Larfeux) indique comme située sur la paroisse de Saint-Bard (alors du diocèse de Clermont-Ferrand) et démolie en 1887, venait d'être reconstruite par les soins du commandeur ; elle était en parfait état, munie de deux cloches placées « dans un pinacle » [clocher-mur].

Puis eut lieu la visite du moulin du Monteil-au-Temple, du bois du même nom planté en « faux » (hêtres) de haute futaie, des terres, prés et pâturaux du domaine, tous bien cultivés, enfin de l'étang du Chatelard et de celui du Martineix, dont la situation n'est pas indiquée.

Ces vérifications faites, les commissaires, conformément aux statuts de l'Ordre, disent-ils, firent appeler « secrètement » six habitants, quatre du Monteil-au-Temple, deux de la paroisse de Saint-Bard, à qui ils posèrent diverses questions : l'église de Brousse et la chapelle de Larfeul étaient-elles bien desservies ? Le curé était-il de bonnes mœurs ? Connaissaient-ils des fondations charitables à la charge du commandeur ? Celui-ci n'avait-il pas aliéné quelque dépendance du membre ? Les réponses furent toutes satisfaisantes.

Mlle Peschant fournit alors quelques explications sur les dépenses faites pour des réparations aux étangs et la construction de la chapelle ; elle indiqua que son frère avait obtenu des lettres de chancellerie pour le renouvellement du terrier du Monteil-au-Temple et de Brousse dont le notaire Lacoux s'était chargé moyennant un honoraire de 240 livres.

Les commissaires purent donc terminer le procès-verbal par l'affirmation que tout était en règle au Monteil-au-Temple et ils y apposèrent leurs cachets armoriés, sur cire rouge, à côté de leur signature.

Louis Lacrocq.

 

 

SÉANCE DU 14 SEPTEMBRE 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président

Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Maurice Leloir, membre honoraire ; Mlle de Montessus de Ballore, MM. Barthon, Louis Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Cluzet père, le colonel de Forges, René de Forges, Frétet, Gautier, le docteur Janicaud, Laborde, Lacombe, de Lajaumont, René Martin, Sarrassat.

Excusés : MM. Marc Bloch, Maurice Dayras, Dutheil.

M. André Martin, conservateur-adjoint à la Bibliothèque nationale, assiste à la séance.

Des félicitations sont exprimées à MM. le docteur Gaumet, nommé officier de l'Instruction publique, Laborde, à qui a été décernée la médaille d'honneur de la Prévoyance sociale, Quellet, nommé officier d'Académie.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. H. Germouty, son article sur Le cinquantenaire de Jules Sandeau (Mémorial de la Creuse du 12 août 1933) ; — de M. Garcia, un Processionnal du diocèse de Limoges.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Henri Hugon a fait don, pour le Musée, d'un brevet fleurdelisé, sur parchemin, de chevalier de la Légion d'honneur délivré le 6 juin 1820 à Antoine Moreau, gendarme, né à Guéret le 8 septembre 1761. Il l'a accompagné des observations suivantes :

« Ce brevet, daté de la 25e année du règne de Louis XVIII, indique que le titulaire, récompensé pour services rendus au roi, prendra rang du 14 juin 1804. On serait tenté de croire à une mesure rétroactive, à une réparation tardive. Il n'en est rien : Moreau, qui avait figuré, en 1814, sur le premier état général imprimé de la Légion, avait bien reçu, dès 1804, la lettre d'avis du Grand-chancelier, tenant, sous l'Empire, lieu de brevet, et cette pièce lui avait permis de toucher, régulièrement, depuis 16 ans, son traitement de chevalier. En ignorant volontairement le gouvernement créateur de l'Ordre, en confisquant au profit du nouveau régime les services récompensés, en postdatant les nominations sur les nouveaux brevets qu'elle remettait aux anciens légionnaires, la Restauration travestissait simplement l'histoire ».

— M. André Demartial, membre correspondant, a envoyé copie du marché ci-après reproduit, trouvé dans des papiers de l'abbé Bouteiller qui avait réuni de nombreux renseignements restés inédits sur Vallière, d'où il était originaire :

Prix fait du tabernacle de l'église de Valières

Longueur de l'autel sept pied, profondeur 20 pousses. Quatre figures, savoir St-Martin à droit, Ste-Radegonde, St-Sébastien à droit et St-Blaise, une Ste-Vierge dans la niche avec deux anges et une couronne royalle. A dessus de lad. couronne une Resurection ; dans les gradins une bouette avec le St-Ciboire. Et le tabernacle aura également une bouette, led. tabernacle aura 8 pieds demy de haut, plus quatre anges d'un pied avec chacun un ostensoir, plus une croix avec un Christ, le tout dorré d'un bon or, plus l'encortellement de l'autel de dehors en dehors 7 pieds, la profondeur 3 pieds 4 pousses. Filtez avec un quadre et le fond blanc céleste.
Selon devis cy dessus je promet donner deux cent livres pourvu que le tabernacle soit conforme au devis cy dessus. A Vallierre, ce 31 décembre 1791. Signé : Sallandrouze, curé de Vallière ; Morisan, approuvant se que dessus.

Morisan était vraisemblablement un sculpteur de Limoges. Louis Guibert (Catalogue des artistes limousins, nos 109, 117, 118) a relevé plusieurs Morisan sculpteurs ; aucune de ces mentions ne s'applique à l'artiste qui a signé le marché, à raison de la date, mais on peut conjecturer qu'il était de la même famille.

Mlle de Montessus de Ballore, à qui M. le président avait communiqué ce marché, entrant dans le cadre de ses recherches sur la sculpture religieuse, dit que, vérification faite, il n'y a pas trace du tabernacle de 1791 dans l'église de Vallière.

— M. Jacques Levron fait savoir qu'il a trouvé dans les registres paroissiaux de Coron [canton de Vihiers, arrondissement de Saumur, Maine-et-Loire] l'acte de sépulture d'un émigrant marchois, Pierre Rochembaut, charpentier, originaire de la paroisse de Beissat, décédé subitement ; figurent à l'acte trois de ses compagnons d'émigration : Jacques Giron, de la paroisse de Magnat-l'Etrange, Georges et Albert Guéry, frères, de la paroisse de Beissat, dont les professions ne sont pas indiquées. Cet acte est du 23 octobre 1686.

— M. Chatreix a relevé, sur les registres de l'état-civil de La Souterraine, la mention du décès d'un émigré, Louis-Armand-François de Seiglière, qui avait été le dernier seigneur de Bouéry, paroisse de La Celle-Dunoise (cf. Mémoires, t. XXIII, p. 65 et 237).

« Corps de Condé de l'Armée impériale russe ».
« Le 8 mars 1801... est décédé à l'hôpital du Corps de Condé, vicomte de Seiglière, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, noble à cheval du 4e escadron de cavalerie noble, âgé de 57 ans, natif de Sainte-Feyre, lequel a été inhumé après les cérémonies de l'église, dans le cimetière de la paroisse de Pollay-la-Styrie [sic] ».

— M. le docteur Janicaud communique les renseignements qu'il a recueillis dans divers documents d'archives sur l'état des bains d'Evaux au xviiie siècle.

Il présente un plan et une photographie du petit château de Montgalbrun, commune de Soumans, qu'il a récemment examiné.

— M. Gautier lit un chapitre de son étude sur la chouannerie dans la Creuse à la fin de la Révolution, où il raconte l'attentat à main armée commis à Chambon, dans la maison du conventionnel Baraillon.

— M. Louis Lacrocq communique l'état imprimé (Guéret, Guyès 1793, in-4°, 10 pages) dressé par le Directoire du département de la Creuse, énumérant, district par district, les anciennes paroisses qui, avant la Révolution, « déposoient leurs registres de naissance, mariage et décès dans des greffes sis maintenant hors du département ».

Cette pluralité de lieux de dépôt des registres paroissiaux venait du morcellement entre plusieurs généralités du territoire qui a formé la Creuse. Les greffes énumérés sont : Riom, Limoges, Montmorillon, Tulle, Issoudun et Moulins.

— M. Briquet communique le contrat de mariage, du 20 janvier 1725, reçu à La Chapelle-Baloué, par Denis, notaire royal, de Jean Monéger, sieur des Léchères, paroisse de Crozant, avec Anne Vergne, fille de Silvain Vergne, maître chirurgien à Naillat.

— M. Adrien Rivet a envoyé copie de deux actes des 1er et 2 juin 1786, passés devant Battut, notaire royal à Crocq, par lesquels divers seigneurs et les magistrats de Crocq protestent contre le transfert à Aubusson d'un des deux offices d'huissier de Crocq.

 

 

SÉANCE DU 26 OCTOBRE 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président

Présents : Mlles du Muraud, Théreil, MM. Aguillaume, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Cluzet père, Desjobert de Prahas, Dutheil, René de Forges, Foucart, Gautier, Hadmar, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lamatière, René Martin, Pasty, le docteur Sallet, Sarrassat.

Des félicitations sont adressées à M. le docteur Gaumet, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.

NÉCROLOGIE. — Notre Société a été douloureusement frappée ces dernières semaines. Nous avons perdu M. Joseph Bourzat, un de nos plus anciens membres, entré à la Société en 1886 et qui lui a alors donné une collaboration que ses occupations d'affaires ne lui ont pas permis de continuer ; M. le docteur Queyrat, médecin honoraire des hôpitaux de Paris, folkloriste et philologue, entré à la Société en 1905 ; M. Charles de Léobardy, le distingué agriculteur limousin, entré en 1904 ; le docteur Janicot, de Saint-Marc-à-Loubaud, et M. Louis Moreau, greffier en chef du tribunal civil de Guéret, enlevé à la fleur de l'âge.

Nous adressons aux familles de nos collègues nos condoléances émues.

ARCHIVES. — M. Renard a donné un lot de papiers anciens (xviiie siècle et début du xixe) parmi lesquels se trouvent des actes relatifs à la seigneurie de Sardet [commune de Chéniers] et un document à noter pour l'émigration creusoise : un acte passé devant Grand, notaire à Saint-Léopardin, canton de Lurcy-Lévy (Allier) le 21 juin 1809, constate un règlement intervenu entre Jean Perron, ancien maître-maçon, demeurant alors à Lourdoueix-Saint-Pierre, représenté par son fils Jean Perron, aussi maître maçon, demeurant à Franchize [actuellement Franchesses, Allier] d'une part, et les enfants de Marie Devillard, habitant l'Allier, pour la succession de celle-ci qui était épouse en deuxièmes noces de Jean Perron père. Cet acte montre donc des maçons émigrants creusois qui se sont fixés dans l'Allier où ils étaient allé travailler. Le père, qui s'y est remarié avec une Bourbonnaise, est revenu dans la Creuse après la mort de sa femme, mais le fils y est resté.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Adrien Blanchet, de l'Institut, son étude sur Nicolas Fabri de Peiresc (Aix-en-Provence, 1933) ; — de M. Henri Hugon : Une ambassade tunisienne à Paris en 1825 (extrait de la Revue tunisienne, Tunis, 1933) ; — Le général comte Dumoulin, de Limoges (extrait de la Vie limousine, Limoges, 1933).

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Rougier, institutrice à Cressat ; MM. l'abbé Philaut, curé d'Ajain ; Edmond Saint-Paul, au château du Maslaurent, commune de Croze.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Le docteur Janicaud présente, de la part de M. Hadmar, un denier d'argent de l'an 144 avant J.-C., de la famille romaine Fabia, trouvé à Jarnages, des monnaies de bronze de Trajan, de Faustine jeune et de Salonine, et deux deniers de Herbert Ier Eveille-chien, comte du Maine (xie siècle), tous trouvés dans la Creuse.

Il lit une étude historique et archéologique sur les thermes romains d'Evaux.

Il décrit d'importantes ruines gallo-romaines récemment découvertes à Beauvy, près d'Evaux.

— M. Gautier continue la lecture de son étude sur la chouannerie par le chapitre racontant le pillage de la maison de Sébastien Bizet, maire de Marcillat (Allier), en floréal an IX.

— M. Emile Genevoix a communiqué le document suivant lui appartenant, relatif à la fonte d'une cloche pour l'église de Dun-le-Palleteau en 1807 (l'inscription de cette cloche a été publiée par l'abbé Lecler dans son Etude sur les cloches de l'ancien diocèse de Limoges, p. 130).

Je Bernard Martin, fondeur de cloches, demeurant en la commune de Breuvane, dépt de la Haute-Marne, soussigné, reconnais avoir reçu des marguilliers du chef-lieu de la commune de Dun, par les soins du sieur François Simon, l'un d'eux, receveur de la fabrique du dit lieu, la somme de cent vingt livres à laquelle tant les dits marguilliers que la plus grande partie des habitants de la ditte commune avoient fait marché avec le dit sieur Martin pour refondre ou couler la cloche de l'église de la ditte commune qui était cassée, tant pour la main-d'œuvre que pour la dépense du dit Martin, laquelle ditte somme ce dernier a quitté les habitants de la ditte commune de Dun, de laquelle susditte somme cy dessus payée il en a été avancé et payé par le dit sieur Simon, receveur de la fabrique, celle de soixante-seize livres cinq sols provenant des fonds de la ditte fabrique que le dit sieur Simon avait en caisse, le surplus, ainsi que l'achat du métal qu'il a fallu pour la refonte de la ditte cloche, ainsi que toutes les autres fournitures, ayant été achetées des deniers provenant des habitants de cette commune.
Fait à Dun ce vingt avril 1807.
Signé : Bernard Martin, fondeur de cloches.

M. Genevoix indique qu'une note jointe au reçu mentionne que l'achat du métal (90 livres 1/2) a coûté 144 francs et qu'il a été payé 235 francs pour achat de clous, gomme, cire, charbon, chanvre, ainsi que pour la main-d'œuvre qu'a nécessitée le creusement de la fosse où s'est faite la fonte.

— M. Adrien Rivet communique un acte en minute du 6 août 1634, dressé « au devant de la porte de l'église parrochialle », à « Saint-Allevard » [aujourd'hui Saint-Alvard, commune de Basville], les paroissiens assemblés et en présence du curé Michel Cousturier, assisté de deux prêtres communalistes, acte constatant que Catherine de La Fayette, épouse de Claude du Plantadis, seigneur du Leyris et de Saint-Alvard, a déclaré « avoir intention de faire instituer le Rosaire dans ladite eglise et paroisse, soubz le bon plaisir de Monseigneur l'evesque de Clermont et du reverend pere prieur des Jacobins dudit Clermont ». Elle déclare également être prête à faire faire un chapelle avec autel orné d'un tableau et à la pourvoir d'un revenu suffisant. Le curé, les prêtres communalistes et les paroissiens approuvent et louent la proposition, promettent de contribuer à la fondation « de leur peu de moyens » et, d'accord avec Madame du Plantadis, ils désignent messire Gabriel de Saint-Julien pour présenter requête à l'évêque afin qu'il autorise l'institution du Rosaire à Saint-Alvard (qui dépendait du diocèse de Clermont), ainsi qu'au prieur des Jacobins pour qu'il vienne ou envoie un de ses religieux procéder à cette institution. Le notaire qui a reçu l'acte paraît être Bourbon ; le contexte n'indique ni son nom ni sa résidence.

M. Louis Lacrocq souligne l'intérêt de la communication qui précède comme montrant dans une petite paroisse l'établissement de la dévotion au Rosaire répandue par la Contre-Réforme au début du xviie siècle, ainsi que l'a expliqué M. Emile Mâle dans son dernier ouvrage, L'art religieux après le Concile de Trente (Paris, 1932, p. 466 et s.). Il signale un tableau du xviie siècle, représentant l'Institution du Rosaire, dans l'église de Naillat.

— M. Louis de Nussac, membre correspondant, communique le catalogue d'une « Rétrospective du meuble du xviie siècle à nos jours », récemment organisée aux Magasins du Louvre, à Paris, par M. le comte Jacques d'Ussel et les membres du Conseil d'administration des magasins du Louvre, où figurent diverses pièces d'Aubusson :

1° (n° 121) un petit tapis, ancienne savonnerie d'époque Louis XV ;
2° (n° 132) un tapis savonnerie d'époque Louis XVI ;
3° (n° 183) un tapis, guirlande de fleurs, époque Louis XVI ;
4° (n° 200) un tapis de savonnnerie d'époque Louis XVI ;
5° (n° 269) un tableau tapisserie représentant Le marchand d'orviétans, cadre sculpté et doré d'époque Louis XV ;
6° (n° 270) deux tableaux en tapisserie, représentant des pavots dans des corbeilles, aux cadres époque Louis XV ;
7° (n° 271) deux petits tableaux en tapisserie vases et fleurs, chef-d'œuvre de maîtrise époque Louis XV ;
8° (n° 334) une tapisserie d'après les cartons de Vernet, d'époque Louis XV ;
9° (n° 353) un panneau de tapisserie, La main chaude, époque Louis XV ;
10° (n° 366) quatre panneaux représentant des Scènes chinoises, d'après les cartons de F. Boucher, époque Louis XV ;
11° (n° 376) une verdure.

M. de Nussac ajoute que les panneaux n° 366 portent la signature : M R DAVBVSSON PICON.

— M. Henri Hugon signale, d'après le Bulletin de l'Académie Delphinale de 1932, un discours de réception de M. Adolphe Masimbert sur le Parlement de Grenoble en 1776 et l'avocat général Antoine-François Colaud de La Salcette, né à Briançon en 1727. C'était le père du second préfet de la Creuse, Joseph-Louis-Claude Colaud de La Salcette, installé en 1802, et qui fut ensuite député de la Creuse au Corps législatif de 1807 à 1814. Le travail contient, en note, quelques indications biographiques sur les membres de cette famille.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« J'ai examiné récemment, avec notre collègue M. l'abbé Lamonnerie, curé-doyen de Chambon-sur-Voueize, un cercueil en pierre qui se trouve dans le jardin du presbytère contigu au chevet de l'église de cette ville. Ce cercueil, m'a dit M. l'abbé Lamonnerie, a été trouvé à cette place lors des terrassements faits, il y a une vingtaine d'années, pour l'aménagement du jardin.

« Taillé assez grossièrement dans un bloc de granit, avec angles rectilignes, il mesure extérieurement 2m,40 de longueur, 0m,75 de largeur à la tête et 0m,35 aux pieds. L'épaisseur moyenne de la paroi est de 0m,12. La hauteur est de 0m,57. La partie inférieure est arrondie.

« Le couvercle est bombé et présente comme ornementation une croix en relief. Le bras long de cette croix s'étend sur toute la longueur du couvercle au sommet du bombement, le bras court épouse la forme de celui-ci et va jusqu'au bas du couvercle. Aux quatre extrémités la croix s'évase en patte.

« Ce cercueil de dimension exceptionnelle — sa longueur intérieure est de 2m,16 environ — paraît, à raison de son ornementation, remonter, au moins, au début du moyen-âge, peut-être à la période carolingienne ».

— Mlle du Muraud lit une note sur le culte populaire de Saint-Silvain de Levroux, dans la Creuse, et décrit les coutumes traditionnelles observées à Saint-Silvain-Bellegarde, Saint-Silvain-sous-Toulx, Saint-Silvain-Bas-le-Roc et Bonnat.

M. Louis Lacrocq ajoute à cette communication quelques indications sur la diffusion du vocable de Saint-Silvain comme nom de lieu, et la maladie qu'on appelait au moyen-âge « mal de Saint-Silvain ».

— M. Aguillaume présente un carnet contenant des dessins de lui, concernant divers monuments ou objets de la Creuse ayant un intérêt archéologique.

M. le Président le complimente de ses dessins et lui demande d'en établir des copies pour notre collection iconographique.

 

 

SÉANCE DU 30 NOVEMBRE 1933

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles du Muraud et Théreil, MM. Aureix, Beluchon, Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, R. de Forges, Foucart, le docteur Janicaud, Lafay, Lamatière, Pasty, Sarrassat.

Excusés : MM. Chatreix, Cluzet père, Lacombe, Rimour.

NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. Henri Thonier, membre titulaire, de M. le docteur de Brinon, membre correspondant, et de M. Octave d'Abzac.

M. Henri Thonier, originaire du Bourbonnais, s'était fixé à Evaux par son mariage avec Mlle Fourot, fille de M. Fourot qui fut député de la Creuse. Entré à la Société en 1917, il nous a donné des marques de cordiale sympathie. Maire et conseiller général d'Evaux depuis fort longtemps, il était une des personnalités les plus connues et les plus sympathiques de la Creuse, entouré d'amitiés.

Le docteur de Brinon, creusois d'origine, dont la famille possédait, depuis longtemps, la terre de Flayat, s'était fixé à Moulins (Allier). Excellent archéologue, il y fut président de la Société d'Emulation du Bourbonnais et c'est en cette qualité que nous l'avions choisi comme membre correspondant en 1924. Avec autant d'érudition que de bonne grâce, il nous avait envoyé diverses communications.

M. Octave d'Abzac, après une honorable carrière dans l'administration des finances, partageait son temps entre Limoges et sa propriété de Faux-la-Montagne. Grand travailleur, il a publié des travaux sur l'histoire du Limousin et a parfois touché à la Creuse, notamment par une communication sur l'exploitation de la tourbe insérée au tome XX de nos Mémoires (p. LXXXVI).

Nous exprimons nos condoléances aux familles de ces collègues estimés.

MEMBRES CORRESPONDANTS. — Sont désignés comme membres correspondants : MM. Harot, architecte en chef des monuments historiques à Choisy-le-Roi ; Marcel Génermont, architecte des monuments historiques à Moulins ; Léon Grelier, architecte des monuments historiques à Châteauroux.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. P. Charreyron, membre correspondant, son étude parue dans le « Correspondant » sur La famille limousine de Victor Hugo ; — de M. H. Germouty, son article, paru dans le « Mémorial de la Creuse », sur des Tapisseries d'Aubusson à Saint-Pierre-d'Oléron ; — de M. Jean Dutheil, l'étude qu'il vient de publier sur L'Ecole centrale de la Creuse, Imprimerie Louis Jean, Gap, 1933.

ARCHIVES. — Il a été donné par M. le docteur Albert Guillon une liste des minéraux offerts au Musée par l'ingénieur Furgaud qui fut le premier président de notre Société ; — par M. Chatreix, une copie de la généalogie de la famille Poujaud, originaire de Saint-Maurice près La Souterraine, généalogie imprimée à Limoges chez Ardillier en 1823 (in-4°, 16 pages).

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. le docteur Albert Guillon, médecin général des colonies en retraite, à La Souterraine ; Roger Aubaile, négociant à Guéret.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Dans son livre sur Le Comté de la Marche et le Parlement de Poitiers (Paris, 1910), M. Antoine Thomas a dit (Introduction, p. xiii, n. 1) que « les registres du Parlement de Poitiers renferment beaucoup de documents sur l'activité commerciale de La Souterraine, petite ville qui était en relations avec des marchands italiens et où il n'y avait pas moins de dix changeurs en 1434 », mais il a dû les laisser de côté, le cadre géographique de son travail ne comprenant pas La Souterraine qui était en Limousin.

M. Antoine Thomas a bien voulu rechercher les indications qu'il avait relevées sur les faits ainsi signalés et nous les envoyer. Nous lui en exprimons nos remerciements. Les voici :

[Année 1434]. — Huguet Cospot, Simon Pijat, Jehan de Las Affis, Michel de La Plancherie, Jehan Pinot l'aisné, Jehan Pinot le jeune, Huguet Pinot, Jehan Alasorbonne, Estienne Marraut et Pierre Raydier, touz changeurs de La Soubterraine. (Reg. du Parlement de Poitiers, Arch. nat. X1A 9200, f° 223).

[Année 1435]. — Entre Katherine Chastelle, vefve de feu Pierre Rayadier de La Soubzterraine... et Laurens de La Rose... procureur de Pierre Clivace alias Macon... pour son pere et Bertrand de Ferrariis, marchand de Milan. (Id., X1A 9201, f° 193 v°).

— M. Dutheil analyse des forléaux de la ville d'Ahun qui s'étendent sur une période comprise entre mai 1771 et mai 1773. Il les compare avec d'autres prix présentés à une précédente séance et concernant le monastère des Ternes.

— M. de Berranger a envoyé une note intitulée Les doléances du « canton » de Boussac. Il y analyse un mémoire rédigé par M. de Saint-Thorenc, notaire royal à Boussac, et adressé le 13 mars 1789 à Necker, ministre des finances, dans lequel il donne son avis sur la gabelle, la traite foraine, la main-morte, la situation économique, les impôts, les ordres religieux, les offices, les juridictions seigneuriales et le célibat. Ce document a été trouvé par M. de Berranger aux Archives nationales (B III 166, fol. 657-684).

— M. Aureix lit une note écrite par l'abbé Landon, curé de Bénévent-l'Abbaye, sur les registres paroissiaux de l'année 1722. Cette note relate une violente épidémie de dyssenterie ayant fait de nombreuses victimes dans cette ville. Rapprochant ce fait de découvertes de sépultures sur la place du Marché, autrefois cimetière, où l'abondance et la proximité des ossements était anormale, M. Aureix pense qu'il peut y avoir là une trace matérielle de l'épidémie de 1722.

— M. le docteur Janicaud donne, d'après M. Lucien Lefort, instituteur à Magnat-l'Etrange, la description d'un souterrain-refuge récemment découvert à Tancognaguet, commune de Saint-Pierre-de-Fursac.

Il complète les renseignements qu'il a déjà donnés sur les ruines gallo-romaines de Beauvy, près d'Evaux et signale l'existence, entre ces ruines et les restes de la nécropole des Ajailloux, d'un réseau d'aqueducs de la même époque.

— M. Louis Lacrocq signale un article de M. Louis Davillé intitulé L'emploi du mot « Sarrazin » dans les lieux dits, surtout à l'Est de la France, paru dans le Bulletin philologique et historique du Comité, 1930-1931, p. 15-37. Ce mot, désignant les peuples musulmans qui ont attaqué l'Europe méridionale au viiie siècle, s'est diffusé vers le xie sous l'influence des chansons de geste et a pris, dans le langage populaire, le sens générique de païen, de barbare, d'étranger « dans le temps comme dans l'espace », d'où la multitude de ses applications à des mégalithes, à des voies, à des fontaines, etc., dont l'aspect ancien et insolite frappait. La proximité de quelque objet de ce genre a étendu le mot à des villages. On le trouve à un très grand nombre d'exemplaires dans toute la France.

Dans la Creuse, nous avons :

  1. Le Mont-Sarrazin, commune de Crozant ;
  2. Sarrazines, commune de Mourioux ;
  3. La Voie sarrazine, qui est une ancienne voie romaine au camp des Châtres, près d'Aubusson (cf. Mém., t. XXIII, p. 46) ;
  4. La rue Sarrazine et le passage Sarrazin, à Aubusson, quartier de la Croix-Verte.

La Vie de saint Pardoux, publiée par Coudert de Lavillatte (Guéret, 1853), manuscrit du xe siècle, relate (p. 76) l'arrivée à Guéret d'une troupe de Sarrazins — qu'elle appelle Ismaelitana — échappée au désastre de Poitiers (732) et cette tradition doit peut-être se lier à la légende de la création des ateliers de tapisserie à Aubusson par les Sarrazins (cf. Pérathon, Histoire d'Aubusson, p. 14 et s.). Une autre tradition, plus vague, a eu cours pour Bénévent-l'Abbaye, donnant à sa population une origine sarrasine.

M. Aureix fait remarquer qu'il y a à Bénévent une « rue Sarrazine », mais que ce nom lui a certainement été donné en souvenir d'une famille de ce nom qui, avant la Révolution, avait dans cette ville une situation importante.

— Lecture est donnée d'une lettre de M. H. Germouty décrivant les cabanes de bergers, dites « chabanes », qu'on trouve dans les vastes landes du Sud du département.

M. le Président souligne l'intérêt d'observations de ce genre pour la géographie humaine et le folklore.

M. Aureix signale des cabanes de pierre autour de Saint-Goussaud.

M. Laborde dit que ce genre de constructions paraît n'avoir jamais été pratiqué dans le Nord du département. M. Maurice Dayras fait la même observation pour la région de Bellegarde.

— Lecture est donnée des copies et analyses de délibérations de la municipalité de Saint-Moreil de 1792 à l'an XIII qu'a relevées M. Rolinat. Plusieurs apportent une documentation intéressante sur la réquisition militaire, la crise des subsistances, le culte constitutionnel, etc.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :

« Dans les Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs (1932), M. le chanoine Musy étudie la construction de l'hôpital Saint-Jacques de Besançon commencée en 1686. Parmi les entrepreneurs qui souscrivirent des marchés figurent, le 18 novembre 1685, pour un des deux lots de maçonnerie, Christophe Joram, de Delabour au pays de la Marche en Bourbonnais, et le 25 juin 1686, pour un lot de murs de fondations, Jean Lestrad de la Marche de France. Le premier paraît être un Jorrand, originaire d'un des nombreux lieux dits creusois appelés Bort, La Borde ou Les Bordes, ou mieux encore de l'ancienne paroisse de La Borne, aujourd'hui Blessac. Le nom du second correspond, par l'addition de l'e muet, à la forme Lestrade encore répandue aujourd'hui.

« Sur trente noms cités, ces deux noms sont, avec celui d'un maçon de Tournus, les seuls apppartenant à l'ancienne France. Cette remarque confirme ce qui a été dit déjà des maçons marchois émigrés dans le comté de Bourgogne (Max Prinet, Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XXIII. — H. Hugon, Académie de Besançon, 1927) ».

— M. Adrien Rivet communique la copie d'un procès-verbal dressé, le 16 juillet 1732, par Chermartin, notaire royal à Crocq, et Alleyrat, notaire royal à Giat [Puy-de-Dôme] relatif au moulin du Cher, situé dans la seigneurie de Saint-Alvard.

L'acte explique que ce « moulin farinier », appartenant aux enfants mineurs de feu le marquis Guillaume de Salvert, avait été laissé à l'état de ruine en 1719 par celui qui en était fermier. Jean Bessède, marchand, demeurant au Cher, paroisse de Saint-Alvard, fermier de la seigneurie, consentit à prendre le moulin en emphythéose, moyennant une rente de 10 livres, à charge de le rebâtir, tous les bois nécessaires étant fournis par les propriétaires. C'est l'exécution de cette convention passée le 21 septembre 1731, devant Chaudessolle, notaire à Clermont-Ferrand, que constate le procès-verbal. Bessède a reconstruit le moulin à neuf. L'acte donne la description des travaux et l'énumération des arbres qu'il a coupés dans les héritages des mineurs de Salvert.

M. Rivet indique que le moulin du Cher n'existe plus. L'acte ne précise pas son emplacement ; il devait se trouver sur la rivière la Tardes, près de sa source.

— M. Emile Genevoix communique des pièces relatives à un procès soutenu en 1745, devant le présidial de Guéret, par Silvain Simon, notaire et procureur à Dun, contre Hugues-François de Lusignan de Lèze, marquis de Lusignan, et Marie-Alexandrine de Foudras, son épouse, au sujet de droits seigneuriaux que ceux-ci revendiquaient sur des héritages appartenant à Simon, situés au territoire du village de Chadourgnac (aujourd'hui Chadreugnat), paroisse de Lafat, dépendant, d'après eux, de leur seigneurie de La Chapelle-Baloué. Dans l'une des pièces, le marquis de Lusignan se qualifie aussi « comte de La Chapelle-Barioux » (la forme du nom était encore mal fixée ; dans d'autres pièces il y a « La Chapelle-Basloux »). Il est fait mention, sans indication de date, d'un arpentement du village.

— M. Bonneau fait connaître la date à laquelle a été créé administrativement le nom de Bénévent-l'Abbaye par l'addition de ce dernier terme au vieux nom de Bénévent.

En 1847, l'administration des Postes estima qu'il était nécessaire, à raison d'homonymies, d'ajouter un qualificatif au Bénévent creusois et elle proposa celui de « Le Marchois ». Par délibération du 6 novembre 1847, le conseil municipal fit remarquer, avec raison, que ce terme serait erroné puisque Bénévent, avant la Révolution, faisait partie du Limousin et n'avait jamais appartenu à la Marche. Il proposa le terme de « l'Abbaye » évoquant le souvenir de l'établissement monastique autour duquel s'était développée la ville. Une décision gouvernementale du 21 juillet 1848 sanctionna cette proposition.

M. Louis Lacrocq signale l'indication inexacte sur le nom de Bénévent que contient la Géographie historique du Limousin d'Alfred Leroux (édition 1919, page 172, note 1) où on lit que la ville « ne s'appela Bénévent-l'Abbaye qu'à partir de 1458 ». Il doit y avoir là une faute d'impression.

Il ajoute que, d'après le Dictionnaire des Postes (édition 1892), Bénévent a, en France, cinq homonymes : deux dans les Hautes-Alpes, un village de la commune de Nossage et un chef-lieu de commune à nom double (Bénévent-et-Charbillac), deux dans la Dordogne, un village de la commune de Saint-Laurent-des-Hommes et un village de la commune de Saint-Martial d'Artenset, un dans le Rhône, commune de Vaugneray.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :

« La Galerie militaire de l'Ain, ouvrage de C.-I. Dufay, publié à Bourg en 1874 contient — outre une nécrologie, que je compte utiliser un jour, du général vicomte René Dupeyroux, né en 1763 à Villemonteix, paroisse de Saint-Pardoux-les-Cars — deux mentions intéressant la Creuse :

« 1° L'envoi en résidence forcée à Guéret en 1816, pour motifs politiques, d'un avocat de Bourg, ancien officier des campagnes de la République, Claude-Louis Rodet, hostile au gouvernement de Louis XVIII. Son exil prit fin en 1817 sur une pétition remise à Bourg au duc d'Angoulême. L'année suivante, Rodet était élu député de l'Ain ; il mourut, très populaire, à Bourg, en 1838.

« 2° La biographie de Pierre-François-Célestin Cancalon, major de cavalerie, né en 1797 à Coligny, qui fut chargé de conduire à Ham le futur Napoléon III, et mourut en 1865 maire de sa ville natale et possesseur du château de Coligny. Son père, officier de la Révolution, s'était marié dans une importante famille de Saint-Amour ; son grand-père avait été juge châtelain de Coligny, puis visiteur général des Gabelles. En 1874, le nom était représenté par Clovis Cancalon, dont Dufay cite plusieurs écrits.

« Or ce nom est porté depuis des siècles dans les montagnes de la Creuse, région de Royère. Notre Société, à ses débuts, comptait deux docteurs Cancalon dont l'un a laissé un Essai sur nos monuments celtiques. L'historien de Royère, Zénon Toumieux, a relevé ce nom à maintes époques et notamment dans l'acte du 16 avril 1697 par lequel Jacques Blanchères de Pierrebuffière confirmait la possession des métayers perpétuels de Masgrangeas, parmi lesquels figurait Léonard Cancalon. Il pourrait être intéressant pour les érudits bourguignons de rechercher l'origine à Coligny de ce nom que sa forme ne paraît pas apparenter à ceux de la région bressane. On a déjà signalé l'installation en Franche-Comté, après la guerre de Trente ans, de maçons marchois attirés par les travaux de reconstruction, et dont les descendants ont prospéré dans leur nouveau pays ».

 

Nous publions ci-après des communications de M. Henri Hugon et de M. le baron de Chaumont qui n'avaient pu être reproduites à leur date.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA CONSCRIPTION MILITAIRE DANS LA CREUSE SOUS LE PREMIER EMPIRE

Il m'a semblé intéressant d'analyser pour notre Société un dossier des Archives nationales F7 3591, contenant la correspondance des préfets de la Creuse avec le gouvernement au sujet de la conscription entre 1804 et 1815. Ces préfets furent au nombre de quatre, Colaud de La Salcette (1802-1807), Théodore Maurice (1807-1810), Emmanuel Camus du Martroy (1810-1814), puis pendant les Cent-Jours, le chevalier Chaillou. Il ne faut pas chercher dans ce dossier un document complet des levées faites par le gouvernement impérial dans le département, mais on y trouvera maintes indications de détail sur l'état d'esprit des diverses régions de la Creuse au regard de la loi de conscription.

Un fragment de lettre sans date, mais qui semble du début de l'an XIII, définit ainsi la situation du recrutement : pour l'an IX et l'an X, 630 hommes devaient être incorporés, 123 désertèrent en route, dont 100 furent repris par la gendarmerie et conduits à l'île de Ré ou aux corps ; d'autres furent appréhendés par les sous-officiers de recrutement. L'effectif est de 635, soit supérieur de 5 unités au contingent, mais il n'a pu être atteint qu'en faisant appel à la réserve, à ceux qui n'avaient pas été désignés par le sort ou qui appartenaient à des communes ayant déjà fourni leur contingent. — Pour l'an XI et l'an XII, sur 564 appelés, 517 ont été dirigés sur les corps, dont 74 ont déserté en route. Il avait fallu prendre les fils de veuves et les aînés d'orphelins. 135 conscrits ne se sont pas présentés.

Le 4 germinal an XIII, La Salcette écrit : « L'arrondissement de Guéret, avec 75.307 habitants, comporte 665 conscrits dont 70 seulement absents, pour la plupart inconnus. Dans l'arrondissement de Boussac, sur 30 conscrits absents, le canton de Châtelus en compte 17. Dans l'arrondissement d'Aubusson la levée s'opère toujours avec une difficulté extrême ; La Courtine, Crocq et Gentioux ne fournissent que les hommes arrêtés par les gendarmes. Depuis trois ans, je constate l'ignorance et l'opposition des maires. L'arrondissement de Bourganeuf obéit mieux à la loi, sauf Royère où ce sont les parents qui répondent à l'appel pour les enfants ».

Le 13 thermidor an XIII, 245 conscrits sont partis ; 698 ont été déclarés impropres par la commission préparatoire, 144 ont été renvoyés devant le Conseil qui en a accepté 30.

Le 9 brumaire an XIV, le même préfet écrit : « J'ai dû mettre des militaires de recrutement dans presque toutes les communes pour obliger les conscrits au départ ; j'ai essayé de l'influence des ecclésiastiques, mais, à peu d'exceptions près, le clergé de la Creuse a bien peu d'empire sur les âmes, appartenant lui-même à la classe la plus étrangère à des idées libérales. Il faudrait qu'à l'exemple de l'évêque de Coutances, chaque prélat fît à ses curés un devoir pastoral d'éclairer les consciences ».

Le 20 du même mois, 154 conscrits partent de Guéret qui ne devait en fournir que 130, mais il faut compter avec les désertions en route, malgré les sous-officiers de recrutement d'escorte. 97 de ces hommes vont au 35e de ligne lequel recevra aussi 83 hommes partis d'Aubusson le 30. La Courtine, Crocq et Gentioux n'ont fourni que 5 à 6 hommes.

Le 4 octobre 1806, 76 conscrits partent d'Aubusson dont 45 pour le 35e d'infanterie. Il y a eu de nombreuses défaillances à Chénérailles, Felletin et Crocq (absents, réfractaires et insuffisance de taille) ; le 16, après un départ de 56 hommes de Bourganeuf, le préfet se plaint encore des désobéissances des quatre cantons de La Courtine, Crocq, Gentioux et Royère. Le 1er décembre il annonce que le contingent annuel ayant été de 487 hommes, il en a fourni 539 dont 38 ont déserté.

Le 8 juin 1807, le préfet Maurice annonce le départ de 315 hommes pour Metz, pour le 35e, et pour les hussards de Maestricht. Le 3 novembre 1808, le contingent de la Creuse sur l'appel de 80.000 hommes ayant été fixé à 317, il en a envoyé 259 en quatre détachements.

D'après une note de 1809, une société d'intrigants spéculerait sur les dispenses accordées aux conscrits ; le médecin Aubusson du Clou, de Bourganeuf, est soupçonné d'être au courant de ces agissements.

Le 29 novembre, le préfet doit prendre la défense du sous-préfet d'Aubusson, Rémy, violemment attaqué par les anciens maires de Vallière et de La Nouaille, révoqués notamment pour leur résistance à la loi de conscription. Le 22 mars 1810, Barjon, ex-maire de La Nouaille, est civilement condamné pour diffamation et le jugement est confirmé à Limoges, le 16 août. A cette époque 247 déserteurs sont portés sur les sommiers dont 47 seulement sont rentrés.

A ce moment est envoyé dans la Creuse à la tête d'une colonne mobile, le baron Meckewem, chef d'escadrons de gendarmerie d'élite (1) qui écrit, le 27 novembre 1810, au duc de Rovigo, ministre de la police : « Les chapeaux brodés ne font pas autant d'effet que les bonnets à poil. Ces sauvages-là attendent toujours une amnistie pour les couches de l'impératrice. Il en est qui ont dit avoir passé trois ans dans les bois pour se soustraire à l'appel ». Il se félicite d'avoir obtenu du préfet un arrêté rendant solidaires tous les habitants de chaque commune.

Le 1er mai 1811, d'après une lettre du préfet Camus du Martroy, les mesures prises ont pleinement réussi ; la présence des 60 gendarmes de la colonne mobile est devenue inutile ; il ne reste plus que 20 à 25 réfractaires sur 830 qui existaient à la cessation de l'amnistie. Près de 1200 réfractaires et déserteurs sont partis pour le fort Lamalgue ou pour d'autres directions. La levée de 1811 n'a montré qu'une douzaine d'absents.

Le 10 mars 1812, les opérations du recrutement se sont déroulées à Guéret sans difficultés. Il n'y a à noter que deux conscrits qui avaient cherché à aggraver leurs infirmités, et quelques faux certificats de maladie émanant d'un rebouteux, frère de l'ancien bourreau. A Bourganeuf, un conscrit avait envoyé à sa place son frère, un enfant de 14 ans ; à Aubusson on n'a dû réprimer qu'une infirmité simulée et deux mutilations volontaires.

Plusieurs lettres postérieures du préfet se félicitent de l'exacte observation de la loi ; il regrette seulement, le 6 mai 1813, qu'en raison de l'émigration annuelle des ouvriers creusois, les ordres de recrutement parviennent dans le département alors que ceux qu'ils concernent ont déjà quitté leur domicile.

Le 1er juin suivant, il établit comme il suit l'état des déserteurs depuis l'amnistie du 26 mai 1810 au 1er juin 1813 : 128 dont 64 disparus. Le nombre des réfractaires à la même date est de 43 appartenant aux classes 1806 à 1813.

« Les habitants de la Creuse, ajoute-t-il, sont soumis aux lois, attachés au gouvernement et animés du meilleur esprit. La tranquillité la plus parfaite règne ; les contributions se paient avec beaucoup d'exactitude, et, dans toutes les levées de conscriptions, j'ai trouvé de la soumission chez les conscrits et les parents, du zèle chez les fonctionnaires, et j'assure que le département peut être maintenu sur la ligne de ceux qui mettent le plus d'empressement à obéir aux ordres de Sa Majesté ».

Le 3 juin 1813, il rend compte du départ des Gardes d'Honneur, opération que j'ai étudiée avec quelques détails ici même (Mém., t. XXIV, p. 553). Le 25 novembre suivant, il s'explique ainsi sur la dernière levée d'ensemble du gouvernement impérial : « Pour un contingent de 1200 hommes, il en est parti 1460, et jusqu'ici on ne note qu'un déserteur. Le sénatus-consulte du 9 octobre a trouvé le pays dans un grand calme et un ordre parfait, avec un excellent esprit ».

Ces appréciations optimistes, qui étaient dans le caractère et dans la manière officielle de Camus du Martroy, ne paraissent pas en complète harmonie avec celles que nous trouvons, moins de deux mois après, sous la plume du commissaire extraordinaire Huguet de Gémonville (2).

La période des Cent-jours n'est représentée au dossier que par les affirmations du préfet Chaillou d'après lesquelles « l'esprit public du département est bon », et par la proclamation emphatique, destinée à stimuler la levée de deux bataillons d'élite de gardes nationaux creusois pour les divisions de réserve appelés à couvrir Paris. Ce document a déjà été publié et apprécié par notre Société (Bulletin de correspondance, n° 4, et Mémoires, t. XX, p. lxvii).

(1) Cf. à ce sujet communication de M. Louis Lacrocq (Mém., t. XXII, p. xcvii)
(2) Cf., sur ce point, Henri Hugon, Limoges et la 21e division militaire en 1814, dans la Vie limousine d'avril 1931.

Henri Hugon.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA PORCELAINE DE BOURGANEUF

Grâce à une très aimable communication de M. Henri Filhoulaud, de Bourganeuf, je peux donner des précisions sur la fabrication de la porcelaine dans la Creuse. Tout le monde sait que les frères Grellet et leurs associés obtinrent, en 1773, l'autorisation de créer une usine à Limoges, très peu de temps après la découverte des carrières de kaolin à Saint-Yrieix (1765). De cette manufacture est sortie la magnifique industrie qui, en dépit de cruelles épreuves, maintient intacte la renommée artistique du Limousin. L'art des émaux et de la porcelaine est son apanage, tout comme celui de la tapisserie est celui de la Marche. Ces régions si pauvres ont fait preuve d'un sens artistique créateur.

On sait tout cela, mais ce que beaucoup ignorent, c'est qu'une usine de porcelaine fut édifiée à Bourganeuf au début du xixe siècle. Son fondateur fut M. Jaucourt, arrière-grand-père de MM. Filhoulaud, qui habitait depuis 1762 la terre de Vedrenas, située à dix kilomètres de Bourganeuf, proche la route nationale de Clermont à Limoges, et plus exactement dans le chemin qui la relie à Saint-Pierre-de-Chérignat. Il y trouva une carrière de kaolin, qui s'avéra malheureusement à l'usage de qualité inférieure et lui occasionna de ce chef de nombreux déboires. Séduit par le succès que la porcelaine de Limoges rencontrait alors, il se décida, avec l'aide de quelques amis, à créer une manufacture. Les bâtiments s'élevaient sur l'emplacement occupé de nos jours par l'hôpital de Bourganeuf et plus particulièrement par la chapelle. A cette époque ils ne comportaient qu'un seul four, et le travail était exécuté par des ouvriers venus de Limoges et du Berry.

La première fournée eut lieu en mars 1819 et ne fut pas bonne ; il en fut de même des suivantes qui se poursuivirent durant deux ou trois ans et causèrent aux associés des pertes sérieuses.

Une réorganisation complète de l'affaire s'imposait. L'un des principaux associés de M. Jaucourt était M. Laurent, qui fut maire de Bourganeuf sous la Restauration, et possédait, tant en ville qu'à la campagne, de belles propriétés. Son choix se fixa sur son neveu, M. Joseph Filhoulaud, âgé de vingt-cinq ans et alors fixé à Paris où il s'occupait du commerce des tissus. « Il avait, écrit son petit-fils, la réputation d'un habile comptable et d'un homme d'affaires très sérieux ». Son oncle lui fit des propositions très avantageuses, lui promettant de le constituer légataire universel, s'il parvenait à rendre prospère l'usine dont il aurait la direction.

M. Joseph Filhoulaud accepta et dès la première année transforma complètement la situation. Ses relations à Limoges lui permirent de s'entourer de collaborateurs compétents et celles qu'il avait conservées à Paris l'aidèrent à trouver d'utiles débouchés à ses produits, tandis qu'il remettait de l'ordre dans les écritures. En outre, il abandonna l'exploitation de la carrière de kaolin de Vedrenas qui n'avait pas donné satisfaction, et se fournit de la précieuse matière à Limoges.

Un tel résultat, en si peu de temps, ne tarda pas à porter ses fruits. M. Jaucourt appréciant pleinement les capacités de M. Joseph Filhoulaud, lui accorda la main de sa fille, Mademoiselle Anaïs Jaucourt. Le mariage fut célébré le 24 avril 1826, au château de Vedrenas (commune de Montboucher).

La fabrication se poursuivit dans des conditions satisfaisantes jusqu'en 1848. Mais à cette date, et par suite de difficultés avec le personnel, — difficultés dues surtout à la situation politique — MM. Jaucourt et Filhoulaud cédèrent l'usine à M. Désiré Tixier. Celui-ci ne la conserva pas longtemps car, en 1852, M. Joseph Filhoulaud, secondé par deux de ses fils, MM. Auguste et Emile Filhoulaud, rentra en possession sous la raison sociale : Joseph Filhoulaud et fils.

Celle-ci subsista jusqu'en 1871, époque à laquelle M. Emile Filhoulaud prit seul en main l'affaire qu'il dirigea jusqu'à sa mort, survenue en novembre 1896. M. Pierre Filhoulaud, son fils aîné, lui succéda jusqu'en 1902, où il céda l'usine à M. Robert, de Limoges. Ce dernier s'associa avec M. Siegel, et l'affaire liquidée une première fois, puis reprise par M. Siegel seul, aboutit à une liquidation en justice. M. Pierre Filhoulaud rentra alors en possession de l'usine qu'il dirigea avec l'aide de son fils, M. Emile Filhoulaud, jusqu'en 1914. La guerre amena la fermeture par suite de la mobilisation de la plus grande partie des ouvriers. A la paix, M. Pierre Filhoulaud vendit la fabrique à M. Villegoureix, de Limoges, qui dut liquider en 1923. Elle fut acquise alors par la Société parisienne des « Porcelaines Palace ».

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, il n'avait été construit au début qu'un seul four ; un second y fut adjoint plus tard, enfin M. Villegoureix en fit établir un troisième.

L'effectif des ouvriers a oscillé, suivant les époques, entre 70 et 110. La cuisson se fit exclusivement au bois jusqu'en 1888, en utilisant les produits des forêts voisines. M. Henri Filhoulaud qui aidait son frère Pierre dans la direction des affaires, suggéra l'emploi du charbon de terre, qui donna des résultats satisfaisants et n'a cessé depuis lors.

La fabrication de Bourganeuf a été exclusivement de porcelaine courante ou, si l'on préfère, industrielle, consistant en services de table, à café, à thé, etc. Il s'y fit encore, sous la direction de M. Emile Filhoulaud, des articles spéciaux à thé et à café pour la Hollande et ses colonies, et sous celle de la Société J. Filhoulaud et fils, entre 1852 et 1862, des articles américains pour le compte de la maison Haviland, de Limoges.

Il n'y a jamais eu de marque de fabrique, ce qui ne permet pas de distinguer les produits d'avec ceux de Limoges. Ce fut seulement vers 1891, qu'un atelier de décoration par impression et à la main fut créé par MM. Pierre et Henri Filhoulaud dans l'usine de Bourganeuf. Tout d'abord ils firent décorer certaines pièces à Limoges, puis y procédèrent sur place. Ces décors s'inspiraient nettement de ceux en honneur à Limoges, mais l'atelier ne subsiste plus actuellement.

Tel est l'historique de la seule fabrique d'art céramique qui ait existé dans la Creuse. Sa création fait honneur à ceux qui ne craignirent pas de l'entreprendre, puis d'en assumer la direction en dépit des vicissitudes inévitables. On peut toutefois regretter qu'ils ne se soient pas livrés à la fabrication des pièces d'art, mais sans doute les temps y étaient-ils peu propices. Limoges était d'ailleurs un centre trop proche et trop puissant pour que Bourganeuf n'en subit pas forcément l'attraction. Sa fabrication, et ce sera la conclusion de cette étude, se rattache donc exclusivement à celle de Limoges dont on ne saurait la distinguer.

En terminant, nous tenons à remercier de la façon la plus pressante notre collègue M. Henri Filhoulaud qui a bien voulu nous transmettre très obligeamment les renseignements que l'on vient de lire et dont nous n'avons guère été que le transcripteur (1).

(1) On trouvera quelques renseignements statistiques (salaire, durée du travail) sur la manufacture de Bourganeuf dans l'Histoire de la porcelaine de Limoges (partie rédigée par M. J. Savodin) qu'a publié le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. LIV, p. 261, 262.

Baron de Chaumont.