SÉANCE DU 17 JANVIER 1918
Présidence de M. GALLERAND, administrateur
Présents : MM. Autorde, Farjeas, Lafay, Louis Lacrocq, Pichon, Pluyaud, Polier.
Excusés : MM. de Beaufranchet, de Lavillatte, Mazet, de Nedde, Pâquet, Wallet.
M. Gallerand, administrateur le plus ancien, préside la séance en l'absence de M. des Cheises, président, qui s'est excusé pour raison de santé.
Il exprime, au nom de la Société, les vifs regrets causés par la mort de deux de nos membres titulaires, M. Roger de Lajaumont et M. Faure.
M. Roger de Lajaumont était né le 28 juillet 1860, à Guéret, où son père, qui a achevé la plus honorable carrière de magistrat comme vice-président, occupait un siège au tribunal civil. Il commença ses études au vieux collège de Guéret, les acheva au collège Saint-Joseph de Poitiers, puis fit, au collège des Jésuites de Toulouse, une solide préparation scientifique qui lui permit d'entrer, dès son premier concours, à l'Ecole forestière de Nancy. Il fut nommé, en 1881, garde général à Saint-Palais, dans les Basses-Pyrénées ; après avoir occupé les postes de Blois et de Gannat, il se fit mettre en disponibilité pour pouvoir s'occuper des propriétés importantes qu'il avait dans la Creuse. Le goût très vif qu'il avait pour ses fonctions forestières l'amena à reprendre du service, il y a quelques années. Promu inspecteur adjoint à Nevers, il était nommé inspecteur à Mende en 1912. Il dirigeait une circonscription très chargée et se donna avec ardeur et compétence à des travaux de reboisements importants. Sa santé était ébranlée depuis longtemps ; il eut, depuis la guerre, un surcroît d'occupations qui le surmena et, le 8 novembre 1917, il mourait subitement à Mende.
Il laisse le souvenir d'une intelligence vive et originale, d'un caractère loyal et délicat. Il était des nôtres depuis le 2 avril 1892 ; s'il n'a jamais pris part activement à nos travaux, il les suivait avec sympathie. Nous nous associons au deuil de son frère, notre excellent collègue, M. Marc de Lajaumont.
M. Pierre-Auguste Faure, qui faisait partie de notre Société depuis le 16 mars 1916, nous avait promis une collaboration que nous aurions hautement appréciée et à laquelle il aurait apporté, avec ses habitudes de précision, son amour du pays creusois. Né à Flayat, canton de Crocq, le 14 janvier 1858, il avait débuté dans l'enseignement primaire, en 1877, comme instituteur adjoint à Bussière-Dunoise. Son intelligence, son ardeur à l'étude le portèrent à conquérir les grades universitaires qui lui donneraient l'accès de l'enseignement secondaire. Après un court passage au lycée de Guéret comme répétiteur, il devenait, en 1881, professeur de mathématiques au collège d'Issoire qu'il quitta, en 1891, pour occuper une chaire au lycée de Guéret. Il était un excellent maître, sachant se faire comprendre en même temps qu'aimer de ses élèves. Sa bonté, son jugement droit et indulgent lui valaient la sympathie de ses concitoyens ; il se plaisait à rendre service et, comme conseiller municipal, il apportait un dévouement éclairé à l'examen des affaires publiques.
De longues années semblaient promises à cet homme alerte sur qui l'âge n'avait pas marqué. Sa brusque fin, le 20 décembre 1917, a été pour tous une douloureuse surprise. Notre Société exprime ses condoléances à la famille de notre collègue.
MUSÉE. — M. Autorde, conservateur, donne l'énumération suivante des dons faits à cet établissement depuis la dernière réunion de la Société :
1° Un très beau dessin original au trait et ombré au lavis du haut relief en pierre, orné de différentes scènes de personnages, encastré dans un mur à l'intérieur de l'église de Chénérailles et connu sous le nom de Tombeau de Barthélémy de La Place, nous a été offert par son auteur, M. Albert Mazet, notre collègue. Ce tombeau, qui date du XIVe siècle, est sans contredit une des pièces archéologiques les plus remarquables de notre département. Classé comme monument historique, il a été l'objet de notices illustrées, l'une due à l'abbé Texier, parue dans les Annales archéologiques de Didron, l'autre à M. Louis Lacrocq, parue dans nos Mémoires (XVIII, 165). Son mérite artistique et ses qualités de minutieuse fidélité dans un grand format donnent à l'œuvre de M. Mazet un intérêt tout particulier. Etablie d'après les procédés les plus rigoureux des relevés architecturaux, elle est, en même temps qu'une représentation sous forme de tableau, un véritable document que l'on peut, avec une absolue sécurité, consulter dans ses plus petits détails. Ce dessin a figuré au Salon de 1888 et comptera certainement parmi ceux qui attireront le plus l'attention du public dans la salle récemment affectée aux vues des monuments locaux et aux portraits des notabilités de notre département.
2° Une curieuse pierre tombale provenant du cimetière qui joignait l'église de Chambon-Sainte-Croix et que nous a gracieusement offerte la municipalité de cette commune. Le dessus de cette pierre affecte la forme d'une toiture d'église composée de deux toits qui se coupent à la hauteur du transept, et dont les sommets, en se rencontrant, donnent le tracé de la croix. Les caractères généraux de ce monument semblent bien permettre de l'attribuer à la période romane. Dans son ornementation figurent des croix légèrement pattées inscrites dans des cercles. Sur les versants des toits se remarquent une tête, un calice et, paraissant sortir de la tombe, une main appuyée sur un objet de forme carrée dans lequel on peut reconnaître une pale ou le livre des évangiles. De vagues tracés sur la pierre font croire à la possibilité d'une inscription gravée, mais dans tous les cas trop fruste pour être déchiffrée. Peut-être se trouve-t-on en présence de la tombe de l'un des plus anciens prieurs de Chambon-Sainte-Croix.
3° Une série de jolis dessins au crayon, pris, lorsque, jeune homme, il habitait notre ville, nous ont été offerts par notre collègue M. Henri Hugon. On y trouve des vues des coins pittoresques, des motifs de paysages bien connus des promeneurs qui ont parcouru les environs de Guéret, comme la pierre Batorine, le puits de Cherdon, les ruines de Las Peyras, etc. ; un dessin évoque un souvenir du vieux Guéret, ou, si on le préfère, du Guéret d'hier : la place de la Préfecture avant la démolition du mur qui soutenait une terrasse et l'établissement du jardin qui s'étend aujourd'hui devant le vieil hôtel dit château des comtes de la Marche, dont, autrefois, les passants n'apercevaient que les toits.
La Société exprime ses remerciements aux donateurs.
LECTURES. — M. Henri Hugon nous a envoyé la copie de lettres écrites par son oncle, un guérétois, Léon Négrier, pendant sa captivité en Allemagne en 1870-71, retraçant les opérations auxquelles avait pris part le 60e d'infanterie, où Négrier était capitaine, et donnant d'intéressants détails sur la vie des officiers prisonniers.
Lecture est donnée de ces lettres qui seront publiées dans nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — M. Albert Mazet a envoyé l'empreinte du sceau d'un prieur de Basville (chef-lieu de commune du canton de Crocq). Ce sceau, qui fait partie de la collection de notre collègue et dont on trouvera la reproduction à la fin du présent procès-verbal, paraît être du XIVe siècle. L'inscription se lit ainsi :
S. W. D. BOYSSA. P. OR. D. BASVIL.
(Sigillum Wuillellmi de Boyssa, prior de Basville.)
— M. Louis de Nussac, membre correspondant nous a adressé la communication suivante :
« La librairie Dorbon, à Paris, vient d'éditer, en 1917, le deuxième tome de l'Essai de Bibliographie hippique, par le général Mennessier de La Lance ; cette œuvre forme ainsi deux forts volumes in-8° de plus de 700 pages chacun, et l'auteur donne la description des ouvrages publiés depuis les origines de l'imprimerie jusqu'à la fin de 1915, tant en latin qu'en français, sur le cheval et la cavalerie, avec les biographies des écrivains. qu'il range par ordre alphabétique et sous forme de dictionnaire : c'est le produit de recherches et d'études spéciales accomplies, avec toute la compétence désirable, depuis les quinze années qu'il a pris sa retraite, par un érudit déjà exercé, ancien commandant de la 3e division de cavalerie.
» Le général Mennessier de La Lance englobe dans sa bibliographie hippique les ouvrages d'histoire, de sciences naturelles et aussi d'art pour l'iconographie du cheval, comme ceux sur l'alimentation, l'attelage, la médecine vétérinaire des divers équidés, ânes, mulets, etc., sur l'équitation, la poste aux chevaux, l'hippophagie, l'élevage, les haras, écuries, tournois, carrousels, cirques, joûtes et cavalcades, jusqu'aux cavaliers et hommes de cheval. Archéologie comme actualité !
» D'un pays d'élevage tel que la Creuse, il est naturel qu'il cite maints auteurs traitant de ces diverses matières, mais comme il n'indique pas les lieux d'origine, nous ne pouvons signaler dans son innombrable liste que quelques écrivains issus du département ou s'y rattachant par suite de leurs fonctions professionnelles au Dépôt de remonte de Guéret.
» Ayant eu l'honneur de contribuer à l'œuvre bibliographique du général Mennessier de La Lance, bien que par une modeste collaboration, en particulier sur certains points locaux, nous avons pu en retour bénéficier de son extrême obligeance et profiter de sa compétence exceptionnelle, de ses notes inédites, ainsi que de la communication des ouvrages dont il parle et que possède sa riche bibliothèque de spécialiste, unique en son genre ; de cette façon, nous avons écrit à part une Bibliographie hippique du Limousin, comprenant logiquement les auteurs creusois, la Marche faisant partie de la région limousine, comme les hippologues le reconnaissent, son territoire relevant, du reste, de la circonscription du Haras de Pompadour.
» Le plus ancien de ces auteurs est le docteur Jean-François Barailon (1743-1816), érudit et homme politique, médecin à Chambon, et représentant de la Creuse successivement à la Convention, aux Cinq-Cents, aux Anciens, enfin au Corps Législatif qu'il présida en 1801 ; il a publié à Moulins, en 1787, une brochure : Instruction sur les maladies épizootiques les plus familières à la Généralité de Moulins, sur leurs préservatifs et sur le traitement le plus favorable à chacune d'elles, — qui concerne en partie les chevaux.
» Après ce savant, hippiâtre d'occasion, se place chronologiquement un fécond écrivain purement hippique : le lieutenant-général comte, puis marquis Antoine-Charles-Etienne-Paul de La Roche-Aymon (1772-1848) : c'est un brillant officier de hussards, à la carrière fortement mouvementée ; il se rattache à la Marche par sa famille, une des plus illustres de la province.
» Parmi les six ouvrages de lui qui sont décrits et dont le Manuel de cavalerie compte trois éditions, le plus important pour nous est celui intitulé De la Cavalerie ou des changements nécessaires dans la composition des troupes à cheval (trois vol., Paris, 1828), car, au tome Ier, il préconise le Limousin comme pays de remonte, en vante les chevaux de guerre, dit comment s'y fournissaient les chevaux de Berchény, cite en particulier la monte de Guéret de 1815 à 1822 et rapporte enfin la création du Dépôt en ce chef-lieu. On sent que l'auteur est du pays.
» Le Dépôt de Guéret nous vaut, du reste, deux vétérinaires écrivains : l'un, Joseph Sage (1792-18..), vétérinaire départemental de 1820 à 1826, nommé en 1852 à Pompadour, avec son Traité complet du Kroïradaimatisme du cheval (1841) et ses Etudes sur la Morve (1828, 1835) ; l'autre, François-Antoine Gérig (1812-1869), sorti des chasseurs d'Afrique, affecté de 1860 à 1864 à notre ville, où il publie, à l'imprimerie Dugenest, une substantielle Notice sur la race chevaline du département de la Creuse (1862), pour conseiller l'amélioration de l'élevage indigène, avec de meilleurs soins, la sélection et l'emploi de l'étalon arabe et du barbe.
» Un Creusois, M. Mathivet, depuis longtemps vétérinaire départemental à Guéret, a repris le même sujet dans sa brochure : Règles à suivre pour l'Amélioration de la Race chevaline de la Creuse (Guéret, impr. R. Delage et D. Joucla, 1885) ; — « travail complet et bien étudié », déclare le général Mennessier de La Lance.
» Au point de vue historique, le livre fondamental qui reste encore sans pareil sur la question hippique de toute la contrée, c'est Les Etudes sur les chevaux du Limousin, de l'Auvergne et de la Marche, par le commandant de Sainthorent (Jean-Marie-Théodore), ancien député de la Creuse, (Montluçon, impr. A. Herbin, 1881, avec dessins de Mlle Blondeau). L'auteur (1820-1881), éleveur émérite, chef du 1er bataillon des Mobilisés creusois en 1870-71 et représentant du département à l'Assemblée Nationale de 1871 à 1875, était maire de la Cellette, son pays natal, et conseiller général de Boussac. Son œuvre, bien documentée et de valeur, si elle était reprise actuellement, demanderait, selon nous, encore plus de précisions, de critique et de références complètes pour les renseignements rétrospectifs qu'elle est seule à réunir. Le chapitre XIII concerne en particulier les chevaux marchois qu'il présente, de même que Gérig, comme une variété de la race limousine, le sol et le milieu formant originellement les sujets et les différenciant.
» Nous pourrions encore, si nous ne devions pas ici nous borner à de simples indications, mentionner d'autres articles qui nous retiendraient notamment à cause de grands noms locaux, tel Chamborant et par suite des régiments de hussards dont les historiques entrent dans le vaste cadre de la Bibliographie hippique en question. Mais nos indications sommaires suffisent sans doute à montrer tout l'intérêt de cet ouvrage capital, en attendant le succédané que nous en avons tiré. Nous nous sommes efforcé, du reste, de donner à notre prochain travail une valeur propre et originale, au point de vue régional et limousin, en dégageant également notre bien de maints livres généraux qui nous étaient signalés par le général Mennessier de La Lance.
» Là aussi, en particulier, la Creuse aura beaucoup à glaner.
» Dans un département où peu de temps avant les événements actuels, il s'est fondé, sous l'empire des nécessités les plus flagrantes, — qui le demeureront, hélas ! longtemps encore, — un actif Syndicat d'élevage du cheval d'armes, l'esprit se porte naturellement aux sujets hippiques même en érudition : nos collègues de la Société peuvent nous aider à développer les compléments qui distinguent notre étude annoncée, selon les aperçus que nous offrons sur certains points en ces présentes notes ; d'autres auteurs et imprimés creusois n'ont-ils pas échappé à nos investigations ? Nous serions très désireux de le savoir.
» Mais tous les ajoutés que l'on peut nous envoyer et qui seront reçus avec reconnaissance ne parviendront qu'à faire valoir davantage le monument bibliographique initial qui reste la base indispensable de toute monographie ou étude scientifique de la question chevaline en France. »
Le Secrétaire : Louis LACROCQ.
[Illustration : Sceau d'un prieur de Basville.]
SÉANCE DU 21 MARS 1918
Présidence de M. DES CHEISES, président
Présents : MM. Autorde, Fargeas, Gallerand, Jamot, Louis Lacrocq, Lafay, Pichon, Mozer.
Excusés : MM. Arrivière, Berthomier, Dr Bordier, Despagnat, du Beaufret, Lafaye, de Lajaumont, Mazet, de Nedde, Pâquet, Pluyaud.
M. le Président adresse l'hommage de la société à la mémoire de M. l'abbé Louis Dubreuil, membre titulaire depuis le 30 août 1902.
Né à Chambon-Sainte-Croix, le 13 décembre 1849, ordonné en 1875, l'abbé Dubreuil avait été nommé vicaire à Azerables en 1876, à Aubusson en 1879, et curé de Saint-Pierre-de-Fursac en 1892. Il exerça son ministère avec les plus grandes vertus sacerdotales, dans cette paroisse importante, jusqu'au moment où l'état de sa santé l'obligea, en 1916, à prendre sa retraite. Il est mort le 3 décembre 1917.
M. l'abbé Dubreuil, qui s'intéressait beaucoup à l'histoire locale, a publié (Guéret, Amiault, éd., 1900, in-18), une série de courtes études sous ce titre : Sainte Robine et saint Léobon, patrons de Fursac. L'église de Saint-Pierre-de-Fursac. Les prieurs curés de Chambon-Sainte-Croix.
— M. Marc Lepetit, avocat à la Cour d'appel de Paris, présenté par MM. Antoine Thomas et Louis Lacrocq, est admis comme membre titulaire.
Les Archives départementales de la Haute-Vienne se sont fait inscrire à notre Société.
— M. Pichon, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1917 :
Recettes
I. — Excédent de caisse au 31 décembre 1916.... 62 53
Subvention du département............................. 700 »
Subvention de la ville de Guéret....................... 500 »
A reporter.......................................................... 1.262 53
Report............................................................... 1.262 53
Cotisations de 1917......................................... 1.110 »
Cotisation arriérée de 1916.............................. 10 »
Vente de volumes des Mémoires...................... 20 60
Intérêts de rente 5 %......................................... 160 »
Intérêts de bons de la Défense Nationale....... 41 95
2.605 08
II. — Cotisation rachetée en 1917 et non employée au 31 décembre 1917.............................. 120 »
TOTAL........................................................... 2.725 08
Dépenses
I. — Traitement des gardiens......................... 500 »
Indemnité de vie chère à M. Moreigne, l'un d'eux, en novembre et décembre.. 20 »
Allocation à M. Aubaile, employé....... 100 »
Impression et brochage des Mémoires.... 918 55
Frais de bureau et envoi des Mémoires.... 125 55
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service............. 531 49
Acquisitions pour le Musée............... 90 55
Bibliothèque................................... 62 35
2.348 49
II. — Acquisition de bons de la Défense nationale, intérêts déduits, pour cotisation rachetée.. 115 »
TOTAL........................ 2.463 49 — 2.463 49
EXCÉDENT DE RECETTES au 31 décembre 1917 261 59
Auquel il faut ajouter :
Livret de caisse d'épargne arrêté au 31 décembre 1917 88.60
Valeur au prix d'achat de rente 5 %.................. 2.801 »
Bons de la Défense nationale........................... 120 »
TOTAL de l'actif de la Société au 31 décembre 1917 3.151 19
M. le Président désigne MM. Fargeas et Jamot pour procéder à la vérification des comptes. Cette vérification en reconnaît la parfaite régularité et des remerciements sont votés à M. Pichon.
M. le Président présente le projet de budget pour 1918, établi par le Bureau de la manière suivante :
Recettes
Excédent de caisse au 31 décembre 1917.......... 261 59
Cotisations........................................................ 1.060 »
Subvention du département............................ 700 »
Subvention de la ville de Guéret..................... 500 »
Intérêts de la rente 5 %.................................... 160 »
Intérêts d'une cotisation rachetée.................... 6 »
TOTAL................................................................ 2.687 59
Dépenses
Traitement des gardiens du Musée.................. 500 »
Indemnité de vie chère à M. Moreigne, l'un d'eux... 120 »
Allocation à l'employé...................................... 100 »
Impression et brochage des Mémoires.......... 850 »
Frais de bureau et envoi des Mémoires......... 150 »
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service........................... 300 »
Acquisitions pour le Musée............................... 300 »
Fouilles................................................................ 10 »
Bibliothèque........................................................ 60 »
Réserve pour publications................................ 150 »
Dépenses imprévues.......................................... 147 59
TOTAL................................................................ 2.687 59
Ce projet de budget est approuvé.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu les dons suivants :
De M. Antoine Thomas, son étude sur La pintade (poule d'Inde) dans les textes du moyen âge, parue dans les Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ; les discours qu'il a prononcés, le 18 octobre 1917, aux funérailles de M. Collignon, membre de l'Institut, et le 23 novembre 1917, à la séance publique de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dont il a été le président en 1917 ;
De M. Johannès Plantadis, les tirages à part des articles qu'il a publiés, dans le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze (Brive), l'un sur Les origines de Tulle, à propos du culte de Tutela et des anciens dieux en Limousin, l'autre sur L'eau limousine au point de vue historique et philologique. Ce dernier travail étudie l'étymologie d'un certain nombre de noms de cours d'eau creusois ;
De M. René Fage, le tirage à part d'un article du même Bulletin, Un procès romanesque devant la Chambre de l'Arsenal, qui raconte les aventures de Martial Borderie de Vernéjoux, maire perpétuel de Tulle au XVIIe siècle ;
De M. Henri Hugon, l'étude qu'il a publiée (Limoges, imp. Guillemot et de Lamothe, 1918, in-8, 28 p. et une illustration) sur L'ascendance paternelle d'Emile Montégut (une famille de bourgeois de Limoges).
L'écrivain remarquable qu'a été Emile Montégut (né à Limoges le 23 juin 1825, mort à Paris le 10 décembre 1895) tenait à la Creuse par son ascendance maternelle : Marie Rouchon de Mazérat, sa mère, appartenait à une vieille famille de Pontarion, sur laquelle M. Hugon a donné quelques renseignements généalogiques.
Le dernier fascicule du Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, que nous avons reçu, est constitué par le remarquable travail de M. René Fage, sur La propriété rurale en Bas-Limousin pendant le moyen âge. M. le Président en rend compte.
M. l'abbé Ch. Ragon, curé d'Azerables, nous a envoyé l'étude descriptive et historique qu'il a récemment publiée sur Le Monastère du Verbe-Incarné d'Azerables (Limoges, imp. Perrette, s. d. in-8, 32 p.). Cette étude constitue une utile contribution à l'histoire religieuse de la Creuse au XIXe siècle.
L'ordre cloîtré du Verbe-Incarné fut fondé à Avignon, en 1639, par Jeanne Thézard de Matel, originaire de Roanne. Il fut dispersé pendant la Révolution. Sa restauration, vainement tentée à Lyon, fut l'œuvre d'un prêtre d'Azerables, l'abbé Denis, qui, après sa rentrée d'exil, en 1802, constitua une petite communauté dans sa paroisse natale, communauté qui reçut l'autorisation gouvernementale en 1811. Bien que l'abbé Denis n'eut pas la pensée de faire revivre l'ordre ancien par cette fondation personnelle, à laquelle il avait donné le nom du Verbe-Incarné, ce résultat se produisit cependant. Une ancienne religieuse de l'ordre, la Mère Chinard, habitant Lyon, à qui le hasard avait appris la fondation de l'abbé Denis, vint à Azerables. Deux autres de ses sœurs la suivirent. Elles apportèrent les constitutions et le costume blanc et rouge de l'ancien ordre du Verbe-Incarné, qui, ainsi, se trouva reconstitué dans la Creuse en 1816. Azerables, maison-mère, fonda ensuite divers monastères : en 1827, à Evaux (Creuse) ; en 1832, à Lyon ; en 1834 et 1876, à Saint-Junien et Saint-Yrieix (Haute-Vienne). Ces établissements créèrent eux-mêmes des filiales, notamment à Saint-Benoît-du-Sault (Indre), Le Grand-Bourg et Châtelus-Malvaleix (Creuse). La maison de Lyon a établi plusieurs monastères aux Etats-Unis, dans le Texas.
Le monastère d'Azerables, qui existe toujours, conserve les restes de la fondatrice de l'ordre, gardés à Avignon avant la Révolution.
LECTURES. — Lecture est donnée d'un document trouvé dans les archives du château de Montôtre (Haute-Vienne) et copié par M. Roger Drouault, membre correspondant (Lettres de rescision pour Louis de l'Hermite, seigneur du Dognon et du Soulier, 21 mai 1608), ainsi que de la présentation qu'il en a faite. Le tout sera publié dans nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas nous a fait savoir que M. André Bovet, sujet suisse, élève sortant de l'Ecole des Chartes, auteur d'une thèse sur Philippe de Hochberg, maréchal de Bourgogne (1454-1503) lui avait annoncé la communication de quelques actes de ce prince ou de sa femme, Marie de Savoie, relatifs à notre compatriote Jean Morin d'Arfeuille. (V. sur celui-ci l'article de M. Thomas au présent tome, pp. 283 et s.)
— M. A. du Beaufret a envoyé l'analyse d'actes en sa possession se rapportant à une location emphytéotique de domaines situés dans les paroisses de Brousse et du Châtelard-Saint-Blaise, en Combraille (aujourd'hui Brousse et Châtelard, communes du canton d'Auzances). Le bail avait été consenti, le 21 juin 1747, par messire François de Vauchaussade, chevalier, seigneur de Chaumont, Brousse et autres lieux, ancien lieutenant de dragons au régiment de Somery, résidant en son château de Brousse, à Gilbert Gouverneur, qui était déjà fermier de ces domaines. La redevance se composait de 75 livres en argent, payables à Noël, quatre oisons portables à la Saint-Michel (29 septembre), une journée à deux bœufs et une charrette pour conduire le foin d'une prairie du seigneur, enfin une paire de bœufs, « avec ses proudoux », pour aller à la vinade en Auvergne, aux environs de la Saint-Martin d'hiver (11 novembre), quand le « seigneur bailleur fera faire la vinade à ses autres métayers de la terre de Brousse ». Le preneur avait, en outre, à sa charge « tous les deniers royaux ordinaires et extraordinaires et le dixième », qui pouvaient être imposés sur les immeubles, plus les cens et rentes auxquels ils étaient tenus. Il est indiqué que la directe et la justice haute, moyenne et basse, sont indivises entre le bailleur et « le seigneur de Chéradon » (aujourd'hui Chardon, commune des Mars, canton d'Auzances).
Après un procès devant le bailliage de Montpensier et devant le Parlement de Paris qu'engagea, contre Gilbert Gouverneur, Claude de Vauchaussade, fils et donataire du bailleur de 1747, une convention du 8 mars 1753 vint augmenter les redevances de 15 livres, d'une paire de poulets, portable à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), de deux arbans à deux bœufs et charrette pour conduire du bois et de deux arbans à bras pour la fauche.
M. Fargeas donne l'explication du mot proudou, figurant dans le document qui vient d'être analysé : c'est le nom de l'allonge en bois qu'on met au timon d'une charrette quand on est obligé d'y atteler plus d'une paire de bestiaux ; par extension, le mot désigne le renfort, le double attelage. En Bas-Limousin, on dit pradial, en haute Corrèze, pradiau. Les formes diverses de ce mot dans les dialectes méridionaux que donne le Trésor du félibrige, de Mistral, contiennent prodo, prodoul, pradial ; l'étymologie indiquée est le latin protelum.
— M. P. Valadeau nous a adressé l'analyse d'un dénombrement des biens de l'abbaye de Bénévent, situés en Limousin, document qui fait partie de sa collection de documents anciens.
Ce dénombrement avait été demandé, en 1775, par le comte d'Artois à messire Léonard de Chabannes, aumônier du roi, comte de Lyon, qui, nommé en 1767, fut le dernier abbé de Bénévent.
L'abbé fait part, en tête de la pièce, des difficultés qu'il éprouve pour l'établir, « attendu, dit-il, qu'on voit par différents procès-verbaux que ladite abbaye a été autrefois pillée, volée et incendiée, où la majeure partie des titres et terriers se sont perdus, et, par conséquent, les rentes et devoirs ; que, depuis cette époque, tous les abbés qui s'étaient succédé avoient tenté de reconstituer le chartrier de l'abbaye ».
Un de ses prédécesseurs, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières-Saint-Vallier, évêque de Québec (Canada), abbé de 1688 à 1727, avait commis, à l'effet de faire dresser un terrier, Me Joseph Landon, notaire royal de la ville. Il faut croire que ce travail avait été laborieux, puisqu'après Joseph Landon, son fils et son petit-fils, successivement pourvus de sa charge, y travaillèrent. Plus tard, l'évêque de Québec, ayant fait réunir à son évêché et au chapitre de sa cathédrale, « les manses abbatiales et conventuelles de l'abbaye », transporta à Québec le terrier qu'il avait fait dresser et la majeure partie des autres titres de l'abbaye. Malgré l'absence de ces documents, l'abbé de Chabannes put fournir le dénombrement demandé.
Il porte sur 85 villages, appartenant aux paroisses de Marsac, Arênes, Aulon, Grand-Bourg, Mourioux, Montaigut, Saint-Pierre-de-Fursac, Chamborand, et sur les prieurés de Fursac, de Saint-Priest-la-Plaine, d'Arênes, de Folles et de la chapelle de Ceyroux (toutes localités qui font partie du département de la Creuse, moins Folles, qui est dans la Haute-Vienne). L'abbaye prélevait les dîmes sur 18 villages, elle possédait 5 étangs et 7 moulins.
Les dîmes de Bénévent et de la Maison-Rouge, la Chabanne, les Murat et les Granges, villages de la paroisse de Bénévent, rapportaient, commune année, 100 setiers de grains.
Le four banal, le droit de halles, de foires, la dîme du chanvre avec le charnelage de partie de la ville, rapportaient 350 livres.
Le total des grains dus à l'abbaye s'élevait à 88 setiers de froment, 922 de seigle, 424 d'avoine. On trouve la mention d'une rente d'une quarte de blé noir estimée cinq sols, perçue sur des terrains touchant des bois de l'abbaye.
Le setier, mesure de Bénévent, valait quatre quartes ou quatre doubles décalitres. L'abbaye recevait donc, en mesures actuelles, pour la partie de ses biens en Limousin : 352 doubles décalitres de froment, 3.768 doubles de seigle et 1.696 doubles d'avoine.
Le montant des rentes de toute nature converties en argent, le froment sur le pied de trois livres le setier, le seigle de 2 livres et l'avoine de 30 sols, s'élevait à 6.001 livres 17 sols 1 denier.
Ces rentes étaient quérables. Tous les villages devaient l'arban, évalué à 1 livre 10 sols, la vinade à une paire de bœufs, évaluée à 3 livres, et le guet, évalué à 3 sols.
Après avoir énuméré les rentes perçues, l'abbé fait état des charges à payer et qui se montent, dit-il, à 7.511 livres 2 sols, d'où un excédent de 1.510 livres de dépenses annuelles.
Parmi ces dépenses, les décimes figurent pour 3.525 livres, l'abonnement et le don gratuit pour 223 livres 12 sols. L'aumône générale de 52 setiers de seigle est évaluée 104 livres, l'aumône sur le four banal de 13 setiers de seigle, 26 livres. Pour les enfants trouvés, « dont M. l'abbé est tenu de payer pour chacun 4 livres par mois, ils sont au nombre de 18 », d'où une dépense annuelle de 864 livres.
L'abbé termine ainsi son mémoire : « Si on trouve que les évaluations soient trop médiocres pour les grains et vinades, on pourra les augmenter, faisant attention, quant aux vinades, que le seigneur abbé doit fournir, pour chaque charrette et quatre bœufs par vinade entière, un setier de seigle, ce qui en diminue le prix qu'elles peuvent valoir. »
Le Secrétaire : Louis LACROCQ.
SÉANCE DU 6 JUIN 1918
Présidence de M. DES CHEISES, président
Présents : MM. Autorde, Louis Lacrocq, Lafay, Mazet, Montaudon, Mozer, de Nedde, Pichon, Paul Poujaud.
Excusés : MM. de Beaufranchet, Dr Bordier, Pluyaud.
M. le Président annonce que M. Léon Picaud, membre titulaire, passé de la cavalerie territoriale dans l'artillerie, où il commande une batterie au 234e régiment, vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur, et a obtenu une seconde et brillante citation à l'ordre du jour.
Il annonce également que l'Académie française a attribué à M. Emile Male, membre honoraire de notre Société, le grand prix quinquennal Broquette-Gonin pour ses belles études sur l'art religieux.
Il se fait l'interprète de la Société en adressant ses félicitations au capitaine Picaud et à M. Male.
Il donne ensuite lecture des deux notes nécrologiques suivantes :
« M. Germain Lasnier, membre titulaire depuis le 11 octobre 1895, né à Guéret le 23 novembre 1846, est décédé à Paris le 4 mai 1918.
» Par sa mère, née Dissandes de Baleyte, il appartenait à une des plus anciennes et des plus honorables familles de notre province ; il était le plus jeune fils de M. Silvain Lasnier qui, pendant plus d'un demi-siècle, a occupé l'un des premiers rangs parmi les avocats de notre ville. Son frère aîné, M. Alfred Lasnier, magistrat des plus distingués, après avoir présidé pendant plusieurs années l'important tribunal de Montluçon, avait été appelé à siéger comme conseiller à la Cour de Riom ; condamné à une retraite prématurée au moment des décrets, il vint reprendre sa place au barreau de Guéret, où il avait brillamment débuté avant son entrée dans la magistrature.
» Ancien élève du Collège de Guéret, notre collègue, aussitôt terminées ses études de droit, entra au Ministère des Finances ; il ne l'a quitté qu'en 1908, à la suite de sa mise à la retraite comme chef de bureau honoraire. Je croirais manquer au devoir de la vieille amitié qui nous unissait depuis l'époque, aujourd'hui bien lointaine, de nos premières années de jeunesse, en ne rappelant pas les souvenirs excellents et particulièrement honorables qu'il y a laissés auprès de ses chefs et de ses collègues.
» C'était un lettré, un homme aimable, très modeste, un ami sûr. Il lisait beaucoup ; il possédait plusieurs langues étrangères ; il eut, toute sa vie, la passion des beaux livres et des éditions rares.
» Il cultivait aussi le dessin et l'aquarelle. C'est à lui que nous devons l'élégant dessin représentant l'ancien Palais du Présidial de Guéret, — l'Hôtel de Ville actuel, — qui, signé des initiales G. L., a été publié dans le tome XII de nos Mémoires, comme illustration des « Notes sur Guéret » du Dr Villard. Il avait également reproduit en aquarelle la modeste maison, aujourd'hui démolie, qu'habitait Mme Ingres, avant son mariage, rue Ferrague, près de l'entrée de la cour d'honneur de l'Hôtel des Monneyroux.
» Après sa retraite, il continua à passer ses vacances dans la Creuse, et se fixa pendant quelque temps à la campagne, en Limousin, dans une propriété que son frère y avait achetée. Il y a environ deux ans, il se décida, malgré l'état précaire de sa santé, à se réinstaller à Paris, heureux de se retrouver au milieu de ses chers livres et de reprendre contact avec le petit cercle de quelques amis d'élite, hommes de science, bibliophiles, hommes de lettres, dans l'intimité desquels il avait si longtemps vécu. C'est là que la mort est venue le frapper, après plusieurs mois de souffrances pénibles.
» Nous nous associons cordialement aux regrets de sa famille et de ses amis. »
« Notre Société a perdu dans M. Adrien Aubaile, employé aux Archives départementales de la Creuse, décédé le 2 mars dernier, à l'âge de 49 ans, un auxiliaire des plus dévoués. Elle se l'était d'ailleurs attaché d'une façon permanente et a, notamment, utilisé ses services pour l'organisation du Musée et l'installation de la Bibliothèque.
» Ses fonctions d'employé aux archives avaient fait naître et développé chez lui un goût très vif pour l'étude de l'histoire locale. Nos Mémoires renferment plusieurs de ses travaux, entr'autres, un excellent catalogue des ouvrages imprimés dans la Creuse, de 1814 à 1849, qui a comporté de patientes et minutieuses recherches. Tous nos confrères qui se sont documentés dans les Archives n'oublieront pas son extrême complaisance, non plus, peut-on dire, que la compétence dont il faisait preuve pour les aider à découvrir les titres qui pouvaient les intéresser.
» La Société, à ses obsèques, a déjà tenu à lui donner une marque particulière de sa sympathie, et aujourd'hui se plaît à rappeler ici les titres qu'il s'est acquis à la gratitude des amis des annales de notre province. »
MUSÉE. — Acquisition a été faite, pour notre collection d'iconographie locale, des gravures relatives à l'église de La Souterraine, publiées, sous le Second Empire, par les soins de la Commission des Monuments historiques.
Ces planches, au nombre de quatre, ont été gravées par C. Sauvageot, sur les dessins de l'architecte P. Abadie, qui avait dirigé les travaux de restauration de l'église. Une représente la façade latérale, une autre la façade occidentale avec coupes sur la nef, ainsi que sur le chœur et la crypte ; une autre, une coupe longitudinale ; enfin, la quatrième, reproduit des plans de l'église et de la crypte.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu : de M. Antoine Thomas, le tirage à part de son étude sur Le nom du fleuve Aude, qui a paru dans les comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1917) ; — de M. Joseph Boulaud, secrétaire de la Société archéologique et historique du Limousin, le tirage à part de l'étude qu'il a consacrée, en 1905, dans le Bulletin de cette Société, à un sujet creusois, La Commanderie et les Commandeurs de Paulhac, et celui d'un article sur La noblesse impériale du Limousin, paru dans l'Almanach limousin de 1911.
Des remerciements sont adressés aux donateurs.
Nous avons acheté deux des catalogues établis pour la vente de la collection de notre regretté collègue, M. Alexis Rouart, faite après son décès, en mai 1911. L'un énumère les tableaux, aquarelles, pastels et dessins ; l'autre, des objets d'art japonais, notamment des gardes de sabre. Il convient de rappeler que parmi les dons si généreusement faits par M. Rouart à notre Musée, se trouve une belle série de ces gardes.
COMMUNICATIONS. — M. Autorde signale d'intéressantes mentions qu'il a trouvées dans le fonds de l'abbaye cistercienne de Prébenoit (commune de Bétête), aux Archives de la Creuse (H 533), d'où il résulte que l'église de cette abbaye contenait, lors de la Révolution, un tombeau en cuivre. L'inventaire des objets d'orfèvrerie de l'abbaye, dressé les 23, 24 et 25 août 1790, à la requête des administrateurs du district de Boussac, mentionne ce tombeau, mais sans le décrire, et au procès-verbal de récolement de ces mêmes objets, en date du 10 avril 1791, on lit cette indication : « Comme il serait très dispendieux de descendre les cloches, ainsi qu'un vieux mausolée en bois et cuivre, les administrateurs remettent à une autre date leur transfert et prient le sieur Degesne (prieur de l'abbaye), de veiller, jusqu'au moment de leur enlèvement, à ce que lesdites cloches, mausolée et grand-autel de ladite église de Pré-Benoit ne soient gâtés ni détériorés, ce dont il a bien voulu se charger. »
On ne sait ce qu'est devenu cette œuvre qui pourrait avoir été une pièce d'orfèvrerie limousine.
— M. Petit, archiviste de la Haute-Vienne, nous a fait savoir que Mme Champeval de Vyers, veuve de M. Champeval de Vyers, qui a été membre correspondant de notre Société, a fait don aux Archives de la Haute-Vienne des notes et des papiers anciens de son mari. Ces papiers ont été classés dans la série E, où ils constituent le « Fonds Champeval ». Un certain nombre intéressent la Creuse ; ils ont les cotes suivantes : E 19644 (comtes de la Marche), 19645 à 19652 (paroisses de la Creuse, 150 liasses environ ; pièces sur les abbayes de Bénévent, Le Palais et Prébenoit), 19653 à 19656 (titres concernant la famille d'Aubusson), 19657 (documents divers).
— M. Louis Lacrocq présente trois plaques rondes de cuivre faisant partie des collections du Musée. Elles ont un diamètre de 0,16 cm. environ. L'une porte simplement cette inscription en capitales sur six lignes : J'aime le lis, j'aime la rose, j'aime l'honneur sur toute chose. Les deux autres, en relief repoussé, ont des armoiries non identifiées et des motifs décoratifs ; la plus soignée des deux présente des animaux affrontés soutenant l'écusson et porte, en bas, la date 1569.
Les trois plaques sont des ornements qu'on mettait, autrefois, au harnachement des mulets. D'après un article que M. de Cazenove a consacré à ce type d'objets, dans les Mémoires de l'Académie de Nîmes (1913, pp. 99 et ss.), on les appelle « clutes » en Provence, « lunes » dans la région de Mende. Elles offrent une grande variété : plaques à devises, plaques à dessins, plaques armoriées pour les mulets des gros personnages, plaques à images religieuses représentant surtout saint Eloi. Elles étaient fabriquées dans le Gévaudan, le Rouergue et le Velay. Il en reste, paraît-il, assez peu en France. La série du Musée de Guéret — dont la provenance n'est pas connue — s'ajoute aux rares collections mentionnées par M. de Cazenove. La plaque qui porte la date de 1569 paraît être une rareté, car les plaques conservées ne remontent pas, en général, plus haut que le XVIIe siècle.
M. Gennevaux, conservateur du Musée de Montpellier, qui fait une étude spéciale des plaques de mulets, est venu, au mois de janvier dernier, examiner celles de Guéret, et en a relevé des calques.
— M. le Président analyse la curieuse relation d'un séjour à Guéret que fit, en 1814, un général anglais, prisonnier de guerre, lord Blayney. Les souvenirs de sa longue captivité ont été consignés par lord Blayney dans une sorte de journal qu'a réédité, il y a quelques années, M. Albert Savine, en deux volumes de la collection historique illustrée de la librairie Louis Michaud, à Paris, sous les titres : L'Espagne en 1810 ; — Une captivité en France, journal d'un prisonnier anglais ; 1811-1814.
Andrew-Thomas Blayney, né en 1770, appartenait à une vieille famille d'origine galloise, établie en Irlande. Entré dans l'armée comme enseigne, en 1789, il était major général en 1810 ; il fut fait prisonnier à Cadix, en juillet de cette année, dans un engagement avec les troupes de Sébastiani. Sa captivité devait se prolonger jusqu'à la déchéance de l'Empereur. Rentré en Angleterre, il dut, à cause de sa santé, abandonner le service militaire ; il mourut subitement, à Dublin, en 1834. Pair d'Angleterre, ayant une immense fortune, il était très grand seigneur, lettré et aimant les arts.
Lord Blayney était interné à Verdun quand, à l'approche des Alliés, il reçut l'ordre de partir, avec beaucoup d'autres prisonniers, pour Blois. Il se mit en route le 13 janvier 1814 ; son séjour à Blois fut très court : le 20 février, un ordre arrivait qui transférait le dépôt des prisonniers à Guéret. Par Châteauroux, lord Blayney gagna La Châtre, où il trouva « une auberge merveilleuse, le Grand Saint-Germain », puis il prit le chemin de Guéret, par Genouillat. La beauté de nos paysages allait le frapper vivement, et voici comment il en parle :
« Je me consolai en quelque sorte du mauvais chemin qu'il me fallait traverser, entre La Châtre et Genouillat, petit village où je m'arrêtai pour passer la nuit, par l'aspect du pays et les points de vue pittoresques qu'il m'offrait. Les montagnes et les vallées se succédaient sans interruption. Elles étaient couvertes de riches pâturages et de touffes d'énormes châtaigniers. Les maisons étaient si clairsemées que l'on eût pu se croire au fond d'un désert de l'Amérique, et le petit nombre d'habitants que je rencontrai avait l'air si sauvage (sic) et parlait une langue plus inintelligible que celle des tribus indiennes les plus barbares.
» De Genouillat à Guéret, il y a encore cinq lieues, mais la route, qui est achevée, est agréable et très commode. Elle serpente autour des montagnes, et dans les nombreux détours, on voit le soleil alternativement sur tous les points de l'horizon. En approchant de Guéret, le pays devient de plus en plus pittoresque. A côté du chemin est un précipice au fond duquel coule la Creuse. Je n'ai jamais vu, même en Irlande, de site plus remarquable... »
Guéret était encombré de prisonniers ; la moitié du dépôt dut être logée dans des granges et des étables, d'après lord Blayney. Celui-ci, après quelques difficultés avec un propriétaire qui lui avait loué un appartement, trouva, à deux lieues de la ville, une maison de campagne, où menait un chemin impraticable aux voitures, à travers « des ravins, des rochers, des marais et des torrents ». C'est là qu'il apprit, le dimanche 10 avril 1814, l'abdication de Napoléon ; il accourut à Guéret. Il a fait un récit détaillé des scènes auxquelles il assista. Les prisonniers arborèrent immédiatement la cocarde blanche ; les plus jeunes d'entre eux, des aspirants de marine, devinrent vite turbulents, arrachèrent les aigles et les emblèmes impériaux. La population, à laquelle le baron Dumartroy, préfet, cachait les nouvelles, demeurait réservée, mais sa joie ne tarda pas à éclater. Le lundi, à une représentation théâtrale (la salle de spectacle était installée dans l'ancienne chapelle des Pénitents blancs), Guérétois et prisonniers fraternisèrent dans un tumulte pittoresque, aux cris de : « Vivent les Français ! Vivent les Anglais ! »
Dans la suite, les choses se gâtèrent. Les prisonniers se grisaient, se battaient, cassaient les vitres, et la gendarmerie, impuissante, n'essaya même pas de rétablir l'ordre.
Le 1er mai, lord Blayney reprit le chemin de Paris, non sans avoir clos un peu aigrement ses rapports avec le propriétaire de sa maison de campagne. Les difficultés personnelles qu'il eut ainsi, à son arrivée à Guéret et à son départ, peuvent expliquer les appréciations sans bienveillance qu'il porte sur les Guérétois.
La tradition locale n'a gardé aucun souvenir du séjour de ce prisonnier de marque dans notre ville. Cependant, notre collègue, M. Maurice Pineau sait que, d'après des renseignements qu'avaient recueillis MM. Bonnafoux et Dugenest, anciens conservateurs du Musée, ce serait lord Blayney ou un de ses amis qui aurait acheté et emporté en Angleterre les débris du magnifique mausolée en cuivre émaillé du cardinal de La Chapelle-Taillefert, débris qui de La Chapelle-Taillefert avaient été amenés à Guéret, lors de la translation du chapitre (Cf. sur ce tombeau l'article de Roy de Pierrefitte, dans les Mémoires de notre Société, III, p. 63 et ss.)
Le journal de lord Blayney constitue une intéressante documentation pour l'histoire des prisonniers de guerre du Premier Empire dans notre département. En 1814, ils étaient très nombreux à Guéret et aux environs : 70.000 environ, d'après le général anglais, « logés chez les paysans, qui étaient tenus de les nourrir, l'Etat se trouvant par là déchargé de cette dépense ».
M. des Cheises a recherché dans la collection du Journal administratif du département de la Creuse, qui se trouve à la bibliothèque des Archives départementales, si des articles et des informations de la gazette guérétoise d'alors permettaient de compléter et de contrôler le récit de lord Blayney. Mais l'année 1814 manque à cette collection. Par contre, les années antérieures contiennent des détails sur le passage et le séjour des prisonniers de guerre espagnols en 1810 et 1812.
Un très important convoi arriva en janvier 1810 dans un état de dénuement et de misère physique extrêmes. Il y en avait à Guéret, à Bourganeuf, à Gouzon. La population se montra très charitable ; on leur donna des suppléments de vivres, de vêtements. A Guéret, on construisit, « dans l'espace de moins de huit jours, soixante baraques saines, chaudes et commodes, dans un champ auprès de la ville, sur la route de Gouzon ». Les habitants de toutes les classes coopérèrent à cette construction, sous la direction du préfet, le baron Maurice, et du maire, M. Couturier de Fournoue. Pour les malades, on convertit en hôpital les bâtiments du hameau de Jouhet.
Les localités de la Creuse où séjournèrent ces prisonniers connurent la « maladie des Espagnols », qui fit tant de ravages à Limoges, en 1809 (Cf. l'article de l'abbé Lecler, dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, LV, pp. 217 et ss.). Des religieuses de Bourganeuf se signalèrent par leur dévouement, et M. Isaac Chorlon, ancien maire de Guéret, mourut victime de sa charité pour les prisonniers. D'après un renseignement fourni par M. Maurice Pineau, le champ du domaine de Jouhet, où s'élevaient les baraquements des Espagnols, fut appelé, pendant longtemps, le « Champ des pestiférés ».
En 1814, il y eut également une épidémie parmi les prisonniers (Cf. la communication de M. Jamot, p. XXXIV ci-dessus).
Lord Blayney qui, prisonnier sur parole, n'eut jamais qu'à se louer, il le reconnaît, de la courtoisie des autorités françaises, a reproché à notre pays d'avoir été cruel pour les prisonniers espagnols. Ce qui s'est passé à Limoges, dans la Creuse, en 1809 et 1810, les actes de générosité courageuse qui s'y sont accomplis contredisent heureusement ce reproche.
— M. Georges Berthomier nous a adressé la note suivante établie sur les renseignements fournis par la tradition locale et qui vient compléter les indications relatives aux verreries de la Creuse, déjà consignés à nos procès-verbaux :
« Sous la Restauration, une verrerie avait été créée dans le bourg de Saint-Germain-Beaupré, par M. Martin Ducouret, propriétaire du château de Saint-Germain-Beaupré depuis 1792.
» Nous ne pouvons fixer les dates de la fondation et de la disparition de la verrerie, mais un couvreur, Gabriel Delage, né en 1816 et mort depuis un certain nombre d'années, y avait travaillé vers l'âge de 8 ou 10 ans comme petit porteur de bouteilles. Nous pouvons donc être certains que vers 1825, la manufacture se trouvait être en pleine activité.
» La maison où elle était établie subsiste encore et appartient à Mme veuve Simon. Dans la pièce du rez-de-chaussée, servant actuellement de cuisine, appelée à cette époque le salin, se faisaient les mélanges nécessaires à la fabrication. Il est à remarquer qu'à la verrerie de Coupié, commune de Saint-Sébastien, on donnait le même nom à une pièce destinée au même usage. A proximité de la maison, se trouvaient les fours, au nombre de trois, entretenus chacun par un ouvrier.
» Silvain Wasmer, parent de Wasmer, le verrier de Saint-Sébastien, était directeur des travaux.
» Un ancien soldat du Premier Empire, Louis Chaput, incorporé dans les Marie-Louise et, plus tard, médaillé de Sainte-Hélène, tenait une cantine pour les ouvriers, dans un bâtiment voisin.
» Les cailloux nécessaires à la fabrication étaient extraits de la carrière des Pierres-Blanches, gros massif rocheux situé à l'extrémité nord-est de la commune, entre les villages de Proges et de Lorioux. Ces pierres étaient broyées dans le moulin de Champville, adossé à la chaussée de ce nom. Ce moulin, construit dans le parc du château de Saint-Germain-Beaupré, est aujourd'hui démoli.
» Le combustible nécessaire pour chauffer les fours était fourni par la forêt de Saint-Germain-Beaupré, appartenant, comme le moulin, à M. Martin Ducouret, et plus tard, ainsi que le château et la verrerie, à M. Martin de Lignac.
» Les produits consistaient en bouteilles de verre blanc ainsi qu'en verres à boire de grandes dimensions.
» Pendant l'hiver, avant le Carnaval, des habitants de la commune emportaient dans des hottes les produits de la verrerie qu'ils allaient vendre dans les cantons de La Souterraine, Saint-Vaury et le Grand-Bourg.
» On parle encore dans le canton d'un meurtre qui eut lieu dans la fabrique à la suite d'une rixe ; un ouvrier étranger à la contrée avait tué d'un coup de couteau un autre ouvrier, Prugnaud, habitant la localité.
» Silvain Wasmer a laissé des descendants représentés aujourd'hui par l'honorable famille Nougués, propriétaire au bourg de Saint-Germain, mais habitant Paris. Un Wasmer était devenu maire de la commune de Bazelat après 1871. »
— Lecture est donnée de la notice sur les événements de la guerre jusqu'au 31 décembre 1917, dans la commune de Genouillat, rédigée par M. le comte de Beaufranchet, notice établie sur un plan arrêté par la Société.
Le Secrétaire : Louis LACROCQ.
SÉANCE DU 18 JUILLET 1918
Présidence de M. des Cheises, président.
Présents : MM. Autorde, Fargeas, Gallerand, Lafay, de Lavillatte, Pichon, Paul Poujaud, Antoine Thomas, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. de Beaufranchet, de Lajaumont.
MUSÉE. — M. Louis Laroche a donné un portrait de sa grand-mère maternelle, Mme Drevet, née Quatremère. C'est une belle peinture à l'huile, dans un cadre ovale, qui porte la date de 1854 et la signature d'une artiste de talent, Elmine Bost.
ARCHIVES. — M. A. du Beaufret a fait don de l'expédition sur parchemin d'un arrêt du conseil du roi, en date du 1er juin 1655, rendu sur une instance engagée contre les collecteurs des paroisses de Verneiges (aujourd'hui chef-lieu de commune du canton de Chambon-sur-Voueize) et de La Chapelle-sous-Lépaud (aujourd'hui commune de Lépaud, même canton), par François de Lestang, écuyer, sieur de Gigou et du Bost, et son frère, Jacques de Lestang, écuyer, sieur de la Garenne et du Roudiaux. Cette instance tendait à faire reconnaître que les frères de Lestang, comme gentilshommes, « ayant vescu noblement, sans avoir desrogé », ne devaient pas être portés sur les rôles des tailles. L'arrêt contient l'énumération des titres par lesquels ils justifiaient leur prétention.
BIBLIOTHÈQUE. — M. Louis de Nussac, membre correspondant, a envoyé le tirage à part de l'étude très documentée qu'il a consacrée, dans le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, à Charles Thiroux, écuyer et écrivain hippique, qui fut directeur du Haras de Pompadour, de 1801 à 1803.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas donne lecture d'une bulle du pape Innocent VI, qu'il publiera dans nos Mémoires, et la commente. Cette bulle, datée d'Avignon du 4 septembre 1357, autorise l'évêque de Limoges à absoudre Arnaud d'Albret et ses soldats qui s'étaient emparés du fort et de l'église de La Chapelle-Taillefer, à la condition qu'ils évacuent.
— M. Louis Lacrocq donne lecture d'une note sur la seigneurie de Vellicitat (reproduite à la fin du présent procès-verbal).
— M. Paul Poujaud communique un recueil factice, composé de plusieurs brochures, lui appartenant. Ce recueil a vraisemblablement été fait par Joullietton, l'historien de la Marche, arrière-grand-père de notre collègue, pour conserver des écrits dont il était l'auteur et quelques autres plaquettes se rapportant à des travaux auxquels il était mêlé.
Le recueil commence par une Dissertation sur la saignée, soutenue à l'Ecole de médecine de Paris, le 7 fructidor an XI, par « le citoyen Joseph Joullietton, médecin des maisons d'arrêt, de justice et de détention du département de la Creuse, membre de la Société d'agriculture, commerce et arts dudit département. » (Paris, imprim. Valade).
Trois mémoires sur des questions médicales, rédigés par Joullietton, viennent ensuite : 1° Mémoire sur les moyens de perfectionner et d'étendre la pratique de la médecine (Guéret, imprim. Fauchier et Gadon, sans date, 17 pages) ; 2° Mémoire sur les épidémies (Guéret, imprim. Betoulle, 1809, 41 pages) ; 3° Instruction au peuple sur la rage (Guéret, imprim. Guyès, an VIII, 16 pages).
Suivent : le Procès-verbal de l'installation de la commission consultative d'agriculture, commerce et arts du département de la Creuse et règlement qu'elle a adopté. Joullietton était secrétaire de cette commission ; le procès-verbal porte la date du 21 messidor an IX (Guéret, imprim. Guyès, an IX, 7 pages) ; — un Discours sur la nécessité de se rallier à la constitution républicaine, par Joullietton, alors président du district d'Aubusson (Guéret, imprim. Guyès, sans date, 11 pages) ; — une Adresse de l'administration centrale du département aux municipalités, datée du 14 prairial an VII (sans nom d'imprimeur), relative aux troubles qui venaient de se produire dans la Creuse ; — deux circulaires (également sans nom d'imprimeur) du préfet de la Creuse, l'une (13 messidor an XII) à propos de plantation d'arbres, l'autre (25 vendémiaire an XIII) à propos d'impôts ; — le Procès-verbal de la distribution des prix de l'Ecole centrale du département de la Creuse, établie à Aubusson, présidée par Joullietton le 30 thermidor an VII (Guéret, imprim. Guyès, an VIII, 12 pages) ; — le Procès-verbal de l'installation de M. le comte d'Altonville aux fonctions de préfet du département de la Creuse (Guéret, imprim. Fauchier et Gadon, 1814, 4 pages) ; — une circulaire du 6 décembre 1806 et des instructions du préfet datées du 10 prairial an XIII, au sujet des épidémies (16 pages, sans nom d'imprimeur).
Le recueil se termine par une série de documents sur les débuts de la vaccination dans la Creuse : procès-verbal de la première séance du Comité central de vaccine (25 messidor an XIII), comité dont Joullietton était secrétaire, et six Précis de ses travaux, le dernier daté du 20 février 1811. Ces documents, pleins de renseignements, sont accompagnés de listes des personnes notables qui participaient aux « souscriptions pour la propagation de la vaccine. » Ils ont été imprimés à Guéret, chez Fauchier et Gadon.
L'ensemble des brochures communiquées par M. Paul Poujaud constitue une intéressante contribution à l'histoire locale en même temps qu'il montre l'activité très grande de Joullietton ; sa biographie par Cyprien Pérathon (Bull. Soc. archéol. et histor. du Limousin, XLII, 178-185) ne contient, à cet égard, que des renseignements très incomplets.
— M. Adolphe Mazeron a envoyé la copie du procès-verbal en sa possession d'une visite faite à Evaux, le 10 avril 1790, par les députés de la municipalité de Guéret, à l'occasion de la formation du département de la Creuse. Ce document sera publié.
— M. Ch. Le Gendre, membre correspondant, a envoyé des Notes de botanique dont M. Lafay donne lecture. Ces notes seront insérées aux Mémoires.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA SEIGNEURIE DE VELLICITAT
Par Louis LACROCQ
Vellicitat est un hameau de la commune de Lépaud, bâti sur un éperon qui domine la Voueize. L'endroit a été habité à l'époque antérieure aux âges historiques, car on y trouve des débris de granit vitrifié et cela justifierait peut-être la forme ancienne du nom, Vielhecitat, relevée dans le terrier de Chambon (1486), dont il faut rapprocher une traduction latine au même terrier (1411), iter de Veteri civitate a Lespault. La forme actuelle du nom a prévalu sur celle de Villecitat, qu'on trouve au xviie siècle. (1)
Vellicitat était une seigneurie faisant partie des vastes domaines des Bourbons dans la Combraille. Quelques documents s'y rapportant et qui appartenaient à des archives particulières furent communiqués à Aug. Bosvieux en 1863 ; selon son habitude, il en résuma ou copia les passages essentiels. Ce sont ses notes, conservées aux Archives de la Haute-Vienne (2), qui permettent de faire l'histoire, simple mais complète, de la seigneurie dans la première moitié du xviie siècle.
Au début du xviie siècle, elle appartenait à « très haut, très illustre et très puissant prince Monseigneur Henri de Bourbon, duc de Montpensier, de Saint-Fargeau, de Chastelleraud, Dauphin d'Auvergne, pair de France, souverain de Dombes, prince de La Roche-sur-Yon et du Lut, marquis de Mézières, comte de Morton, vicomte d'Auge et de Brosse, baron de Beaujolais, Thiers, Mirebeau, seigneur du Chastellet, Escolle, Montegut et du païs de Combrailhe, gouverneur et lieutenant général pour le roi en ses païs et duchés de Normandie. » Le duc avait des dettes et il résolut, pour les payer, d'aliéner quelques-uns de ses biens. La seigneurie de Vellicitat trouva acquéreur en la personne de Jehan Preost, écuyer, sieur de La Chaussade, en la paroisse d'Auge, demeurant à Chambon. La vente fut consentie suivant contrat du 30 mai 1606, passé à Evaux, sous les scels des chancelleries de la sénéchaussée d'Auvergne et du pays de Combraille, par noble Louis Messant, sieur du Fourneau des Bois, l'un des conseillers et secrétaires du duc, moyennant le prix de 1400 livres tournois payé comptant.
La seigneurie comprenait :
1° Une rente de 3 quartes de froment, 5 setiers de seigle et 9 setiers d'avoine, mesure de Lépaud, due, en directe seigneurie, avec 45 sols en argent de taille franche, par les tenanciers du mas et ténement de Vellicitat ;
2° La dime d'avoine dudit lieu ;
3° La justice haute, moyenne et basse et le droit de guet sur le ténement.
Ce ténement se composait de deux feux, 200 séterées de « terre ouverte et commugnaux », 10 journaux de pré, et l'acte indique ses joignants ainsi : « Le chemin allant du village du Faulx au moulin de La Chapelle, et dudit chemin le lon du ruisseau descendant de l'estang dudict lieu de La Chapelle jusques au moulin de La Bosrie, sur la riviere de Voize, et suyvant icelle dicte riviere jusques au moulin de Pellechïeu et dudict moulin à la guerenne de Rocheneufve. »
Dans les trois mois de l'acte, l'acquéreur devait placer, aux limites de la seigneurie, des bornes de pierre de taille « y estant imprimees les armes de Monseigneur. » La justice ressortirait, médiatement, au bailliage de Combraille et immédiatement au bailliage et pairie de Montpensier ; l'acquéreur serait tenu de la faire exercer par les officiers du duc en sa châtellenie de Lépaud. Le duc se réserve la foi et l'hommage, « à raison de son chasteau et chastellenie dudict Lepaud », à lui rendre à chaque mutation du fief.
Le 10 juin suivant, Jehan Preost complète son acquisition. Gilbert Barthon, conseiller du roi, sieur de Las Mazeiras et de Villemoulas, lieutenant général au bailliage de Combraille, lui vendit, pour le duc, moyennant le prix de 200 livres tournois payé comptant, divers droits dans la forêt de Verrières : le chauffage, « moderé et terminé à quatre piedz d'arbre chascun an », à désigner par le Maître des Eaux et forêts de Monseigneur et à exploiter conformément aux réglements qui seront faits pour les « usagiers de laditte fouretz » (3) ; le pacage du bétail, la paisson et la glandée « pour les pourceaux que ledict acquereur norrira au lieu de Vilhecitat, à mesme temps que les fermiers de mondict seigneur y auront mené les leurs et non auparavant. »
Cette vente passée à Evaux, en présence de noble Antoine Garreau, président en l'élection de Combraille, et de Me Pierre Garreau, sieur de Fenéraux, habitant cette ville, fut approuvée, le 29 décembre 1606, par Louis Messant, comme procureur du duc, et celui-ci, signant « Henry de Bourbon », la ratifia le 7 mars 1607, ainsi que celle du 30 mai 1606.
Jehan Preost ne fut pas longtemps seigneur de Vellicitat. Il mourut quelques années après son acquisition ; le 17 novembre 1613, Gilberte de La Salle, sa veuve, et Jehan de La Salle, écuyer, « sieur dudit lieu et d'Aulhac », son beau-père, par un acte passé à Ussel, revendaient la seigneurie à Bertrand Gareau, d'Aubusson, qui lors de la passation de l'acte se trouvait « au lieu et couvent des Celestins des Ternes, païs de la Marche » et était représenté par noble Jacques Valenet, sieur de Rouzilhe, receveur des tailles en Combraille. Il y a seulement à noter dans cette vente, consentie pour le prix de 3000 livres, l'indication que Vellicitat était dans la paroisse de La Chapelle-en-Combraille (4).
Bertrand Gareau n'avait pas acheté la seigneurie pour la garder. Le 11 mai 1614, il en fait donation aux Célestins des Ternes. Voulant renoncer au monde, il leur donne, en même temps, une obligation de 400 livres qu'ils emploieront en achats à Vellicitat ou ailleurs, puis fait une dernière libéralité assez curieuse : il leur donne sa part, pendant huit années consécutives, devant commencer le 1er janvier 1617, « du droit de port des commissions des tailhes en l'eslection de ce pays de la Marche qu'il a commung avec nobles Mes Pierre Garreau, sieur de La Salle, et Jehan Furgaud, conseillers du roy et esleus en laditte eslection, et Pierre Collas, sieur de La Peyregrosse, suyvant contrat d'association du 11esme fevrier 1612 » ; les sommes touchées seront employées « en fondz et heritaiges et en livres, jusque à la somme de 400 livres. » La donation est faite à la charge par les religieux de célébrer, chaque année, au jour anniversaire du décès de Gareau, un obit simple et une messe basse le lendemain, tant pour lui que pour ses parents, et, dès après l'acte, tous les premiers dimanches du mois, « une messe à basse voix pour ledit Gareau, tant durant sa vie qu'après sa mort » (5), et à la charge encore de le « loger, norrir et entretenir de vestementz tout le temps de sa vie, soit en santé ou malladie, survenir à toutes ses necessités, se conformant aux regles de l'ordre de n'y manger de chair, sans malladie ou autre necessité, à la discrétion du prieur dudit couvent, iceulx vestementz moderés à 50 livres par an ; à la charge aussi que lesdits religieux seront tenus payer la portion (sic) dudit Gareau durant cinq années pour estudier, sy il en est conseillé par lesdits religieux et à survenir à toutes ses necessités pendant ledit temps. »
Dans les années qui suivirent la donation, les Célestins, bons administrateurs de leur patrimoine, firent l'acquisition à Vellicitat d'immeubles mouvants de leur censive : Gilbert Massat, bourgeois de Chambon, leur vendit une maison avec grange, étable et des lopins de terre (24 juillet 1615) ; la veuve de Jacques Faure, marchand de Chambon, plusieurs petits héritages (1er avril 1617) ; enfin François de La Chapelle, écuyer, seigneur dudit lieu, leur céda, pour 1810 livres, sa métairie.
Ils eurent quelques difficultés avec leurs voisins, Antoine de Montaignac, écuyer, seigneur de Rocheneuve, et le gendre de celui-ci, Jehan de Vaillan, écuyer, seigneur de La Borie, à propos de droits féodaux sur des chaumes appelées Les Chaulmes du Perrot, situées dans le ténement de Vellicitat. Ces chaumes qui appartenaient au seigneur de Rocheneuve et à sa fille unique, Catherine, épouse de Jehan de Vaillan, étaient affermées par bail emphytéotique ; M. de Montaignac et son gendre avaient imposé au fermier un surcens, sans demander, au préalable, l'autorisation aux Célestins. Arguant de leur qualité de seigneurs directs, ceux-ci protestèrent et réclamèrent, à défaut de cette autorisation, l'attribution du surcens à leur profit, en vertu de la coutume d'Auvergne, qui régissait la Combraille. On sait que le surcens était « un second bail à cens consenti par le censitaire lui-même, au profit d'un tiers, avec stipulation des droits de directe seigneurie (6) ». La coutume d'Auvergne interdisait de l'établir sans l'autorisation du seigneur direct, parce qu'il constituait un empiètement sur ses droits ; l'infraction à cette règle entraînait la confiscation du surcens ; à défaut de protestation du seigneur direct et après 30 ans, le surcens était prescrit (titre xvii, art. 17 ; titre xxi, art. 4 et ss.). C'est sur l'application de ces textes que les parties discutaient, les Célestins invoquant leur droit de directe dans toute sa rigueur, leurs adversaires le contestant et invoquant, en tous cas, la prescription. On transigea ; le 28 février 1639, la directe fut reconnue aux Célestins, mais ils s'engagèrent à payer aux seigneurs de Rocheneuve et de La Borie une somme annuelle de 5 livres, à titre de rente foncière, « seconde non directe ».
Un procès-verbal du 27 mars 1624 nous montre les religieux maintenant aussi soigneusement leur droit de justice ; le juge de Lépaud, Philippe Genytet, — qui se qualifie alors « chatelain de Vellicitat » — se transporte à Vellicitat pour y tenir ses assises et y « expedier les causes ».
Mais la seigneurie de Vellicitat avait, pour les Célestins, un grave inconvénient : elle se trouvait à plusieurs lieues de leur monastère et cette distance en devait rendre la gestion un peu compliquée. Vingt-quatre ans après la donation de Bertrand Gareau, ils trouvèrent une bonne occasion de s'en défaire. Frère François de Montaignac, prévôt de la prévôté de Chambon, possédait à cause de cette dignité et de « l'office de greneterie de ladite prevoté » la seigneurie de La Groslière, paroisse de Parsac, dont les droits s'étendaient sur des villages environnants, Marsac, Potière, La Plaigne, Goze, Lasvaux et Vige. La Groslière était loin de Chambon et à une lieue seulement des Ternes. Un échange était aussi favorable aux intérêts du prévôt de Chambon qu'à ceux des Célestins. Par un acte du 27 septembre 1638, Vellicitat devint la propriété du prévôt, La Groslière celle des Célestins, à la charge par ceux-ci de payer une soulte de 500 livres.
(1) Abbé Lecler, Dict. de la Creuse, Vo Vellicitat.
(2) Fonds Bosvieux, K 59.
(3) Le Fonds Bosvieux (H. 8) contient la copie d'une réglementation du droit de paisson dans cette forêt, en 1636.
(4) La Chapelle, actuellement village de la commune de Lépaud, était autrefois chef-lieu d'une paroisse de l'archiprêtré de Combraille que le Pouillé de Nadaud (éd. Lecler, p. 286), appelle La Chapelle-Saint-Martial-sous-Lespau. On l'appelait aussi Gigou ou Saint-Laurent-sous-Lespau. (M. l'Abbé Lecler a indiqué en note au Pouillé que cette paroisse constitue aujourd'hui une commune du canton de Pontarion ; c'est une confusion avec la paroisse de La Chapelle-Saint-Martial, comprise dans l'ancien archiprêtré de Bénévent.)
(5) Bertrand Gareau devint en religion « Frère Placide » ; (Cf. Obituaire du prieuré des Ternes, publié dans les Archives historiques du Limousin par M. Alfred Leroux, III, 28.)
(6) Commentaire de Chabrol sur la coutume d'Auvergne (Riom, 1784), III, 76.
SÉANCE DU 17 OCTOBRE 1918
Présidence de M. Gallerand, administrateur.
Présents : MM. Autorde, Lafay, H. de Lavillatte, Mozer, Pichon, Sauty, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. de Beaufranchet, Fargeas, Mazet, Pluyaud.
M. Gallerand, administrateur le plus ancien, préside la séance en l'absence de M. des Cheises, président, qui s'est excusé pour raison de santé.
Au nom de la Société, il exprime les vifs regrets qu'a causés la mort du fils aîné de l'un de nos collègues. M. Pierre Déguison, licencié en droit, sous-lieutenant au 21e chasseurs à cheval, décoré des croix de guerre française et belge, qui avait fait toute la campagne depuis août 1914, est décédé à Vérone (Italie) le 3 août 1918, des suites de maladie contractée au front. La Société envoie ses condoléances émues à M. Eugène Déguison et à sa famille.
ADMISSION. — M. Albert Lacrocq, licencié en droit, aspirant au 19e d'infanterie, actuellement en congé à Guéret, présenté par MM. Autorde et Louis Lacrocq, est admis comme membre titulaire. Il assiste à la séance.
MUSÉE. — M. Henri Hugon a fait don d'un dessin à la plume rehaussé de crayon et de craie représentant un vieux moulin près de Guéret.
BIBLIOTHÈQUE. — Notre collègue nous a aussi donné un livre édité chez Martial Ardant, à Limoges, en 1817, intitulé Méthode sur le genre épistolaire à l'usage des collèges et autres maisons d'éducation, dont l'auteur est Beaulieu, principal du collège de Guéret.
M. Henri de Lavillatte nous a donné un Abrégé méthodique des armoiries, illustré de gravures sur cuivre, imprimé chez Pierre Abegou, à Bordeaux, en 1683.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Le secrétaire donne lecture :
1° D'une note envoyée par M. Charles Alluaud, membre honoraire, relative à la source de la rivière la Creuse ;
2° D'une note envoyée par M. Emile Chénon, membre honoraire, sur Peschant de La Pouzerie, note qui a été provoquée par la publication qu'a faite M. Hugon, au tome xx de nos Mémoires, de la correspondance de Gerbaud de Malgane.
Ces deux notes seront reproduites à la fin du présent procès-verbal.
— M. Autorde donne connaissance de fragments d'un travail qu'il prépare sur les archives monastiques de la Creuse. Il examine les causes qui ont amené, au cours des siècles, la destruction de tant de documents précieux et présente des détails sur des scènes de violence dont, à diverses reprises, l'abbaye d'Aubignac fut le théâtre.
— M. H. de Lavillatte lit la notice biographique qu'il a écrite sur un marin, né à Guéret, qui se distingua dans les guerres du règne de Louis XVI, le chef d'escadre Couturier de Fournoüe, dit Bras-d'Argent. Cette notice sera publiée dans la série des Biographies creusoises que nous avons entreprise.
— M. Albert Lacrocq lit une note sur la chapelle du Mas-Saint-Jean et les ruines de La Bastide, qui sera reproduite à la fin du présent procès-verbal.
NOTE LUE EN SÉANCE – OBSERVATIONS GÉOGRAPHIQUES SUR LA SOURCE DE LA CREUSE
Par Charles ALLUAUD
Le point précis où un cours d'eau prend sa source est souvent difficile à déterminer. Dans nos régions, ce point est généralement constitué par une petite dépression marécageuse en prairie, donnant naissance à une rigole. En ce qui concerne la source de la Creuse, où j'ai fait récemment une excursion entomologique, à la recherche des gîtes d'Anophèles, je me suis aperçu qu'il régnait dans les diverses monographies géographiques que j'ai eu à consulter pour me documenter, de fâcheuses confusions.
Jusqu'à un kilomètre au sud du bourg de Croze, il n'y a aucun doute sur le cours de notre principale et si pittoresque rivière ; mais en ce point, deux ruisseaux d'importance à peu près égale se réunissent : 1° le bras occidental, qui descend des hauteurs situées à 2500 mètres au sud-sud-ouest de Féniers et qui, grossi du ruisseau de Pigerolles, passe au pied de Gioux, porte le nom de Gioune (ou Giounne) ; — 2° le bras oriental, qui est exactement dans le prolongement du cours inférieur de la Creuse, lequel est orienté sud-nord jusqu'à Aubusson, a été parfois désigné improprement sous le nom de ruisseau de Clairavaux (1) et est considéré dans le pays (notamment par les habitants de Clairavaux) comme étant la vraie Creuse. Ce bras prend sa source au pied du Puy de Crabanat (ou Crabanac), à 1800 mètres environ au sud-est de Féniers.
Les travaux où ce bras de Clairavaux est considéré comme étant la vraie Creuse sont :
1° Derennes et Delorme (2) dans la carte hors texte des « Vallées de la Creuse, de la Rozeille et de la Petite Creuse », mais non dans le texte, comme nous le verrons plus loin.
2° Valadeau (3) qui indique, à l'article Féniers, page 105 : « C'est dans cette commune, au pied du Puy de Crabanat (920 mètres d'altitude) que la Creuse prend sa source. »
3° La carte (xvi-26, Ussel) du Ministère de l'Intérieur au cent millième, où on lit la mention « Source de la Creuse » en un point qui correspond à l'indication de Valadeau, près du hameau de La Vialle.
La carte de l'Etat-major (feuille 165, Ussel) reste dans une prudente réserve, le mot Creuse ne se rencontrant pour la première fois qu'en aval du confluent des bras de Clairavaux et de Gioux.
Mais, d'autre part, la confusion règne chez les auteurs suivants :
1° Joanne (Adolphe) (1) page 16, écrit : « La Creuse... prend sa source à 1500 mètres au sud-est de Féniers, au pied d'une montagne de 920 mètres qui dépend du massif du mont Odouze et sépare la Creuse de la Corrèze. Elle passe à Féniers, à Villecrouzeix, au pied de la colline de Gioux, remonte directement vers le nord, baigne Croze... » etc.
Or, il est évident que la première phrase s'applique bien au bras de Clairavaux et au Puy de Crabanat, tandis que la seconde désigne clairement la Gioune.
La carte hors texte qui accompagne cette monographie ne fait qu'augmenter la confusion en indiquant sous le nom de Creuse le bras de Gioux. L'autre bras est désigné dans le texte comme ruisseau de Clairavaux.
2° Derennes et Delorme (Op. cit.) écrivent, page 52 : « La Creuse... prend sa source dans la commune de Féniers, à 150 (2) mètres au sud-est du village, au pied du Puy de Crabanat... Elle arrose ensuite Gioux... Après avoir arrosé Gioux, la Creuse reçoit le Chaudron et le Cubeyneix, le ruisseau de Pigerolles au pont des Farges (8 k.). La Creuse porte ici le nom de Giounne. »
Ces auteurs ont commis la même confusion qu'Adolphe Joanne, mais leur carte, comme je l'ai indiqué plus haut, remet les choses au point.
J'ai cru bon de relever ces erreurs dans des monographies que tous ceux qui étudient le département de la Creuse ont entre les mains et consultent fréquemment.
Comme conclusion, je serais disposé à proposer la formule suivante :
La Creuse prend sa source au pied du versant nord du Puy de Crabanat par 860 mètres d'altitude environ, près du hameau de La Vialle, à 1800 mètres au sud-est de Féniers. Dans son cours supérieur (au sud de Croze) elle reçoit : à droite, le ruisseau de Clairavaux près de la station du même nom et, à gauche, la Gioune à un kilomètre au sud de Croze.
Toutefois, une réserve s'impose du fait que la Gioune arrose une localité du nom de Villecrouseix qui indique vraisemblablement que les habitants appelaient autrefois Creuse ce qu'ils appellent aujourd'hui Gioune. Il ne resterait alors que la solution suivante : considérer la Creuse comme ayant deux sources et constituée par la réunion des deux ruisseaux qui en descendent.
20 août 1918.
(1) Le vrai ruisseau de Clairavaux descend du camp de La Courtine et se jette dans le bras oriental, près de la station de Clairavaux.(2) Derennes (G.) et Delorme (C.), Géographie du département de la Creuse, physique, politique, historique, administrative, économique et commerciale. Guéret, Amiault, 1888.
(3) Valadeau (P.), Nouveau Dictionnaire historique, géographique et statistique illustré de la Creuse. Guéret, Amiault, 1892.
(1) Joanne (Adolphe), Géographie du Département de la Creuse, 2e éd. ; Paris, Hachette et Cie, 1883.
(2) Il faut évidemment lire 1500 m. et non 150.
NOTE LUE EN SÉANCE – PESCHANT DE LA POUZERIE
Par Emile CHÉNON
Vers 1700, la métairie du Bourg de Pouligny-Saint-Martin (canton de Sainte-Sévère, Indre) démembrée de la seigneurie de la Tour-Gazeau, appartenait à Jeanne Basty, fille de Gaspard Basty, et femme de maître Jean Peschant, conseiller du roi en la sénéchaussée et siège présidial de Guéret (1). C'est ce Jean Peschant qui fit enregistrer ses armes à l'armorial général de la généralité de Moulins. En 1723, Jeanne Basty était veuve, lorsqu'elle déclara être « propriéteresse » du fief du Bourg de Saint-Martin. Elle vivait encore en 1735. Elle laissa trois enfants : Etienne Peschant, sieur de la Mongy, Jean II Peschant, sieur de la Pouzerie, et demoiselle Jeanne Peschant. Tous trois vivaient en juin 1751, époque à laquelle Jean II, bourgeois demeurant à La Châtre, en son nom et au nom de son frère Etienne, demeurant à Guéret, et de sa sœur Jeanne, fournit l'aveu du fief de Saint-Martin au baron de Sainte-Sévère (2).
En septembre 1740, Jean II Peschant avait épousé Michelle-Madeleine Bourdeau de Fontenay, d'une bonne famille bourgeoise de La Châtre (3). C'est à cette occasion sans doute qu'il acheta pour 4400 livres le fief de la Pouzerie (4), où il vint demeurer et dont il prit le nom. Le château de la Pouzerie, situé dans la paroisse de Thévé, au bord de l'Ignéray, à 6 kilomètres de La Châtre et 4 kilomètres de Fontenay, remonte à la fin du xvie siècle. Il consiste essentiellement en une maison haute, accostée par devant et par derrière d'une tour au toit aigu. Madeleine Bourdeau dut mourir peu après son mariage ; car Jean II Peschant, veuf, se remaria le 15 juillet 1749 avec Jeanne Dissandes de Bogenest (5).
En juin 1760, des trois enfants de Jean I Peschant et de Jeanne Basty, Jeanne survivait seule. Ses deux frères étaient morts : Etienne laissait une fille unique, Jeanne II Peschant, mariée à noble homme François Tourniol, seigneur du Rateau ; et Jean II, deux fils mineurs, sous la tutelle de leur mère, Jeanne Dissandes (6), remariée depuis 1758 à Pierre Aumeur, docteur en médecine à La Châtre (7).
Ces deux enfants mineurs étaient : Etienne II Peschant, filleul sans doute de son oncle Etienne Peschant de la Mongy, qui vécut à La Châtre, où, « trente ans encore après la Révolution, il continuait à porter les bas de soie et l'épée » (8), et Jean III Peschant, futur capitaine des chasses du comte d'Artois (9), et signataire des lettres publiées par M. Henri Hugon. Lorsque, en 1778, Pierre Aumeur, son beau-père, et Jeanne Dissandes, sa mère, lui rendirent leurs comptes de tutelle dans les circonstances qu'il indique, c'était bien 18 ans que cette tutelle avait duré. Madame Aumeur ne garda pas longtemps la maison paternelle que son fils lui avait abandonnée, avec un regret qui se comprend : elle la vendit peu après à Aubin Simon. Elle eut de son second mariage un fils, Barthélémy Aumeur, qui succéda comme médecin à son père, et une fille, Marie, qui épousa en 1782 Messire François Ajasson, seigneur de Grandsaigne, vicomte de Châteauclop, et ancien officier au régiment d'Enghien (10). Quant à Jean III Peschant de la Pouzerie, il épousa Mlle de Lafaye et continua à porter le nom du fief qu'il ne possédait plus.
(1) E. Chénon, Hist. de Sainte-Sévère, Paris, 1889, in-8°, p. 335.
(2) Arch. de M. de Villaines, Dossier XX, parch. 2 juin 1723 ; — parch. 27 juillet 1735 ; — parch. 14 sept. 1750 ; — parch. 28 juin 1751.
(3) Fontenay, hameau de la commune de Montlevic (Indre), à 8 kil. de La Châtre.
(4) Lettre de Jean III Peschant, 10 juillet 1782, dans les Mém. Soc. Sciences natur. et archéol. de la Creuse, XX, 440.
(5) Henri de Neuvil, Recueil de notes sur M. de Bogenet, vicaire général, Limoges, 1902, in-8°, p. 18.
(6) Arch. de M. de Villaines, ibid., parch. 26 juin 1760.
(7) Ch. Duguet, La Châtre avant la Révolution, La Châtre, 1896, in-8°, p. 152.
(8) Ch. Duguet, ibid., p. 249.
(9) H. de Neuvil, ibid., p. 18-19.
(10) Ch. Duguet, ibid., p. 249, 246. La Pouzerie appartient aujourd'hui à Mme veuve Ch. Duguet.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA CHAPELLE DU MAS SAINT-JEAN ET LES RUINES DE LA BASTIDE
Par Albert LACROCQ
Dans la commune de Saint-Sulpice-le-Dunois, près du village du Mas-Saint-Jean, sur une crête que suit la route de Saint-Vaury à Dun-le-Palleteau, existe une petite chapelle.
Cette chapelle, appelée du Mas-Saint-Jean, est un édifice de forme rectangulaire de 9m80 sur 5m70, à double pignon. Le pignon Ouest est percé d'une porte en plein cintre, ainsi que le mur Nord ; ni l'une ni l'autre ne sont ornementées. Le pignon Est présente, au-dessus de l'autel, une petite fenêtre, également en plein cintre, qui paraît dater du xviie siècle.
A l'intérieur, deux poutres, servant de tirant, sont moulurées et rappellent celles qui se voient dans l'église de Chéniers. Le sol est recouvert d'un dallage grossier, dans lequel des pierres plus larges ont été disposées de façon à figurer une croix ayant la largeur de l'édifice et sa longueur jusqu'au pied de l'autel.
Cette chapelle renferme deux statues en bois de 0m66 de hauteur : l'une, en très mauvais état, représentant Saint-Jean-Baptiste, l'autre une sainte que nous n'avons pu identifier, et une cloche, datée de 1813, remplaçant celle fondue pendant la Révolution (1).
Chaque année, avant la guerre, le jour de la Saint-Jean, la messe était célébrée dans la chapelle ; les paysans des communes voisines y venaient en grand nombre et faisaient dire des évangiles pour la protection des moutons. Une « assemblée » avait lieu ensuite sur la petite place, ombragée d'un énorme tilleul, près de l'édifice.
La chapelle du Mas-Saint-Jean — qu'on appelait aussi autrefois du Mas-Chabot — dépendait d'un prieuré qui était à la nomination du prieuré d'Aureil en Limousin et ensuite à celle du collège des P. P. Jésuites de Limoges.
L'Inventaire des Archives de la Haute-Vienne, série D, publié par M. Leroux, renferme, sous les cotes 951 et 952, quelques documents relatifs au Mas-Saint-Jean. Presque tous se rapportent à des différends au sujet du droit de nomination au prieuré. M. Leroux, dans son introduction, p. LV, a donné une liste partielle des prieurs.
Dans le Cartulaire du Prieuré d'Aureil, publié par M. de Senneville (2), on trouve mention d'une constitution de rente sur le Mas-Chabot vers l'an 1100 et une donation faite vers 1115.
A 500 mètres à l'ouest du Mas-Saint-Jean, sur une butte à pente assez raide du côté nord, se voient, au milieu d'un bois de hêtres, les débris d'une construction importante. Les pierres amoncelées dessinent un rectangle de 35 mètres sur 40 mètres environ. A l'angle sud-est, le soubassement d'une tour, d'un diamètre intérieur de 2 m. 50, est encore visible.
Les habitants du village du Mas-Saint-Jean ont retiré des ruines une grande quantité de pierres, parmi lesquelles se trouvaient des pierres d'angle, taillées, et des tuiles épaisses, cintrées — de la forme de tuiles faîtières, nous a dit un habitant.
Le bois, au milieu duquel sont les ruines, s'appelle bois de la Bastide. Un étang du même nom, desséché il y a une vingtaine d'années, se trouvait à 200 mètres au sud. Un peu plus loin, dans la même direction, est situé le village de la Bastide, commune de Naillat.
Nous n'avons pu trouver d'indications sur ces ruines, restes probables d'un petit château du haut moyen âge, ni dans les communications faites au Congrès archéologique de Guéret en 1865 (3), ni dans la Liste des châteaux de la Marche de Roy-Pierrefitte (4).
(1) L. Duval, Archives révolutionnaires, Guéret, 1875, p. 5.
(2) Bull. Soc. archéol. et histor. du Limousin, XLVIII, 96 et 238.
(3) Congrès archéologique de Guéret en 1865. Communications de MM. Thomas Duris et P. de Cessac, p. 39 et suiv.
(4) Mém. Soc. Sciences natur. et archéol. de la Creuse, III, 230.
SÉANCE DU 19 DÉCEMBRE 1918
Présidence de M. des Cheises, président.
Présents : MM. Autorde, Berger, Fargeas, Ferrier, Gallerand, Jamot, Pichon, Polier, Louis Lacrocq, secrétaire.
Excusés : MM. Arrivière, de Beaufranchet, Albert Lacrocq, de Lavillatte, Mazet, Montaudon, Mozer, Pluyaud.
M. le Président prononce l'allocution suivante :
« Deux mois se sont écoulés depuis notre dernière séance, tenue le 17 octobre. Date inoubliable ! car c'est ce jour là que les troupes alliées sont entrées à Lille, libérée du joug allemand. Trois semaines encore de luttes héroïques et l'armistice était signé ; l'Allemagne avouait sa défaite. Aujourd'hui, nous occupons les rives du Rhin. C'est la victoire la plus complète et la plus éclatante. C'est, après quarante-sept ans d'une douloureuse séparation, le retour à la Patrie de nos chères provinces d'Alsace et de Lorraine, restées sous le joug étranger si françaises d'âme et de cœur.
» A ce miracle de fidélité et d'amour, ont ardemment participé les Sociétés locales d'études historiques, scientifiques ou littéraires, qui se sont constituées, en Alsace et en Lorraine, pendant ces longues années d'épreuves, les gardiennes vigilantes de nos traditions et de nos cultures. Il a semblé à votre Bureau que nous avions le devoir de leur envoyer l'assurance de notre sympathie, en leur votant une adresse, qui sera expédiée à celles de ces Compagnies, dont nous avons pu nous procurer les noms. »
L'Assemblée applaudit aux paroles de M. le Président, qui donne lecture de l'adresse préparée par le Bureau :
La Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse envoie ses sentiments confraternels et amicaux aux Sociétés savantes de l'Alsace et de la Lorraine, qui, françaises de cœur, ont maintenu, pendant la séparation des deux provinces, leur lien intellectuel avec la Patrie.
Elle adresse, en particulier, sa sympathie la plus cordiale à la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, à Strasbourg ; à la Société Schongauer, à Colmar ; à la Société historique de Mulhouse, à Mulhouse.
Elle serait heureuse d'entrer en relations avec elles et d'échanger ses publications avec les leurs.
Cette adresse est votée par acclamations.
— M. Emile Male, membre honoraire de notre Société, a été élu, le 8 de ce mois, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. La Société est heureuse de cette élection, qui montre en quelle estime sont tenus les travaux où M. Male a apporté tant de talent et d'érudition. Elle le prie d'accepter ses félicitations.
— Sont admis comme membres titulaires : MM. Alfred Benoit, pharmacien à Bonnat, présenté par MM. Jamot et Louis Lacrocq ; Gabriel Carteron, percepteur à Jouars-Pontchartrain (Seine-et-Oise), présenté par MM. Lepetit et Louis Lacrocq ; Jean Desthieux, à Paris, présenté par MM. des Cheises et Louis Lacrocq ; Joseph Filhoulaud, à Bourganeuf, présenté par MM. Henri Filhoulaud et Louis Lacrocq ; Gabriel Gonot, à Paris, présenté par MM. Louis Lacrocq et Albert Lacrocq ; Paul Quéroy, négociant et adjoint au maire, à Bénévent-l'Abbaye, présenté par MM. Alévêque et Louis Lacrocq ; Quantin, directeur du Limousin de Paris, à Paris, présenté par MM. Fargeas et Louis Lacrocq.
— M. le Président donne lecture des notices nécrologiques suivantes :
« M. Lucien Bernard, né à Guéret le 18 octobre 1833, y est décédé le 13 octobre dernier. Depuis quelques années, son grand âge et sa santé le tenaient éloigné de nos réunions ; il vivait, du reste, très retiré, surtout depuis la mort de ses deux frères, dont l'aîné a laissé au tribunal de notre ville, où il a successivement rempli les fonctions de Juge d'instruction et de Président, les plus honorables souvenirs. Notre collègue cultivait la musique, pour laquelle il a eu, toute sa vie, un goût très vif ; c'était un excellent pianiste. Nous garderons le souvenir de l'intérêt et des sympathies qu'il a constamment témoignés à notre Société, dont il faisait partie depuis le 26 juin 1897. Nous regrettons sincèrement sa perte.
» Beaucoup plus jeune que lui et venu plus tard à notre Société, dont il était membre depuis le 7 mai 1914, M. Georges Bertrand était né à La Celle-Dunoise le 6 août 1857 ; il y est mort le 9 décembre dernier, entouré, à juste titre, de l'estime et de la considération de tous. Il appartenait à une ancienne et très honorable famille de notre Creuse, dont plusieurs membres, à diverses époques, se sont particulièrement distingués par leur rare intelligence et par leurs talents, dans les carrières diverses de l'Armée, de la Magistrature, du Notariat et de la Médecine et qui a également donné à notre diocèse plusieurs prêtres éminents, parmi lesquels se détache, dans le lointain de mes souvenirs de première jeunesse, la douce et attrayante figure, si fine et si distinguée, de M. l'abbé Bertrand, supérieur du Petit Séminaire d'Ajain, et celle d'un de ses neveux, poète et auteur dramatique d'un réel mérite qui, après avoir professé la rhétorique à Ajain, est mort, jeune encore, à Limoges, où il occupait le poste de Vicaire général. Notre regretté confrère, fixé à La Celle-Dunoise, berceau de sa famille, y a exercé, à la suite de son père, auquel il avait succédé en mars 1885, avec la même probité, la même compétence, le même souci des intérêts qui lui étaient confiés, les fonctions de notaire pendant près de vingt-huit ans. Nommé maire en mai 1896, il s'est, jusqu'à sa dernière heure, dévoué sans réserve aux devoirs que lui avaient imposés la confiance de ses concitoyens, mettant à la disposition de tous, avec une bonté et une patience inlassables, les ressources précieuses de son activité, de son intelligence si perspicace et de sa connaissance des affaires. On peut dire, sans exagération, que sa mort a été pour la commune qu'il administrait depuis plus de vingt ans un véritable deuil public.
» Nous adressons à la famille de M. Bernard et à celle de M. Bertrand l'expression attristée de nos vives et sincères condoléances.
» Mme veuve Bourdery, qui nous fait l'honneur d'appartenir à notre Société, a perdu son fils, M. Roger-Marie-Louis Bourdery, élève au Séminaire français, à Rome, soldat au 172e d'infanterie, tombé glorieusement pour la France le 16 octobre 1918. Les liens qui unissent Mme Bourdery à la Creuse, le souvenir que nous gardons de son regretté mari, Louis Bourdery, qui fut un excellent collaborateur de notre Société, nous font prendre une part particulièrement profonde à ce deuil ; nous exprimons à Mme Bourdery notre respectueuse sympathie. »
— L'Ecole d'anthropologie de Paris à laquelle appartient, comme professeur, notre distingué collègue, M. L. Manouvrier, nous a adressé une circulaire, en date du 20 novembre dernier, nous invitant à participer à un Congrès préparatoire, qui s'ouvrirait à Paris, après la conclusion de la paix, en vue de fonder un Institut international d'anthropologie permanent.
La Société donne son adhésion à ce projet et demandera à M. Manouvrier de vouloir bien la représenter au Congrès.
MUSÉE. — M. Autorde, conservateur, énumère les dons nouveaux que M. Louis Laroche a faits au Musée, avec une générosité dont il nous a déjà donné tant de preuves. Ils comprennent des meubles modernes, un très beau cache-pot en faïence de Strasbourg, des flambeaux Louis XVI, une pendule et des flambeaux Directoire, un fauteuil en tapisserie d'Aubusson du xviiie siècle, représentant des fables de La Fontaine.
Notre collègue, M. Benoit, nous a donné un mortier en bronze avec son pilon, qui paraît être de la fin du xviie siècle ; son ornementation en relief se compose de fleurs de lys et de têtes d'anges ; il porte en lettres capitales le nom de la personne pour qui il avait été fait : IE SVIS A D. MARIE TVRTEAVD.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu de M. Louis Laroche une série de livres relatifs à l'Espagne ; — de M. Emile Chénon, le tirage à part de l'étude qu'il a publiée dans la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger sur L'hérésie à la Charité-sur-Loire et les débuts de l'inquisition monastique dans la France du Nord au XIIIe siècle.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée :
1° D'un article de M. le Chanoine Parinet, sur les Confréries de pénitents à Bourganeuf, qui sera publié dans les Mémoires ;
2° D'une note de M. Louis Lacrocq, sur les portraits de Madeleine Ingres, née Chapelle (reproduite à la fin du présent procès-verbal) ;
3° D'un contrat d'association entre pères de famille, pour le remplacement militaire de leurs fils, communiqué par M. Jamot ; ce document, daté de 1861, sera publié comme type de ce genre de contrats.
— M. H. Hugon, à l'occasion de la publication des registres paroissiaux de Lizières (Mémoires, XX, 470 et ss.), où il est fait mention, à partir de 1779, des familles Farne et Origet, fait savoir que des conventions concernant ces deux familles se trouvent dans une liasse de documents provenant des Crouzeil et des Farne, sieurs de Puy-Réjeau, près Limoges, qu'il a remises, en 1917, aux Archives de la Haute-Vienne. Il ajoute que les Farne, marchands de Limoges, sont cités en 1645, dans le recueil d'armoiries de Philippe Poncet, et en 1700 dans l'Armorial de d'Hozier.
— M. P. Valadeau a envoyé la copie d'une délibération du 27 juin 1793, qu'il a relevée sur les registres de la municipalité de Saint-Moreil, arrondissement de Bourganeuf.
Cette délibération fut prise à un moment critique : « Sur le moment de mourir de faim », les habitants de Saint-Moreil « sont montés au clocher, ont fait le tocsin et, tout le peuple étant assemblé, ont demandé du pain. » La municipalité désigne alors un commissaire pour aller chercher du grain et on le charge d'acheter cent setiers de blé, du poids de cent livres. La délibération est accompagnée de deux mandats du directoire de Bourganeuf, l'un indiquant que cinq quintaux de blé, provenant de Vallière, ont été attribués à Saint-Moreil, pour « les indigents et ceux qui ont perdu leur récolte par l'effet de la grêle », l'autre de trois quintaux, pour « les personnes qui ne sont pas comprises dans la classe indigente ».
— M. Louis Lacrocq signale, comme intéressant tout particulièrement la Creuse, l'Exposition rétrospective des œuvres du peintre Armand Guillaumin, qui a eu lieu à Paris, à la galerie Haussmann, à partir du 21 novembre dernier. Depuis bien des années, M. Guillaumin est un fidèle de Crozant et, parmi les œuvres que l'éminent artiste a exposées, le plus grand nombre représente des sites creusois. Le catalogue de l'Exposition en reproduit deux : « La Creuse » et le « Village de Crozant ».
NOTE LUE EN SÉANCE – LES PORTRAITS DE MADELEINE INGRES, NÉE CHAPELLE
Par Louis LACROCQ
Ce sont les Mémoires de notre Société (XIII, 112 et ss.) qui ont mis à jour, en 1901, le document — souvent reproduit depuis — par lequel ont été connues les circonstances curieuses et charmantes du premier mariage d'Ingres avec une Guérétoise, Madeleine Chapelle. L'honneur de sa découverte revient à notre collègue, M. Maurice Pineau, qui, en le publiant dans un article sur Les origines guérétoises de Madame Ingres, l'éclaira par d'intéressants détails recueillis dans notre ville. En 1916, M. Pineau nous donnait deux lettres inédites d'Ingres (Mémoires, XX, 69 et ss.) dont l'une exprime la profonde douleur que lui avait causée la mort de sa femme (1). On sait quelle incomparable compagne avait été pour l'artiste la petite modiste de Guéret ; elle mérite une place dans nos souvenirs locaux et notre iconographie peut noter les images qui figurent ses traits gracieux.
Ingres a tracé d'elle plusieurs de ces portraits à la mine de plomb, qui sont des dessins impeccables, comptant parmi les plus beaux de tous les temps. L'un, daté de 1814, se trouve au Musée de Montauban ; Madeleine y est représentée coiffée d'un cabriolet à bride, une ruche autour du cou, la taille de sa robe très haute sous les bras ; elle a les mains croisées et tient un réticule (2). Au même Musée, un dessin, non daté, montre sa silhouette assise, de profil (3). Dans un dessin de la collection de M. H. Destailleurs, elle est de face, un large chapeau encadrant son visage ; Ingres s'est représenté au second plan. Ce dessin, daté de 1830, est dédié par Ingres « à ses bons amis Taurel » (4). La collection de M. H. Lapauze contient un dessin où Madeleine Chapelle est vue à mi-corps, vêtue d'un ample manteau ; daté de mars 1835, il porte une dédicace de la main de Madame Ingres à Mlle Maille, depuis Madame Gonse (5). La collection de Madame Hippolyte Adam en a un autre, non daté, signé « Ingres à sa bonne sœur », dédicace adressée apparemment à l'une des sœurs de Madame Ingres, Madame Dubreuil ou Madame Borel (6). Enfin, le Musée de Guéret est fier de posséder le très beau portrait de Madeleine Chapelle, que lui a donné, en 1842, son neveu par alliance, M. Philippe-Silvain Polier, notaire à Guéret ; il est daté de 1830 et dédié à Madame Dubreuil (7).
On ne connaît qu'un seul portrait peint de Madeleine Chapelle. M. Lapauze en est l'heureux possesseur et c'est une œuvre de premier ordre, qui fut particulièrement remarquée à l'Exposition Ingres, « grisaille vibrante de sensibilité, comme la plus intense couleur » (8). Cette étude puissante a été certainement faite à Guéret, dans les premières années du mariage ; elle était encore dans notre ville en 1910, chez M. Mingasson, descendant de Madame Dubreuil, qui la vendit à M. Lapauze (9).
Ingres n'est pas le seul artiste qui nous ait transmis les traits de Madeleine Chapelle. Madame F. Guille possède une sépia anonyme, représentant Ingres et Madeleine chez eux à Rome, en 1815. Ils sont dans leur chambre au mobilier bourgeois ; par la fenêtre ouverte, on aperçoit une des collines de Rome ; Madame Ingres est assise, un ouvrage sur ses genoux, à côté de la cheminée, sa main gauche posée sur le bras d'Ingres, qui est accoudé sur une chaise, près d'elle ; un chat joue sur le plancher (10).
Au Musée de Montauban, une peinture de Jean Alaux (11), faite en 1818, évoque encore l'heureux séjour à Rome : Ingres est dans le fond de son atelier, jouant du violon ; debout, accoudée à une chaise, Madeleine le regarde (12).
Ces deux œuvres ont surtout un intérêt documentaire. Une autre, celle-là de David d'Angers, a un grand charme d'art. Dans la série de ses médaillons, il y a celui de Madame Ingres, de profil à gauche, avec cette inscription : MAGDALENA INGRES NATA CHAPELLE. Il est signé « David 1836 ». Notre Musée possède un bon exemplaire de ce médaillon.
Ajoutons qu'au Musée de Montauban, se trouve un moulage de la main de Madeleine Chapelle (1).
A l'iconographie de celle-ci, il est naturel de joindre des indications sur les portraits des personnes de sa famille qu'a faits Ingres. Nous en connaissons trois qui sont des dessins à la mine de plomb : ceux des sœurs de Madame Ingres, celui d'une de ses nièces. Le portrait de Madame Borel n'est pas daté ; il fait partie de la collection de M. F. Flameng. Celui de Sophie Dubreuil, daté de 1828, est au Musée de Montauban ; il porte l'inscription : « Sophie Dubreuil notre sœur ». Le troisième, daté de Paris 1834, représente une jeune fille, avec cette indication : « Notre chère nièce Louise Dubreuil » (2).
Le portrait de Madame Dubreuil a été probablement fait à Guéret, pendant un des séjours d'Ingres, séjours qui ont dû être assez fréquents. En 1843, un court article anonyme de nos Mémoires (I, 151), consacré à un projet de création d'école de dessin à Guéret, fait remarquer qu'Ingres, par son mariage, était « presque notre compatriote ». Des dessins et des peintures qu'il a pu faire à Guéret, il ne nous reste plus que le portrait de Madeleine, donné par M. Polier au Musée. La petite maison de la rue Ferraguë, d'où elle partit joyeuse pour Rome, en octobre 1813 (3), a été démolie ; un dessin de M. H. Hugon au Musée nous en a heureusement gardé l'aspect (4).
(1) Une erreur d'impression a fait dater cette lettre du 26 mars 1831 ; il faut lire 1851 ; Madame Ingres est morte le 27 juillet 1849 (H. Lapauze, Le roman d'amour de M. Ingres, in-16, Paris s. d. p. 301).
(2) Reproduit dans l'ouvrage de M. H. Lapauze, Ingres, sa vie et son œuvre (in-4°, Paris 1911), p. 132 ; il est également reproduit dans Le roman d'amour de M. Ingres (entre p. 160 et p. 161). Ce dessin, qui est rehaussé de lavis, a figuré à l'Exposition Ingres aux Galeries Georges Petit à Paris (26 avril-14 mai 1911) ; il porte le n° 87 du catalogue.
(3) Reproduit dans Ingres, sa vie et son œuvre, p. 143.
(4) Id., p. 279.
(5) Id., p. 327 ; n° 147 du catalogue de l'Exposition Ingres.
(6) N° 99 du catalogue de l'Exposition Ingres.
(7) Reproduit dans nos Mémoires (XIII, hors-texte, entre p. 112 et p. 113), il a figuré à l'Exposition Ingres (n° 139 du catalogue). M. Polier avait épousé, à Guéret, le 17 février 1822, la nièce de Madame Ingres, Georgette Dubreuil, fille de Louis-Pierre-Antoine Dubreuil et de Jeanne-Sophie Chapelle.
(8) Reproduit dans Ingres, sa vie et son œuvre, hors-texte, entre p. 160 et p. 161.
(9) Cf. Ingres, sa vie et son œuvre, pp. 167, 168.
(10) Reproduit dans Ingres, sa vie et son œuvre, p. 152.
(11) Jean Alaux (1786-1864) avait été grand-prix de Rome en 1815 (cf. Dictionn. des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, par E. Bénézit).
(12) M. le chanoine Pottier, président de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, en signalant la publication, dans le tome XX de nos Mémoires des deux lettres d'Ingres, dont il a été parlé plus haut, a rappelé l'existence, au Musée de Montauban, du tableau représentant l'atelier d'Ingres en 1818, mais il l'a attribué à Ingres lui-même et ne l'a pas décrit d'une façon tout à fait exacte (Bull. Société archéolog. de Tarn-et-Garonne, XXXXV, 1917, p. 136).