SÉANCE DU 20 JANVIER 1921
Présidence de M. des Cheises, président.
Présents : MM. Autorde, le docteur Bordier, Champeymaud, Ferrier, Gabriel Jamot, Lafay, Mozer, Petit, Pichon, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. Baraille, Chagnaud, le baron de Corbier, Dayras, Fillioux, Gallerand, de Lavillatte, Pluyaud, Rousseau, Savignat, Valadeau.
— M. le Président transmet les remerciements adressés par M. Antoine Thomas pour sa nomination de Président d'honneur de la Société.
— M. Jean-Marc Purat, décédé dans sa propriété de Clocher, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, le 23 décembre 1920, a, par son testament en date du 1er décembre 1915, légué à la ville de Guéret, en même temps que cette propriété, tous les objets mobiliers lui appartenant ; il a spécifié que ceux de ces objets qui ont un caractère artistique devront être déposés à perpétuité au Musée de Guéret et que le choix des objets destinés au Musée sera fait par les conservateurs.
Il résulte des renseignements donnés par M. le Maire de Guéret que la délivrance des objets légués pourra avoir lieu assez promptement ; en même temps remise sera faite des objets légués à la ville de Guéret par Madame Purat et qui étaient soumis à l'usufruit de son mari, ceux de ces objets qui ont un caractère artistique devant également être déposés au Musée. (Voir le procès-verbal de la séance du 18 mai 1916, Mémoires, XX, page xxxi).
— Dans le but de donner plus d'activité aux études d'histoire naturelle et d'assurer la conservation et l'enrichissement des collections du Musée s'y rapportant, il est décidé qu'une commission sera créée qui comprendra tous les membres de la Société s'intéressant à ces études. MM. Bordier, Champeymaud, Ferrier, Lafay et Petit sont chargés d'organiser ce groupement.
— La Société fera en mai ou juin prochain une excursion archéologique à laquelle seront conviés les membres et leurs familles. Elle aura lieu à Saint-Goussaud, Châtelus-le-Marcheix et Bourganeuf. MM. Gallerand, Guillot, Gabriel Jamot et Lafay sont chargés de l'organiser.
— Des félicitations sont adressées à nos collègues MM. Paul Arrivière nommé président de la section du contentieux au Conseil d'Etat, Etienne de Nalèche nommé officier de la Légion d'honneur, Raymond et Quantin nommés chevaliers, le docteur Bonnet et l'abbé Mourlon nommés chevaliers au titre militaire.
— La Société des lettres, sciences et arts « La Haute-Auvergne » à Aurillac et la Société languedocienne de géographie à Montpellier ont accepté d'échanger leurs publications avec les nôtres.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Maurice Berniguet, avocat à La Châtre ; Carle, secrétaire de la Société des carrières de granit du massif central, à Guéret ; Belonie-Chanoine, négociant à Villechiron, par Lourdoueix-Saint-Pierre ; René Frémonteil, attaché au Parquet général de la cour d'appel de Poitiers ; Gustave-Eugène Lablaude, entrepreneur à Paris ; Albert de Labrouhe de Laborderie, inspecteur d'assurances à Limoges ; Lagrue, architecte du département à Guéret ; Naigeon, ingénieur aux mines de Montebras ; Noualet, négociant à Guéret ; Pierre Perdrix, étudiant à Guéret ; Charles Phérivong, inspecteur général des colonies en retraite à Guéret ; Pontal, directeur de la succursale de la Banque de France à Guéret ; Ribière, pharmacien à Guéret ; André Seguin, attaché à la Société des carrières de granit du massif central, à Guéret.
— Sur la proposition de M. Autorde est nommé membre correspondant M. Paul Pallot, docteur en droit à Avenay (Marne), qui, au cours de son séjour dans la Creuse pendant la guerre, a fait un dépouillement des registres paroissiaux de Dun-le-Palleteau qu'il doit communiquer à notre Société.
MUSÉE. — Il a été donné par M. Henri de Lavillatte deux reproductions photographiques d'un portrait de son arrière-grand-père François Dissandes de Lavillatte (1757-1820) qui fut président du tribunal civil de Guéret ; — par Mlle Rimour des objets d'équipement des sapeurs-pompiers de Guéret sous la Monarchie de Juillet (casques, épaulettes, hausse-cols) ; — par M. Malabout des exemplaires des jetons contenant des timbres-poste, créés par le Crédit Lyonnais pour remédier à la rareté de la monnaie.
ARCHIVES. — Il a été donné par M. le docteur Treille divers documents anciens intéressant la région auvergnate qui joint la Creuse ; — par les familles de Cessac et de Courthille des copies de documents et des notes de M. Pierre de Cessac sur l'archéologie et l'histoire de la Creuse (notamment une copie du cartulaire de Bonlieu, de nombreuses copies de pièces concernant les comtes de la Marche) ; — par M. le chanoine Parinet le cahier contenant les ordres du jour de la garde nationale sédentaire d'Aubusson du 11 septembre au 19 décembre 1870.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons acquis le tome ii de la Bibliographie générale des travaux palethnologiques et archéologiques, publiée par M. R. Montandon, et les Matériaux pour servir à l'histoire de la ville de Brive publiés par M. Louis de Nussac, membre correspondant de notre Société. M. Louis Lacrocq analyse ce dernier ouvrage qui contient des documents importants, en particulier sur le présidial de Brive et le collège de cette ville, présentés et annotés par M. de Nussac avec érudition.
Nous avons reçu : de M. Henri de Lavillatte un exemplaire de l'Annuaire de la noblesse de France, année 1905, contenant la généalogie de la famille Dissandes de Lavillatte ; — de M. Mathivet, vétérinaire départemental, la collection du journal La Creuse agricole, années 1894-1898, et celle du Bulletin de la Société centrale d'agriculture de la Creuse, années 1899-1920 ; — de M. René Fage le tirage à part de sa Note sur les clochers-murs de la Creuse, parue dans nos Mémoires ; — de M. Louis Lacrocq le volume qu'il vient de publier (J. Lecante, éditeur à Guéret), contenant l'Analyse des délibérations du conseil municipal de Guéret de l'an VIII à 1870.
M. le docteur Treille a enrichi la bibliothèque d'un très bel exemplaire d'un livre rare intitulé Un an de poésie par notre compatriote aubussonnais Alfred Rousseau (2me édition, Moulins, Desroziers, 1836, avec frontispice d'Achille Allier) ; la superbe reliure romantique de l'exemplaire augmente encore la valeur de ce don.
M. Gabriel Jamot a donné : 1° une carte manuscrite représentant les lieux où s'est livrée la bataille de Salamine, carte signée A. Voisin de Gartempe ; on a ajouté au bas une mention indiquant que l'auteur qui appartenait à une famille creusoise, est « décédé chef d'escadron d'artillerie à Paris le 3 novembre 1833 » ; — 2° une carte cantonale de la France dressée en 1817 donnant l'état de l'avancement du cadastre à cette époque ; dans la Creuse le canton d'Auzances seul était cadastré ; les terrains étaient complètement arpentés dans cinq cantons : Guéret, Ahun, Jarnages, Saint-Sulpice-les-Champs et Pontarion.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée :
1° d'une note de M. Antoine Thomas sur Maître Marc de Rorgues, abbé de Bénévent (1510-1515), publiée à la suite du présent procès-verbal ;
2° d'une note de M. le comte de Beaufranchet sur la découverte d'une sépulture gallo-romaine faite dans la commune de Bétête au printemps de 1920 et d'une note de M. le docteur Turquet sur une découverte identique faite dans la commune de Clugnat le 21 novembre 1920 ; ces deux notes seront publiées ;
3° d'un article de M. Paul Ducourtieux sur un Aubussonnais, Etienne Boulgon (1814-1878), professeur et écrivain, article qui figurera dans les Biographies creusoises.
— M. Louis Lacrocq analyse un contrat de constitution de rente concernant le collège d'Aigurande (Indre), qui a été trouvé par notre collègue M. Louis Baraille, notaire à La Celle-Dunoise, dans les papiers anciens de son étude. Ce contrat, passé le 3 décembre 1775 devant Pelletier notaire royal à Aigurande, constate la remise par les fondateurs du collège d'Aigurande à Jean-Joseph Bazennerie, procureur fiscal de la justice de Dun-le-Palleteau, d'une somme de 3000 livres, à charge par lui de payer au collège une rente annuelle et perpétuelle de 150 livres ; Charles Delafont de La Vallade, juge bailli de Dun-le-Palleteau, se porte caution de Bazennerie.
Ce document et une liasse de procédure postérieure, aussi communiquée par M. Baraille, complètent les renseignements donnés dans l'étude de Gabriel Martin sur Aigurande (Mémoires de notre Société, XV, p. 73, texte et note 4) au sujet de ce petit collège, créé en 1770 par les notables d'Aigurande et des environs et qui devait recruter sa clientèle autant en Marche qu'en Berry. L'acte de constitution de rente contient les noms des fondateurs ; on y relève Claude Vallentin, sieur du Pontet, lieutenant aux dépôts de sel de Dun et Saint-Vaury, Jean Rigodin, sieur de Champviller (commune de Lourdoueix-Saint-Pierre), André Bertrand, sieur des Combes, (même commune) Jean Bertrand, sieur de Marmeron (commune de Méasnes). Le « préfet » du collège était en 1775 l'abbé Pelletier des Mestraux, curé d'Aigurande, le syndic receveur Pierre Vallentin, sieur du Censif, notaire royal. La rente stipulée en 1775 fut payée jusqu'en 1818. L'interruption de son service amena alors une poursuite contre les représentants des débi-rentiers devant le tribunal civil de Guéret qui rendit un jugement contre eux le 23 avril 1822. La situation du collège d'Aigurande était alors bien précaire : Joseph-André Delavade, capitaine retraité, qui prenait encore le titre de « syndic-receveur » écrivait à son avoué Me Pergaud le 8 juin 1822 :
« La caisse est sans un sou. Si vous ne faites
« promptement rentrer ce qui nous est dû, l'instituteur sera obligé de
« partir et l'éducation de nos jeunes gens en souffrira beaucoup ».
— M. Louis Lacrocq présente un document que lui a communiqué M. Ludovic Perdrix, substitut au tribunal de Guéret. C'est un cahier de papier relié in-4°, de 23 feuillets cotés et paraphés, plus des feuillets blancs, contenant la copie collationnée, établie par Decourteix et Rocque, notaires royaux et commissaires, le 26 mai 1753, au bourg de Pionnat, en l'étude de Jacques Souton, notaire royal, à la requête de Guillaume Pitra, prieur procureur-syndic des Pères Célestins de N.-D.-des-Ternes, de seize reconnaissances prises sur « un livre terrier de la seigneurie de La Chezotte en vellain contenant en total 176 feuillets », reçues par Villard et Pourchier, notaires royaux. Toutes ces reconnaissances, datées du 2 juillet 1542, s'appliquent à des immeubles situés au bourg de Pionnat, tenus en directe foncière et franche condition de Louis Racquet, écuyer, seigneur de la Chezotte, à cause de sa seigneurie de la Chezotte (paroisse d'Ahun). Les redevances se composent d'argent et de seigle, payables aux termes de Notre-Dame d'août et de Noël. Le seigle est compté « mesure de Jarnages », en coupes, quartons et quartières ; comme mesures de surface, on trouve la septerée, la quartellée, la quartonnée, l'éminée. Au nombre des déclarants figure Jean Ganivot, notaire royal à Pionnat et greffier de Jarnages. Six prêtres de Pionnat, Antoine Charpony, François Denizon de La Vallazelle, Pierre Foureau de Gramprat, Denis Lamy, Pierre Mandonnet, Philippe Vignade comparaissent comme déclarants ou comme témoins ; il s'agit apparemment d'un groupement de prêtres communalistes dont l'existence à Pionnat est signalée à la date de 1564 par le Pouillé de Nadaud (édit. Leclerc, p. 549). Une mention à la fin de la copie des reconnaissances indique que les Célestins sont devenus propriétaires des rentes suivant contrat consenti à leur profit par le sieur Laboureix de Bospesche le 12 août 1680, devant Meillet, notaire royal.
— M. J. de Font-Réaulx, au cours d'une mission en Allemagne, a bien voulu, à notre demande, faire des recherches sur le docteur Cassius, personnage qui a passé dans la Creuse une partie de la période révolutionnaire, a été professeur de physique à l'Ecole centrale d'Aubusson et paraît avoir joui d'une certaine réputation scientifique dans notre département : il est cité par Joullietton dans ses rapports relatifs à la vaccination, par le sous-préfet Rémy comme ayant fait l'analyse des eaux thermales d'Evaux (cf. au présent tome, page 180) ; il faisait partie de la Commission d'agriculture et des arts instituée à Guéret par arrêté préfectoral du 1er messidor an ix. D'après une note de Joullietton, Cassius a quitté la Creuse pour aller à Mayence exercer les fonctions de bibliothécaire à l'Ecole de médecine. Le fait est exact, mais pour des raisons ignorées, Cassius ne fut pas installé dans ce poste, ainsi qu'il résulte des renseignements trouvés par M. de Font-Réaulx aux Archives d'Etat de la Hesse à Darmstadt (Fonds du département du Mont-Tonnerre, T. 14, Enseignement supérieur, Ecole de médecine de Mayence, bibliothèque), complétés par des renseignements que lui a obligeamment fournis M. Heidenheimer, bibliothécaire en chef de Mayence.
En effet une lettre de Fourcroy, conseiller d'Etat, directeur général de l'Instruction publique, en date du 1er germinal an xiii, annonce au préfet du Mont-Tonnerre la nomination de Cassius comme bibliothécaire de l'Ecole de médecine de Mayence et l'invite à l'installer dès son arrivée. Une seconde lettre du 8 germinal recommande Cassius, « docteur-médecin, directeur et professeur de l'Ecole centrale d'Aubusson », à la bienveillance du préfet : Fourcroy dit qu'il a été son camarade de classe et fait son éloge, le signalant comme « un homme estimable qui doit intéresser toutes les personnes amies de l'instruction ». Mais, en floréal, le même Fourcroy demande un examen plus approfondi de la question de savoir s'il convient de nommer Cassius bibliothécaire. Sa nomination fut rapportée et on lui donna un poste similaire, celui de bibliothécaire de la ville de Mayence. Il mourut — à Mayence probablement — en mai ou juin 1806.
— M. Henri Hugon signale la mention dans les Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, année 1872, séance du 29 janvier, d'une poésie de Mlle Mélanie Bourotte qui habitait alors Guéret, poésie intitulée La Grâce-Dieu. Cette poésie obtint le premier prix dans un concours ouvert par l'Académie pour l'année 1870. Le rapporteur du concours s'exprimait ainsi sur la pièce couronnée qui décrivait l'abbaye de La Grâce-Dieu de l'ordre de Cîteaux (commune de Chaux-lès-Passavant, dans le Doubs) :
« Il s'agit du monastère qui fut quelque temps occupé par une forge,
« puis dernièrement rendu à sa destination première. Il y a peu
« d'idées dans cette pièce, mais elles sont bien développées, la strophe
« est élégante, la rime n'est point vulgaire et plusieurs vers sont
« frappés au coin de la poésie la plus noble et la plus élevée ».
Mélanie Bourotte était originaire de la Lorraine : elle était née à Vigneulles (Meuse) le 29 juin 1834. Vers la fin du second Empire elle vint à Guéret avec son frère, qui y avait été nommé sous-inspecteur des eaux et forêts, et ses parents. Fixée dans notre ville elle y épousa M. Cheureau, directeur des contributions directes ; elle y est morte le 5 mai 1890. Elle a publié des poésies sous le titre Echos des bois, des ouvrages en prose pour la jeunesse, etc.
NOTE LUE EN SÉANCE – MAÎTRE MARC DE RORGUES, ABBÉ DE BÉNÉVENT (1510-1515)
Par Antoine Thomas
La Bibliothèque Nationale a acquis en 1898, à la vente de la collection Tandeau de Marsac, un opuscule imprimé vers 1518, sous le titre de Consilium oppressorum, mémoire ou factum rédigé par Maître Marc de Rorgues, ci-devant abbé de Bénévent, en vue d'un procès qu'il soutenait en cour de Rome. Cet opuscule, conservé aujourd'hui au département des Imprimés sous la cote : Réserve E, 9934, m'a été signalé, au moment de son entrée à la Bibliothèque Nationale par mon confrère et ami, M. Camille Couderc, conservateur-adjoint au département des Manuscrits, qui se réserve de lui consacrer une étude approfondie quand il en aura le loisir, mais qui a bien voulu m'autoriser à en entretenir notre Société.
Le Gallia christiana, II, 619, après avoir mentionné comme cinquième abbé de Bénévent Louis Foucaud, confirmé par le chapitre de Limoges le 15 juillet 1510, ajoute : « Nous lisons
« cependant dans les chartes de l'église de Limoges conservées à la
« Bibliothèque du roi (1) que Marc de Rourgue (sic), chevalier de
« l'église de Lyon, abbé commendataire de Benevent, pourvu par le
« pape le 4 des calendes de décembre 1510, fut reçu chanoine de
« Limoges ». Puis il saute à Foucaud de Bonneval, évêque de Soissons, qu'il inscrit comme sixième abbé à la date de 1522. Roy de Pierrefitte s'en réfère au Gallia, après avoir constaté que le témoignage de Nadaud sur notre personnage et sur quelques autres abbés qui l'ont précédé et suivi, a été déchiré (1). Le chanoine Lecler a altéré le nom « de Rourgue » en « de Rouergue » et ne donne que la date de 1513 (2).
D'après le Consilium oppressorum, Marc de Rorgues fut, pendant dix ans, au service de Philippe, duc de Savoie, grand-père de François Ier ; pendant douze ans, docteur régent dans les Universités fameuses ; avocat au Grand Conseil du Roi ; ambassadeur pour le roi Louis XII. Nommé abbé de Bénévent, il s'attira la haine des chanoines pour avoir entrepris de réformer leurs mœurs dissolues. On tenta plusieurs fois de l'assassiner, soit aux environs de Bénévent, soit à Limoges. Il fit faire plusieurs constructions à Bénévent, notamment une chapelle, à laquelle travailla un charpentier (ligni faber) nommé Etienne Gascon. Un de ceux qui avaient cherché à l'assassiner ayant été pendu par autorité de justice, les ennemis de l'abbé de Bénévent l'accusèrent devant le Parlement de Paris de différents excès : emprisonné pendant huit mois, il dut résigner son abbaye au cardinal de Prie, fut condamné par la Cour à de fortes amendes, remis à l'official de Paris, pour être jugé selon le for ecclésiastique, et condamné de nouveau à des peines afflictives et infamantes. Il fit appel à Sens, puis à Lyon, puis à Rome, où il réussit enfin à se réfugier, et obtint une bulle d'absolution du pape Léon X (13 juin 1515), dont M. Couderc s'est procuré la copie.
De mon côté, j'ai constitué un dossier sur Marc de Rorgues d'après les archives du Parlement de Paris ; malheureusement, je n'ai pu retrouver dans ces archives le texte de l'arrêt de condamnation, nécessairement antérieur au 13 juin 1515. A ce dossier j'emprunte les détails suivants tirés de la plaidoirie de l'avocat Bochard, prononcée le 2 juillet 1518, au cours d'un procès entre Robert de Jaucourt, chevalier, seigneur de Villarnoul, et Foucaud de Bonneval, évêque de Soissons (Arch. nat., X¹ᵃ 8336, fol. 226 vo) :
Ledit Villarnoul a trouvé des faiz et defenses peremptoires pour defendre contre ledit evesque de Soissons, primo que ladite abbaye de Benavant fut resignee au feu cardinal de Prie par ledit Rorgues, cum retencione pensionis au proufit de Rorgues de cinq cens ducatz par an et certaine quantité de grains ; et vault l'abbaye par an quatre ou cinq mille livres. Depuis, ledit cardinal a resigné ladite abbaye au proufit dudit evesque de Soissons, lequel a depuis obtenu ceans mainlevée des fruiz de ladite abbaye, qu'il a prins, et recouvert (sic) tous les meubles, tapisserie, grains et autres appartenans audit Rorgues, montans à grans sommes de deniers et plus de huit mille livres. Aussi il a receu les deniers de la vendicion d'une maison de ladite abbaye ou lieu de Bloys. Davantage, ledit evesque de Soissons, ayant consideracion du bien que ledit feu cardinal luy faisoit et promectoit, misertus eciam dudit Rorgues, s'est obligé et promis audit Rorgues de le mectre hors des prisons, l'acquicter de tous debtes et condamnacions, despens et fraiz provenans dudit arrest, le tout à ses propres coustz et despens, et l'acquicter tant envers le roy que tous autres ses creanciers par ledit arrest...
SÉANCE DU 17 MARS 1921
Présidence de M. Gallerand, administrateur.
Présents : MM. Autorde, le docteur Bordier, le docteur Deschamps, le docteur Dumont, Ferrier, Hugonnier, le docteur Janicaud, Lafay, Lecante, Mazet, Parot, Perdrix, Petit, Phérivong, Pichon, Pluyaud, Pontal, Ribière, Savignat, Seguin, le docteur Treille, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. Chagnaud, Champeymaud, des Cheises, l'abbé Courteau, Dayras, Fourest, Guillot, Hugon, Gabriel Jamot, Lagrue, de Lavillatte, le chanoine Parinet.
— M. le Président adresse l'hommage respectueux de la Société à la mémoire de M. Robert de Lasteyrie, ancien professeur à l'Ecole des Chartes, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, décédé le 29 janvier dernier, qui avait bien voulu accepter en 1915, de nous donner son haut patronage comme membre honoraire.
— Lecture est faite de la lettre par laquelle M. Henri de Lavillatte rend compte des cérémonies du centenaire de l'Ecole des Chartes, où il a représenté notre Société à qui le comité d'organisation avait fait l'honneur d'adresser une invitation. Nous avons été heureux de nous associer à cette manifestation si justifiée par les services immenses qu'a rendus l'Ecole des Chartes à l'érudition et au pays.
— La section de sciences naturelles, dont la création avait été décidée à notre séance du 20 janvier dernier, a été constituée. M. Joseph Petit a été désigné comme président, M. Hugonnier comme secrétaire. La section a été divisée en trois sous-sections (zoologie, botanique, géologie). MM. Hugonnier et Parot sont chargés de l'examen des collections et des mesures à prendre pour les protéger.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Alhéritière, notaire et conseiller général à Peyrat-la-Nonière ; Carteron, chef de bataillon en retraite à Guéret ; Monnet, ancien maire au Grand-Bourg ; André Montaudon, au château de Margoux, par Oulches (Indre) ; le docteur Sallet, à La Souterraine ; Sarrassat, professeur à l'Ecole normale d'instituteurs à Guéret.
COMPTES ET BUDGET. — M. Pichon, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1920 :
Recettes
I. — Excédent de caisse au 31 décembre 1919. . . . 36 49
Subvention du département. . . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret. . . . . . . . . 1.200 »
Cotisations de 1920. . . . . . . . . . . . . . . 1.960 »
Cotisations arriérées. . . . . . . . . . . . . . 30 »
Vente de volumes de Mémoires. . . . . . . . . . 342 85
Intérêts de rente 5 %. . . . . . . . . . . . . . 200 »
Intérêts de bons de la Défense nationale. . . . 56 25
II. — Réserve pour publications en caisse au 31 décemb. 1919. 150 »
5.501 82
Dépenses
I. — Traitements et indemnités de vie chère aux gardiens du Musée. . . . . . . . 875 »
Impression et brochage des Mémoires, y compris le fascicule de novembre 1920 non payé au 31 décembre. . . . . . . . . . 3.186 85
Envoi des Mémoires, frais de bureau, recouvrement des cotisations. . . . . . . 477 20
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service. . . . . . 185 »
Acquisitions pour le Musée. . . . . . . 430 »
Bibliothèque . . . . . . . . . . . . . 80 »
II. — Emploi en rente 5 % de la réserve des publications de 1919. . . . . . . 177 52
Réserve pour publications, crédit de 1920. . 50 »
5.461 57
Excédent de recettes disponible au 31 décembre 1920. 40 25
Auquel il faut ajouter :
Report. . . . . 40 25
Livret de caisse d'épargne arrêté au 31 décembre 1920. . 98 65
Rente 5 % au cours moyen. . . . . . . . . . 3.354 »
Réserve en caisse pour publications. . . . . . . 50 »
Total de l'actif de la Société au 31 décembre 1920. 3.542 90
Il est observé qu'il n'est pas fait état, dans les comptes ci-dessus, à raison de son caractère exceptionnel, d'une subvention de 200 fr. qui nous a été versée par les comités de la Croix-Rouge de Guéret pour l'impression dans les Mémoires de la Notice relative à la guerre les concernant ; la part d'impression des Mémoires afférente à cette Notice ne figure pas non plus aux dépenses. Nous adressons aux Comités de la Croix-Rouge nos remerciements.
M. le Président désigne MM. Lafay et Pontal pour procéder à la vérification des comptes. Cette vérification en reconnaît la parfaite régularité et des remerciements sont votés à M. Pichon.
— M. le Président présente le budget pour 1921 établi par le Bureau de la manière suivante :
Recettes
Excédent de recettes disponible au 31 décembre 1920. . 40 25
Subvention du département . . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret. . . . . . . . 2.000 »
Cotisations. . . . . . . . . . . . . . . . . . 2.000 »
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . . 100 »
Intérêts de titres de rente. . . . . . . . . . . 200 »
——————
Total. . . . . 5.840 25
Dépenses
Traitement et indemnités de vie chère aux gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . 950 »
Impression et brochage des Mémoires. . . . . . 3.400 »
Envoi des Mémoires, frais de bureau, recouvrt des cotisations. . . . . . . . . 350 »
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service. . . . . . 500 »
Acquisitions pour le Musée. . . . . . . . . . . 500 »
Bibliothèque . . . . . . . . . . . . . . . . 60 »
Réserve pour publications. . . . . . . . . . . 50 »
Fouilles et dépenses imprévues. . . . . . . . 30.25
——————
Total. . . . . 5840. 25
Ce projet de budget est approuvé.
RAPPORT DU SECRÉTAIRE. — M. Louis Lacrocq, secrétaire, présente le rapport suivant :
« L'exposé financier que vous venez d'entendre vous montre une situation matérielle satisfaisante. Si nos dépenses ont augmenté dans des proportions considérables, nos recettes se sont accrues parallèlement. Nous devons cet équilibre d'abord à la générosité du Conseil général de la Creuse et du Conseil municipal de Guéret, qui, l'an dernier, ont considérablement élevé le chiffre de leurs subventions ; nous leur en sommes profondément reconnaissants. L'accroissement de notre effectif en sociétaires est la seconde cause de notre équilibre. En 1914 nous comptions un peu moins de 400 membres titulaires. Ce nombre a plus que doublé en six ans : nous en avons actuellement 220.
« Nous pouvons donc envisager l'avenir avec confiance ; notre Société, qui sera bientôt centenaire, montre une vitalité vigoureuse ; il ne dépend que de nous de la maintenir et de la fortifier encore, particulièrement en recrutant de nouveaux adhérents. Telle qu'elle est organisée maintenant, après de patientes modifications, et sauf, bien entendu, les améliorations de détail à réaliser, elle paraît donner satisfaction. Nos séances sont suivies, les communications nombreuses et variées. L'excursion du mois de juin dernier a très bien réussi. La division des Mémoires en trois fascicules annuels, que notre collègue M. Lecante imprime avec soin, a, croyons-nous, plu à nos membres ; malgré le coût élevé des travaux d'imprimerie, nous avons pu réunir dans nos trois fascicules de 1920 quinze feuilles et demie faisant 248 pages, ce qui est, au temps présent, une production annuelle fort honorable.
« Nous nous efforçons de donner à nos Mémoires la tenue scientifique qui s'impose rigoureusement à de telles publications. Nous tâchons d'en varier la composition et c'est de quelques éléments possibles de cette variété que je veux vous parler brièvement.
« Sans rien abandonner de nos recherches historiques sur le passé lointain de notre province, moyen-âge, temps modernes et Révolution, nous avons fait une place au xixe siècle. Il est une riche matière d'étude, ayant une documentation abondante qu'il n'y a aucune difficulté matérielle à dépouiller. Les sujets d'articles et de monographies ne manquent pas ; aspect local de certains moments historiques comme la révolution de 1848 ou la guerre de 1870, histoire de l'enseignement primaire, du réseau routier, des institutions de prévoyance, de nos industries locales, du partage des communaux etc. ; autant de questions qui, pour n'en citer que quelques-unes, offriraient un vif intérêt, qu'on les considère en des vues d'ensemble pour le département ou qu'on les étudie, avec leurs multiples détails, dans le cadre restreint d'une commune, d'un canton ou d'une entreprise déterminée.
« Une science singulièrement attrayante, née d'hier, la géographie humaine qui s'occupe des rapports de l'homme avec le sol, s'offre aussi à nos investigations : outillage agricole, procédés de construction, mobilier, systèmes d'attelages, de clôtures, etc., tout cela, différencié dans les diverses régions du département, nous pouvons l'étudier, l'inventorier, le photographier, et il faut peut-être se hâter à une époque où le progrès industriel tend à tout banaliser.
« Nous souhaitons que ces divers ordres de travaux trouvent des fidèles parmi nos confrères. »
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu :
De Madame de Montégut, en souvenir de son mari, M. H. de Montégut, le Cartulaire de l'abbaye de Vigeois en Limousin, recueil important pour l'étude du moyen-âge dans la province, qu'il avait publié en 1907 (Limoges, Ducourtieux et Gout éditeurs) ;
De M. Emile Chénon, son récent ouvrage sur Les jours de Berry au Parlement de Paris de 1255 à 1328 (Paris, 1921), dont il sera rendu compte ;
De M. le chanoine Parinet, trois volumes de M. Félix Thomas, l'Education dans la famille (tomes I et II) et son étude sur Pierre Leroux (Cf. au présent Tome, pages 318-320, la biographie de M. Thomas).
M. le chanoine Parinet nous a également envoyé le discours qu'il a prononcé, le 13 novembre 1920, à Bourganeuf, aux obsèques des membres de la famille Filhoulaud, morts pour la France, et qui a été édité par les soins de la famille (Nice, imprimerie de l'Eclaireur). Il y a éloquemment retracé la vie et la mort glorieuse de quatre vaillants soldats, le capitaine Albert Filhoulaud, le lieutenant Louis Aujay de la Dure et les deux fils de notre collègue M. Joseph Filhoulaud, jeunes gens d'élite, Auguste Filhoulaud, aspirant au 33me d'artillerie, tué à 20 ans le 18 septembre 1915, et Gabriel Filhoulaud, maréchal-des-logis aux cuirassiers à pied, tué à 19 ans le 5 novembre 1916.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Pluyaud lit une Notice sur les œuvres privées qui, pendant la guerre de 1914-1918, ont assisté dans la Creuse les veuves et les orphelins ; cette Notice sera publiée.
— M. Henri Hugon a envoyé une note sur La Creuse zône des armées en 1815, reproduite à la fin du présent procès-verbal.
— M. Gabriel Jamot nous a communiqué une requête du 3 mars 1766, présentée au lieutenant particulier de la sénéchaussée de la Marche par le curé et les prêtres de la communauté de l'église paroissiale de Saint-Silvain d'Ahun dans un procès qu'ils avaient engagé, en juillet 1765, contre messire Pierre Corneil, curé de Saint-Sulpice-le-Donzeil. Ce procès portait sur le droit de dîme concernant un champ appartenant aux demandeurs, situé « au village de La Faye aux Etionneix », paroisse de Saint-Sulpice-le-Donzeil. La requête vise, en termes assez imprécis, des reconnaissances contenues dans un terrier de 1599-1601. Il y est aussi question d'un bail de la dîme consenti le 23 juillet 1750 par M. Couturier de Fournoüe, alors curé d'Ahun, et M. de Fumade, prêtre communaliste.
— M. Savignat présente des échantillons de roches qu'il a trouvées aux environs de Bord-Saint-Georges, particulièrement près des villages du Theilloux et de la Besse.
Il décrit une hachette en pierre qu'il a découverte au même village du Theilloux et en présente un croquis. Cette hachette en jade mesure 4 centimètres de longueur, 3 centimètres 1/2 de largeur au tranchant, un centimètre et demi au talon ; les arêtes sont vives et il y a une cassure très nette à l'endroit où s'adaptait le manche.
Il signale un ouvrage, paru il y a quelques années, où l'on trouve de nombreux renseignements sur un personnage creusois Joachim Vilate (Deux jurés du tribunal révolutionnaire par Alphonse Dunoyer, Didier éditeur).
— M. Antoine Jorrand nous a communiqué une supplique du xviiie siècle (non datée) relative à une aumône distribuée par l'abbaye du Moutier-d'Ahun. Ce document sera publié.
Il nous a également communiqué un carnet et une pièce du xviiie siècle qui paraissent avoir été rédigés à Ahun et contiennent de curieux renseignements sur les mesures et le cours des grains.
Le carnet commence par des explications sur la division des mesures de Guéret et d'Ahun : « le septier de bled se divise en émines, quartes, boisseaux, coupes et écuellées » ; l'émine est la moitié du septier, la quarte la moitié de l'émine, le boisseau la moitié de la quarte, la coupe la moitié du boisseau ; le boisseau se divise en douze écuellées. Le carnet indique ensuite que le septier de seigle mesure de Guéret pesait 160 livres (20 livres le boisseau) ; à la mesure d'Ahun il pesait autrefois 116 livres, mais, « depuis quelque temps », il avait été porté à 128 livres (16 livres le boisseau). Une autre mesure locale est mentionnée : « le septier de bled seigle mesure rochaize, ainsi nommé à cause du Château Rocher de cette ville, pèze 84 livres, ce qui fait 10 livres et demi le boisseau ». Le septier d'avoine fait douze boisseaux dont deux font « un ras ». L'expression « coupe de moulin », employée dans les terriers s'entend de trois coupes (au lieu de deux) au boisseau. Pour la perception des rentes le froment est évalué un tiers en sus du seigle, l'avoine un tiers en moins. Un barême de la valeur de chaque subdivision des mesures de Guéret et d'Ahun selon les cours des grains occupe la plus grande partie du carnet qui se termine par un état des variations des cours du seigle, comptés au septier, de 1750 à 1772.
Cet état, corroboré par l'autre pièce qui le résume et pousse la statistique jusqu'en 1777, montre d'énormes écarts : de 1750 à août 1765 les cours oscillent entre 5 livres et 9 livres ; d'août 1765 à 1768 ils varient de 10 livres à 16 ; en mai 1769 commence une période de cours très élevés qui vont jusqu'à 28 et 30 livres en juillet 1770 ; ils étaient revenus à 8 livres en 1777.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA CREUSE ZONE DES ARMÉES EN 1815
Par Henri Hugon
Lorsqu'après Waterloo, Davoust eut signé la capitulation qui livrait Paris et refoulait l'armée française au delà de la Loire, le 1er corps de cavalerie, commandé par Pajol, fut dirigé sur Blois, puis ramené entre Châteauroux et Issoudun. Le 25 juillet 1815, en route vers la Haute-Vienne, il était détourné de sa destination par un contre-ordre : ses éléments de combat, laissant en arrière les services et les dépôts, devaient s'établir en hâte sur la ligne de Saint-Amand ; Davoust venait d'apprendre que les Autrichiens, contrairement aux engagements de la capitulation, traversaient la Loire à Bourbon-Lancy.
Voici, dans l'ouvrage consacré à Pajol par son fils, le général comte Charles Pajol (3 volumes, F. Didot, 1874), une lettre qui précise comment la Creuse, éloignée depuis longtemps du théâtre des guerres, se trouva dans le champ des évolutions de cette cavalerie.
Saint-Amand, 29 juillet 1815.
Au Maréchal Davoust.
J'ai eu l'honneur de vous rendre compte hier que Moulins, Montluçon et Montmarault étaient occupés par les 3e et 4e corps de cavalerie, ce qui m'avait forcé de reporter mes troupes sur Evaux, Chambon et Gouzon pour les faire vivre, car le pays est complètement épuisé. D'un autre côté Limoges et ses environs sont encombrés des dépôts du général Margaron.
Je vous propose donc de me porter avec mes deux divisions sur Aubusson qui, d'après les renseignements que j'ai recueillis, a beaucoup moins souffert que le pays que je viens de parcourir.
Mes troupes en sont déjà très rapprochées, et je ne serai guère plus éloigné de Moulins et à la portée du général Milhaud qui occupe Montaigut et Pionsat. J'attends vos ordres pour partir de ma personne.
Pajol.
Le dépouillement fait par M. Louis Lacrocq des délibérations du Conseil municipal de Guéret (1) confirme cette correspondance. Le 1er août 1815, le Conseil, « en raison de la présence à Guéret et aux environs de troupes dont il faut assurer la subsistance » demande au Préfet une allocation de 20.000 francs. Le 17 du même mois, MM. Perdrix et Lemoyne rendent compte de leurs achats, faits dans l'arrondissement de Boussac, de grains destinés aux troupes.
Cependant le mouvement des Autrichiens sur la Loire n'était qu'une fausse nouvelle ou une simple erreur ; aucune menace n'apparaissait de ce côté. Au même moment Davoust démissionnait et Macdonald, son successeur, craignant des manifestations dans l'armée, s'empressait de disperser les cantonnements ; le corps de Pajol, réduit à une division, était envoyé entre Bourges et Vierzon ; les hussards n'avaient séjourné que quelques jours dans la Creuse et il ne semble pas que le héros de Montereau ait eu le temps de se transporter lui-même dans ce département.
(1) Analyse des délibérations du Conseil municipal de Guéret ; An VIII-1870, (J. Lecante 1920).
SÉANCE DU 26 MAI 1921
Présidence de M. des Cheises, président
Présents : MM. Arfeuillère, Autorde, comte de Beaufranchet, docteur Bordier, commandant Carteron, Chantrelle, abbé Courteau, Dayras, Ferrier, Gallerand, Hugonnier, Gabriel Jamot, docteur Janicaud, Lafay, Malabout, Mozer, Nétange, Joseph Petit, Phérivong, Pichon, Ravoux, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, du Beaufret, de Lavillatte, Mazet, Amédée Montaudon, Naigeon, Perdrix, docteur Treille.
— M. le Président fait part du décès de M. Savignat, membre titulaire. M. Autorde retrace la carrière de notre estimé collègue et ses travaux. Une notice lui sera consacrée dans nos Mémoires. La Société rend hommage à la mémoire de M. Savignat ; elle exprime ses condoléances à Madame Savignat et à sa famille.
— M. Antoine Thomas, président d'honneur de la Société, a été nommé officier de la Légion d'honneur à l'occasion du Centenaire de l'Ecole des Chartes. M. Gabriel Adenis et M. du Beaufret, membres titulaires, ont été nommés chevaliers de la Légion d'honneur au titre militaire. M. le conseiller Fabreguettes, membre titulaire, a été appelé à la présidence du Tribunal des conflits. Des félicitations leur sont adressées.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Aguillaume, directeur d'école à Aubusson ; Bergeron, juge d'instruction à Guéret ; André Boudot, inspecteur principal du Crédit foncier à Poitiers ; Carle, administrateur de la Société des Carrières du Massif central à Guéret ; Chapronnier, contrôleur des postes et télégraphes à Guéret ; de Combredet des Plats, juge de paix à Saint-Sulpice-les-Champs ; le général Destenave, à la Traverse par Fromental (Haute-Vienne) ; Dutour, entrepreneur à Châtelus par Saint-Sulpice-les-Champs ; René de Forges, au château de la Vergne par Naillat ; Gérouilhe, notaire et maire à Nouziers ; Jardy, pharmacien à Sardent ; Latrige, avocat et maire à Aubusson ; M. Lighthill, administrateur de la Société des carrières du Massif central à Guéret, et Madame Lighthill ; Ernest Parrain, négociant à Guéret ; Périchon-Bey, ingénieur des arts et manufactures, au château de Bessines (Haute-Vienne) ; docteur Thouart, à Marsac.
— La Société Borda, de Dax, et la Société La Diana, de Montbrison, ont accepté d'échanger leurs publications avec les nôtres.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons acheté la Géographie statistique et historique du Pays Limousin par M. Alfred Leroux et le Dictionnaire historique et géographique de la Haute-Vienne, tome I, par M. le chanoine Lecler, ouvrages récemment édités à Limoges par la maison Ducourtieux.
Nous avons reçu : de M. René Fage, le tirage à part de son article sur Quelques dévotions populaires en Limousin ; fontaines à chiffons et saints à rubans (extrait du Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze) ; — de M. Louis de Nussac, le tirage à part de son article sur Le capitaine de hussards Jean Cassière (extrait du même Bulletin).
Des dons faits par M. le chanoine Parinet, M. le docteur Treille et M. Louis Lasnier ont enrichi notre fonds local, série B, de thèses de doctorat en médecine, de doctorat et de licence en droit soutenues par des Creusois. Nous appelons l'attention de nos collègues sur cette série de nos collections, qui est déjà assez importante, pour qu'ils veuillent bien l'enrichir de leurs dons.
Notre collection d'Annuaires locaux s'est augmentée par l'achat de l'année 1865 pour l'Annuaire Dugenest et de l'année 1875 pour l'Annuaire Richet.
MUSÉE. — Les objets destinés au Musée compris dans les legs faits à la ville de Guéret par M. et Madame Marc Purat nous ont été remis. M. Autorde en présente l'énumération sommaire : meubles Louis XVI, Directoire et Empire ; porcelaines et faïences, comprenant notamment un beau service de table en faïence de Strasbourg ayant appartenu au président Bonnyaud, le bienfaiteur de Guéret ; quelques gravures ; des médaillons en bois sculpté de la Renaissance.
La Société exprime ses remerciements à la municipalité de Guéret pour la complaisance et la courtoisie qu'elle a apportées à la remise de ces objets qui constituent pour nos collections un précieux enrichissement.
— Madame Calmel-Lecante et M. Pascal Lecante ont donné une cloche en bronze, provenant de la chapelle qui existait autrefois au château de Fournoue, paroisse d'Anzêmes. Elle mesure 0,34cm de diamètre, 0,32cm de hauteur et porte l'inscription suivante :
✝ D. O. M. INVOCATIS VIRG. DEIP. ET DIV. NVTRIT. IOSEPHVS ‖
✝ PATER ET RENATVS FILIVS D. DE FOVRNOVE REGI ‖ ✝ A CONSIL. ET
CHRISTIANISS. MAIEST. IN MARCH. ‖ ✝ PROCVT D. D. B. AN. DOM. 1699.
Les personnages mentionnés dans cette inscription sont Joseph Couturier de Fournoüe, conseiller d'honneur au présidial de la Marche (✝ 1719) et son fils René, procureur du roi au même présidial (✝ 1752), auteur des Commentaires sur la coutume de la Marche.
— Nous avons acquis deux gravures : le portrait de Pierre d'Aubusson, par le graveur Laurent Cars ; le portrait de François d'Aubusson, duc de la Feuillade, maréchal de France, par le graveur Gaillard. Ces deux pièces sont décrites dans le Catalogue de portraits limousins et marchois de M. Fray-Fournier (Bull. de la Société arch. et histor. du Limousin, t. XLII, p. 485).
— Nous avons également acquis trois lithographies d'un artiste récemment décédé, M. Thary, professeur de dessin au lycée de Châteauroux, complétant la série de ce même artiste sur Aubusson et Felletin que nous possédions par un don qu'il nous avait fait en 1914. (Cf. Mémoires t. XIX, p. 589).
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note sur La forêt de Bord et les verreries de Bord et de Bornet que nous avait envoyée notre collègue M. Savignat. Cette note sera publiée.
— Lecture est donnée d'une note de M. Chénon, membre honoraire, sur Les Origines de Boussac qui sera publiée.
— M. l'abbé Courteau donne lecture de la première partie d'une étude sur les prisonniers de guerre à Aubusson sous la Révolution et le Premier Empire. La suite de ce travail sera communiquée à une séance ultérieure.
— M. Maurice Dayras présente une clef ancienne trouvée, il y a une vingtaine d'années, par M. Florat, propriétaire à Beauze, commune de Saint-Marc-à-Frongier, dans un champ dit « Les Pichoux », territoire du village de Chameyroux, même commune. Cette clef, couverte d'une épaisse couche de rouille, n'a pas d'anneau et présente un manche percé d'un trou.
M. Dayras donne, sur les conditions de la découverte, les explications suivantes : au cours d'un défrichement, le soc de la charrue buta contre des pierres ; on dégagea l'obstacle et on trouva les fondations d'une construction carrée ; dans un angle de ces fondations existait une pierre brute de forme arrondie, reposant sur un lit de petites pierres semblables à celles des fondations et c'est là que fut trouvée la clef. La région où la découverte a été faite abonde en vestiges de l'époque gallo-romaine ; un chemin pavé de grosses dalles remarquablement conservées, traverse le tènement de Chameyroux ; le champ où la clef fut trouvée est jonché de fragments de tuiles à rebords, de poteries, etc. Le nom de « Pichoux » — le mot pichou signifiant en patois « petit vase » — permet de supposer la découverte antérieure d'urnes dans ce champ et ces diverses circonstances autorisent l'hypothèse que la clef remonte à l'époque gallo-romaine.
— M. l'abbé Peuch nous a signalé des découvertes qu'il a faites récemment sur le territoire de la commune de Leyrat : un percuteur en quartzite (bois de la Feuillade) ; un percuteur en jadéite (Leyrat) ; un polissoir en grès à encoche (champs de Pauly à Leyrat) ; un couteau racloir en silex opalin diaphane, à trois tailles, deux sur les côtés, une en pointe, ayant 0,095mm de longueur, 0,020mm de largeur moyenne, 0,080mm d'épaisseur (champs de Lafaye à Leyrat). Un croquis de cette dernière pièce accompagne la communication.
— M. Albert Lacrocq a examiné à Crozant, en avril dernier, deux sarcophages en granit trouvés au cours de fouilles pour le monument aux Morts de la guerre sur la place contiguë à l'église au nord. Il nous a envoyé un croquis de l'un de ces sarcophages et les explications suivantes :
L'un des sarcophages est en granit des carrières de Crozant, l'autre paraît taillé dans le granit des carrières de Jonon ou de Maisons, même commune. La taille est grossière, sans ornementation ; les couvercles, qui ont été laissés dans les fondations, étaient, au dire de M. Luinaud, tailleur de pierre, qui les a vus, plats, sans ornementation et grossiers aussi. Un troisième sarcophage avait été trouvé ; il était en pierre calcaire présentant l'aspect, au dire de M. Luinaud, de celle qu'on extrait des carrières d'Argenton (Indre) ; il s'est effrité dès qu'il a été mis au jour. Deux étaient vides ; un crâne se trouvait dans celui en granit de Crozant. Les dimensions de ce dernier sont : longueur 1m,80 ; largeur en tête 0m,70 ; au pied 0m,40 ; profondeur 0m,25 ; épaisseur des parois 0m,10. L'autre a une longueur de 2m,15 ; ses dimensions sont, pour le surplus, identiques à celles déjà indiquées. Les angles ne sont arrondis ni à l'intérieur, ni à l'extérieur ; deux arêtes en pierre sont ménagées pour recevoir la tête du mort dans un encastrement.
Sans qu'on puisse préciser l'époque, ces sarcophages paraissent remonter au moyen-âge.
— M. Henri de Lavillatte nous a informés que M. le colonel Carnot lui a signalé une parenté entre la famille Carnot et une branche de la famille Couturier de Fournoüe : Jeanne Sophie du Pont, mariée à Gabriel Couturier de Fournoüe, avait pour cousines issues de germaines Marie-Jacqueline-Sophie-Josèphe du Pont (1764-1813), mariée à Lazare Carnot, et Marie-Adélaïde-Françoise-Josèphe du Pont (1766-1854), mariée à Claude Carnot.
M. le colonel Carnot a aussi communiqué à M. de Lavillatte le frottis d'un jeton en argent, du xviie siècle probablement, lui appartenant, qui présente sur une face les armoiries des Couturier de Fournoüe et sur l'autre l'inscription : MONSIEVR DE FOVRNOVE.
Un jeton analogue, aussi en argent, fait partie de la collection de M. le docteur Olivier, de Tence (Haute-Loire), qui en a également communiqué le frottis à M. de Lavillatte.
M. de Lavillatte nous a envoyé les frottis de jetons qui lui ont été adressés.
— M. Louis Lacrocq lit une note relative à l'Association paternelle des chevaliers de Saint-Louis et du Mérite militaire dans la Creuse, note publiée à la suite du présent procès-verbal.
— Il signale la mention dans un acte du 1er juin 1791, passé devant Favier, notaire royal à La Celle-Dunoise, contenant bail à ferme du moulin du pont d'Anzêmes, d'une redevance qui paraît assez singulière : le meunier s'engage à remettre, chaque année, aux bailleurs, à la fête de Noël, en même temps que des chapons et des canards, « un pain de sucre du poids de quatre livres ». La même redevance figure dans un bail du moulin de Lavaud, paroisse de la Celle-Dunoise, du 24 février 1787. Enfin dans un document de 1789 relatif aux revenus de l'abbaye de Bonlieu, publié par H. Delannoy (Mémoires de notre Société, t. XVIII, p. 32) on trouve une redevance d'un pain de sucre valant cinq livres, due par un meunier, et une autre d'un pain de sucre valant quatre livres. Dans son curieux livre sur les Croyances et légendes du centre de la France (Paris, 1875) Laisnel de la Salle, parlant des « menus suffrages » qu'en Berry le métayer ou le fermier paie en nature, dit (t. II, p. 173), que parfois il y entre « des denrées exotiques telles que du sucre ou du café ; mais cela ne se voit plus guère que dans le voisinage de la Marche ».
M. Arfeuillère dit qu'il a vu, dans la Corrèze, des baux du début du xixe siècle contenant des redevances en sucre et que les pains de sucre figuraient, jusqu'à une époque relativement récente, dans les cadeaux que les fermiers et métayers avaient coutume de faire lors du mariage des enfants du propriétaire du domaine.
M. le docteur Janicaud sait qu'autrefois les pains de sucre figuraient souvent parmi les cadeaux de mariage, à la campagne, dans la Creuse.
Nous accueillerions volontiers les renseignements que nos collègues voudraient bien nous envoyer sur ces vieux usages.
— M. Henri Hugon nous a signalé une notice sur un ancien professeur du collège de Guéret, publiée en 1906 par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon. Il s'agit d'Edouard Toubin. Né à Salins le 28 juin 1824 ; condisciple et ami de Pasteur à la pension Barbet, élève de l'Ecole Normale Supérieure en 1845, il fut nommé le 3 octobre 1846 régent de physique au collège de Guéret. Il demeura sept ans dans notre ville. Après deux brèves apparitions à Luçon, puis à Limoges de 1853 à 1855, il revint dans son pays comme professeur de mathématiques au Lycée de Lons-le-Saunier ; il devait y garder sa chaire pendant 29 ans, jusqu'à sa retraite (1884). Depuis 1863 il avait publié des travaux de science et d'archéologie et avait classé les archives de Salins. Il mourut dans cette ville le 15 février 1906 à 82 ans, laissant le souvenir d'une très vive intelligence alliée à une profonde originalité. Ajoutons que pendant son séjour à Guéret, Toubin fit partie de notre Société ; il figure sur la liste des membres que contient le tome I des Mémoires.
— M. Louis Lacrocq communique le texte d'une cantate intitulée Adoption (in-4°, une page, Guéret, imprimerie Richet), qui fut exécutée le 2 mars 1873 au théâtre de Guéret par les élèves du collège, de l'école des Frères et de l'école communale, à la fin d'une représentation où jouaient ces élèves et qui avait été organisée au profit des Orphelins de la guerre de 1870-71. Les vers de cette cantate sont de Mélanie Bourotte, la musique de Gabriel Desmoulins, alors organiste à Guéret (cf. sur Mélanie Bourotte le présent tome, page lxxxiv, sur Gabriel Desmoulins le tome XX de nos Mémoires, page lxxxiii). Le compte-rendu de cette représentation de charité se trouve dans le Courrier de la Creuse, numéro du 5 mars 1873 ; chacune des écoles avait joué une pièce. La cantate a été ensuite éditée par Schmitt et Cie à Paris et vendue au profit des orphelins. Le texte avait été publié par le Courrier de la Creuse dans son numéro du 7 mars.
NOTE LUE EN SÉANCE – L'ASSOCIATION PATERNELLE DES CHEVALIERS DE SAINT-LOUIS ET DU MÉRITE MILITAIRE DANS LA CREUSE
Par Louis Lacrocq
Quelques documents provenant des archives de la famille de Cessac et obligeamment communiqués par M. le marquis de Courthille nous permettent de rappeler un petit groupement creusois de la Restauration. En 1815 s'était fondée à Paris, sous la présidence du prince de Condé, l'Association paternelle des chevaliers de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et du Mérite militaire, destinée à venir en aide aux membres de ces ordres se trouvant dans une situation précaire et à leurs familles ; elle avait créé pour leurs enfants, à l'imitation, semble-t-il, des établissements de la Légion d'honneur, deux maisons d'éducation : un collège de garçons à Senlis et l'Institution des demoiselles de Saint-Louis à Versailles. Des comités furent formés dans chaque département. Celui de la Creuse se constitua le 24 août 1816 et le bureau fut ainsi composé : le chevalier de Fromental, président, le marquis de Bonneval, vice-président, M. Rebierre de Cessac, secrétaire, le marquis de Courthille, trésorier. Le bureau en décidant d'assister le lendemain, 25 août, fête de Saint Louis, à la cérémonie religieuse en l'honneur du roi, ne crut pas devoir y organiser la quête prévue par les statuts de l'Association, parce qu'elle « ne rapporterait rien ou presque rien », à cause de « la malheureuse position où se trouvait le département cette année ». Un seul comité d'arrondissement fut établi, celui d'Aubusson ; on avait décidé que « les arrondissements de Boussac et de Bourganeuf n'ayant point assez de chevaliers de Saint Louis pour former le leur, ils seraient enclavés dans ceux de Guéret et d'Aubusson ». Le comité d'Aubusson eut pour président le chevalier de Courthille de Saint-Avit, le comte d'Arfeuille pour secrétaire, M. Ruyneau de Saint-Georges pour trésorier, le baron de Pierre-Brune et M. de la Vareille pour membres. L'initiative de l'organisation dans la Creuse avait été prise par M. de Fromental, qui habitait Evaux ; c'est lui qui avait adressé, le 8 juillet 1816, une circulaire imprimée « à MM. les chevaliers de Saint Louis du département de la Creuse » pour demander leur adhésion et solliciter, en même temps, les souscriptions des personnes étrangères à l'ordre qui voudraient témoigner leur intérêt à l'œuvre. La circulaire indiquait que « les premières autorités de Guéret » s'étaient inscrites « presque en entier » et que des ecclésiastiques, ainsi que quelques chevaliers de la Légion d'honneur, avaient suivi leur exemple. Des listes de souscription étaient ouvertes à la préfecture et dans les sous-préfectures, ainsi que chez M. de Fromental.
L'œuvre paraît n'avoir eu qu'une réussite médiocre dans la Creuse, à raison, évidemment, du petit nombre de décorés habitant le département. Avant la constitution officielle du comité 380 fr. 80 avaient été envoyés au comité central ; à la date de la constitution, on avait en caisse 129 francs. Le 21 mai 1819, il était versé au comité central 300 francs applicables à l'exercice 1818. L'année précédente, à une demande de bourse pour un jeune homme, il avait été répondu de Paris par un refus, « attendu que les recettes du département de la Creuse ne couvrent même point les frais de la place gratuite dont il jouit ». Cette même année 1818, une des candidates proposées par le comité de Guéret, Mlle Louise-Thérèse Roi, avait été cependant admise à la maison de Versailles.
Nous ne savons à quelle date le comité de Guéret cessa de fonctionner ; les Annuaires locaux ne fournissent pas d'indications à son sujet.
SÉANCE DU 25 JUILLET 1921
Présidence de M. des Cheises, président
Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Aguillaume, Autorde, commandant Carteron, Chantrelle, docteur Dumont, Ferrier, de Forges, Gallerand, Lafay, Mazet, Mozer, Nétange, Joseph Petit, Phérivong, Pichon, Pluyaud, Sauty, docteur Treille, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, Larbaneix, de Lavillatte, chanoine Parinet.
— Le Bureau propose à l'assemblée d'offrir le titre de membre honoraire à M. Adrien Blanchet, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à M. Albert Mayeux, architecte en chef des Monuments historiques, et à M. René Fage. Cette proposition est adoptée à l'unanimité.
— M. Louis Lacrocq, secrétaire, rend compte du Congrès archéologique de France qui s'est tenu à Limoges et à Brive, au mois de juin dernier, et de l'excursion faite dans la Creuse le 15 juin par les congressistes. Une note à la suite du présent procès-verbal résume ce compte-rendu.
— Des félicitations sont adressées à notre collègue M. Hugonnier nommé officier de l'Instruction publique.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Madame Jules Loup, à Paris ; MM. Ernest Labrousse, docteur en droit, avoué à Bourganeuf ; Louis Rousseau, professeur à la faculté de droit de Poitiers ; docteur Joseph Vignaudon, à La Souterraine.
BIBLIOTHÈQUE. — M. Adrien Blanchet nous a fait don de plusieurs tirages à part de ses articles, notamment de son étude sur La trouvaille de Marcillat [commune de Jalesches], parue dans la Revue Numismatique de 1910, où il examine, avec sa haute compétence, le dépôt de monnaies gauloises découvert dans cette localité en 1908.
M. le Ministre de l'Instruction publique a attribué à notre Bibliothèque, sur la demande de M. Antoine Thomas, le volume de la collection des Documents inédits de l'Histoire de France intitulé Les Journaux du Trésor de Charles IV le Bel, publié par M. Jules Viard (Imprimerie nationale, 1917).
Nous avons acheté les Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon, par Martin Nadaud (Bourganeuf, imprimerie Duboueix, 1895).
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas signale l'existence dans le dossier Salazar de l'ancien Cabinet des Titres (aujourd'hui relié et formant le ms. franç. 29.093 de la Bibliothèque nationale) de trois analyses d'actes prises sur les originaux conservés en 1772 dans les archives du marquis de Blanchefort, qui fournissent des détails nouveaux sur les mesures auxquelles on eut recours dans la Haute-Marche, en 1439 et en 1441, pour éviter les ravages des gens de guerre.
1° Quittance donnée par Bertrand de Saint-Avit, le 15 mars 1440 (nouv. style), à Jacques de la Ville, receveur dans le Comté de la Marche de la portion de l'aide de 100.000 livres accordée au roi par les Etats d'Orléans (oct. 1439), de la somme de 397 livres pour restitution du prix d'un cheval donné au capitaine Salazar ;
2° Quittance donnée par Guillaume Lombart, lieutenant de Salazar, le 27 nov. 1441, à [Micheau] Paviot, capitaine de Guéret, et à Guillemot [de Villemoume], capitaine de Jarnage, de la somme de 80 réaux d'or, « à cause de certaine composition [lu à tort comprovision dans l'analyse] qu'il envoyoit à aucuns des habitans de Jarnage, pour raison de quoy il leur promet de ne venir loger ni faire courses au pays de la Marche de tout ce voyage, et dans le cas où quelqu'un y fit quelques courses ou quelques torts, il promet de les faire reparer de tout son pouvoir et puissance ».
3° Quittance donnée par nobles hommes Micheau Paviot, capitaine de Guéret, et Guillaume de Villemoume [lu Villemoine dans l'analyse] capitaine de Jarnage, écuyers, le 26 mars 1443, à honorable et sage homme Jacques de la Ville, trésorier de la Marche, de la somme de 80 royaux d'or « à eux deue à [lu à eux et dans l'analyse] cause de Salasart, capitaine de gens d'armes, ou Guillaume Lombart, son lieutenant, pour composition faite avec lui pour eschiver le logis des gens d'armes en [lu de dans l'analyse] la comté de la Marche... Cet acte passé en présence de Guillaume Bochet ou Bechet et Guillaume Rogier, marchands de ladite ville de Gueret, devant Guillaume du Queroy, clerc, notaire juré de la chancellerie de la Marche ».
— M. Antoine Jorrand nous a envoyé un plan avec profil en longueur du souterrain-refuge découvert à son château du Fot, commune de Saint-Amand, et dont une partie s'étend sous les bâtiments. Ce souterrain est creusé dans le tuf dur et présente, en plus de son entrée extérieure, une entrée souterraine à laquelle on accède par un trou de 0,35cm sur 0,38cm. Il a environ 15 mètres de longueur, des hauteurs de plafond variant entre 1m et 2m,20, une largeur moyenne supérieure à 1m ; à son extrémité, il constitue une galerie circulaire autour d'un fort pilier central. Plusieurs emmarchements en relief sont disposés pour arrêter l'afflux des eaux. M. Antoine Jorrand ne croit pas qu'il y ait corrélation entre ce souterrain-refuge et les bâtiments du moyen-âge du château.
— Notre collègue nous a aussi envoyé quatre pièces lui appartenant relatives à un transfert du cimetière au Moutier-d'Ahun en 1676. L'année précédente, les religieux du Moutier-d'Ahun, sous la signature de Lemoine, leur prieur, avaient présenté requête à l'évêque de Limoges pour lui exposer que le cimetière de la paroisse était éloigné de l'église et traversé par un « chemin chartal », ce qui le rendait « fort incommode » ; ils proposaient de le transférer dans une « grande place, facile à renfermer tout le long et proche de l'eglise », à leurs frais, et ils prendraient, après le transfert des « ossements et tombeaux », le cimetière supprimé pour en faire un jardin dont ils avaient besoin. Une ordonnance épiscopale du 26 septembre 1675 chargea Pierre Rabilhac, docteur en théologie, curé de Sousparsat, official de Chénérailles, de procéder à la visite des lieux ainsi qu'à l'audition du curé du Moutier-d'Ahun, des syndics et « fabriqueurs » de la paroisse. Les vérifications furent favorables au projet et le 20 mars 1676 Pierre Rabilhac bénissait le nouveau cimetière, situé « au costé gauche du bas de l'église », bien clos, où la croix et les tombeaux de l'ancien avaient été transportés. Son procès-verbal, daté par erreur du 20 mars 1666, constate qu'il a procédé à la bénédiction en présence de Gilbert Symonet, bachelier en théologie, curé du Moutier-d'Ahun, Olivier Tibord, bachelier en théologie, prieur curé de Parsac, et Louis Dufour, curé de Cressat.
— M. Autorde fait une communication, d'après des documents des Archives de la Creuse, sur un incident relatif à la vente projetée de la justice de Sainte-Feyre au début du xviiie siècle ; les habitants redoutaient qu'elle tombât aux mains de la famille Mérigot qui possédait la seigneurie de cette localité. Une délibération du 8 février 1705 et une supplique au roi, postérieure, énoncent leurs griefs contre cette famille ; les habitants offraient au roi de payer un dédommagement de 1000 livres, si le sieur Mérigot était écarté des enchères. La solution de l'affaire n'est pas connue. M. Autorde rappelle que les Mérigot, bien qu'ils possédassent l'office, alors purement honorifique, de grand sénéchal de la Marche, n'avaient pas non plus la sympathie de la noblesse, au moins au xviie siècle, comme le prouve un incident arrivé en 1674, raconté par le président Chorllon dans ses Mémoires.
— M. René de Forges donne lecture d'un procès-verbal de prise de possession de la terre de la Vergne, paroisse de Naillat, document qui se trouve dans ses archives de famille. Ce procès-verbal, dressé par Viergne, notaire royal, à la date du 2 mars 1779, relate la vente à Jean-Baptiste-François Lemoyne du Crozet, avocat en Parlement, juge de Naillat et Fleurat, demeurant à Naillat, par Jacques Peyrouly d'Auchesoule et Marguerite Terasson, sa femme, suivant contrat devant Le Cugy et Courtaud de Marcoueix, notaires à Bessines en Limousin, des « lieu, domaine et métayrie de La Viergne », moyennant le prix de 12300 livres argent et 30 setiers de blé mesure de La Souterraine, « évalués 300 livres à l'effet du controlle ». Les signes de prise de possession matérielle dont le procès-verbal donne acte à l'acquéreur sont l'ouverture et la fermeture des portes dans les bâtiments et pour le jardin le fait d'avoir « remué la terre avec une pesle et coupé du cerfeuil ». (Sur les prises de possession cf. Mémoires de notre Société, t. IX, p. 46 et ss.).
— M. Naigeon qui a bien voulu s'occuper des fouilles faites dans le cimetière de Toulx-Sainte-Croix pour lesquelles notre Société a accordé une subvention, a transmis les renseignements suivants, accompagnés d'une photographie :
Il a été trouvé trois sarcophages en pierre calcaire (longueur : 1m,80, 1m,82, 1m,97) bordés, sur toutes leurs faces, d'un mur épais en granit et recouverts d'une couche de béton et de deux rangées de pavés de granit ; ils étaient tous orientés ouest-est et ne contenaient aucun objet. Tous renfermaient des ossements ; le plus long servait de sépulture à un homme de haute stature (1m,90) dont la position des bras indiquait qu'il avait été enseveli les mains jointes. Ni les sarcophages ni les dalles les recouvrant n'étaient ornementés.
Une sépulture bâtie en briques de diverses dimensions, quelques-unes très grandes (0,62cm × 0,62cm ; 0,49cm × 0,49cm), a été mise à jour près des sarcophages ; elle renfermait aussi un squelette moins bien conservé que ceux des sarcophages, sans aucun objet l'accompagnant. Elle avait même entourage et même revêtement que ceux-ci. Une autre sépulture en briques fait suite à celle déblayée.
— M. Ravoux a signalé quelques mentions concernant Guéret qui se trouvent dans les Souvenirs d'un prisonnier de guerre allemand en 1870, par Théodore Fontane, traduits par T. de Wizewa (Paris, 1892) ; ces mentions ont été relevées par M. Edmond Biré dans ses Causeries historiques, 2me série (Paris, s. d.) chap. XIX, p. 405 et 406, au cours de son analyse du livre de Théodore Fontane. Cet Allemand, qui suivait les opérations comme correspondant de journaux, avait été arrêté en Lorraine dès le début de la guerre. Pendant son transport de Besançon à Poitiers, il fit halte à la prison de Guéret où il fut visité par l'aumônier l'abbé d'Ussel, dont il vante la distinction et l'instruction, et par le curé de Guéret, (qui était alors l'abbé Neveux).
— M. Louis Lacrocq lit un article sur les coutumes locales de la Combraille et du Franc-Alleu à partir de 1510, qui sera publiée dans les Mémoires.
CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE (LXXXIVme SESSION) Excursion dans la Creuse
La LXXXIVme session du Congrès archéologique de France, organisé par la Société française d'archéologie, s'est tenue à Limoges du 13 au 17 juin, à Brive du 18 au 21 juin, sous la présidence de M. Eugène Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société, professeur à l'Ecole des Chartes.
Le programme primitif du Congrès comprenait la visite de Guéret, Le Moutier-d'Ahun, Ahun, Bénévent-l'Abbaye et La Souterraine. Des difficultés matérielles d'organisation ont obligé à une modification et il a fallu supprimer la visite du Moutier-d'Ahun et d'Ahun. L'excursion dans la Creuse, ainsi réduite, a eu lieu le mercredi 15 juin.
Partis de Limoges, les congressistes sont arrivés à Guéret par le train de 10 h. 07 et se sont immédiatement rendus au Musée où ils ont été reçus par MM. Autorde et Bordier, conservateurs, Ferrier, Gallerand et Louis Lacrocq, membres du Bureau de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. Ils étaient au nombre de 120 environ, dirigés par M. Lefèvre-Pontalis et M. Deshoulières, directeur-adjoint de la Société française d'archéologie. Parmi les notabilités présentes se trouvaient MM. Adrien Blanchet, membre de l'Institut, Saintenoy, président de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, Emile Bonnet, secrétaire de la Société archéologique de Montpellier, Amédée Boinet, bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, René Fage, le marquis de Fayolle, président de la Société archéologique du Périgord, Mayeux, architecte en chef des Monuments historiques, du Ranquet, de Saint-Venant, président de la Société des antiquaires du centre, etc. Après la visite du Musée, les congressistes sont allés à l'hôtel des Moneyroux (annexe de la Préfecture). Au déjeuner, à l'Hôtel central, auquel assistait M. Ducouret, adjoint, remplaçant M. le Sénateur-maire Grand, absent, des toasts ont été portés par MM. Lefèvre-Pontalis, Autorde et Louis Lacrocq. Le départ en automobiles pour Bénévent-l'Abbaye et La Souterraine a eu lieu à 13 heures. M. Lefèvre-Pontalis, dans l'église de Bénévent-l'Abbaye, M. Deshoulières, dans l'église de La Souterraine, ont expliqué les particularités de ces édifices. Les congressistes ont repris le train pour Limoges à La Souterraine.
Il nous sera permis de dire que le Musée de Guéret a surpris nos hôtes et qu'ils l'ont admiré. Dans son toast, dans son discours à la séance de clôture du Congrès à Limoges, le 17 juin, M. Lefèvre-Pontalis en a parlé en termes très louangeurs en même temps que des travaux archéologiques et historiques de notre Société. Le compte-rendu du Congrès, publié par le Journal des Débats et rédigé par M. Amédée Boinet, s'est exprimé ainsi (n° du 19 juin 1921) :
.... « les congressistes ont visité le Musée municipal aménagé depuis
« quinze ans dans l'ancien couvent de la Providence et qui, grâce à
« M. Autorde, conservateur, est un modèle quant à la présentation
« et au classement des objets ; il est à souhaiter que nos musées de
« province, dont l'installation laisse vivement à désirer, soient
« organisés avec autant de méthode et de goût ».
En enregistrant avec une légitime satisfaction ces éloges si compétents, notre pensée doit aller à nos devanciers, aux fondateurs de la Société, aux conservateurs qui se sont succédés au Musée, l'ont si intelligemment constitué et enrichi, Bonnafoux, Dugenest, Fillioux, Monnet, de Cessac, Maurice Pineau. Ce sentiment de gratitude a été délicatement exprimé par M. Autorde dans ses remerciements à M. Lefèvre-Pontalis. Nous ne saurions oublier non plus l'appui matériel que la ville de Guéret et le département de la Creuse nous ont donné. M. Lefèvre-Pontalis a complimenté la ville de Guéret pour l'installation qu'elle avait assurée au Musée.
Aux séances d'étude que le Congrès a tenues à Limoges deux communications sur des sujets creusois ont été faites : l'une par M. Albert Lacrocq sur le vitrail ancien de Saint-Pierre-de-Fursac (séance du 14 juin), l'autre par M. Louis Lacrocq sur un rapport de Julliard, peintre du roi, relatif à l'état des manufactures de tapis d'Aubusson et de Felletin en 1757 (séance du 16 juin).
Parmi les vœux qu'a émis le Congrès à la séance de clôture du 17 juin, deux concernent la Creuse : l'un demande que le site et les ruines de Crozant soient protégés contre les projets de surélévation des eaux de la Creuse par des barrages industriels ; l'autre demande le classement de l'hôtel des Moneyroux comme monument historique.
La Société française d'archéologie a attribué, à l'occasion du Congrès, les récompenses suivantes : à M. Louis Lacrocq une médaille de vermeil, à MM. Autorde et l'abbé Dercier des médailles d'argent, pour leurs travaux et recherches, à M. l'abbé Malapert une médaille de bronze pour le soin qu'il apporte à la conservation de l'église du Moutier-d'Ahun.
Rappelons maintenant un souvenir que nos Mémoires ont omis d'enregistrer à sa date. En 1865 le xxxiime Congrès archéologique de France a tenu une partie de ses séances à Guéret. La Société française d'archéologie avait alors à sa tête A. de Caumont ; il arriva à Guéret avec le Bureau de la Société le 16 juin 1865. Deux séances, où de nombreuses communications furent faites, eurent lieu dans la salle de la cour d'assises sous la présidence de Pierre de Cessac, alors président de notre Société. Le compte-rendu de ces séances et les travaux qui y avaient été produits furent publiés, avec ceux d'un groupement disparu depuis longtemps, les Assises scientifiques de l'Institut des provinces de France, qui avait siégé à Guéret le lendemain du Congrès archéologique, dans un volume in-8° 308 pages avec illustrations, imprimé à Guéret chez Dugenest, en 1866. Ce volume ne fait pas partie de la série des Compte-rendus de Congrès publiés par la Société française d'archéologie ; c'est notre Société qui en avait fait les frais ; il a pour titre : Compte-rendu du Congrès archéologique et des Assises scientifiques de Guéret.
A 56 ans de distance la Société française d'archéologie a retrouvé ici la vieille société locale qui l'avait déjà saluée. Les hommes ont passé ; l'œuvre fondée par Furgaud et ses amis à Guéret en 1832 vit toujours, active et prospère. Nous sommes heureux que la Société française d'archéologie nous ait fait l'honneur de revenir dans la Creuse, d'apprécier nos travaux, de visiter notre musée et quelques-uns de nos monuments. Nous adressons à son éminent directeur M. Lefèvre-Pontalis, qui la conduit avec tant de science et de méthode, nos remerciements pour la sympathie qu'il témoigne à la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse.