SÉANCE DU 31 JANVIER 1924
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, docteur Bordier, Bruzin, chanoine Bujadoux, abbé Chaussat, Coutisson des Bordes, Croizier, Faure, Ferrier, Journault, Jouve, Laborde, Lafay, Perdrix, Perron, Phérivong, Pichon, Reuillard, Sarrassat, abbé Thourin, commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : Mlles Chevalier-Lavaure et Dedde, MM. Arrivière, Briquet, Filloux, Hugonnier, A. Mozer, P. Mozer, E. Parot.
— Des félicitations sont adressées à nos collègues MM. Octave Polier, nommé chevalier de la Légion d'honneur au titre militaire, et Paul Porteau, nommé maître de conférences à la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand.
— Sur la proposition du Bureau sont nommés membres honoraires MM. Audollent, doyen de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand, et Louis Bréhier, professeur d'histoire de l'art à la même Faculté ; membres correspondants MM. le docteur de Brinon, président de la Société d'émulation du Bourbonnais, à Moulins, et Rohmer, archiviste départemental à Tulle.
— Le Bureau a été heureux d'assurer, sur la demande de M. Hubert Morand, rédacteur au Journal des Débats, le service régulier de nos Mémoires à ce journal qui se propose de signaler les principaux travaux publiés par les sociétés savantes de province.
M. Etienne de Nalèche, directeur du Journal des Débats, notre compatriote, que nous avons l'honneur de compter parmi nos membres titulaires depuis plus de vingt ans, n'a cessé de s'intéresser à notre œuvre et, souvent, son journal a parlé de nos Mémoires. La Société lui en exprime sa gratitude.
NÉCROLOGIE. — M. Alphonse Defumade, président du Conseil général de la Creuse, ancien sénateur et ancien député de notre département, membre titulaire de notre Société depuis 1890, est décédé à Paris le 19 décembre 1923.
C'est à Paris qu'il était né le 4 janvier 1844, mais il était de vieille souche creusoise et ses ancêtres étaient fixés depuis longtemps à Ahun où leur nom se rencontre fréquemment dans les documents anciens. Ses études de droit terminées, il épousa à Guéret, le 1er août 1870, Mademoiselle Martin, fille de M. Aristide Martin, avocat, qui a joué un rôle politique important dans la Creuse et est mort président du conseil général en 1899.
M. Defumade entra dans la vie politique en 1870. Ses concitoyens du canton d'Ahun l'élurent conseiller général et l'on peut citer comme un rare exemple de confiance et de fidélité réciproques le fait que jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant 53 ans, M. Defumade a représenté le canton d'Ahun au conseil général dont il est devenu le président en 1903. Il fut député de la Creuse de 1893 à 1898, puis de 1902 à 1907. Elu sénateur en 1907, il a siégé au Luxembourg pendant quatorze ans. Il ne se représenta pas aux élections de 1921, estimant que son âge lui commandait le repos.
Passionné d'agriculture, M. Defumade s'intéressait activement à toutes les organisations susceptibles d'en développer les progrès ; il a été président de la Société centrale d'agriculture de la Creuse et de la Fédération départementale des assurances mutuelles contre la mortalité du bétail. Au Parlement il s'est toujours occupé des questions agricoles avec une grande compétence. Les œuvres sociales avaient en lui un généreux protecteur et notre Société était heureuse, à sa dernière réunion, de lui adresser ses félicitations pour la décoration de la Légion d'honneur qui lui avait été décernée au titre de la Mutualité.
De son vivant M. Defumade avait donné au département de la Creuse ses propriétés du Chaussadis et de La Cassière, commune d'Ahun, pour qu'y fut créée une Ecole d'agriculture. Son testament a fait une très large part aux communes du canton d'Ahun, à celle de Saint-Vaury, à la ville de Guéret, avec des affectations des legs où s'affirment sa bienfaisance et son dévouement pour les œuvres d'instruction.
Esprit pondéré, accueillant et bon, d'une courtoisie parfaite, M. Defumade laisse d'unanimes regrets. Notre Société qui a toujours trouvé auprès de lui sympathie et appui, adresse à sa mémoire un respectueux hommage.
— La mort de M. Eugène Lefèvre-Pontalis, professeur à l'Ecole des Chartes, survenue le 31 octobre 1923, dans sa propriété de Vieux-Moulin (Oise) est une douloureuse perte pour la science.
Ce maître de l'archéologie monumentale, par ses livres et ses articles, par son enseignement, par sa direction si remarquable de la Société française d'archéologie et des Congrès qu'elle tient annuellement, a exercé sur cette science une influence profonde. Tous ceux qui l'ont approché garderont le souvenir de son intelligence si lucide, de la sûreté de ses observations et de ses théories, de son érudition, en même temps que de sa bienveillance pour les travailleurs.
Il avait accepté, de la façon la plus aimable, en 1917, d'être membre honoraire de notre Société. En 1921, il avait conduit à Guéret le Congrès archéologique et nous avait témoigné, dans les termes les plus flatteurs, ses éloges pour l'organisation de notre Musée et nos travaux.
Nous prenons une vive part au deuil qu'a causé la mort de M. Lefèvre-Pontalis.
ADMISSIONS. — MM. Adolphe Chagot, instituteur à Aubusson ; Chambrouty, ancien entrepreneur, 10, rue du Mail, à Paris (2e) et à Jarnages ; Mme veuve Chicoulan, à La Celle-Dunoise ; Mme Dieu, née Grellet, 47, rue de Maubeuge, à Paris ; MM. Gény, négociant à Guéret ; André Gorge, industriel, au moulin de Chantegrelle, par Lavaveix-les-Mines ; Mlle Marchand, professeur au Lycée de jeunes filles, à Guéret ; MM. Pierre Pajot, inspecteur des Eaux-et-forêts, à Guéret ; Peignaud, conseiller général, caissier en chef de la Caisse d'épargne à Guéret ; Jacques Perdrix, pharmacien à Guéret ; abbé Michel Peynot, curé de La Petite-Marche (Allier) ; docteur Charles Pimpaneau, à Châteauroux ; Paul Roques, industriel, au Comte, par Ahun ; Charles Sallandrouze, manufacturier à Aubusson ; Henri Sallandrouze, manufacturier, président de la Chambre de commerce de la Creuse, à Aubusson ; Teste, vétérinaire à Guéret ; Lucien Tixier, à Montoursy, commune de Vallière.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — Nous avons reçu les dons suivants : de M. Henri Hugon, Le romancier flamand Henri Conscience et ses origines comtoises (Besançon 1923, extr. des Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon) et Le département du Doubs et le premier traité de Paris (1814) ; Le Cerneux-Péquignot (Besançon, 1923, extr. des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs) ; — de M. le docteur A. Sallet, Les souvenirs Chams dans le folk-lore et les croyances annamites du Quang-Nam (Hué, 1923, extr. du Bulletin des Amis du vieux Hué).
M. le chanoine Bujadoux a fait don d'un lot important de documents anciens (XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles), provenant des archives de la famille de La Celle d'Ajain et qui avaient été données par celle-ci à feu M. le chanoine Dardy. Ces documents, qui ont été classés provisoirement en neuf liasses ou cartons, concernent principalement les seigneuries d'Ajain, de Grandsagne, commune de Bonnat, de Lavis, commune de Champsanglard, de Cressat, du Cornet et du Montel-Juge, commune de Cressat, du Mas, commune de Parsac, d'Etansannes, commune de Saint-Chabrais, et de La Chaze, commune de Sermur ; ils contiennent aussi des notes sur le cours des grains à Guéret et à Jarnages pendant le XVIIIe siècle.
M. Ringuet a donné un placard imprimé de 1745 relatif à la perception des impôts.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. le chanoine BUJADOUX lit une notice biographique sur l'abbé Joseph de Fénieux (1749-1814) nommé archiprêtre de Guéret au Concordat.
— M. LAFAY lit une étude sur L'Ecole normale d'instituteurs de Guéret, de ses débuts à 1886.
Ces travaux seront publiés.
— M. Pierre PERDRIX présente des portraits de famille en miniatures, parmi lesquels celui de son trisaïeul Perdrix, notaire à Pionnat. Ces miniatures, de la période du Directoire, ne sont pas signées ; elles ont été vraisemblablement exécutées dans le pays, par un artiste local ou un artiste de passage.
— M. BONHÊME a signalé la découverte qu'il a faite dans une maison de Saint-Sébastien d'un coq de clocher qui paraît provenir de la chapelle de l'abbaye d'Aubignac. Il en a envoyé un dessin.
Ce coq, de grandeur naturelle, est forgé, y compris la plume supérieure de la queue, dans un morceau de fer de 2 millimètres d'épaisseur ; les trois autres plumes sont fixées par des rivets. Il tourne facilement à l'extrémité d'une tige arrondie d'une hauteur totale de 1m,37, engagée en haut, entre le corps du coq et une plaquette de fer soudée, en bas maintenue rigide par deux appuis courbes.
— Lecture est donnée d'une note de M. Pierre CHARREYRON sur une traduction de poésies grecques publiée en 1847 par deux Creusois, Marcellot et Grosset. Cette note est insérée à la suite du présent procès-verbal.
— M. l'abbé PEUCH a signalé une cloche à inscription en lettres gothiques du XVIe siècle dans l'église de Saint-Marien, près Boussac.
— M. le chanoine PARINET signale d'après la Revue d'histoire de l'Eglise de France (tome VIII, p. 457) une nouvelle édition de la vie de saint Pardoux, abbé de Guéret, dans la série des Passiones vitæque sanctorum ævi merovingici, publiée par un érudit allemand, M. Bruno Krusch, en collaboration avec M. W. Levison (Hanovre, Hahn, 1919-1920) et formant le tome VII des Scriptores rerum merovingicarum. D'après ces auteurs, la Vie de saint Pardoux date des premières années du règne de Charlemagne, peut-être même du règne de Pépin ; par conséquent elle aurait été écrite peu après la mort du saint qui se place aux environs de 737.
— M. LAGRANGE signale une croix ancienne qu'un récent élagage a mise en vue à l'entrée du bourg d'Anzême, à l'angle des chemins d'intérêt commun nos 1 et 48.
Le fût en granit de 3 mètres environ de hauteur et de 0m,20 environ de diamètre, est décagonal ; il repose sur une base octogonale moulurée. La croix qui le surmontait originairement a été remplacée par une croix avec Christ grossièrement sculpté paraissant assez moderne.
M. Louis Lacrocq indique que le fût paraît être du XIVe siècle.
— M. LOUIS LACROCQ lit un contrat passé à Aubusson le 3 août 1716, relatif à la réception d'un nouveau maître dans la corporation des cordonniers d'Aubusson ; ce document sera publié.
Il donne les détails suivants sur une alliance en Berry au XVIIe siècle, de la famille marchoise des de Bridiers, alliance qu'on ne trouve pas mentionnée dans le Nobiliaire de Nadaud, lequel ne contient, du reste, sur cette famille (t. I, p. 244 et 622) que des renseignements très incomplets :
En 1622, les deux frères Louis et Jean de Bridiers, fils de Charles de Bridiers, seigneur de Nouzerines, et de Marguerite de Menou, épousèrent les deux sœurs Marie et Jeanne de Lestang, filles de Charles de Lestang et de Marguerite de Bigny. Charles de Lestang était seigneur de Thinay et de Barmont, fiefs qui se trouvaient tout à côté de Mehun-sur-Yèvre (auj. chef-lieu de canton du Cher).
Le mariage de Louis de Bridiers, qualifié écuyer, et de Marie de Lestang eut lieu le 7 février 1622, celui de Jean de Bridiers, qualifié chevalier, et de Jeanne de Lestang eut lieu le 12 du même mois, avec contrat passé devant Amyot, notaire à Culan (auj. chef-lieu de commune du canton de Châteaumeillant, Cher). Les fiefs de Thinay et de Barmont furent compris, au moins pour partie, dans la dot de Jeanne de Lestang et son mari Jean de Bridiers en fit hommage en 1643 et en 1648 ; ils revendirent cette seigneurie à François Perrotin vers 1665. Marie de Lestang, la femme de Louis de Bridiers — celui-ci avait succédé à son père comme seigneur de Nouzerines — avait aussi quelques droits sur Thinay, car leur fille Marguerite, mariée en 1645 avec Jacques de Ligondès, emprunta, le 13 janvier 1646, 600 livres pour payer les dettes de son père, en donnant Thinay comme garantie.
Thinay était le chef-lieu d'une modeste paroisse avant la Révolution. Ce nom de lieu a disparu, mais celui de Barmont existe toujours, désignant la petite agglomération qui a succédé aux seigneuries d'autrefois ; elle fait partie de la commune de Mehun, à l'est de la ville, au bord de l'Yèvre.
Les renseignements qui ont permis cette communication ont été relevés dans l'ouvrage de Buhot de Kersers, Histoire et statistique monumentale du département du Cher, tome V (canton de Mehun), Bourges, 1891, p. 302 et 303, ainsi que dans les Notes et documents pour servir à l'histoire de Mehun-sur-Yèvre, de E. Tausserat. (Mémoires de la Société histor. du Cher, 33e volume, 1922, p. 133 et 134).
— M. le docteur BORDIER et M. Louis LACROCQ décrivent une sépulture gallo-romaine découverte à La Terrade, commune de Lépinas, au mois d'octobre 1923, par M. Ludovic Montégudet ; ils présentent divers objets en provenant. Une note sur cette découverte sera publiée.
— M. ALBERT LACROCQ signale quelques pages de l'écrivain limousin Emile Montégut, qui ont un intérêt au point de vue creusois. Elles se trouvent dans son livre intitulé Tableaux de la France. En Bourbonnais et en Forez, dont la première édition a paru chez Hachette, à Paris, en 1876.
Au paragraphe IV de la partie consacrée au Bourbonnais, Montégut affirme que cette province manque d'unité et d'originalité ; elle n'est pas, à ses yeux, « une création de la nature », mais « une création de la féodalité ». Certaines parties sont auvergnates, d'autres appartiennent au Forez et « Montluçon c'est la Marche ». L'idée est développée, pour la région de Montluçon, dans les termes suivants, par l'auteur donnant les impressions qu'il a éprouvées en se dirigeant de Moulins sur cette dernière ville :
Dans les paysages que me découvre peu à peu la route, je reconnais les paysages de la Marche, que je ne pourrai jamais confondre avec ceux d'aucune autre province, en connaissant dès l'enfance les détails les plus minutieux. Voilà bien la forme et la sauvagerie des mamelons de la Marche. C'est ainsi qu'en sont creusées les gorges, ainsi que les pentes en sont ravinées ; c'est bien la même terre, car voilà la même végétation de bruyères et de genêts. L'aspect du pays est encore bien plus frappant quand on va de Montluçon à Néris et que l'on contemple ce paysage d'un pittoresque raté selon l'expression judicieuse d'une personne d'esprit, ces vilaines montagnes grises revêtues de leur seule stérilité, ces affreux précipices qui ne rassurent l'œil par aucun pli gracieux de terrain, par aucun oasis de végétation riante. C'est bien là l'ossature, le squelette, la structure fondamentale des paysages de la Marche, si ce n'en est pas la chair, l'épiderme et la couleur. Si de la nature on passe à la population, quelques journées de séjour à Montluçon, à Néris ou dans les environs vous montreront chez les habitants les mêmes mœurs, les mêmes manières d'agir et de parler qui distinguent les habitants de la Marche. Le district de Montluçon est la partie laide et riche du même pays dont le département de la Creuse est la partie laide et pauvre.
Montégut ajoute que ses observations ont été confirmées par une conversation qu'il a eue avec un habitant de Montluçon, fort affirmatif : il lui a dit que « Montluçon est tellement la Marche « qu'elle n'a de rapports de quelque sorte que ce soit qu'avec cette « province...; toutes les affaires se font avec la Creuse ». Les habitants de Montluçon sont étrangers à ceux de Moulins et de Vichy ; leurs relations et leurs alliances sont dans la Creuse, et Montégut conclut : « Montluçon c'est donc la Marche, mais pour ainsi dire « avec indépendance, car elle s'en détache par des nuances qu'il est « plus facile de sentir que d'exprimer ».
Montégut nous choque quand il parle de « laideur » à propos de nos admirables paysages creusois ; il n'en sentait pas la grandeur et la poésie. Ses opinions si tranchées sur la similitude qu'il relève, peuvent comporter des restrictions ; les années écoulées ont sans doute un peu modifié la situation ; cependant le lien entre la région montluçonnaise et notre département n'en est pas moins réel.
NOTE LUE EN SÉANCE – HELLÉNISTES CREUSOIS
Certains vieux livres, devenus à peu près introuvables et dont la publication est complètement oubliée des générations nouvelles, ont presque le charme et l'intérêt de l'inédit. C'est ce que nous pensions récemment, en retrouvant, au fond d'une vieille bibliothèque, les Odes d'Anacréon et de Sapho, traduction nouvelle en vers français, avec le texte en regard, par MM. Marcellot et Grosset, éditées à Paris, chez Furne en 1847, in-8° de 199 pages (1).
Les traducteurs étaient deux Creusois. Grosset, qui entra, croyons-nous, dans la magistrature en 1848, et qui, après avoir exercé les fonctions de procureur, puis de président, près des tribunaux d'Aubusson et de Bourganeuf, prit sa retraite, comme conseiller à la Cour de Limoges, était, en 1847, avocat au tribunal de Guéret ; Marcellot est resté longtemps avoué au même tribunal, puis a été juge de paix du canton de Guéret. Sans vouloir médire des milieux judiciaires contemporains, on ne peut s'empêcher de penser, en lisant de semblables ouvrages, combien la connaissance des littératures grecque et latine, la culture et le goût des humanités étaient plus profonds et plus habituels chez les magistrats et chez les juristes du temps passé.
A une date bien plus récente, un autre magistrat, d'origine creusoise, le Premier président Larombière a traduit, en vers français, le poème de Lucrèce et les œuvres d'Horace, mais, si grande que soit, en matière juridique, l'autorité de l'auteur du Traité des Obligations, nous pouvons dire, avec tout le respect que nous devons à sa mémoire, que Marcellot et Grosset étaient certainement mieux doués que lui pour la poésie lyrique et idyllique et pour la traduction en vers français, légers et faciles.
Ce vieux livre est d'autant plus intéressant pour l'histoire de la Creuse que, comme l'indique une mention de la dernière page, il a été imprimé, en 1847, à l'imprimerie de Pierre Leroux, à Boussac. Pierre Leroux, imprimeur à Boussac, en 1847 ! Quelle évocation presque directe du grand souvenir de George Sand ! Attiré dans la Creuse, près de l'auteur du Péché de M. Antoine, par la communauté d'aspirations humanitaires et socialistes, Leroux fonda, vers 1846, à Boussac, une imprimerie saint-simonienne, dont la situation industrielle allait aboutir à une catastrophe, quand au lendemain de la Révolution de février, il cessa d'être typographe pour devenir l'un des théoriciens du parti socialiste et l'un des orateurs de la Montagne.
Ajoutons que la couverture du livre annonçait, comme devant paraître prochainement chez le même éditeur Les Rimes de François Pétrarque, sur la vie et la mort de Madame Laure, Sonnets, Chansons, Sextines, Ballades, Triomphes, traduction complète en vers français par les mêmes auteurs. Pourquoi cette nouvelle publication n'a-t-elle jamais vu le jour ? Nul ne le dira aujourd'hui ; mais cette indication souligne, en même temps que l'érudition des deux traducteurs et poètes creusois, le goût qu'ils partageaient pour la littérature amoureuse ; il serait excessif de dire « érotique » en parlant de Laure et de Pétrarque.
Nous n'entreprendrons pas de porter ici une appréciation critique sur les Odes d'Anacréon et de Sapho. D'autres l'ont fait, bien avant nous, avec plus de compétence et d'autorité. Anacréon nous a laissé une série d'odes brèves et légères, où il chante, sans grande variété, les joies de l'amour, les plaisirs de la table et du vin, où il célèbre le culte de Bacchus et d'Eros, en des vers libres, que l'on chantait aux repas ou après boire, et qui sembleraient aujourd'hui quelque peu monotones et presque banals, si l'on ne devait penser que ces idées, si souvent exprimées depuis, dans toutes les littératures, étaient encore neuves et originales, cinq cents ans avant Jésus-Christ. D'ailleurs, pas ou peu de détails licencieux, malgré l'opinion que l'on se fait généralement de la poésie Anacréontique.
De Sapho, « l'honneur des Lesbiennes à la longue chevelure », il ne nous reste que deux ou trois odes, dans lesquelles rien ne rappelle d'ailleurs les mœurs fâcheuses que, sans preuve bien précise, l'histoire, après Ovide, a reprochées à la poétesse.
La traduction de Marcellot et Grosset, suivant le texte de très près, est toujours d'une versification élégante et facile, du même rythme libre que les vers grecs, (pour la plupart, des vers de huit pieds), sans chevilles ni lourdeurs ou vulgarités. Une érudite préface l'accompagne. Une ou deux odes seraient entre toutes, dignes d'attirer l'attention des critiques : ce sont celles que, bien avant Marcellot et Grosset, La Fontaine avait imitées dans ses contes, sous les titres de « Portrait d'Iris » et de « l'Amour mouillé ». Nous ne dirons pas que les deux charmantes fantaisies, surtout « l'Amour mouillé », que La Fontaine a imaginées sur ces deux sujets, très supérieures, à notre avis à l'œuvre originale d'Anacréon, ne nous aient pas paru d'une poésie plus fine, autrement alerte et enjouée, que la traduction plus fidèle des deux auteurs creusois. La Fontaine, comme l'a si bien dit Alfred de Musset, « en prenant tout, n'imita rien » et il en est de ses contes, où tout, sous sa plume, devient personnel et original, comme des imitations d'Esope et de Phèdre, dans l'œuvre du fabuliste. Mais on peut saluer La Fontaine comme un maître et rester digne de l'estime des lettrés, à laquelle ont incontestablement droit les deux traducteurs creusois, Marcellot et Grosset, dont nous avons cru juste et intéressant de rappeler aujourd'hui les noms et le souvenir.
Pierre CHARREYRON.
(1) La Bibliothèque de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse possède un exemplaire de ce livre.
SÉANCE DU 27 MARS 1924
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, le docteur Bordier, Bruzin, Champeymaud, Chantrelle, Charles-Marlin, Ferrier, R. de Forges, Gallerand, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Mazet, André Mozer, Paul Mozer, Perdrix, Pichon, Valadeau, le commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, L. Baraille, le chanoine Bujadoux, le docteur Deschamps, Gabriel Jamot, Albert Lacrocq, Eugène Parot, Peignaud, Pluyaud, Reuillard, Tixier, le docteur Treille.
DISTINCTIONS. M. René Fage, membre honoraire, a été élu membre résidant de la Société nationale des Antiquaires de France, en remplacement de M. Eugène Lefèvre-Pontalis. Le prix Montégut a été décerné à M. de Font-Réaulx, membre correspondant, pour sa publication du Cartulaire de Saint-Etienne de Limoges. Des félicitations sont adressées à nos collègues.
NÉCROLOGIE. M. Jean-Baptiste Peyrabon, agent-voyer en chef en retraite, est décédé à Guéret le 18 mars 1924. Né à Saint-Georges-la-Pouge le 8 avril 1840, il avait débuté dans l'administration vicinale comme agent-voyer cantonal de 5e classe à Guéret en 1857. Son zèle, son intelligence, ses connaissances techniques et son sens droit et pratique des affaires lui valurent un rapide avancement : Mainsat (1861), Evaux (1863), puis Dun-le-Palleteau (1867). En 1872, il est nommé agent-voyer d'arrondissement de 2e classe à Boussac, puis promu à la 1re classe à Aubusson en 1883. Enfin, en 1900, il est appelé à la direction du service vicinal du département, poste qu'il occupa pendant sept ans avant sa mise à la retraite le 31 décembre 1906.
Admis à la Société en 1907, il devint rapidement membre du conseil d'administration. Il s'était livré à des recherches aux Archives départementales et avait publié, dans le tome XIX des Mémoires, un curieux document concernant l'étang de Saint-Georges-la-Pouge. Atteint d'infirmités, il supporta courageusement une longue claustration. La Société exprime à son fils sa vive sympathie.
ADMISSIONS. Sont admis comme membres titulaires : MM. le docteur Barcat, à Paris ; Chabot, professeur d'allemand au Lycée de Guéret ; Guillerot, avocat à La Courtine ; Robert Montégudet, agent de change à Paris ; Philippon, instituteur à Bonnat ; Paul Sallandrouze, manufacturier à Aubusson ; le docteur Vincent, à Sardent. Ces admissions portent l'effectif à 372 membres titulaires.
Comptes et Budget
M. Pichon, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1923, vérifiés par MM. de Lajaumont et Valadeau et reconnus exacts :
Tableau des Recettes et Dépenses (1923)
| Recettes | Francs | Dépenses | Francs |
| Excédent de caisse au 31 déc. 1922 | 936,22 | Gardiens du Musée | 1 252,00 |
| Subvention du département | 1 500,00 | Impression et brochage des Mémoires | 4 616,40 |
| Subvention de la ville de Guéret | 2 000,00 | Envoi des Mémoires et convocations | 418,25 |
| Cotisations de 1923 | 3 500,00 | Recouvrement des cotisations | 190,20 |
| Cotisations arriérées (1921-1922) | 20,00 | Frais de bureau | 362,10 |
| Vente de volumes des Mémoires | 386,45 | Entretien Musée, matériel et mobilier | 924,45 |
| Intérêts de rente 5% | 200,00 | Bibliothèque | 169,30 |
| Intérêts de bons du Trésor | 135,00 | Dépenses diverses | 107,48 |
| Versements à la caisse de réserve | 240,00 | ||
| TOTAL RECETTES | 8 677,67 | TOTAL DÉPENSES | 8 280,18 |
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1923 : 397,49 francs. Le fonds de réserve, le montant des cotisations rachetées et la réserve pour publications sont représentés par des titres de rente 5% et un livret de Caisse d'épargne s'élevant à 485,03 fr. au 31 décembre 1923. Le budget de 1924 est approuvé.
ÉLECTIONS ET MUTATIONS. M. Pichon ayant donné sa démission de trésorier pour raisons de santé, le titre de trésorier honoraire lui est décerné ; il reste administrateur.
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M. Paul Mozer, administrateur, est élu trésorier.
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M. le docteur Janicaud est élu administrateur en remplacement de M. Peyrabon, décédé.
Bibliothèque & Archives
Il a été fait don de :
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Par M. Croisier : Un lot de documents anciens des XVIIe et XVIIIe siècles, concernant principalement le Berry (région d'Aigurande et Cluis).
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Par M. René Fage : Son étude Quelques églises limousines (Paris, 1924), réunissant les notices écrites pour le Congrès archéologique de France de 1921.
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Par M. Louis de Nussac : La biographie consacrée à Libéral-François Salviat (1746-1820), jurisconsulte et agronome (extrait du Bulletin de la Société de la Corrèze).
Acquisitions : Deux recueils factices contenant des articles publiés entre 1834 et 1845 dans diverses revues parisiennes et dans l'Artiste par le guérétois Antoine Fillioux, qui fut plus tard conservateur du Musée.
Musée
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Don de Mme veuve Bellet (La Souterraine) : Un polissoir de la période néolithique découvert par son mari à Rissac, commune de Saint-Maurice. (Une note du Dr Janicaud à ce sujet sera publiée).
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Don de M. Lecante : Une affiche de la Défense Nationale (1871) imprimée chez la veuve Betoulle à Guéret, constituant un appel aux volontaires de la Creuse par le capitaine Raczynski pour la brigade de l'officier d'origine polonaise Ernest de Lipowski (1843-1870). Les engagements étaient reçus au café Bonnetaud par le capitaine Rohrer (originaire de Wissembourg, mort à Guéret en 1893 à l'âge de 77 ans).
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Moulage d'Apollon : Acquisition d'un moulage de la statuette en bronze d'Apollon provenant de La Courière, commune de Mansat (appartenant au chanoine Parinet), réalisé par le Musée de Saint-Germain-en-Laye. M. Salomon Reinach, conservateur du musée, a offert un tirage à part de son étude L'Apollon en bronze de Bourganeuf (Gazette des Beaux-arts, février 1924).
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Don de M. Lafay : Un dessin à la plume (trouvé en Haute-Vienne) représentant la Tour de Zizim à Bourganeuf, signé « Hébré », daté du 8 février 1854, d'après une lithographie de Tripon.
CLASSEMENT D'ÉDIFICE. Par arrêté du 14 mars 1924, tout ce qui subsiste de l'église du Moutier-d'Ahun a été classé comme monument historique (jusqu'alors, seul le portail l'était).
Lectures & Communications
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Par M. Marest : Communication d'un original de transaction familiale daté du 16 juin 1627, passé devant Mes Bazenerye et Bertrand, notaires à Dun-le-Palleteau, entre les marchands Pierre Lamy et Jean Goguier, faisant mention de la métairie de Chambourtraite.
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Par M. Dhéron (transmis par M. Valadeau) : Signalement avec plan de restes d'une construction (supposée être une ancienne chapelle) situés au nord de la gare de La Souterraine, près de la voie ferrée.
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Par M. Valadeau : Lecture d'une copie de procès-verbal trouvée dans un registre de l'abbé Villatel, relatant une fête décadaire célébrée à Chambon-sur-Voueize le 10 frimaire an II (ou date laissée en blanc dans le texte), au cours de laquelle tous les titres de l'abbaye furent brûlés sur la place de la Liberté.
Le texte décrit une charrette traînée par un cheval, chargée des titres et entourée de crosses, mitres, portraits de rois et de l'aigle impériale traînée dans la boue. Le citoyen Bourdier, doyen de la commune, mit le feu au bûcher. Ces détails complètent l'article de Coudert de Lavillatte (Mémoires, t. Ier), qui situait la conservation de ces archives dans une pièce voûtée d'une tour du transept.
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Par M. Louis Lacrocq : Lecture d'une note sur L'École secondaire d'Evaux en l'an XI et en l'an XII, qui sera prochainement publiée.
SÉANCE DU 22 MAI 1924
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Arfeuillère, Autorde, Brunet, Bruzin, Christauflour, Deslandis, Ferrier, R. de Forges, G. Jamot, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, Mazet, P. Mozer, Pajot, Perdrix, Pichon, le commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, le docteur Bordier, Boucher, Briquet, le docteur Deschamps, le docteur Dumont, Fourest, Germouty, Guillerot, Hugonnier, Lafay, A. Mozer, Phérivong, Sarrassat, l'abbé Urbani.
- Des félicitations sont adressées à M. René Fage, membre honoraire, qui a obtenu, pour ses études sur les clochers-murs et les petites églises du Limousin, une mention au concours des Antiquités nationales, décernée par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
- Une souscription est votée pour la médaille qui va être frappée à la mémoire de M. Eugène Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société française d'archéologie.
- L'échange de nos publications avec le Bulletin du musée de la Vie wallonne, à Liège, est approuvé.
ADMISSIONS.
Sont admis comme membres titulaires:
Mlle Vivier, libraire à Guéret; MM. Boureau, professeur au Lycée de Guéret ; Joseph Ducouret, adjoint au maire de Guéret ; Auguste Frétet, directeur de la laiterie de Bussière-Dunoise ; l'abbé Mazeret, curé de Naillat ; Parinaud, instituteur à La Celle-Dunoise ; Adrien Rivet, clerc de notaire à Crocq.
BIBLIOTHÈQUE. Nous avons reçu:
De M. Adrien Blanchet, de l'Institut, membre honoraire, le discours sur La Châsse de Limoges, qu'il a prononcé à Limoges, le 13 juin 1921, à la séance d'ouverture du 84e Congrès archéologique de France; son étude sur Le Régionalisme et la centralisation dans l'histoire du Berry, lu à la séance annuelle de l'Académie du Centre, à Châteauroux, le 4 octobre 1923; de M. Audollent, membre honoraire, son étude sur Les tombes gallo-romaines à inhumation des Martres-de-Veyre (Puy-de-Dôme), Imprim. nation. 1923, extrait des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; de M. le président Raymond le tirage à part de son étude sur Le peintre Claude-Jean-Baptiste Robin, 1734-1818, parue dans la revue « Blois et le Loir-et-Cher », 1924; de M. Burthe le tirage à part de son article sur la Purification des minerais d'étain bismuthifères, paru dans les Annales des mines, février 1924; - de M. P. Mourellon, instituteur en retraite à Lupersat, la monographie scolaire de cette commune qu'il a publiée en 1914 dans la « Collection de la Société nationale de l'histoire locale ».
CLASSEMENT D'EDIFICE. - Par arrêté du 26 mars 1924, l'église de Bonnat a été classée comme monument historique.
LECTURES & COMMUNICATIONS. M. le docteur TREILLE a envoyé une carte postale reproduisant une aquarelle en sa possession signée C. P. 1900, qui représente le pont de la Terrade à Aubusson dans son état ancien avec la maison à tourelle, depuis démolie, qui se trouvait à une des extrémités du pont.
- M. le docteur DE BRINON fournit les précisions suivantes sur des restes archéologiques observés dans la commune de Flayat:
1o dans le territoire du village de Chez-Sauty, il existait autrefois un dolmen dit dolmen des Fades, qui a été détruit; M. de Brinon se rappelle l'avoir vu dans son enfance; d'après son souvenir, il avait beaucoup de ressemblance avec celui d'Urbe, près Crocq;
2o en construisant le chemin qui relie le village de Manaly au chemin de Flayat à Giat, on a trouvé, un peu au-dessous du ruisseau qui se jette dans l'étang de la Ramade, une série de boîtes funéraires en granit à couvercle, remplies d'ossements et de cendres;
3o au village de La Vacherie on a trouvé une hache néolithique en roche jaune pâle, tachée de rouge, qui fait partie de la collection de M. de Brinon;
4o près du domaine de Chicheix, sur le chemin de Flayat à Saint-Merd-la-Breuille, dans une magnifique position d'où l'on aperçoit la chaîne des montagnes d'Auvergne, M. de Brinon a vu des vestiges très nets de villa gallo-romaine: briques, tuiles à rebord, enduits peints dont les morceaux mesuraient 0,50 sur 0,70 à 0,80; les peintures consistaient surtout en bandes de couleur rouge.
M. de Brinon ajoute qu'il n'a jamais vu dans l'église de Flayat la châsse émaillée et le reliquaire dont l'existence est indiquée par M. l'abbé Lecler à l'article Flayat de son Dictionnaire de la Creuse.
- M. MAZET communique le texte de l'inscription en lettres gothiques, tel qu'il lui a été fourni autrefois par M. l'abbé Jardy, curé du Moutier-d'Ahun, d'une cloche cassée qui se trouvait dans l'église de cette localité:
S: Maria S: Michal S: Petrus
Vox Dni. Mentem sanctam
(s)pontaneam, honorem Deo et
patrie liberationem
M. le docteur DUPIER donne sur un lion sculpté en granit qui existe à Lupersat, les renseignements suivants :
Ce lion, actuellement placé sur un petit mur de clôture, appartenant à M. Guillot, non loin de l'église, était autrefois au milieu des tombes dans le cimetière entourant l'église. Il a été transporté à son emplacement actuel en 1885 quand le vieux cimetière a été supprimé. Sa longueur est de 0,92. L'animal est accroupi, les jambes de devant allongées. La jambe droite est brisée, la tête, dont tous les détails sont usés, est informe.
M. le docteur Dupier a joint à sa communication une excellente photographie du lion, gracieusement offerte à la Société par son auteur M. Aligros, photographe à Aubusson.
MM. AUTORDE, Louis LACROCQ et MAZET présentent diverses observations sur ces figurations de lions qu'on rencontre dans plusieurs localités de la Creuse (Jouillat, Peyrat-la-Nonière, Toulx-Sainte-Croix, Vallière, notamment). A l'entrée des églises - celui de Lupersat occupait probablement, autrefois, cette place - les lions pouvaient avoir à la fois un rôle décoratif et symbolique. Des cérémonies solennelles s'accomplissaient à côté d'eux, comme le prouve la mention « actum inter leones » qu'on relève dans certains actes, par exemple à Limoges pour les lions du même type qu'on voit à l'église Saint-Michel à laquelle ils ont donné son nom de Saint-Michel-des-Lions. Dans la Creuse une sculpture analogue est conservée au château de Beauvais, commune de Bonnat. Contrairement à ce qui a été si souvent affirmé, ces sculptures, d'aspect généralement archaïque, ne sont pas des symboles de la domination anglaise. (Cf. C. Enlart, Manuel d'archéologie française, t. I, Architecture religieuse, 2e éd. p. 421).
- M. le vicomte DE GRANDSAGNE complète, en ce qui concerne la famille de Fricon, les indications fournies par le dépouillement des registres paroissiaux de Ladapeyre publié dans nos Mémoires par M. le chanoine Bujadoux, d'après les notes de feu le chanoine Dardy.
Marie de Cluis n'était pas étrangère à Ladapeyre. Bien au contraire, c'est par elle que les fiefs de Ladapeyre et de La Dauge sont arrivés aux de Fricon mentionnés dans le dépouillement. Elle était fille de Jean de Cluys et de Louise de Fricon; les seigneuries de Ladapeyre et de La Dauge appartenaient à sa mère et elle en hérita. Mariée en premières noces (1659) à François de Chabannes Nouzerolles et en deuxièmes noces (1678) à Guillaume de Boulye, elle n'eut d'enfants que de son premier mariage, un fils mort jeune et une fille qui entra en religion. Elle donna ses biens à Antoine et Joseph de Fricon et fit ainsi rentrer les seigneuries de Ladapeyre et de La Dauge dans sa famille maternelle.
Aux actes mentionnés dans le dépouillement, il faut ajouter, à la date du 12 avril 1751, le baptême d'Augustin de Fricon, fils d'Alexandre-Joseph et de Marie-Françoise de Gamaches, qui eut pour parrain Augustin de Fricon, prêtre, et pour marraine Marie de Fricon, ses oncle et tante.
M. l'abbé COURTEAU communique la copie de l'acte de nomination de Jean Charrières comme procureur en la vicomté d'Aubusson, signé à Liancourt, le 4 juillet 1722, par « Louis vicomte d'Aubusson, duc de la Feuillade et de Roannois, pair de France ». Un habile agrandissement, dessiné par M. l'abbé Courteau, du sceau apposé sur cette pièce accompagne la communication. Le document appartient à la famille Dupond.
M. l'abbé Courteau a également envoyé une analyse de l'Arrêté du département de la Creuse portant fixation des valeurs successives du papier-monnaie dans son arrondissement, pris à la date du 8 fructidor an v et imprimé à Guéret chez Guyés. Ce document se trouve dans les archives de M. Antoine Jorrand.
Le travail préparatoire de cet arrêté avait été fait par une commission spéciale qui avait comparé les notes tenues à la Trésorerie « avec celles tenues dans l'étendue du département et avec la valeur qu'ont eu les immeubles, les denrées et les marchandises dans leur libre cours aux époques correspondantes avec ces notes ». Le tableau des valeurs successives du papier-monnaie va du 1er janvier 1791 au 7 thermidor an v.
- M. BRIQUET a envoyé la matrice d'un sceau trouvé à Puyrageat, commune de La Chapelle-Baloue. L'examen de cet objet sera fait à une séance ultérieure.
- M. Louis LACROCQ analyse un intéressant travail, récemment paru dans le Bulletin de la Société de Borda à Dax, dû à M. Burguburu, secrétaire de cette société, sur une mesure en pierre de Roquefort (Landes), conservée au musée de Borda. L'auteur a signalé la ressemblance de cette mesure avec d'autres pierres de diverses régions, notamment avec celle de Chénérailles décrite par Pierre de Cessac dans le Bulletin archéologique du Comité en 1886. Toutes les pierres de mesure conservées dans la Creuse n'ont pas été publiées. Cette publication, ainsi que des travaux sur la métrologie ancienne de notre région, seraient très utiles.
- M. Emile GENEVOIX a envoyé le compte-rendu des observations qu'il a faites sur la colline du Mas-Saint-Jean, commune de Saint-Sulpice-le-Dunois, à 472 mètres d'altitude, le 15 mai 1924, lors de l'explosion organisée au camp de La Courtine pour l'étude de la propagation du son. L'explosion a été nettement perçue.
SÉANCE DU 24 JUILLET 1924
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Charles Alluaud, membre honoraire, Autorde, Baret d'Auriolle, Christauflour, le docteur Deschamps, Ferrier, Gallerand, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, Albert Lacrocq, Lafay, Mazet, Paul Mozer, André Mozer, Pâquet, Perdrix, Phėrivong, Pichon, Reuillard, Sarrassat, le docteur Treille, Valadeau, le commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. de Beaufranchet, Briquet, Bruzin, le chanoine Bujadoux, de Cessac, Chantrelle, l'abbé Michel, l'abbé Mourlon, le chanoine Parinet, Philippon, l'abbé Thourin.
Il est décidé d'offrir le titre de membre honoraire à M. Max Prinet, directeur d'études à l'Ecole des Hautes-études à Paris, qui a bien voulu s'intéresser à nos travaux et, par une lointaine ascendance, se rattache à la Creuse.
ELECTION. M. de Berranger est élu 2º secrétaire adjoint.
ADMISSIONS. Sont admis comme membres titulaires :
Mesdames veuve Ardillier, à Guéret ; Dumas, à Chambon-sur-Voueize ; Mesdemoiselles Lagarce, directrice du Lycée de jeunes filles de Guéret ; Behr, Bounoure, Lafourcade, professeurs au même Lycée ; Jeangeant, professeur à l'Ecole normale d'institutrices à Guéret ; Regard, à Paris ; MM. de Berranger, archiviste départemental, l'abbé Bourdarias, à Guéret ; Bussière, entrepreneur à Montluçon ; Hadmar, Lacoste, Lafont, négociants à Guéret ; Lassarre, receveur de l'Enregistrement en retraite au Chezaud, commune de Saint-Sulpice-le-Dunois ; Lassarre, directeur de l'agence de la Société générale à Guéret ; le général Moreigne, à Troyes ; Pennetier, chirurgien-dentiste à Guéret ; Pradelle, à Paris ; Sigonnaud, maire de Saint-Sébastien ; le docteur Sinaud, à Guéret.
BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES. M. le docteur Albert Sallet a fait don de l'intéressant ouvrage sur les Montagnes de marbre, situées près de Tourane, qu'il a publié à Hué (Annam). M. le Président présente cette étude et signale la valeur des travaux d'histoire, d'archéologie et de folk-lore de notre collègue sur la région indo-chinoise où il exerce ses fonctions de médecin des troupes coloniales. Il transmet à l'assemblée les sentiments confraternels dont M. le docteur Sallet l'a aimablement chargé d'être l'interprète.
Nous avons également reçu de M. Adrien Blanchet, membre honoraire, le tirage à part de son article sur La polychromie des bas-reliefs de la Gaule romaine (Sens 1924, extr. des Mémoires de la Société archéologique de Sens).
Diverses thèses de médecine ont été données par nos collègues MM. Gabriel Jamot et le docteur Janicaud.
Nous avons acheté l'ouvrage de M. Max Fazy, archiviste de l'Allier, sur Les origines du Bourbonnais, 2 vol. in-8°, Moulins, 1924 ; il en sera rendu compte.
M. Fournaud, de Dun-le-Palleteau, a fait don d'un imprimé, sans lieu ni date, portant ce titre : Bourse de prévoyance contre les chances du recrutement. Classe de 1839. Etat nominatif des jeunes soldats du département de la Creuse remplacés par les soins de MM. Grellet frères et Baret, directeurs de la Bourse de prévoyance contre les chances du recrutement. Cet état contient les noms des jeunes soldats remplacés, au nombre de 125, avec l'indication du canton auquel ils appartiennent, et les noms de leurs remplaçants. Il vient s'ajouter à la documentation que nous avons déjà recueillie sur le remplacement militaire au XIXe siècle et la publicité que donnaient à leur entreprise ceux que le langage populaire appelait les « marchands d'hommes ». (Cf. Mémoires, t. XXI, p. 147, XXII, p. LXII).
M. Marc de Lajaumont a fait don d'un mémoire judiciaire en projet relatif à une procédure de prise à partie engagée, vers 1728, par Frogier de Villerembaud, lieutenant général au présidial de la Marche, à la suite de violents incidents qui s'étaient produits à Guéret. Frogier de Villerembaud, propriétaire de la maison dite du Sénéchal puis du Colombier, proche des fortifications, avait relevé une brèche causée au mur de ville par la chute de la Tour-neuve, puis avait fait percer une porte dans ce mur. M. de Madot, qui était en mauvais termes avec Frogier de Villerembaud, fit démolir la porte en son absence et la foule attroupée se montra brutale à l'égard de Madame de Villerembaud à qui on jeta des pierres et qui fut frappée (Cf. Dr Villard, Notes sur Guéret au XVIIIe siècle, Mémoires, t. X, p. 272).
MUSÉE. Il a été donné par M. Charles Alluaud une collection d'échantillons minéralogiques provenant principalement du Limousin, des Alpes et des Pyrénées ; par M. le docteur Janicaud une coquille fossile.
Il a été acheté un portrait d'homme de l'Ecole française de la période 1830.
LECTURES & COMMUNICATIONS. M. Antoine THOMAS analyse un acte notarié, du 21 mars 1449 (anc. style), dont il a trouvé récemment, au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, la grosse originale, classée dans le dossier Maloengne (fonds franç. 28305, dossier 42058). Cet acte est une transaction entre « noble homme Jehan Maloeugue (et non Maloengne), escuyer, seigneur de Lespinasse » et les consuls de Felletin, pour modifier le tracé d'un chemin allant du faubourg de la Font à l'aneau au faubourg de la « Peletarie », lequel longeait les fossés de la ville et mettait en péril les charrettes et les gens qui le suivaient. Outre des détails topographiques intéressants, on y trouve les noms des consuls de Felletin pour l'année 1449-1450, jusqu'ici inconnus : « Giraud Chouvel, Jehan Pasquet, Jehan Robert, Piarre Punsat ». A cette occasion, M. Thomas complète et rectifie les renseignements donnés par lui antérieurement (Mémoires, t. VII, p. 241) sur différents membres de cette famille, dont le nom n'a pas encore trouvé d'explication étymologique satisfaisante. Il signale particulièrement frère Jehan Malengue, étudiant à Paris en 1405, date à laquelle il était déjà prieur de Guéret, bien que le Dr Villard l'ait ignoré, et qui devint plus tard prieur de Naillat (dès 1418 au plus tard).
La seigneurie de Lespinasse n'a rien à voir avec le village de la commune de Magnat-l'Etrange qui porte le même nom ; elle était située en Bas-Limousin, paroisse de La Tourette (auj. canton d'Ussel), où l'on voit un intéressant château du XVe siècle, décrit sommairement par J.-B. Champeval, dans Le Bas-Limousin seigneurial et religieux, p. 269, et acquis, en 1885, par un entrepreneur de maçonnerie d'origine marchoise, M. Lavergne.
M. AUTORDE lit une étude sur Le prieuré de Gartempe et son dernier prieur, qui sera publiée.
M. Louis LACROCQ communique la notice de M. l'abbé Luc Maillet-Guy, parue dans le Bulletin de la Société d'archéologie de la Drôme, t. LVII, 1923, sur Ponce, second abbé de Saint-Antoine. Le personnage dont le nom complet est Pons de Layrac (et non Ponce de Vayrac comme le portent, par erreur, certains documents), originaire de Layrac, au diocèse d'Agen, avait été reçu moine de l'abbaye bénédictine de Tulle en 1307. Il fut chez nous prieur du monastère de Bénévent, dignité qu'il résigna en 1310 pour devenir prévôt d'Arles, puis prévôt de Pignans au diocèse de Fréjus, enfin abbé de la célèbre abbaye de Saint-Antoine près Vienne. Il était chapelain du pape. Les indications fournies par M. l'abbé Maillet-Guy complètent la brève mention de Ponce de Layrac (sous le nom de Ponce d'Alayrac) qu'on trouve dans la notice de Roy-Pierrefitte sur Bénévent.
M. Louis Lacrocq communique également un document qui doit figurer dans un ouvrage de M. Destray, archiviste de la Nièvre, et dont celui-ci a bien voulu lui soumettre le texte. C'est une concession par le roi, à la date du 9 août 1547, à deux gentilshommes, MM. de Charlus et du Crocq, de produits éventuels des pénalités à encourir par le sieur de Jardon, de la Basse-Marche, pour les « volleries et autres cas et crimes dont il est chargé et pour raison desquelz l'on luy faict son procès criminel ». M. Petit, archiviste de la Haute-Vienne, a signalé à M. Destray que l'indication de Basse-Marche contenue au document devait être inexacte et qu'il s'agissait apparemment du seigneur de Jardon, paroisse de Parsac, en Haute-Marche. Nous ne connaissons aucun document relatif à ce procès criminel.
M. MOURELLON, instituteur en retraite à Lupersat, a communiqué un imprimé lui appartenant intitulé : Procès-verbal de la session du conseil de l'administration du district de Felletin, département de la Creuse, année MDCCXC (Riom, imp. Martin Dégoutte, 1790, in-4°, 63 p.). Ce document contient le compte-rendu détaillé de la session commencée le 15 septembre, close le 29 et présidée par Yves Morin d'Arfeuille. Le Conseil s'était divisé, pour l'étude des affaires, en deux bureaux, « l'un dit de l'impôt et l'autre du bien public ». C'est surtout la question des impôts qui fit l'objet de ses délibérations ; il s'occupa aussi du partage des communaux, de la mendicité et des routes. Au sujet de celles-ci, après avoir signalé le mauvais état général des chemins dans le district, il demanda que « l'embranchement du chemin de Saint-Avit-d'Auvergne, qui joint la grande route de Limoges à l'Arbre-Desplas, près le village de Courcelles [commune de Saint-Michel-de-Veisse], commencé depuis si longtemps et entièrement dégradé, soit achevé et entretenu, et qu'ensuite la route de Tulle, qui finit à Mille-Vaches, soit ouverte jusqu'à Aubusson ».
Le conseil eut à régler une situation d'ordre religieux au sujet de la paroisse du Grand-Breuil, desservie par le curé de Boucheresse. Après avoir entendu celui-ci et les habitants du Grand-Breuil, il constata leur accord pour que « le curé reprît son service curial et la célébration des fêtes patronales en l'église matrice sise au Grand-Breuil, ainsi que les inhumations au cimetière de ce village ». Boucheresse (commune de Clairavaux) était une petite cure de l'ordre de Malte. Quant au Grand-Breuil (commune du Thauron / note : orthographié 'Trucq' dans le texte original), on ne trouve pas mention de cette paroisse au Pouillé de Nadaud.
Le procès-verbal se termine par deux tableaux donnant l'un le prix des diverses denrées, l'autre des journées de travail et de charrois dans le district : un poulet valait 5 sols, une livre de beurre 8 sols, une douzaine d'œufs 3 sols. La journée d'ouvrier agricole valait en hiver 3 sols, au printemps et à l'automne 6 sols, en été 10 sols.
D'autres documents communiqués par M. Mourellon seront présentés à une séance ultérieure.
M. Albert LACROCQ lit une note sur Les poteries de Mortroux reproduite à la suite du présent procès-verbal.
M. Emile GENEVOIX a communiqué, de la part de M. Simon, de Dun-le-Palleteau :
1º l'expédition d'un contrat passé devant Delaroche, notaire à Fresselines, le 5 juin 1629, constatant un échange d'immeubles situés les uns à Fresselines, les autres au village de La Charpaigne. Les premiers dépendaient en franche condition de la « seigneurie des Meignans », appartenant à Gilles Combe, les seconds en serve condition de la seigneurie de Champroy.
2º un projet de consultation ou mémoire judiciaire, non daté, (de la seconde moitié du XVIIIe siècle, car il relate un arrêt du Conseil du 10 juin 1749), contestant la prétention des fermiers généraux de la gabelle de disposer en faveur d'anciens gardes de gabelle, étrangers à la province, des places de fournisseurs au dépôt de sel de Guéret, ces places devant être réservées aux habitants domiciliés.
M. VALADEAU lit et commente le procès-verbal d'une assemblée paroissiale tenue à Naillat, le 3 octobre 1728, à la diligence de François Pinot et de Jean Clavaud, syndics fabriciens. Quarante-huit habitants y assistaient. La délibération avait pour objet les réparations nécessaires à l'église. Elle indique que le chœur est en « très mauvais estat, qu'il a besoin d'estre crepi et blanchi, que la porte par laquelle on entre dans led. chœur est tout à fait usée, la serrure est fort endomagée, et par ce moyen l'eglise en danger d'estre vollée ; que la grande vitre a encore besoin d'estre reparée et que dans la neffe il y a besoin d'une vitre entière, n'y ayant aucun verre, ny chassis ; que lad. eglise a aussi pareillement besoin d'estre crépie et blanchie en entier ; qu'il y a la voûte qui est du costé du clocher qui a besoin d'accomoder par raport aux cloches, il est besoin de faire une reprise au bas dessous la cloche à l'encoignure du costé de la maison du sieur curé ; qu'il faut une poutre de la longeur de vingt deux ou vingt trois pieds pour soutenir celles sur lesquelles est assise la grosse cloche, les deux se trouvant pourries et cassées ; que le clocher a besoin d'estre couvert à taille ouverte, pour raison de quoy il est nécessaire de beaucoup d'arcbardeaux, lattes et cloux ; qu'à l'egard de la couverture de l'église, elle a egallement besoin d'estre couverte à taille ouverte et qu'il y manque beaucoup de tuiles, lattes et cloux ; qu'il faut encore la quantité de soixante perches ou baliveaux pour soutenir la couverture entre les chevrons qui y sont. Toutes lesquelles susd. reparations lesd. habitans ont jugés estre utile et necessaires ». Le procès-verbal constatant cette délibération est dans les minutes de Me Dupuis, notaire à Dun-le-Palleteau.
M. le docteur LARCHÉ a communiqué trois documents lui appartenant :
1º une supplique aux maîtres des requêtes de l'hôtel présentée, en octobre 1692, par Nicolas de Montaignac, seigneur d'Etangsannes et de Chénérailles, au sujet des abus commis par les habitants de Chénérailles dans la forêt située près de cette ville dont Jacques de Bourbon, comte de la Marche, leur avait concédé la jouissance en 1424 (cf. Duval, Chartes communales, p. 20). A raison de ces abus, on ne peut plus trouver dans la forêt le bois nécessaire au chauffage du four banal qu'avait réservé la concession. Nicolas de Montaignac demande l'annulation de celle-ci, en faisant remarquer que Jacques de Bourbon a disposé irrégulièrement d'un bien qu'il n'avait reçu qu'en apanage ;
2º un procès-verbal notarié du 10 juillet 1720 relatif à une discussion entre Joseph de Montaignac, seigneur d'Etangsannes, et Joachim Béraud, curé de Chénérailles, au sujet de la clef de la chapelle que la famille d'Etangsannes avait fondée dans l'église paroissiale de Chénérailles.
3º une quittance, datée à Montluçon du 1er juillet 1746, par laquelle la veuve Guérin née Alamargot, messagère, reconnaît avoir reçu de M. Gidoin, directeur de la poste de Moulins, 212 livres 10 sols pour le service de la malle de Montluçon à Guéret, « pendant le quartier d'avril 1746 ».
M. Emile GENEVOIX a communiqué le résultat des observations qu'il a faites pour les 2e, 3e et 4e explosions du Camp de La Courtine. (Voir procès-verbal de la séance du 22 mai 1924 pour la 1re explosion).
La 2e explosion (23 mai) a été perceptible à la colline du Mas-Saint-Jean. La 3e et la 4e (25 et 26 mai) n'ont pas été perçues à Dun-le-Palleteau (366 m d'altitude), où les deux premières avaient été entendues.
NOTE LUE EN SÉANCE – LES POTERIES DE MORTROUX
Toutes les provinces françaises avaient autrefois des fabriques de céramique populaire dont les produits suffisaient aux besoins locaux et s'exportaient parfois dans un court rayon. Le XIXe siècle les a vu disparaître presque toutes devant les ustensiles de métal et les faïences en séries de quelques grandes fabriques. L'art y a beaucoup perdu, car ces poteries que d'habiles ouvriers tournaient sur des types traditionnels, souvent élégants, variés de formes et de colorations, bien appropriés aux besoins journaliers, fournissaient des cruches, des écuelles, des jarres, des bouteilles, des bols, des épis de faîtage, etc. que la banalité des ustensiles actuels fait singulièrement regretter (1).
La Creuse a eu plusieurs centres de céramique populaire : dans la plaine de Gouzon, communes du Chauchet et de Saint-Loup ; dans la région de Chambon-sur-Voueize, communes de Budelière et de Chambon ; à Bosmoreau ; à Domérot ; à Evaux ; enfin à Mortroux. Au XVe siècle il y a eu une fabrique à La Saunière. Peut-être, un jour, une étude d'ensemble sur la question pourra-t-elle être faite ; dans la présente note nous ne nous occuperons que de Mortroux (2).
Les renseignements que nous avons pu nous procurer sur place se réduisent à bien peu de chose : on a conservé le souvenir des fabriques, mais il est très effacé. On fixe à une soixantaine d'années l'époque de leur disparition. Nous avons vainement cherché des spécimens d'ustensiles de ménage. Quelques épis de faîtage, deux vases dans l'église sont les seuls témoins de l'industrie d'autrefois à Mortroux. Ces vases sont un travail de fantaisie ; ils portent la signature : Septembre 1845, H. Renti ; leur forme évasée et aplatie est celle des vases sortis en abondance à cette époque des fabriques de porcelaine de Limoges ; des fleurs en relief les ornent. Nous avons vu des épis de faîtage paraissant provenir de Mortroux sur des toits à Chéniers, La Celle-Dunoise et Dun-le-Palleteau. Ces épis, ayant environ 0,40 de hauteur sont de forme cylindrique, avec sommet renflé et quatre anses.
Un curieux épi qui, celui-là, a été certainement fait à Mortroux, a été donné au musée de Guéret par M. Benoît (Cf. Mémoires, t. XXI, p. XXXVI) ; il représente un gendarme.
Nous connaissons à La Celle-Dunoise une jolie pièce, d'un travail soigné, qui vient, paraît-il, de Mortroux : c'est une fontaine avec son bassin, appartenant à M. Arthur Berger.
Enfin, nous possédons un petit vase qui nous a été donné aimablement par Madame veuve Ravaud, de la Forêt-du-Temple ; il nous paraît avoir été un de ces vases à eau bénite qu'on a placés dans les sépultures jusqu'au XVIe siècle. La nature de l'argile rougeâtre, la couleur du vernis brun et verdâtre se rapprochent trop de l'aspect des poteries qu'on peut attribuer à Mortroux pour que nous ne soyons pas portés à le considérer, selon toute vraisemblance, comme le plus ancien exemplaire de ces fabriques qui ont dû être très actives avant la Révolution, à en juger par le nombre important de potiers qu'on trouve sur les registres paroissiaux (3).
Albert LACROCQ.
(1) Près de nous, en Berry, deux fabriques de céramique populaire subsistent : l'une à La Borne, commune d'Henrichemont (Cher), l'autre à Verneuil-sur-Igneraie (Indre). Mais leur production réduite a beaucoup perdu de son originalité. Au musée Adrien Dubouché, à Limoges, une heureuse initiative de MM. Eugène Alluaud, artiste peintre, et Fix-Masseau, directeur de l'Ecole des arts décoratifs, a créé en 1923 une section de céramique populaire qui réunit déjà beaucoup types intéressants, notamment des fabriques berrichonnes dont nous venons de parler.
(2) Cf. Furgaud, Notice sur les richesses minérales du département de la Creuse (Annuaire, Dugenest 1826) ; P. de Cessac, Les forêts de la Creuse avant 1789 (Châteauroux, 1888) p. 16 ; F. Autorde, La Saunière, (Mém. Soc. sciences natur. et archéol. de la Creuse, t. IX, p. 419) ; Communication du docteur Larché, (mêmes Mémoires, t. XXI, p. LIII). D'après cette dernière communication on fait encore quelques poteries dans la commune du Chauchet.
(3) Cf. le dépouillement de ces registres par M. Pichon, Mémoires, t. XXI, p. 114, 115.
SÉANCE DU 30 OCTOBRE 1924
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : Mme Chicoulan, Mlle Gannat, MM. Autorde, de Berranger, Georges Berthomier, le docteur Bordier, Briquet, Bruzin, le commandant Carteron, Ferrier, Frétet, G. Jamot, Laborde, Mazet, Pichon, le docteur Treille, le commandant Bareige, secrétaire.
Excusés : MM. le comte de Beaufranchet, Lafay, A. Mozer, P. Mozer, Pajot, Phérivong, Reuillard, Valadeau.
M. Prinet, nommé membre honoraire, fait parvenir à la Société l'expression de ses remerciements.
M. le Président adresse, au nom de la Société, ses félicitations à Mlle Anne-Fanny Quinquaud, qui a obtenu le premier second Grand Prix de Rome au concours de sculpture de 1924, à MM. Martinon et Thonier, promus chevaliers de la Légion d'honneur, et à M. le docteur Gaumet, nommé officier d'Académie.
L'échange de nos publications avec celles de la Société d'archéologie et de statistique de la Drôme, décidé par le Bureau, est approuvé.
Communication est donnée du programme, envoyé par le Ministère de l'Instruction Publique, du Congrès des Sociétés savantes qui doit se tenir à Paris, du 14 au 18 avril 1925.
Il est décidé que l'excursion annuelle aura lieu en 1925 dans la région de Royère et Pontarion.
Il est également décidé que, à partir de l'an prochain, la Société tiendra huit séances par an, en janvier, février, mars, mai, juillet, octobre, novembre et décembre. En raison des dépenses élevées de l'affranchissement postal, il ne sera envoyé, en principe, qu'une convocation par trimestre, pour les séances de ce trimestre ; sauf exception pour raison majeure, les séances auront lieu le dernier jeudi du mois. Une séance sans convocation individuelle aura lieu en décembre prochain.
NÉCROLOGIE. M. Noël Juillet, notaire à Dun-le-Palleteau, membre titulaire depuis 1920, est décédé en pleine jeunesse. La Société exprime ses vives condoléances à sa famille.
Elle s'associe également au deuil unanime causé à Aubusson par la mort d'un excellent homme, M. Jean-Baptiste Bourut, secrétaire honoraire de la mairie, décédé le 23 septembre dernier. Il ne faisait pas partie de notre Société, mais les services qu'il a rendus à l'histoire locale nous font un devoir de saluer sa mémoire.
Il était né à Aubusson, le 4 septembre 1850. Toute sa vie s'est écoulée dans sa ville natale. Entré à la mairie comme employé en 1865, il devint secrétaire en 1872, prit sa retraite en 1910, mais revint au service de l'Etat-Civil en 1918 pour prendre à nouveau sa retraite, dont il a si peu joui, en février 1924.
A ses obsèques, notre confrère M. Latrige, maire d'Aubusson, a retracé, avec éloquence et émotion, la carrière de ce collaborateur dévoué et estimé des municipalités qui se sont succédées à Aubusson pendant plus d'un demi-siècle. On ne peut mieux caractériser que ne l'a fait M. Latrige, le rôle de ce modeste fonctionnaire : « Il a été le témoin agissant et vivant de tous les événements dont se forme l'histoire de la Cité. Pendant plus d'un demi-siècle, fidèle et exact comme ces cloches dont le glas l'accompagne aujourd'hui pour le dernier voyage, il a noté les mariages, les naissances, les morts, prenant aux joies et aux deuils des foyers une part qui dépassait les froides limites officielles, et sa mémoire vraiment prodigieuse était comme un livre où demeurait inscrite la vie intime des familles ».
Curieux du passé, M. Bourut avait établi une table alphabétique des registres paroissiaux d'Aubusson antérieurs à la Révolution. Ce travail, fait avec soin et méthode, constitue un instrument de recherches précieux, tel qu'on en trouve rarement dans les mairies. M. Bourut avait aussi dressé des statistiques démographiques d'Aubusson et un répertoire des expressions locales. Il était d'une inépuisable complaisance quand on s'adressait à lui pour des renseignements sur sa ville et l'état-civil.
ADMISSIONS. Sont admis comme membres titulaires : MM. de Bourran, conservateur des hypothèques à Guéret ; Alfred Manouvrier, ingénieur du génie rural à Rambouillet ; Saint-Just-Péquart, négociant à la Haute-Rive, par Champigneulles (Meurthe-et-Moselle).
ARCHIVES. M. Vincent, relieur à Guéret, a fait don de plusieurs documents de famille, notamment l'expédition du contrat de vente devant Me Polier, notaire, le 5 novembre 1788 d'une maison sise à Guéret, faubourg Montpellier, par l'abbé Baret du Colombier à Pierre Vincent, moyennant 648 livres ; — le titre de congé obtenu le 27 mars 1763 par le même Pierre Vincent, sergent de milice au bataillon de Montluçon, compagnie de Châteauclos ; — une lettre du 14 février 1815 accordant la décoration du Lys à Antoine Vincent, gendarme à Guéret, qui avait fait campagne sous la Révolution de l'an II à l'an IX.
M. le président Bouchardon a donné le manuscrit de son étude sur L'affaire Lafarge publiée en 1923, à Paris, chez l'éditeur Albin Michel.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu :
De M. le comte de Lauzanne, la Généalogie de la maison de Lauzanne, dont il a l'auteur.
De M. René Fage, les tirages à part de ses articles sur Le tympan de l'église de Saint-Chamand (extr. du Bull. de la Société scient., archéol. et hist. de la Corrèze) et sur L'Eglise de Meymac (extr. du Bulletin monumental).
De M. H. Hugon un numéro de l'Annonciateur de la Creuse, de l'année 1840, et une affiche de 1834 annonçant la vente de la terre de Malleret, près Chénérailles.
LECTURES & COMMUNICATIONS. M. Antoine THOMAS fait savoir que l'hypothèse qu'il a autrefois formulée sur l'origine gasconne de la famille Taquenet [Les Députés du Comté de la Marche aux Etats Généraux de 1484 (Annuaire de la Creuse de 1906, p. 199, 200)] lui paraît devoir être abandonnée. Cette famille est marchoise. Dans un registre du Parlement de Paris (Archives nationales, X 1a 4852, f. 596) M. Thomas a trouvé cette mention : « Maître Jacques Taquenet, curé de Mazerat, Jehan Taquenet, eleu pour le roy en la Marche, Christophe, Mathurin, Jehan le jeune et Etienne Taquenet frères ». Il ajoute que M. Ch. Samaran, conservateur aux Archives nationales, très au courant des choses de Gascogne au XVe siècle, estime, lui aussi, que les Taquenet sont des Marchois.
M. le vicomte DE GRANDSAGNE a envoyé une généalogie de la famille de Madot depuis le XVIIe siècle. Un des membres de cette famille, qui a donné à la sénéchaussée de la Marche plusieurs lieutenants généraux, François de Madot, né à Guéret vers 1670, fut évêque de Belley, puis de Chalon-sur-Saône. (Cf. Mémoires, t. XXI, p. 165 et 589).
M. TARRIER, directeur de l'école de Bellegarde, nous a signalé la découverte faite par M. Lagrange, propriétaire à Chez-Barrat, commune de Saint-Silvain-Bellegarde, de deux boîtes funéraires en granit. Hautes de 1 m sur 0,60 de diamètre, elles se composent chacune d'un couvercle et d'une pierre creusée d'un trou circulaire dans lequel se trouvaient des ossements calcinés. Des débris de poterie, clous, médailles et cuiller, recueillis à proximité des urnes, sont présentés.
La Société remercie M. Tarrier et M. Lagrange de leur obligeante communication.
M. BRIQUET a communiqué plusieurs documents appartenant à M. Jeanmet, maire de la Chapelle-Balouë : 1º une information faite le 15 février 1737, par le juge-châtelain de La Chapelle-Balouë, au sujet d'une rixe entre des habitants et des scieurs de long « du pays Lionais » ; 2º trois testaments reçus par Delalesdrie, curé recteur de Saint-Georges d'Azerables, en 1654, 1668 et 1680, qui, tous trois, contiennent, à la suite de la disposition prescrivant des services religieux pour l'auteur du testament, une formule dont le sens reste obscur : « La charité luy estant faite pour chaque dimanche de l'année, comme en est la coutume ».
M. le comte DE LAUZANNE a envoyé une généalogie de la famille de Saint-Jullien.
M. Louis LACROCQ signale l'existence, dans la commune de La Celle-Dunoise, près du village de La Chaise, de vestiges (tuiles et moëllons) d'une villa gallo-romaine située sur une voie secondaire, joignant Aigurande à Praetorium. Gabriel Martin (Mémoires, t. XIV, p. 503) et M. Chénon (Les voies romaines du Berry, p. 78) avaient émis sur l'existence de cette voie une hypothèse qui reçoit aujourd'hui entière confirmation.
Lecture est donnée d'une étude de M. le président BOUCHARDON sur une série de crimes commis en 1819 dans les arrondissements de Saint-Amand, Montluçon et Boussac par un forçat libéré. Cette étude sera publiée.
SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE 1924
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. Autorde, le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, Ferrier, Gallerand, Gabriel Jamot, Jouve, Lafay, Pâquet, Sarrassat.
Excusés : MM. le chanoine Bujadoux, le docteur Deschamps, Paul Mozer, André Mozer, Valadeau.
NÉCROLOGIE. Le 24 octobre dernier est décédé au Grand-Bourg, où il était né le 21 juillet 1848, M. Jean-Baptiste-Victor Dutil, docteur en médecine, membre titulaire depuis 1916. Après avoir fait de solides études au Petit séminaire d'Ajain, il avait suivi les cours de la Faculté de Paris et obtenu, le 1er décembre 1874, son diplôme de docteur avec une thèse sur Le cancer primitif du rein. Installé dans son pays natal, qu'il n'a jamais quitté, le docteur Dutil se donna tout entier à sa profession au milieu de l'estime et de la sympathie de tous. Nous exprimons nos condoléances à Madame Dutil et à ses enfants.
ADMISSIONS. Sont admis comme membres titulaires : MM. le docteur Laurent, à Paris ; Sudron, avoué à Guéret ; Tugayé, professeur-adjoint au lycée de Guéret.
CLASSEMENT D'ÉDIFICE. Par arrêté du 24 novembre 1924, la croix du XIVe siècle située à La Chapelle-Balouë, près du cimetière, a été classée comme monument historique. La Société émet le vœu que toutes les croix anciennes dignes d'intérêt soient classées. Elle signale entre autres celles de Lardillier, commune de La Chapelle-Taillefer, et de Bussière-Dunoise.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — M. Gabriel Jamot a fait don de l'expédition d'un décret de la Convention, en date du 11 septembre 1793, ordonnant la reprise des poursuites exercées contre Valéry d'Argier, baron de Saint-Vaury, prévenu d'émigration.
M. Lucien Tixier a fait don de divers documents et imprimés lui appartenant : 1º divers actes notariés du XVIIe et XVIIIe s. concernant la région de Vallière ; 2º le projet d'une estimation des biens dépendant de la commanderie de Chamberaud, ordre de Malte, dressé le 21 mai 1793, par Etienne Picon, expert nommé par le directoire du district d'Aubusson. Ces biens comprenaient une modeste maison, joignant l'église, des jardins et un parq (sic), deux granges avec écurie, quatre prés, une pelade, deux moulins à blé, un bois, le « grand Etang », l'étang de la Gana, servant à empoissonner l'autre, et un ancien abreuvoir. Le revenu total était estimé 1537 livres. 3º le rôle de la contribution foncière de 1792 pour « la municipalité » de Montourcy, canton de Vallière, comprenant 87 articles ; Montourcy, aujourd'hui village de la commune de Vallière, ancienne collecte, a été le chef-lieu d'une commune éphémère créée à la Révolution (Cf. A. Thomas, Notice historique sur Vallière, Limoges, 1896). Ce rôle a été arrêté par le Directoire du district d'Aubusson le 9 février 1793. 4º des conclusions imprimées dans un procès soumis au tribunal d'Aubusson portant cette mention : « A Aubusson, de l'imprimerie de Pierre Betoulle, libraire, imprimeur de la Sous-Préfecture, de la Mairie et des tribunaux d'Aubusson et de Chambon. 1823 ». 5º Un mémoire judiciaire non daté, mais postérieur à mars 1856, lithographié, avec cette mention : « Lith. P. Langlade et Cie à Aubusson ». 6º un palmarès du collège de Felletin pour la distribution des prix du 1er août 1871, imprimé à Limoges chez Barbou frères, dont la couverture lithographiée, sans nom d'éditeur, est ornée de deux lithographies représentant l'une (face de la couverture) la « vue intérieure du Collège de Felletin » signée L. Diverneresse, l'autre (dos de la couverture) « Villefort, maison de campagne du Collège de Felletin », signée Léonce Diverneresse. Il s'agit du château de Villefort, commune de Sainte-Feyre-la-Montagne.
M. Tixier a également donné l'Etat général des Postes de France, pour 1787, imprimé à Paris chez Philippe Denys Pierres, où on relève les indications suivantes concernant notre région : Guéret était traversé par la route de Moulins à Limoges, ayant des relais à Gouzon, Ajain, La Chapelle-Taillefer, Le Dognon et Bourganeuf. Aubusson l'était par celle de Lyon à Limoges, ayant des relais à La Villeneuve, Les Poux, Charbonnier, Pontarion et Bourganeuf. Les deux routes se rejoignaient dans cette dernière ville. A raison de la raideur des pentes, tous ces relais comportaient un troisième cheval de supplément pour chaque voiture allant en poste.
MUSÉE. — Madame Rémy-Desmoulins a donné les portraits de ses grands-parents, M. et Madame Macaire, dessinés à la mine de plomb, en 1847, par l'artiste guérétois Léon Desjardins. M. Marie-Laurent-Jules Macaire, né à Auxerre (Yonne) le 2 mai 1803, chevalier de la Légion d'honneur, ingénieur des Ponts-et-chaussées, est mort le 18 novembre 1889 à Guéret, où il avait fait la plus grande partie de sa carrière.
M. Pierre Faidherbe, membre de la Société, a donné les portraits de ses grands-parents, le général Faidherbe, en tenue de grand officier de la Légion d'honneur, et Madame Faidherbe.
COMMUNICATIONS. — M. DE BERRANGER analyse la thèse de doctorat ès-lettres consacrée par M. Fazy, archiviste de l'Allier aux Origines du Bourbonnais (Moulins, 1924, 2 vol. in-8°). D'après l'auteur, les sires de Bourbon, originaires de l'Auvergne, ont étendu lentement leurs domaines aux dépens surtout du Berry et de la Combraille. L'annexion de Montluçon au début du XIIIe siècle marque la dernière étape de leurs progrès vers l'ouest. La première partie de l'ouvrage renferme plusieurs documents concernant des localités de notre région, entre autres Evaux et Aubusson.
M. Louis LACROCQ signale une sculpture qu'il a remarquée à Bénévent-l'Abbaye, à la sortie de la ville, près de la route de Marsac. C'est une console dont la tablette à trois pans est supportée par une tête d'ange de chaque côté de laquelle est figurée une aile. Elle peut être du XVe siècle. Cette console est encastrée profondément dans la muraille Est d'un petit bâtiment moderne, à l'angle du chemin de Sigoulet et d'un chemin aboutissant à la route de Marsac. Aucun renseignement n'a pu être recueilli sur sa provenance.
M. Louis LACROCQ fournit, sur un travail manuscrit de Pierre de Cessac, des renseignements reproduits à la fin du présent procès-verbal, où nous publions également un article, antérieurement communiqué, de M. Henri HUGON sur un incident de la période révolutionnaire.
LE DICTIONNAIRE DES ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES ET GALLO-ROMAINES DE LA CREUSE PAR PIERRE DE CESSAC
Pierre de Cessac, président de notre Société de 1859 à 1889, était un excellent archéologue, sachant beaucoup, observant et décrivant bien (1). Il avait parcouru toute la Creuse, amassé sur toutes les régions du département de nombreuses notes, souvent accompagnées de croquis et de plans, concernant les antiquités préhistoriques et gallo-romaines. Il classait ces notes par commune et avait l'intention de les publier sous forme de Dictionnaire. Les travaux de ce genre n'apparaissent jamais achevés à de consciencieux savants comme lui ; ils escomptent de nouvelles recherches qui les enrichiront et en diffèrent indéfiniment la clôture. La mort survient et l'ouvrage reste inédit. C'est ce qui est arrivé pour le Dictionnaire de Pierre de Cessac.
Notre collègue, M. Jean de Cessac, a eu la pieuse pensée de déposer le manuscrit de son père aux Archives départementales de la Creuse où il a été classé, sans numéro, dans la série F.
A la séance du 7 mai 1914, notre Société, reprenant une résolution votée dans une séance précédente, avait décidé la publication de ce manuscrit par fractions, dans les Mémoires (V. t. XIX, p. 587). Ce projet, dont l'exécution comportait une mise au point compliquée, n'a pas eu de suite. Ces temps derniers, j'ai voulu voir si la réalisation en pouvait être envisagée et, avec le concours de M. de Berranger, archiviste départemental, j'ai examiné le manuscrit.
Nous avons constaté, d'abord, que le titre sous lequel la publication avait été projetée en 1914 n'était pas exact. « Dictionnaire des antiquités préhistoriques et d'époques incertaines antérieures à la domination romaine », dit le procès-verbal du 7 mai 1914. Ce titre a peut-être correspondu à une première conception du travail par Pierre de Cessac, but cette conception a été modifiée. En effet, les notes traitent des antiquités gallo-romaines aussi bien que des antiquités préhistoriques ou de celles dont la date a paru incertaine à l'auteur. La rectification a, du reste, été faite par M. Autorde, alors archiviste départemental, quand il a classé le manuscrit. Il a apposé sur les divers cartons qui le contiennent la mention « Dictionnaire par communes des antiquités préhistoriques et gallo-romaines de la Creuse ».
Les notes de Pierre de Cessac constituent une riche documentation où se groupent des recherches personnelles et des indications qu'il a puisées dans d'autres travaux ou communications. Elles ne s'appliquent malheureusement pas aux 266 communes que renferme la Creuse. Elles ne portent, en effet, que sur 181 communes. Il n'y a donc pas là un Dictionnaire du département qui, par définition, n'existerait que si toutes les communes y figuraient. Si considérables que soient les notes, elles restent à l'état de notes ; pour en faire un Dictionnaire, il faudrait les compléter. Ce très gros travail ne peut actuellement être envisagé. Nous verrons, plus tard, ce qu'il est possible de faire. Mais, dès maintenant, une mesure nous paraît s'imposer : signaler aux travailleurs les communes de la Creuse pour lesquelles les notes de Pierre de Cessac fournissent des renseignements. Nous avons établi cette liste qu'on trouvera plus loin.
L'état matériel des dossiers ou fiches en rend l'utilisation aisée. Une partie a été l'objet d'une révision par l'auteur qui paraît leur avoir donné une forme définitive. Cette partie, mise au net par un copiste, a été classée dans un carton spécial, qualifié de « Manuscrit collationné ». Le surplus est de la main de Pierre de Cessac sous forme de notes, les unes recopiées par lui, au net, et ayant peut-être le même caractère définitif que la série dite collationnée, les autres à l'état de projet. Le tout est très lisible. Certaines communes ont des dossiers à la fois dans la série collationnée et dans le surplus des notes. Notre liste énumère les communes sans distinction de catégories ni précision des doubles ; l'examen des cartons fera aisément trouver la commune cherchée.
Louis LACROCQ
COMMUNES COMPRISES DANS LES NOTES
Ahun, Ajain, Alleyrat, Anzême, Arfeuille-Châtain, Arrênes, Ars, Aubusson, Auge, Augères, Aulon, Auriat, Auzances, Azerables. Basville (1), Bazelat, Bellegarde, Bénévent, Bétête, Blaudeix, Blessac, Bonnat, Bord-St-Georges, Bosmoreau, Bosroger, Bourganeuf, Bourg-d'Hem (Le), Boussac, Brionne (La), Brousse, Budelière, Bussière-Dunoise, Bussière-Nouvelle. Celle-Barmontoise (La) (2), Ceyroux, Chambonchard, Chambon-sur-Voueize, Champagnat, Champsanglard, Chapelle-Balouë (La), Chapelle-St-Martial (La), Chapelle-Taillefer (La), Chard, Chatelard, Châtelus-le-Marcheix, Chauchet (Le), Chavanat, Chénérailles, Chéniers, Clairavaux, Clugnat, Colondannes, Compas (Le), Courtine (La), Cressat, Crocq. Domeyrot, [Donzeil (Le), voir St-Sulpice-le-Donzeil], Dun-le-Palleteau. Evaux. Faux-la-Montagne, Felletin, Féniers, Forges (Les), Fransèches, Fresselines. Gartempe, Gentioux, Gioux, Glénic, Gouzon, Grand-Bourg-de-Salagnac, Guéret. Issoudun. Janaillat, Jarnages. Ladapeyre, Lafat, Lavaveix-les-Mines, Lépinas, Linard, Lourdoueix-St-Pierre, Lupersat. Mainsat, Maisonnisses, Malleret (3), Malval, Mansat, Marsac, Mautes, Mazeirat, Mazière-aux-Bons Hommes (La), Mérinchal, Montaigut-le-Blanc, Monteil-au-Vicomte (Le), Mortroux, Moutier-d'Ahun, Moutier-Malcard, Moutier-Rozeille. Naillat, Néoux, Noth. Parsac, Peyrabout, Peyrat-la-Nonière, Pierrefite, Pigerolles (4), Pionnat, Pontarion, Poussanges. Reterre, Roches, Rochette (La), Rougnat, Royère. St-Agnan-de-Versillat, St-Alpinien, St-Avit-de-Tardes, St-Bard, St-Chabrais, St-Christophe, St-Dizier-Leyrenne, St-Eloi, St-Etienne-de-Fursac, Ste-Feyre-la-Montagne, St-Frion, St-Georges-la-Pouge, St-Germain-Beaupré, St-Goussaud, St-Hilaire-le-Château, St-Laurent, St-Léger-Bridereix, St-Loup-les-Landes, St-Maixant, St-Marc-à-Frongier, St-Martial-le-Mont, St-Martial-le-Vieux, St-Martin-Château, St-Martin-Ste-Catherine, St-Maurice-près-Crocq, St-Maurice-la-Souterraine, St-Médard, St-Merd-la-Breuille, St-Michel-de-Veisse, St-Pardoux-d'Arnet, St-Pardoux-Lavaud, St-Pardoux-les-Cards, St-Pierre-de-Fursac, St-Pierre-le-Bost (5), St-Priest-Palus, St-Priest-la-Feuille, St-Priest-la-Plaine, St-Quentin, St-Sébastien, St-Sylvain-Bas-le-Roc, St-Sylvain-sous-Toulx, St-Sulpice-les-Champs, St-Sulpice-le-Donzeil (6), St-Sulpice-le-Dunois, St-Sulpice-le-Guérétois, St-Vaury, St-Victor, St-Yrieix-les-Bois, Sagnat, Sannat, Saunière (La), Sardent, Savennes, Serre-Bussière-Vieille (La), Soubrebost, Sous-Parsat, Souterraine (La). Thauron, Toulx-Ste-Croix. Vallières, Vareille, Verneiges, Vidaillat, Viersat, Vigeville, Villard, Villeneuve (La), [Villetelle (La), voir Celle-Barmontoise (La).
(1) La chemise concernant La Villeneuve porte le titre « La Villeneuve Basville ».
(2) Cette commune a changé de nom et s'appelle maintenant La Villetelle.
(3) Canton de La Courtine.
(4) Sous la même chemise que Féniers, avec le titre Féniers ou Pigerolles.
(5) Canton de Royère.
(6) Cette commune s'appelle actuellement Le Donzeil.
LE DIRECTOIRE DE LA HAUTE-VIENNE CONTRE CELUI DE LA CREUSE (13 AOÛT 1792)
Le 10 août 1792, l'Assemblée Législative, s'inclinant devant les Sections de Paris, avait suspendre le « Pouvoir Exécutif », et prescrit sa propre dissolution en décrétant une Convention. Des courriers extraordinaires devaient porter la nouvelle à tous les départements pour la faire publier immédiatement dans chaque municipalité.
Se figure-t-on ce que put être pour le Directoire départemental de Guéret, petite cité isolée loin des grandes routes, comptant à peine trois mille âmes et ne vivant guère que de ses tribunaux et de ses administrations, l'arrivée de ce courrier vers les quatre heures de l'après-midi du 12 août ? Sans doute, depuis la journée du 20 juin, l'orage grondait à Paris et ses échos troublaient au loin le pays, mais pour nombre d'administrations provinciales la Constitution restait intangible, et ce grand mot conservait son prestige. Or, brusquement, cette Constitution tombait sous les coups de ceux-là mêmes qui l'avaient déclarée inviolable ! Réduits à leurs seules conjectures, tenus par leur serment de fidélité, les Directeurs élus de la Creuse, anxieux, ne savaient que décider (1). C'était alors une tradition, née avec la nouvelle division du royaume, que les directoires échangeassent entre eux des proclamations imprimées, des suggestions de haute politique, et la Creuse avait eu elle-même, le 27 novembre 1790, sa part de cette initiative sans qu'on lui en eût fait un reproche. La discussion, prolongée dans la nuit, se termina donc à deux heures du matin, le 13 août, par une lettre du Directoire de Guéret à celui de Limoges, que deux de ses membres allaient porter séance tenante à destination en parcourant à cheval vingt lieues de pays. Dans l'après-midi du même jour, nos deux députés, Coutisson et Jabin, entraient à Limoges et, leurs montures à peine remisées, se présentaient à la permanence du Directoire départemental.
Leur missive était ainsi conçue :
Guéret, 13 août, l'an quatrième de la liberté, deux heures du matin.
Messieurs et chers Collègues, Dans ce moment où la Nation éprouve la crise la plus violente qu'elle ait eu jusqu'ici à soutenir, où, d'après les premières nouvelles qui nous parviennent, nous croyons pouvoir douter de la liberté de l'Assemblée Nationale elle-même, nous pensons qu'il importe au salut public que tous les départements se concertent sur les mesures que les circonstances commandent. Nous serons fidèles à nos sermens ; nous contribuerons, s'il est possible, à sauver l'Empire entier et si nos efforts sont inutiles, nous essayerons au moins d'assurer le salut de la partie dont l'Administration nous est confiée. MM. Coutisson et Jabin, deux de nos membres, se rendent auprès de vous ; veuillez les accueillir avec les sentiments fraternels qui doivent plus que jamais nous unir.
Les Administrateurs composant le Directoire du Département de la Creuse,
Signé : de Bourges, président, Luchapt, Coudert, Peronnaud et Peronnaud, Procureur général Syndic.
L'accueil qu'ils reçurent n'eut rien d'encourageant. Les Administrateurs de la Haute-Vienne, en contact avec une opinion plus agissante et mieux informée, moins soucieux de scrupules de pure forme, et assez naturellement influencés par l'attitude et le succès de leur compatriote Vergniaud, avaient, dès la première heure, souscrit avec enthousiasme au nouvel état de choses. Ils admonesteront sans ménagement les délégués creusois pour leur résistance à la loi, et, soit conviction, soit prudence, ils crurent bon de donner à leur désapprobation un appui et un éclat inattendus de leurs visiteurs. La séance n'était pas achevée que onze des clubistes les plus avancés de Limoges se présentèrent pour demander des explications sur la mission et sur les intentions des Creusois, exiger la lecture de la lettre dont ceux-ci devaient être porteurs et demander finalement leur arrestation. Les circonstances et les termes même des procès-verbaux ne permettent pas de douter que cette intervention n'ait été provoquée par les directeurs départementaux limousins. Ils s'accordèrent pour décider que l'affaire, vu sa gravité, requérait la convocation du Conseil général du département qui, réuni extraordinairement, s'assembla à huit heures du soir. Les envoyés de Guéret y comparurent pour s'entendre qualifier, eux et leurs commettants, de transfuges à leurs devoirs et de traîtres à la patrie.
Sans aller jusqu'à suivre les pétitionnaires dans leur demande d'incarcération, le Conseil général délibéra de manifester au Directoire de la Creuse sa plus formelle improbation, et de dénoncer sa conduite à l'Assemblée Nationale et aux quatre-vingt-deux départements. On peut estimer que la lettre de réponse adressée aux administrateurs de Guéret — réponse dont les motifs ne sont pas d'ailleurs dénués de raison et d'opportunité — aurait gagné à ne pas s'accompagner d'une publicité semblable. Coutisson et Jabin, l'oreille basse, s'empressèrent, malgré les fatigues de la journée, de regagner leur résidence, et, deux jours après, les lois nouvelles étaient publiées dans la Creuse.
Voici le texte de la lettre écrite par le Directoire de la Haute-Vienne à celui de la Creuse :
Limoges, le 14 août 1792, l'an 4 de la Liberté
Messieurs, L'arrivée de vos Commissaires et la lettre que vous nous avez adressée le 12 ont été sur le point d'altérer la tranquillité publique, d'être funestes à MM. vos collègues et de nous procurer des désagrémens peu mérités. La copie de la pétition qui nous a été présentée, environ une heure après que MM. Jabin et Coutisson ont été sortis de la salle de nos séances, vous convaincra de la réalité de ce que nous avançons. Nos concitoyens nous ont soupçonnés d'être influencés par votre démarche et par votre écrit ; ce qui ne pouvoit cependant se supposer après l'improbation déjà prononcée par les Membres du Conseil présens à l'ouverture de votre lettre et l'ajournement de toute délibération et de la réponse à la séance publique du lendemain. Nous nous sommes alors contentés d'exposer verbalement à MM. vos Commissaires que, jusqu'à présent, nous nous étions occupés de l'exécution de la loi du 10 de ce mois ; que le courrier extraordinaire qui l'avoit portée avec divers Actes et une Adresse du Corps Législatif était arrivé la veille entre cinq et six heures du soir ; que l'on avoit travaillé la nuit à l'impression ; que l'envoi aux Administrations des Districts avoit été effectué avant huit heures du matin, et que la publication solennelle avoit eu lieu à Limoges dans la matinée du même jour ; qu'au reste nous attendions dans le silence, le respect et la soumission, tous les Décrets de l'Assemblée Nationale.
Toute autre marche, Messieurs, nous paraitroit inconstitutionnelle, ne tendroit qu'à occasionner des scissions et des déchiremens propres à consommer la désorganisation et la ruine de l'empire en provoquant l'anarchie et la guerre civile, et comme, dans de pareilles circonstances, il n'est pas permis pour de puériles convenances, pour de petites considérations, de transiger avec le devoir, sur la pétition déjà citée, nous avons pris un arrêté par lequel nous improuvons votre démarche et votre lettre, nous les dénonçons à l'Assemblée Nationale et envoyons copie de toutes pièces aux 82 Départemens.
Nous pensons, Messieurs, qu'en réfléchissant davantage sur les funestes conséquences que nous n'avons fait qu'indiquer, vous conviendrez que le parti que nous avons pris étoit indispensable ; notre seul but a été de maintenir l'union et l'harmonie, d'éteindre les torches de la guerre civile dans un empire déjà trop affligé par des scènes de sang. Nous avons oublié combien nous aurions personnellement à nous plaindre de ce que cette même démarche tendroit à nous enlever ce qui nous restait sur nos administrés de moyens de possession, de raisonnement et de confiance. A leur défaut, nous emploierons toujours ceux de l'exemple qu'on ne saurait nous ravir ; nous attendrons à notre poste et, comme nous l'avons dit plus haut, avec un respectueux silence et une entière soumission les lois de l'Assemblée Nationale.
Les Administrateurs du Conseil Général du dépᵗ de la Haute-Vienne, en surveillance permanente à Limoges.
Signé : Durand, président ; Jouhaud, secrétaire général.
La feuille, imprimée à Limoges chez François Dalesme, par laquelle la Haute-Vienne dénonça l'événement à la France entière, et la correspondance dont elle était la reproduction ne figurent pas aux Archives départementales de la Creuse, et l'on ne doit guère en être surpris ; il est plus curieux de constater que pareille lacune existe aux Archives de la Haute-Vienne, comme si le souvenir de ces faits avait pesé à leurs acteurs ou à leurs successeurs. Mais un exemplaire de ce texte entra un jour à la Bibliothèque municipale de Limoges et permit à Louis Duval de s'expliquer l'origine des dissentiments survenus au lendemain du 10 août 1792 entre le Directoire départemental de Guéret et le Conseil général de la commune de cette ville. Cet auteur a fait, dans Les Archives Révolutionnaires du département de la Creuse (Guéret, 1875, pages 131 et 132) une rapide allusion à notre document. Les deux délibérations que prirent sur l'affaire le Directoire et le Conseil général de la Haute-Vienne, le 13 août, l'une à cinq heures du soir, l'autre à huit heures, ont été publiées, sans commentaire, par M. Fray-Fournier dans le tome II (1909) de son ouvrage Le département de la Haute-Vienne (Archives historiques du Limousin, Archives modernes, volume VIII), pages 202 et 203.
Ajoutons que la commune de Guéret, invoquant son droit de poursuivre les suspects, n'avait pas hésité à prescrire des perquisitions chez quatre des administrateurs départementaux qui avaient signé la lettre du 13 août. Le Directoire du district prit parti pour la Commune contre le département et, après de multiples incidents, il fallut le bon sens du ministre Roland pour mettre fin au conflit. Les administrateurs suspectés ne furent pas inquiétés en haut lieu ; leur président, Jean Debourges, avait d'ailleurs, dans l'intervalle, été élu à la Convention. Cet ancien avocat au parlement devait étonner plus tard l'Assemblée en refusant de voter dans le procès de Louis XVI : ses électeurs avaient entendu, dit-il, faire de lui un législateur et non un juge.
Dans l'important dépôt des Archives du Doubs où j'ai trouvé la dénonciation envoyée par le Directoire de Limoges, je n'ai noté, parmi toute la correspondance interdépartementale de l'époque révolutionnaire (L. 172), qu'une seule autre mention relative aux événements du 10 août. Le Conseil général des Ardennes avait, à l'annonce des lois de déchéance et de dissolution, éprouvé la même impression que celui de la Creuse, et, loin d'ordonner la publication de ces lois, il avait laissé la commune de Sedan emprisonner les quatre Commissaires que l'Assemblée Nationale envoyait aux armées du Nord. De violentes critiques s'ensuivirent, et, le 20 août 1792, le Conseil général de Mézières « que son attachement à la Constitution avait seul égaré, désavouait son arrêté du 15, et retrouvait dans le grand intérêt de l'empire et dans sa soumission respectueuse à la Loi le calme de sa conscience que les graves mesures du Corps législatif avaient émue ». Ce désaveu fut envoyé à tous les départements. Plus simplement, le Directoire de la Creuse préféra observer le silence, et laissa l'oubli effacer la défaveur que lui avaient infligée ses voisins.
Henri HUGON.
(1) Leur anxiété avait été entretenue par la correspondance que leur adressait de Paris le député Voysin de Gartempe, notamment par sa lettre du 22 juin 1792 (L. Duval, infra cit. p. 318. A. Lecler, Le Limousin et la Marche au Tribunal révolutionnaire, t. III).