SÉANCE DU 18 JANVIER 1917

Présidence de M. GALLERAND, administrateur

Présents : MM. Berger, Fargeas, Ferrier, Jamot, Louis Lacrocq, Lafay, Mozer, Pâquet, Pichon, Pluyaud.

Excusés : MM. Arrivière, Autorde, de Beaufranchet, Dr Bordier, Valadeau, Wallet.

M. Gallerand, administrateur le plus ancien, prend la présidence en l'absence de M. des Cheises, qu'une indisposition empêche d'assister à la séance.

Il se fait l'interprète de la Société pour exprimer les regrets que lui a causés la mort récente de M. Germain Sauvanet, architecte du département, membre titulaire. Il rappelle la compétence professionnelle de M. Sauvanet, l'estime et la sympathie dont il jouissait, et adresse à sa famille les vives condoléances de la Société.

Sur la proposition du Bureau, la Société décide de proposer l'acceptation du titre de membre honoraire à MM. Eugène Lefèvre-Pontalis, professeur à l'Ecole des Chartes, directeur de la Société française d'archéologie ; du titre de membre correspondant à MM. André Demartial, vice-président de la Société archéologique et historique du Limousin, Roger Drouault, Charles Le Gendre, Directeur de la Revue scientifique du Limousin, et Louis de Nussac, sous-bibliothécaire du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

M. Henri Thonier, conseiller général, maire d'Evaux-les-Bains, est admis comme membre titulaire, sur la présentation de MM. Jamot et Louis Lacrocq.

MUSÉE. — Lecture est donnée de la note suivante envoyée par M. Autorde, conservateur :

« Depuis la dernière réunion, une nouvelle libéralité de Mme Laroche et de son fils nous a encore prouvé qu'ils ne portent pas un intérêt moins vif à notre Société et au Musée que notre regretté secrétaire, le commandant Laroche. Les objets qu'ils nous ont offerts compteront parmi les plus beaux et les plus précieux que nous possédons.
» Ce généreux présent comprend d'abord deux remarquables pendules anciennes : l'une en bronze doré, couronnée d'un vase ornemental et ornée de guirlandes et de mascarons, remonte à l'époque de Louis XIV ; l'autre, décorée de motifs en cuivre et de marqueterie, façon Boule, a tous les caractères du style Louis XV.
» Plus particulièrement, Mme Laroche s'est dessaisie de dentelles et de bijoux personnels ou de famille : à la très belle pièce de dentelle noire de Chantilly qu'elle avait précédemment donnée, elle a ajouté deux nouvelles pièces non moins remarquables que la précédente. Enfin, par un sacrifice dont nous ne saurions trop lui exprimer notre gratitude, elle s'est séparée d'une merveilleuse parure, style Empire, composée de topazes enchâssées dans une garniture d'or finement travaillée, comprenant double bracelet, collier, peigne, pendeloque et pendants d'oreilles. Dans le même écrin, elle a remplacé une pièce qu'elle a gardée à titre de souvenir, par une très belle croix en brillants, style Louis XVI.
» Antérieurement, Mme Laroche et son fils nous avaient remis, pour être conservés dans les archives de la Société, des titres anciens qu'ils avaient trouvés dans leurs papiers de famille. Ils nous en ont encore offert un dernier lot.
» L'ensemble des papiers d'intérêt historique, que nous conserverons dans nos collections, forme un fonds important. On ne saurait véritablement en donner le compte rendu sans une étude minutieuse de chacune des pièces ; mais il n'est pas douteux que ces documents apporteront une contribution très appréciable à l'histoire des institutions judiciaires de notre ville et des personnes qui y ont occupé des offices de magistrature. Un acte remonte à l'année 1583. Des indications puisées dans ces archives rappellent les liens de parenté qui unissaient la famille Bourgeois, dont est issu le commandant Laroche, à l'historiographe Varillas, au Président Chorllon, mémorialiste de notre province, aux familles Druillette, Simoneau et Bonnyaud.
» Trois gravures représentant : une, M. Morard de Galles, deux, M. de Beurnonville, sénateurs du Premier Empire, qui ont eu leur habitation dans les bâtiments du Musée, nous ont été également données et enrichiront notre collection d'iconographie locale.
» Nous ne pouvions oublier que ces généreux présents nous ont été faits pour honorer la mémoire du commandant Laroche. Il m'a même encore été expressément déclaré que d'autres libéralités nous étaient réservées pour l'avenir. Dans ces conditions, il a paru qu'une marque de gratitude exceptionnelle s'imposait, et il a été alors décidé de rappeler publiquement, par une plaque commémorative exposée dans l'une de nos salles, que M. le commandant Laroche a été un bienfaiteur du Musée. »

La Société s'associe aux sentiments exprimés par M. Autorde et adresse ses remerciements à Mme Laroche et à M. Louis Laroche fils.

BIBLIOTHÈQUE. — M. Antoine Thomas nous a envoyé le tirage à part de son étude sur Jean Pitart, chirurgien et poète, personnage d'origine probablement normande, qui vivait au XIIIe siècle, « le premier chirurgien français qui ait jeté de l'éclat sur sa profession », étude parue dans les Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

M. Antoine Thomas a aussi envoyé le tirage à part du Cartulaire de Bertrand de Ry, gentilhomme normand, capitaine de Felletin sous Charles VII, qu'il a publié dans le Bulletin philologique et historique du Comité. Ce travail, fort intéressant pour notre histoire locale, sera analysé dans la Bibliographie creusoise de nos Mémoires.

M. René Fage a envoyé le tirage à part de l'Histoire d'une Famille bourgeoise depuis le XVIe siècle (il s'agit de la famille Marac-Froment), qu'il a publiée dans le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze ; M. Louis de Nussac, la biographie d'un Corrézien, le docteur Rouffy, parue dans le même recueil.

M. Jamot a donné une plaquette format in-16, de 49 pages, éditée à Paris, chez Jouaust, en 1872, sans nom d'auteur, avec ces titres : Donnez-nous un roi ! Epître aux conservateurs.Un épisode de Wœrth, qui sont ceux des deux pièces de vers composant l'ouvrage.

M. Jamot a indiqué que l'auteur de ces poésies était le colonel Roudaire, de Guéret, alors capitaine, à qui sa qualité d'officier en activité avait imposé l'anonymat. La première des pièces a un caractère politique : c'est une affirmation ardente des convictions républicaines de Roudaire. La seconde, à laquelle les événements actuels donnent encore plus d'émotion patriotique, raconte un acte d'héroïsme de la guerre de 1870-71 : le soir de Wœrth, des soldats battent en retraite, baïonnette au canon ils n'ont plus de cartouches ; ils rencontrent un caisson de munitions et se précipitent vers lui ; mais sur le caisson est couché un commandant de cuirassiers, blessé, sanglant ; il faut le remuer pour prendre les cartouches ; les hommes hésitent l'officier ordonne de le descendre et crie : « Vengez la France ! »

M. Rischmann, préfet de la Creuse, nous a fait remettre divers documents imprimés, relatifs à la guerre actuelle (proclamations du Gouvernement, arrêtés préfectoraux, etc.), et une collection complète du Bulletin des communes publié pour la Creuse pendant les premiers mois de la guerre.

M. Grand, maire, nous a fait remettre des budgets imprimés de la ville de Guéret, dont le plus ancien remonte à 1869, et des programmes des concours agricoles de 1869 et 1879.

ARCHIVES. — M. Henri de Lavillatte nous a fait don :

1° D'un acte sous seing privé, daté du 22 janvier 1875, par lequel Louis-François, marquis de La Celle, demeurant au château d'Ajain, nomme l'abbé Deplagne, prêtre communaliste de Guéret, à une vicairie de l'Hôtel-Dieu de cette ville, vacante par la mort de Maurice-Pardoux Couturier de Fournoue. L'acte n'indique pas le vocable de cette vicairie, dont la famille de La Celle avait le patronage. Il est scellé aux armes des de La Celle.

2° De l'original d'une lettre écrite à Pierre Leroux par Pauline Roland (1810-1852), la femme écrivain qui fut une disciple passionnée du philosophe socialiste et fit partie de la petite colonie qui s'était groupée autour de lui à Boussac. M. de Lavillatte a publié toute la partie intéressante de cette lettre dans ses Esquisses de Boussac (Paris, 1907, p. 122-123.) Elle est signée seulement du prénom de Pauline Roland.

Des remerciements sont votés aux donateurs.

LECTURES. — Lecture est donnée d'un article de M. Henri de Lavillatte sur la Décoration du Lys (période de la Restauration). Cet article sera inséré dans nos Mémoires.

M. Maurice Pineau nous a envoyé, pour nos Archives, un curieux billet d'une loterie immobilière organisée à Guéret, en 1832.

M. Pâquet lit une note contenant le résultat des recherches qu'il a faites au sujet de ce document. Cette note, ainsi que le document, seront insérés dans nos Mémoires.

COMMUNICATIONS. — M. le comte de Beaufranchet a photographié une sculpture qui servait autrefois de pas de porte à l'écurie d'un de ses domaines, à Moisse, commune de Bétête, et dont il a assuré la conservation. Une épreuve de cette photographie nous a été adressée.

La sculpture, qui semble appartenir à la période gallo-romaine, se présente en bas-relief sur une face d'un bloc de granit rectangulaire mesurant environ 1 m. 60 de longueur sur 0 m. 50 de largeur. Elle figure très grossièrement une femme assise, les mains appuyées sur ses genoux, ayant une robe à trois plis, et, autour de la ceinture, un ornement indistinct, sorte de chapelet à gros ornements. Des moulures rectilignes encadrent le sommet et les côtés du bas-relief. D'autres moulures rectilignes règnent en arête, sur un des grands et un des petits côtés de la face sculptée. Cet agencement donne l'impression qu'on se trouve en présence d'une pierre d'angle d'un entablement.

Le Musée de Guéret possède une sculpture de provenance indéterminée (hauteur du bloc de granit : 1 m. 11 ; largeur 0 m. 40) présentant avec celle qui vient d'être décrite la plus grande analogie. Les moulures et leur disposition sont semblables. Le bas-relief, très grossier aussi, représente un personnage (0 m. 36 de hauteur), à demi accroupi, les mains appuyées sur les cuisses.

— M. Alfred Leroux, membre correspondant, nous a signalé la présence, à la foire de Bordeaux, au XVIIIe siècle, de fabricants de tapisseries d'Aubusson et de marchands de tissus de Limoges. Ce renseignement se trouve dans un Mémoire de Le marchand, inspecteur des manufactures, sur la foire de Bordeaux de mars 1743. (Arch. municip. de Bordeaux, HH 13.) Le Mémoire s'exprime ainsi :

Dans la même rue [des Bahutiers], il y a sept ou huit marchands et fabriquants d'Aubusson, qui tient (sic) leurs magasins de tapisseries dans des chambres ; les pièces de montre en sont attachées contre les maisons, et les étaminiers ont des pièces aux fenêtres de leurs chambres...
Les trois marchands en gros de Limoges, avec draps de Sedan, de Louviers, d'Elbeuf, des étoffes de Reims, d'Amiens, baracans d'Abbeville, des... en écarlatte, des serges du Gévaudan, siamoises de Rouen, flanelles, fil et laine, avoient de tout moindre quantité à cette foire, et de ce qu'ils avoient apporté on estime qu'ils n'en ont vendu que le tiers. Ils ne m'ont point voulu donner la déclaration de ce qu'ils en avoient ny de ce qu'ils ont vendu...

— M. Louis Lacrocq communique les indications qu'il a relevées dans deux Pouillés manuscrits du diocèse de Bourges, concernant les territoires, compris dans le département de la Creuse, qui dépendaient de ce diocèse avant la Révolution. Ces indications complètent celles puisées dans un document du XIVe siècle, qu'il a publiées dans nos Mémoires (XIX, 384 et ss.) ; elles présentent l'état de l'enclave berrichonne en Marche et Combraille à la fin de l'Ancien Régime.

L'un de ces Pouillés se trouve à la Bibliothèque municipale de Bourges (ms. 294-296), et il a pour auteur un de nos compatriotes, Silvain Merle de La Brugière, secrétaire de l'archevêque de Bourges. Cet ecclésiastique appartenait à une famille bien connue, qui avait, au XVIIIe siècle, d'importantes possessions dans la région de Dun-le-Palleteau et de Chéniers. Il est qualifié « prieur d'Anzêmes en Marche et de Montaure en Normandie (aujourd. chef-lieu de commune de l'Eure, arrondissement de Louviers), secrétaire de l'archevêque de Bourges et de l'administration provinciale du Berry, demeurant à Bourges », dans un hommage, dont M. Louis Lacrocq possède une copie, rendu, pour divers fiefs, au marquis de Saint-Germain-Beaupré, le 30 mai 1787, par lui et ses deux frères, Léonard-Léon, archiprêtre de Bénévent, curé de Saint-Sulpice-le-Dunois, et Léonard-François, qui habitait cette dernière localité. Le Pouillé de Merle de La Brugière porte la date de 1772.

L'autre Pouillé est un manuscrit du Grand Séminaire de Bourges, dont une copie existe aux Archives départementales de l'Indre. Il a pour auteur Pierre Barbier, chanoine de Mézières-en-Brenne, et a été terminé le 5 septembre 1766.

De ces deux Pouillés, on dégage les renseignements suivants :

Sur les huit établissements religieux de l'enclave berrichonne qui existaient en 1327, un avait disparu complètement : le prieuré de La Betoulle (commune de Saint-Sébastien). Le prieuré et la chapellenie de Crozant s'étaient fondus en un bénéfice unique, qualifié prieuré par Barbier, et bénéfice cure par Merle de La Brugière. Le Châtelet, Azerables, Saint-Sébastien, Bazelat, qualifiés prieurés par Barbier et bénéfices cures par Merle de La Brugière, avaient gardé chacun leur individualité, mais deux, Saint-Sébastien et Bazelat, simples chapellenies en 1327, s'étaient, on le voit, élevés dans la hiérarchie. Enfin, La Chapelle-Baloue, aussi chapellenie en 1327, n'était, au XVIIIe siècle, qu'une succursale de Bazelat.

Les collateurs des bénéfices étaient :

Le roi (comme ayant succédé à l'abbé de Déols à la suite de la réunion des biens de l'abbaye au duché de Châteauroux) pour Azerables, Bazelat, La Chapelle-Baloue, Crozant ;

L'abbé de Bénévent pour Saint-Sébastien, et, d'après Barbier, alternativement avec le roi, pour Bazelat ;

Le prévôt d'Evaux d'après Barbier, l'archevêque de Bourges d'après Merle de La Brugière, pour Le Châtelet.

Les Pouillés notent comme saints patrons :

La Chapelle-Baloue : Notre-Dame ; Crozant : saint Etienne (ou saint Paul, d'après Barbier) ; Le Châtelet : sainte Radegonde ; Azerables : saint Georges, martyr ; Bazelat : saint Pierre (et saint Placide, d'après Barbier) ; Saint-Sébastien : saint Jean Baptiste (d'après Barbier seul).

Le Pouillé de Barbier est sobre de renseignements ; il mentionne seulement le nombre des feux de chaque paroisse (l'indication étant omise pour La Chapelle-Baloue) : Azerables, 150 ; Bazelat, 58 ; Le Châtelet, 51 ; Crozant, 100 ; Saint-Sébastien, 110. Il cite « Notre-Dame-des-Places », paroisse de Crozant, comme « lieu de dévotion ».

Le Pouillé de Merle de La Brugière est beaucoup plus explicite : il précise la situation géographique, la poste la plus voisine de la paroisse, indique les noms des seigneurs et des décimateurs, ceux des curés en exercice, avec les années de leur ordination et de leur nomination, leur diocèse d'origine. Il mentionne aussi l'état matériel des églises d'Azerables et de Bazelat (voûtes et lambris, nombre de cloches), et le nombre des communiants (800 à Azerables, 250 à Bazelat, 150 à La Chapelle-Baloue, 850 à Crozant, 600 à Saint-Sébastien, 160 au Châtelet).

Comme au XIVe siècle, Azerables, Bazelat, La Chapelle-Baloue, Crozant et Saint-Sébastien, appartenaient, au XVIIIe siècle, à l'archiprêtré d'Argenton, Le Châtelet à celui d'Huriel.

Quelques formes des noms de lieux sont à noter : La Chapelle-de-Barriou, Châtillon-entre-Eaux ou Châtelet (Barbier) ; La Chapelle-Bastoue, Châtelet-Sainte-Radegonde (Merle de La Brugière).

— M. Louis Lacrocq communique l'empreinte, autrefois relevée par lui, d'un cachet de l'époque révolutionnaire qui se trouvait en la possession de notre collègue M. Gallerand. Ce cachet paraît être un type passe-partout sur lequel l'acheteur faisait graver ses initiales dans l'espace réservé. M. Henri Hugon a bien voulu dessiner ce cachet pour sa reproduction.

— M. Louis Auclair nous a communiqué une circulaire imprimée sollicitant des adhésions à un banquet réformiste à Guéret, en 1840. Ce document sera publié dans nos Mémoires.

Le Secrétaire : Louis LACROCQ.

 

 

SÉANCE DU 14 MARS 1917

Présidence de M. des CHEISES, président.

Présents : MM. Autorde, de Beaufranchet, Ferrier, Jamot, Louis Lacrocq, Lafay, Pâquet, Pichon, Sauty.

Excusés : MM. Arrivière, Gallerand, Marc de Lajaumont, de Lavillatte, Mallet, Mazet, Peyrabon, Pluyaud, docteur Treille, Wallet, Wuiet.

— M. le Président se fait l'interprète de la Société pour exprimer les vifs regrets que lui a causés la perte de deux de nos membres titulaires, décédés depuis la dernière séance, Mme veuve Laroche, née Drevet, et M. Bellet.

Après la mort de son mari, le commandant Laroche, Mme Laroche avait voulu prendre place parmi nous. Elle a fait au Musée des dons répétés et généreux.

M. Bellet s'occupait, avec activité, d'histoire et d'archéologie dans la région de La Souterraine ; il nous envoyait des communications, collaborait à nos Mémoires.

La Société exprime ses sympathiques condoléances à M. Laroche fils et à Mme Bellet.

— Lecture est donnée des lettres très aimables contenant acceptation par M. Lefèvre-Pontalis du titre de membre honoraire, par MM. André Demartial, Roger Drouault, Le Gendre et Louis de Nussac du titre de membre correspondant.

— M. Pichon, trésorier, présente les comptes de l'exercice de 1916, après avoir fait observer : 1° que les comptes de l'exercice de 1915, présentés et approuvés à la séance du 16 mars 1916, ayant fait l'objet d'une balance de recettes et dépenses égales, les comptes de l'exercice de 1916 ne font pas état d'excédent de caisse au 31 décembre 1915 ; — 2° que la somme prélevée sur le livret de caisse d'épargne, les 1er et 22 avril et 20 mai 1916, comme les dépenses avancées par M. Lefour, précédent trésorier, qui lui ont été remboursées le 27 mars 1916, constituent des articles des comptes de l'exercice de 1915, y ont figuré, et ne doivent, par suite, être portés aux comptes de l'exercice de 1916 que pour mémoire. Ces derniers comptes d'établissent, dès lors, ainsi :

Recettes

Subvention du département.......................................... 700 »
Subvention de la ville de Guéret................................. 500 »
Cotisations de 1916....................................................... 1.130 »
Cotisations arriérées des années antérieures......... 130 »
Vente de volumes des Mémoires................................ 120 80
Prélèvement sur le livret de caisse d'épargne........ 400 »
Intérêts de la rente 5 %............................................... 160 »
TOTAL........................................................................... 3.140 80

Dépenses

Règlement de dépenses arriérées et dépenses ordinaires, suivant état.................................................. 3.078 27
EXCÉDENT DE RECETTES.......................................... 62 53

auquel il faut ajouter :

Livret de caisse d'épargne arrêté au 31 décembre 1916.......................................................................... 85 63
Rachat par M. Hugon de sa cotisation..................... 120 »
Valeur, au prix d'achat, de la rente 5 %................. 2.801 »
TOTAL de l'actif de la Société au 31 décembre 1916.......................................................................... 3.069 16

dont 2.921 francs de capital conservé, la somme versée par M. Hugon devant être employée en bons de la Défense nationale.

Pour ordre, il est indiqué que le produit de la conférence faite par M. Ch. Alluaud, le 30 mai 1916, a été intégralement employé, après paiement des frais, aux versements suivants : 100 francs au Comité de l'Association des Dames françaises, 100 francs au Comité de la Société de secours aux blessés, 32 francs au Comité des tuberculeux militaires.

M. le Président désigne MM. Ferrier et Jamot pour procéder à la vérification des comptes. Cette vérification, immédiatement faite, en reconnaît la parfaite régularité. Ils sont approuvés et des remerciements sont votés à M. Pichon, trésorier.

M. le Président présente le projet de budget pour 1917, établi par le Bureau de la manière suivante :

Recettes

Cotisations.......................................................... 900 »
Subvention du département............................ 700 »
Subvention de la ville de Guéret..................... 500 »
Intérêts de la rente 5 %................................... 160 »
TOTAL................................................................. 2.260 »

Dépenses

Traitement des gardiens du Musée............... 400 »
Allocation à M. Aubaile, employé.................... 100 »
Impression et brochage des Mémoires........ 850 »
Frais de bureau et envoi des Mémoires....... 120 »
Entretien du Musée, du matériel et du mobilier, dépenses de service........................ 350 »
Acquisitions pour le Musée............................. 300 »
Fouilles................................................................ 30 »
Bibliothèque........................................................ 60 »
Dépenses imprévues......................................... 50 »
TOTAL................................................................. 2.260 »

Ce projet de budget est approuvé.

A raison de l'augmentation du prix du papier, le fascicule des Mémoires, qui paraîtra en 1917, devra être réduit de plusieurs feuilles.

MUSÉE. — M. Autorde, conservateur, fait savoir que par un nouveau don, qui comprend de nombreux et très jolis objets, M. Louis Laroche, depuis le décès de Mme Laroche, sa mère, vient de prouver une fois de plus tout l'intérêt qu'il porte au Musée de Guéret. Entre autres belles pièces que cette libéralité a fait entrer dans les collections artistiques, historiques ou d'art décoratif de cet établissement, on remarque notamment : un excellent tableau de M. Desjardins, le distingué peintre guérétois, qui a su interpréter avec tant de vérité et dans leur atmosphère particulière, les paysages de notre pays ; une console de bois sculpté ; deux coffrets à bijoux du milieu du XIXe siècle, à fond d'écaille, ornés, l'un, de marqueterie d'ivoire, l'autre, de motifs de bronze en relief finement ciselés ; une reproduction de grande dimension de la Vénus de Milo ; un portrait en miniature ; une charmante pendule de bronze doré de l'époque Directoire, portant comme sujet la Maternité : une mère qui regarde son enfant dans un berceau ; un cachepot ancien en faïence de Strasbourg ; dans une série de gravures anciennes, une Mise au Tombeau, d'après Raphaël, œuvre du graveur flamand Vorstermann, traitée dans un petit format avec une rare habileté et un soin minutieux dans tous les détails ; un bureau Louis XV, en marqueterie avec tous ses cuivres ; enfin un merveilleux dessin, du XVIIe ou du XVIIIe siècle, représentant le transport, devant un groupe de personnages dans l'attitude d'une profonde douleur, de plusieurs corps, que des porteurs descendent sur des civières par un escalier monumental.

Il convient de citer, en outre, avec une mention spéciale, la broche ornée d'une topaze qui complète la riche parure de style Empire, dont, tout récemment, avait fait présent Mme Laroche.

Indépendamment des pièces de musée, M. Laroche a offert en même temps de luxueux objets d'ameublement qui ont permis de garnir du matériel nécessaire les salles de la bibliothèque, dont l'installation, jusqu'à ce jour, était restée rudimentaire.

La Société exprime à M. Louis Laroche sa profonde gratitude.

BIBLIOTHÈQUE. — M. Drouault, membre correspondant, M. Johannès Plantadis, directeur de la revue Lemouzi, à Paris, nous ont adressé des tirages à part de leurs travaux.

M. Garrigou-Lagrange, secrétaire général de la Société Gay-Lussac, à Limoges, nous a fait don d'un tirage à part de son travail, Pluies, rivières et sources, et de la série complète des comptes rendus des Congrès de l'Arbre et de l'eau.

Des remerciements sont votés.

Mme Guillaumat-Vallet nous a envoyé un exemplaire de la thèse de doctorat en droit de son fils, M. Maurice Guillaumat-Vallet, avocat à la cour d'appel de Paris, maréchal des logis au 5e dragons, agent de liaison au 251e d'infanterie, mort au champ d'honneur, le 12 avril 1916, à 27 ans.

Cette thèse, intitulée Un Oublié : Etienne de Silhouette, est une étude très documentée sur la vie et le rôle de ce contrôleur général des finances, ministre d'Etat, né à Limoges le 25 juillet 1709. La famille de Silhouette, originaire de Bayonne, s'était fixée à Limoges, où Arnaud de Silhouette, père du contrôleur, était receveur des tailles de la généralité. Une sœur de celui-ci, Marie, avait épousé, le 6 mars 1707, Léonard Dubois, fils de Jean Dubois, receveur des tailles de l'élection de Bourganeuf.

Un compte-rendu, très justement louangeur, du travail de M. Maurice Guillaumat-Vallet a été publié par M. Camille Jouhanneau, dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (LXV, 240).

Notre Société remercie Mme Guillaumat-Vallet de son envoi et salue respectueusement la mémoire glorieuse de son fils.

LECTURES. — Lecture est donnée d'une note de M. Henri de Lavillatte relative à des plaques de cheminée du XVIIIe siècle, aux armes de sa famille ; cette note sera publiée dans nos Mémoires, avec une reproduction de la plaque que notre collègue a aimablement offerte à la Société ; — d'une lettre, lui appartenant, communiquée par notre collègue M. A. du Beaufret, que le général Espagne, d'Aubusson, écrivait, le 4 ventôse an II, à son compatriote, le sergent-major Lacheize ; cette lettre sera également publiée dans nos Mémoires.

COMMUNICATIONS. — M. A. du Beaufret nous a aussi communiqué des copies de trois documents qui se trouvent dans ses archives personnelles.

L'un de ces documents — la copie a été établie, il y a quelques années, à la demande de M. du Beaufret, par M. le comte de Châteaubodeau, capitaine de dragons à Lunéville — est une vente consentie par les consorts Gallabault, de « La Buxière, paroisse de Runhat », (Rougnat, canton d'Auzances), à « noble damoiselle Marguerite de Sézar, femme à noble homme Jehan Bouchard, escuier, seigneur de Chastelbaudel, de ladite paroisse de Runhat », (Châteaubodeau, commune de Rougnat), d'un pré appelé de La Guasne du Crouzet, situé au Crouzet, même paroisse, contenant environ un journal, pour le prix de six livres tournois.

La pièce copiée est une expédition, non datée, signée du notaire Brenost, successeur de Blaise Descoteix, notaire royal, qui avait reçu l'acte auquel l'authenticité et le sceau avaient été donnés, à la date du « pénultième jour d'avril » 1483, par Antoine du Puy, « seigneur dudit lieu et de Chabreughol, escuier d'escuierie du roi », et garde du scel royal de Montferrand en Auvergne.

Les deux autres documents sont des traités sous signatures privées intervenus, aux dates des 20 juillet et 1er décembre 1699, entre Pierre Poisson, écuyer, sieur de Saint-Genest, prieur de Sermur (canton d'Auzances), et Gilbert Bellot, notaire à Lupersat (canton de Bellegarde), au sujet des dimes de la paroisse de Sermur. Ces traités seront publiés dans nos Mémoires.

— M. Alfred Leroux, membre correspondant, nous a adressé le fac-similé et le texte imprimé, parus dans les Archives historiques du département de la Gironde (XXXI, 486), du testament, en date du 15 mai 1623, de Simon Millanges, « advocat en la cour et imprimeur ordinaire du roy », qui habitait Bordeaux, paroisse Saint-Eloy.

Cette communication a été accompagnée d'intéressants renseignements par M. Leroux.

Il résulte du contrat de mariage de Simon Millanges avec Gailharde du Sault, passé, le 17 juin 1576, à Bordeaux (publié dans les mêmes Archives historiques, XXIII, 281), qu'il était « natif du lieu de Mille-Milanges, en Lymousin, fils de feus Pauly Milanges et Catherine Brejon ».

Millemilanges est un village de la commune de Saint-Goussaud, canton de Bénévent-l'Abbaye. Ce territoire creusois faisait autrefois partie non du Limousin, comme le dit le contrat de 1576, mais de l'enclave poitevine de Bourganeuf.

Simon Millanges était régent au collège de Guyenne quand il fonda son imprimerie à Bordeaux. Les mêmes Archives historiques (I, 39) ont publié le contrat intervenu, le 4 février 1573, entre lui et « les maire et jurats de Bordeaux », au sujet de cette entreprise pour laquelle Millanges avait acheté un matériel, en 1572, à Pierre Haultin, imprimeur à La Rochelle. Savant distingué, imprimeur habile, il acquit un grand renom et son testament montre qu'il avait une situation considérable. Bordeaux a rendu hommage à notre compatriote en donnant son nom à une rue.

M. Leroux nous indique que, récemment, la supposition avait été formulée que Simon Millanges était juif. Les renseignements généraux de notre histoire locale sur les Juifs paraissent contredire cette opinion.

— M. Louis Lacrocq indique, d'après une circulaire imprimée du Directoire du district de Guéret, datée du 12 septembre 1791, qui se trouve aux Archives communales de Guéret, la composition de l'équipement des volontaires partant pour les armées.

Leur bagage était lourd. Ils emportaient : fusil et baïonnette, giberne, trois chemises, deux cols de basin blanc et un noir, deux paires de souliers, trois paires de guêtres (une de toile grise, une de toile blanche, une d'estamette noire doublée de toile sur les côtés), deux mouchoirs, deux paires de bas, une boucle de col une paire de boucles de souliers, deux paires de boucles de jarretières, un bonnet de nuit, deux cocardes, un tire-bouton, une alène, un tire-bourre, une épinglette, un tournevis, un havre-sac de peau de veau et un sac de toile pour les distributions.

L'uniforme se composait de culottes, d'un habit et d'une veste (celle-ci était, sans doute, roulée sur le havre-sac).

La circulaire ne parle pas des munitions. Elle ne dit rien, non plus, de l'équipement des officiers et des sous-officiers ; elle indique seulement que les premiers sont armés de l'épée et les seconds du sabre.

— M. Autorde communique des renseignements qu'il a trouvés, dans les Archives départementales, sur les verreries de la Creuse. Ces renseignements sont consignés dans des notes qui avaient dû être réunies pour la rédaction d'une statistique officielle de la Creuse, en l'an X. Ils complètent ceux qui ont été consignés au procès-verbal de notre séance du 21 octobre 1915 (Cf. ci-dessus p. IX et X).

« Verreries. — Verrerie de Coupié. Cette usine, située à 5 myriamètres de Guéret, sur le territoire de la commune de Saint-Sébastien, a été formée, en 1800, par MM. Chastenet, de La Souterraine, et Wasmer, autrichien d'origine. On n'y fabrique que du verre blanc ordinaire, mais estimé, et dont la plus grande partie passe dans les départements de la Dordogne et de la Gironde. Le surplus est vendu dans la Creuse ou les départements circonvoisins.
» La verrerie de Coupié entretient habituellement 20 à 25 ouvriers.
» Un autre établissement de la même nature est placé à un kilomètre de celui-ci, mais les produits en sont modiques. »

Une seconde note ajoute que l'usine de Coupié est en pleine activité ; qu'elle fait quelques envois à Bordeaux, même à Paris, et que le nombre de ses ouvriers a été parfois supérieur à 25.

— M. Henri Hugon nous a adressé la note suivante :

« Le Bulletin de correspondance de notre Société (n° 4, juillet 1900) a publié la copie que j'avais remise aux Archives départementales d'une proclamation emphatique du chevalier Chaillou, préfet de Guéret aux Cent-Jours, et M. Delannoy l'a fait suivre d'un extrait d'une biographie royaliste de 1826, où Chaillou est plutôt maltraité. Cet ouvrage commet au moins une erreur lorsqu'il avance que Chaillou fut fait baron de l'Empire en 1810, lors de sa nomination à la préfecture de l'Ardèche.
» Est-il même certain que notre préfet ait pu légitimement prendre, au bas de sa proclamation de mai 1815, le titre de chevalier ? Le recueil très documenté de Révérend sur les Anoblis de l'Empire, ne donne pas le nom de Chaillou ; c'est le volume du même auteur sur les Anoblis de la Restauration qui consacre une notice à ce personnage, et qui, dans une autre citation, fait suivre d'un point d'interrogation — faute d'une justification officielle — les mots : créé chevalier par décret du 30 juin 1811.
» Claude-Etienne Chaillou, fils de Jean-Nicolas qui fut sieur des Barres et conseiller du roi, naquit à Beaumont-la-Ferrière (Nièvre), le 6 février 1784 ; il épousa, le 29 décembre 1805, Marguerite-Nicole Nompère de Champagny, fille du ministre duc de Cadore. Nommé immédiatement auditeur au Conseil d'Etat, il était, à vingt-deux ans, intendant de la Basse-Silésie, puis bientôt préfet (1810-1815). Créé chevalier par lettres patentes du roi du 27 janvier 1816, autorisé à prendre le nom de des Barres le 20 mars suivant, il devint baron héréditaire le 10 juillet 1825, et fit ensuite confirmer ce titre par Louis-Philippe le 29 mars 1842. De 1831 à 1848 il occupa un siège au conseil général de l'Yonne. Mort à Paris le 21 juin 1857, il laissa un fils décédé sans alliance et une fille mariée au baron du Havelt, dont le nom a été relevé par les du Teil du Havelt. Peut-être cette famille possèderait-elle quelque souvenir contemporain du passage de Chaillou dans la Creuse. Les Archives départementales de Guéret sont muettes à son sujet, dit M. Delannoy, et rien n'a élucidé les événements visés par du Prat de Ronzet et du Breuil de Souvolle. [Notons seulement qu'une généalogie de cette dernière famille (du Breuil) aurait été écrite par l'abbé Lecler.]
» Pour en revenir à la proclamation de mai 1815, on peut donc se demander si Chaillou était, à ce moment, chevalier de l'Empire, ou seulement chevalier de la Légion d'honneur. Une confusion volontaire en l'espèce, m'écrit un érudit spécialiste, M. Billot de Goldlin, n'aurait pas été sans exemples. Il est assez vraisemblable, cependant, qu'à ce point de vue encore, le jeune préfet ait, grâce à sa parenté ministérielle, bénéficié de la faveur de Napoléon. Il faudrait alors admettre, ou bien que la collation de son titre de chevalier manqua, à l'époque, de quelque formalité essentielle, ou bien qu'après 1815, désireux de se rallier aux Bourbons si malmenés dans sa proclamation, il négligea ou supprima son titre impérial pour l'obtenir à nouveau de la chancellerie royale.
» Beaucoup plus précis est l'intitulé dont faisait usage le dernier préfet impérial de la Creuse avant Chaillou, Emmanuel-Jean-François Camus du Martroy. J'ai de lui une circulaire banale aux maires en matière de garde nationale, datée du 22 février 1814, et signée : « Le préfet de la Creuse, Baron de l'Empire, Chevalier de la Légion d'honneur, Auditeur au conseil d'Etat ». Du Martroy, né en 1786, avait pu renseigner à l'avance Chaillou sur le poste de Guéret, marié qu'il était depuis 1810 à une sœur de Mme Chaillou, Louise-Alix Nompère de Champagny. Après le retour des Bourbons, il leur demanda, lui aussi, la confirmation et l'accroissement de ses titres. Créé vicomte, avec institution de majorat le 22 décembre 1820, il mourut le 20 mai 1843 à Paris. Sa descendance masculine paraît éteinte ; les documents le concernant, s'il en existe, devraient être recherchés dans les familles alliées : du Linoët, Daru, de Floghac, etc.
» A la période de la première Restauration, qui sépare le préfectorat de du Martroy de celui de Chaillou, je voudrais rattacher un souvenir guérétois que j'ai entendu rappeler dans mon enfance : un régiment anglais, traversant la Creuse après les guerres de l'Empire (ce ne peut être qu'à la suite de la bataille de Toulouse d'avril 1814), rencontra, à peu de distance de Guéret, un promeneur qu'il obligea à porter la grosse caisse de sa musique. Le malheureux — j'ai oublié depuis longtemps son nom — sentant la résistance impossible, se bornait à tracer en l'air des signes secrets de détresse... Grande fut sa désillusion, lorsqu'il vit qu'il restait incompris de ces étrangers, et qu'il devait se résigner à rentrer en ville à leur tête dans cet accoutrement insolite. Cet incident burlesque et anodin serait-il le seul témoignage de l'unique invasion subie par notre département aux temps modernes ? Je ne connais que de nom et n'ai pu consulter un ouvrage, l'Invasion du Midi de la France 1814, publié à la veille de la guerre actuelle par le commandant Vidal de la Blache, tué récemment. »

Le Secrétaire : Louis LACROCQ.

 

 

SÉANCE DU 24 MAI 1917

Présidence de M. DES CHEISES, président.

Présents : MM. Autorde, Fargeas, Gallerand, Lafay, Mozer, Pichon, Pluyaud.

Excusés : MM. Arrivière, de Beaufranchet, Bordier, Jamot, Louis Lacrocq, Marc de Lajaumont, de Nedde, Pâquet, Wallet.

M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de notre regretté collègue, l'abbé Richard, curé de Saint-Oradoux-près-Crocq, qui vient de succomber, jeune encore, après une longue et douloureuse maladie. Il rappelle ses hautes qualités et l'excellente collaboration qu'il avait commencé à nous donner.

M. Louis Braquenié, manufacturier à Aubusson, et M. Lafaye, propriétaire à Bellevue, commune de Tercillat, présentés par MM. des Cheises et Louis Lacrocq, ont été admis par le bureau comme membres titulaires. Cette admission est ratifiée.

MUSÉE. — Depuis notre dernière réunion, le Musée a reçu un nouveau don, très important et du plus haut intérêt, fait par notre collègue, M. Henri Lemoine. Il comprend les dessins architecturaux de son frère Paul Lemoine, prématurément décédé, il y a quelques années, et des objets d'art lui ayant appartenu.

Ces dessins, où Paul Lemoine a mis sa science d'architecte et son talent délicat d'artiste, offrent une grande valeur pour l'étude des monuments de la Creuse : Crozant, Montaigut-le-Blanc, la chapelle de la Borne y figurent avec des représentations d'ensemble et de détail très remarquables. Le Musée possédait déjà plusieurs dessins de Paul Lemoine, qui sont exposés ; il aura maintenant la garde de tous ceux qu'il a laissés après une existence laborieuse et trop courte.

Dans les objets d'art, qui témoignent du sens artistique de celui qui les avait assemblés, on remarque de belles poteries provenant des fouilles faites sur l'emplacement de Carthage, un buffet ancien à deux corps, simplement orné de moulures et de pointes de diamant, mais remarquable par le fini de l'exécution, des statuettes en bois des XVIIe et XVIIIe siècles, des gravures de Callot et de Gérard Audran, des armes, des faïences, etc.

La Société exprime sa gratitude à M. Henri Lemoine, qui nous a également fait un don de livres dont il sera parlé plus loin.

M. Bonême, ancien élève de l'Ecole normale d'instituteurs de Guéret, qui a procuré à notre collègue, M. Lafay, des renseignements sur la verrerie de Coupié, au sujet de laquelle une communication va être faite, nous a remis deux verres, provenant de cette fabrique, offerts, à sa sollicitation, par M. Jules Prugnat, son parent. Des remerciements sont votés à MM. Bonême et Prugnat.

Nous avons acheté un verre de grande dimension, d'un travail soigné, provenant de la même verrerie.

Dans une vente publique, le Musée a acheté un très beau plat de Moustier, vert, à décor de grotesques, et deux lithographies de Cicéri, représentant des vues de Crocq. Ces estampes sont devenues rares ; l'auteur avait fait un séjour dans la Creuse et déjà nous possédions plusieurs de ses dessins originaux, pris dans le pays, qui nous avaient été offerts par le regretté A. Rouart, dont on ne saura jamais trop rappeler la grande générosité pour notre Musée.

BIBLIOTHÈQUE. — M. Emile Mâle, membre honoraire, a bien voulu nous adresser le volume qu'il vient de publier sous le titre L'art allemand et l'art français du moyen âge.

M. le Président analyse cette remarquable étude et en lit plusieurs passages. Avec la claire érudition et le charme de la forme qui rendent si attachants les travaux de M. Mâle, le livre apporte l'irréfutable démonstration que l'art germanique a été fait d'imitations et met en lumière l'influence prépondérante de la France dans le développement artistique du moyen âge.

M. le Président analyse ensuite un érudit travail de M. Chénon, membre honoraire, sur Le pays de Berry et le détroit de sa coutume, offert par l'auteur à notre Bibliothèque, en même temps que la 12e série de ses Notes archéologiques et historiques sur le Bas-Berry. Il en sera rendu compte dans nos Mémoires.

M. Louis Laroche nous a donné la collection du Tour du monde, depuis l'origine (1860) jusqu'à 1896.

En souvenir de son frère Paul Lemoine, don a été fait des livres de celui-ci par notre collègue, M. Henri Lemoine. Des ouvrages d'architecture, d'art, d'archéologie, d'histoire, de littérature, choisis avec goût, et dont plusieurs sont précieux et rares, composent cette bibliothèque. Il est décidé qu'elle constituera un fonds spécial sous le nom de Fonds Paul Lemoine.

M. Henri Hugon nous a envoyé le tirage à part d'une étude qu'il vient de publier dans la Revue tunisienne, sous le titre : Notes sur trois contes tunisiens d'un officier français, J. Lugan, 1834.

Des remerciements sont votés aux donateurs.

LECTURE. — Lecture est faite d'un article, destiné à nos Mémoires, de M. Roger Drouault, membre correspondant, sur les serfs des seigneuries de Magnat et de Montvert, d'après un terrier du XVIe siècle.

— Notre collègue, M. Henri Hugon, nous a envoyé trois charmants dessins à la plume, qu'il avait faits, dans sa jeunesse, à Guéret, en 1877. L'un représente le rocher surmonté d'une croix, dit la Croix des bois, dans la forêt de Chabrières, l'autre la croix sculptée qui se trouve à Lardillier, commune de La Chapelle-Taillefert, dont il a été parlé à la séance du 21 octobre 1915 (voir plus haut, p. XIII), le troisième la croix de Lorette près Guéret.

Cette dernière croix n'est plus dans l'état où l'a représentée M. Hugon ; elle a été brisée et on n'en trouve que des restes. Son soubassement paraît être du XVe siècle. Elle s'élevait dans le bas de la montagne de Maupuy, à droite de la route ancienne de Bénévent-l'Abbaye. Elle a donné son nom à toute la partie de terrain avoisinante et on le voit écrit sur la borne indicatrice placée par le service vicinal à la jonction de la route actuelle de Bénévent et de l'ancienne route.

A l'occasion de ce dessin, M. Louis Lacrocq a envoyé une note indiquant qu'il y avait, au XVIIIe siècle, à côté de l'emplacement de la croix, une chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de Lorette. Le Pouillé de Nadaud (éd. Lecler, p. 548) la mentionne comme « chapelle rurale ». C'était, apparemment, un de ces très modestes oratoires qu'on trouvait, autrefois, dans les campagnes, en si grand nombre.

Nous savons, par le Processional à l'usage de la congrégation des Pénitents blancs de la ville de Guéret, édité à Limoges, chez Pierre Chapoulaud, en 1767, que cette confrérie y allait en procession le premier dimanche de mai. Ce petit livre contient, en effet, p. 38-46, sous le titre : « Quatrième procession pour le premier dimanche de may en allant à Laurette », les chants qui accompagnaient cette cérémonie. Les pénitents entendaient la messe à la chapelle et revenaient par le faubourg Chênevert, à l'entrée duquel ils disaient le Miserere.

Cette procession se faisait encore en 1789. Dans les minutes de Me Polier, notaire à Guéret, M. Louis Lacrocq a trouvé la disposition suivante au testament de Jean-Baptiste Baret, sieur de Champegaud, conseiller au présidial, dressé le 20 avril 1789 : le testateur, en léguant 300 livres aux Pénitents, stipule qu'ils devront « passer par le chemin de Champegaud, le premier dimanche de mai de chaque année, pour se rendre à la chapelle de Lorette, où ils ont accoutumé d'aller en procession, de faire une station audit lieu, à l'endroit où ledit sieur testateur a fait dresser une croix et, là, y réciter, en sa commémoration, un De profundis et un Miserere pour le repos de son âme ».

— M. Mozer analyse, d'après un exemplaire imprimé en sa possession, la liste électorale des notables du département de la Creuse pour l'an IX, formée d'après les dispositions de la loi du 13 ventôse an IX concernant la formation et le renouvellement des listes d'éligibilité prescrites par la Constitution.

Cette liste comprenait 504 noms, dont 149 pour l'arrondissement de Guéret, 185 pour celui d'Aubusson, 78 pour celui de Bourganeuf et 92 pour celui de Boussac.

Y figuraient : le préfet de la Creuse, Musset ; le secrétaire général, Bazennerie ; les conseillers de préfecture, Michellet, Grand et Jouillietton ; les sous-préfets d'Aubusson, de Bourganeuf et de Boussac ; les deux membres du Corps Législatif, Barailon, électeur à Chambon, et Bord, électeur à Vallières.

Elle comptait : 14 conseillers généraux, 17 conseillers d'arrondissement, 71 maires, 40 magistrats, 28 juges de paix, 14 avoués, 15 hommes de loi, 51 notaires, 14 médecins ou officiers de santé, 44 militaires de tous grades, 8 prêtres, 58 propriétaires, 10 commerçants et 3 cultivateurs.

Parmi les 67 électeurs de la commune de Guéret, nous relevons les noms de :

Bonnyaud père, 65 ans, suppléant au tribunal de 1re instance ;
Bonnyaud, Joseph, fils, 33 ans, substitut du commissaire du gouvernement au tribunal criminel ;
Cusinet, 40 ans, receveur général des contributions ;
Dumarest, François, 52 ans, président du tribunal de 1re instance ;
Dumarest, Etienne, 45 ans, chef de bataillon ;
Fayolle, Joseph, 63 ans, conseiller général ;
Gentil-Lavaud, 29 ans, ancien aide de camp ;
Grellet-Beauregard, 51 ans, juge d'appel ;
Gudin, Louis, 50 ans, chef de brigade ;
Laroche, 33 ans, greffier du tribunal de 1re instance ;
Perdrix, 36 ans, juge de paix ;
Peyronneau père, 70 ans, homme de loi ;
Peyronneau fils, 46 ans, jurisconsulte ;
Polier, 48 ans, notaire ;
Purat aîné, 52 ans, marchand et adjoint ;
Purat, J.-B.-André, 50 ans, président du Tribunal criminel ;
Sudre, 52 ans, curé de Guéret ;
Thonnelier, 31 ans, payeur-général ;
Tournyol-Duclos, 66 ans, propriétaire ;
Vollant, 34 ans, notaire ;
Voysin-Gartempe, 42 ans, juge d'appel démissionnaire.

Dans les autres localités du département, nous trouvons les noms connus de :

Assollant, 58 ans, médecin (Banize) ;
Bandy-Nalèche, 45 ans, chef de la 13e division de gendarmerie (Felletin) ;
Barailon, Claude-Evariste, 24 ans, officier de marine (Chambon) ;
Barailon, Théodore, 23 ans, médecin (Chambon) ;
Barailon, Boniface, 27 ans, officier de génie (Chambon) ;
Barailon, René-Annet, 50 ans, substitut du commissaire du gouvernement pour le 2e arrondissement près le tribunal criminel (Chambon) ;
Berger, Etienne, 55 ans, notaire (Bourganeuf) ;
Berger, J.-B., 45 ans, juge suppléant au tribunal (Bourganeuf) ;
Bertrand, 52 ans, notaire (La Celle-Dunoise) ;
Cornudet, 83 ans, conseiller général démissionnaire (Crocq) ;
Coutisson, J.-B., 38 ans, maire (Royère) ;
Coutisson, ex-représentant (Gentioux) ;
Delaseiglière père, 68 ans, notaire (Aubusson) ;
Delaseiglière fils, 38 ans, juge suppléant au tribunal (Aubusson) ;
Delor, 30 ans, officier en Egypte (Dun) ;
Desainthorent, Gabriel, 63 ans, maire (Boussac) ;
Desainthorent, Jean, 51 ans, maire (Leyrat) ;
Espagne, 33 ans, général de brigade (Aubusson) ;
Faure-Cosnac, 46 ans, capitaine de vaisseau (Vidaillat) ;
Forgemol, François, 30 ans, militaire (La Souterraine) ;
Forgemol, Jacques-Jean, 34 ans, propriétaire (La Souterraine) ;
Furgaux-Dufaux, 54 ans, propriétaire (Aubusson) ;
Jorrand, 45 ans, conseiller général (Moutier-d'Ahun) ;
Lasnier-Desbarre, Alexis, 40 ans, juge d'appel (La Celle-sous-Gouzon) ;
Lasnier-Desbarre, 65 ans, chirurgien (La Celle-sous-Gouzon) ;
Martinet, Jacques, 53 ans, adjoint (Jarnages) ;
Martinet, J.-B., 32 ans, lieutenant (Evaux) ;
Mathivet, 32 ans, chef de bataillon (Saint-Médard) ;
Mazéron, 45 ans, avoué (Evaux) ;
Métadier père, 52 ans, notaire (La Souterraine) ;
Métadier fils aîné, 30 ans, homme de loi (La Souterraine) ;
Michaud, J.-B., 31 ans, chef d'escadron (Boussac) ;
Montaudon, Charles, 42 ans, propriétaire (La Souterraine) ;
Montaudon, J.-B., 55 ans, conseiller général (La Souterraine) ;
Mourlon, 48 ans, notaire (Chambon) ;
Pineau, 53 ans, juge de paix (Jarnages) ;
Rouchon-Mazerat, 25 ans, propriétaire (Pontarion) ;
Tixier-Lachapelle fils aîné, 44 ans, propriétaire (Jarnages) ;
Tixier-Lachapelle père, 62 ans, conseiller d'arrondissement (La Chapelle-Saint-Martial).

M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :

« D'après le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (t. IV, 1re livraison, 1852), M. Grellet-Dumazeau, né à Aubusson, parent de M. de Bougainville, imagina un bateau plongeur destiné à coopérer aux reconnaissances des côtes sud de l'Angleterre. L'idée était heureuse ; le plan, bien conçu, fut adressé à l'Institut. Gaspard Monge répondit à l'auteur le 26 thermidor an XII qu'il ferait lui-même le rapport sur cette invention. »

— M. Lafay a recueilli des renseignements sur un établissement industriel de la Creuse dont il a été question à la dernière séance (voir ci-dessus, p. LXVI).

Il existait, au début du XIXe siècle, sur le territoire de la commune de Saint-Sébastien, près du hameau de Coupié, une verrerie établie par un étranger nommé Wasmer, originaire de la Forêt-Noire. Elle était située à peu de distance du ruisseau l'Abloux, dont on utilisait les sables, et de la forêt de Faisceau qui fournissait le combustible.

On a perdu le souvenir précis de la date de sa fondation et celle de sa fermeture qui doit se placer vers 1820. Il existait, il y a une vingtaine d'années, des personnes portant le nom de Wasmer à Saint-Sébastien et à Bazelat. Aujourd'hui on trouve encore des descendants de cette famille, mais ils portent d'autres noms, notamment une arrière-petite-fille du fondateur de la verrerie, Mme Paturaud-Malesset, habitant le bourg de Saint-Sébastien. Sa grand'mère, née en 1815, avait conservé le souvenir du fonctionnement de la verrerie.

Wasmer avait fait venir plusieurs ouvriers de la Bohême, afin d'initier les ouvriers du pays au travail du verre. Certains d'entre eux s'étaient établis dans la région et y ont fait souche ; il existe, paraît-il, de leurs descendants dans l'Indre.

La verrerie était chauffée au bois ; elle en consommait en moyenne douze stères par jour. On y fabriquait surtout des verres à boire et des pots. On fabriquait également de la verroterie (bagues, bracelets, par exemple), mais c'était pour faire des cadeaux aux enfants, afin de s'attirer des clients.

Tous ces objets étaient le plus souvent en verre très ordinaire ; on les promenait sur de grandes voitures et l'on en vendait assez loin dans le Berry, la Marche et le Limousin. Plusieurs familles de Saint-Sébastien en possèdent encore quelques échantillons ; trois, ainsi qu'il a été dit plus haut, viennent d'entrer au Musée.

Les matières premières nécessaires à la fabrication du verre étaient achetées dans la région autant que possible ; on achetait notamment toutes les cendres qu'on pouvait trouver dans le pays.

Il ne reste rien actuellement des bâtiments de la verrerie ; son emplacement a été transformé en prairie. Elle a été démolie jusque dans ses fondations et les pierres auraient été employées à la construction du clocher de l'église d'Argenton. Il existe cependant encore un petit bâtiment annexe de la verrerie qu'on appelait le « salin » et où l'on mettait les matières premières nécessaires à la fabrication du verre. Ce bâtiment est situé à une trentaine de mètres de l'emplacement de la verrerie ; il est en bon état et appartient à une personne de Coupié.

Le souvenir de la verrerie a été conservé par les personnes âgées de la commune de Saint-Sébastien, mais il tend à se perdre de plus en plus.

— M. Louis Lacrocq a extrait d'un ouvrage appartenant à notre bibliothèque, le Livre de poste pour l'an 1845 (Paris, Imprimerie Royale), les renseignements suivants intéressant la Creuse ; ils donnent la liste de relais qu'on trouvait sur les routes de notre département :

Route de Châteauroux à Clermont-Ferrand. — Relais à Genouillat, Pierre-Blanche (commune de Jarnages), Chénérailles, Aubusson, Les Poux (commune de Saint-Avit-de-Tardes), La Villeneuve.
Route de Paris à Limoges, par Orléans et Vierzon. — Relai à La Souterraine.
Route de Limoges à Clermont-Ferrand. — Relais à Bourganeuf, Charbonnier (commune de Saint-Georges-la-Pouge), Aubusson, Les Poux, La Villeneuve.
Route d'Aubusson à Evaux. — Relais à Chénérailles et Gouzon.
Routes de Moulins à Bordeaux. — 1re route, « par Drouille » ; relais à Gouzon, Pierre-Blanche, Guéret, Drouille (commune de Saint-Eloi), Bourganeuf. — 2e route, « par La Souterraine » ; mêmes relais jusqu'à Guéret, puis relais aux Trois-et-demie (commune de Fleurat), et à La Souterraine.
Route de Paris à Toulouse, par Bourges et Guéret. — Relais à Genouillat, Guéret, Drouille et Bourganeuf.
Route de Tours à Lyon par Châteauroux et Guéret. — Relais à Genouillat, Guéret, Pierre-Blanche, Gouzon.

Le service des relais était, on le sait, assuré par des « maîtres de poste ». Les voitures, pour lesquelles ces derniers devaient fournir des chevaux, se classaient en trois catégories ou « divisions » :

1re division. — Chaises ou cabriolets ; petites calèches à un seul fond, avec timon.
2e division. — Limonières (voitures fermées et coupés et calèches avec brancard).
3e division. — Berlines (voitures fermées ou non à deux fonds égaux et calèches à deux fonds avec timon).

Suivant la catégorie, le nombre de chevaux réglementaire allait de 2 à 6.

Le Vice-Secrétaire : PAUL MOZER.

[Illustration : La Croix de Lorette, près Guéret, en 1877 (Dessin de M. H. Hugon)]

 

 

SÉANCE DU 12 JUILLET 1917

Présidence de M. DES CHEISES, président.

Présents : MM. Autorde, de Beaufranchet, Fargeas, Gallerand, Louis Lacrocq, Lafay, Marc de Lajaumont, Pâquet, Pichon, Sauty, Wuiet.

Excusés : MM. Arrivière, docteur Bordier, Roger de Lajaumont, Pluyaud, Wallet.

M. le Président annonce que le dernier Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne nous a appris la mort d'un de nos plus anciens membres correspondants, M. Louis Duval. Avant d'occuper le poste d'archiviste de l'Orne, son département natal, M. Duval avait été archiviste de la Creuse. Grand travailleur, il a marqué son séjour ici par d'importantes publications sur notre histoire locale : Les Chartes communales et franchises locales du département de la Creuse, éditées par les soins de notre Société, les Cahiers de la Marche, les Archives révolutionnaires, les Esquisses marchoises. Il n'a jamais oublié la Creuse et, dans sa laborieuse retraite, il nous envoyait encore un article en 1913. M. le Président adresse à sa mémoire l'hommage de la Société.

Nous avons également à déplorer la perte, survenue depuis notre dernière réunion, d'un de nos membres titulaires, M. Charles Guillermin, officier de cavalerie de réserve, décédé à Guéret, à l'âge de 44 ans, le 11 juin 1917, après une longue maladie contractée sur le front. Une citation à l'ordre du jour a signalé ses excellents services et le sentiment du devoir qui l'animait. Il laisse d'unanimes regrets. M. le Président adresse à ses parents, si cruellement éprouvés, les vives et respectueuses condoléances de la Société.

BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu les tirages à part de l'étude que M. Antoine Thomas a consacrée, dans les Annales du Midi, à un Marchois, Jean Barton, premier président à Bordeaux au XVe siècle ; il en sera rendu compte dans nos Mémoires.

Nous avons acheté une brochure de 47 pages, publiée en 1857, à Clermont-Ferrand, chez Thibaud, par les soins de M. Grange : l'Histoire de l'antique ville d'Ahun, en la province de la Marche, chronique du XVe siècle, due à Evrard, notaire à Ahun. Ce curieux document, bien connu, du reste, est suivi d'une légende de saint Silvain et d'« Odes saphiques » en l'honneur de ce saint. Le cahier manuscrit appartenant à M. Jorrand, d'Ahun, sur lequel la copie de M. Grange avait été faite, contenait aussi une délibération des habitants d'Ahun, de septembre 1765, qu'a reproduite la brochure. Il a paru bon de la faire entrer dans notre fonds local quoiqu'elle ait perdu de son intérêt depuis la réédition que M. le chanoine Lecler a faite, avec les compléments qui viennent d'être indiqués, de la chronique d'Evrard, dans les Archives historiques du Limousin (tome IV, pp. 5-45), sur la copie d'Aug. Bosvieux.

COMMUNICATIONS. — M. Fabreguettes nous a signalé une découverte archéologique récemment faite au lieu dit Les Chiroux ou Les Chirons, commune de La Cellette.

En arrachant un vieux châtaignier, un cultivateur a trouvé quatre gros blocs cylindriques en granit, disposés en carré, et au milieu un cinquième bloc, arrondi aussi, mais plus petit, muni, celui-ci, d'un couvercle évidé, également en granit, de forme conique. Toutes ces pierres présentent, à leur partie supérieure, un orifice de 0.20 cm. de diamètre sur 0.17 de profondeur.

M. Fabreguettes a examiné cette trouvaille et reconnu des boîtes de sépulture gallo-romaines du type habituel à notre région, qui étaient destinées à recevoir les urnes, en terre ou en verre, contenant les cendres et les restes d'ossements. (Cf. la Table générale des quinze premiers volumes de nos Mémoires, pp. 13-15, et au présent tome, pp. 349-342, la note de M. Valadeau sur la sépulture de Chazette, commune de Montaigut-le-Blanc).

Les boîtes étaient vides et il n'a été trouvé trace, à côté d'elles, ni de caisses de bois munies de clous de fer, ni d'armes, ni d'ustensiles d'aucune sorte.

La découverte a été faite à peu de distance de l'endroit où, aux abords de Lâge-Basse, même commune de La Cellette, M. Fabreguettes a reconnu des vestiges de constructions gallo-romaines. D'après les renseignements qu'il a recueillis, une découverte de boîtes en pierre, semblables à celles qui viennent d'être décrites, a été faite au Mas, même commune, il y a environ quatre-vingts ans ; les boîtes ont été employées par les paysans comme mortiers pour piler les grains.

M. le comte de Beaufranchet indique qu'il y a environ quinze ans des sépultures identiques furent trouvées, dans la même région, à Tournesac, commune de Bétête ; les boîtes renfermaient des urnes en terre.

M. le Président en a vu, toujours du même type, trouvées, il y a une dizaine d'années, à l'Age-au-Seigneur, commune du Grand-Bourg, dans le domaine du Mouletier. Une urne en verre y était contenue. Dans un bois voisin, il y avait des scories abondantes qui paraissaient provenir d'une verrerie.

— M. Autorde signale, d'après les indications que lui a fournies M. Defressigne, instituteur au Bourg-d'Hem, la découverte, dans cette localité, en dehors du cimetière, d'un squelette placé la face contre terre.

Il se demande s'il ne faut pas voir dans cette position anormale une marque d'infamie infligée au cadavre, ce qui se concevrait, par exemple, pour celui d'un supplicié.

— M. Louis Lacrocq présente la communication suivante :

« M. Emile Chénon, membre honoraire de notre Société, a fait, à la Société des Antiquaires de France, d'intéressantes remarques au sujet des testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI et publiés par M. Alexandre Tuetey, en 1880, dans la collection des Documents inédits sur l'histoire de France (Mélanges historiques, tome III, p. 241-704). Un de ces testaments, dont M. Chénon a parlé à la séance du 17 février 1915 (Bull. Antiq. France, 1915, pp. 136, 137), apporte une contribution à notre histoire locale : c'est celui de Guillaume de Chamborand, écuyer de corps de Charles V, puis de Charles VI.
» M. Tuetey (loc. cit. p. 295, 296) a donné quelques détails biographiques sur ce personnage, puisés aux Archives Nationales. Guillaume de Chamborand sut gagner la confiance des rois qu'il servit et ils le récompensèrent par des dons importants. Vers octobre 1391, Charles VI le chargea d'une mission en Italie. En 1384, il eut un démêlé, dont le point de départ fut une scène violente au Louvre, avec Evrard de Trémagon, évêque de Dol. Il fit son testament à Paris, devant deux notaires du Châtelet, le 22 février 1400.
» On peut induire des dispositions qui y sont contenues que Guillaume de Chamborand était célibataire, car aucune mention de femme ou d'enfant n'y est faite. Il institue pour héritier universel Pierre de Chamborand, son frère, et, à son défaut, les petits-enfants de celui-ci, fils de feu Foucaud de Chamborand. Il règle minutieusement les détails de ses funérailles, fait des dons à ses serviteurs, lègue à chascun mesnage ou feu, estans en la terre de Chamborant, vint solz tournois, autant à chascun mesnage ou jeu, estans en la terre La Valadelle (aujourd'hui La Valazelle, commune de Pionnat ?), vingt livres tournois à la fabrique de l'église de Chamborant. Mais la partie la plus curieuse du testament est celle relative à la sépulture de Guillaume de Chamborand.
» Il veut reposer près du maître-autel, dans le chœur de l'église des Ternes, qu'il appelle l'église de La Terne, qui est de l'ordre des Célestins au diocèse de Limoges. Sa tombe sera de pierre ; elle aura un pied et demi de hauteur ; il y sera représenté armé de ses armes ; une inscription indiquera son nom, son titre, la date de sa mort. Au-dessus de la tombe, sur le mur, on peindra une ymage, belle et bien faicte, de Notre-Dame, tenant l'Enfant Jésus dans ses bras, et Guillaume de Chamborand, devant elle, à genoux, mains jointes, présenté par saint Jean-Baptiste et saint Guillaume. Au dessous de cette peinture, une plaque de cuivre mentionnera le nom du testateur et la messe perpétuelle qu'il fonde pour lui, ses feux père et mère, amis, parens et bienfaiteurs. Il lègue au monastère des Ternes 600 livres tournois pour la messe et pour l'entretien de la sépulture.
» Le programme iconographique, ainsi tracé par Guillaume de Chamborand, mérite quelque attention. Quoique le testament ne précise pas la forme de la statue, il est vraisemblable qu'il devait être représenté en gisant, ce qui est conforme aux habitudes de la fin du XIVe siècle, mais la figuration, dominant la tombe, de la Sainte Vierge et des deux saints intercesseurs est une rareté à cette époque.
» Si l'on se rappelle l'importance du monastère des Ternes, la générosité que lui témoignaient de grands personnages, on s'explique que Guillaume de Chamborand l'ait choisi pour sa dernière demeure. Il changea cependant d'avis son testament fait. Un codicille du 1er mars 1401 contient cette simple et touchante phrase : Je ayme mieulx estre à Chamborant enterré pres de monseigneur mon père..., et stipule que le legs fait aux Ternes est transporté à l'église de Chamborant, rien n'étant modifié à l'ordonnance de la sépulture.
» Si celle-ci a été édifiée, elle a été, comme tant d'autres, détruite, et on n'en a pas signalé de débris, à notre connaissance. »

— M. le comte de Beaufranchet présente deux photographies l'une d'une porte ancienne, l'autre d'un auvent, également ancien, qui se trouvent à Châtelus-Malvaleix, dans des maisons de la famille Boiron.

La porte est en granit et de style Renaissance. Elle offre deux colonnes plates ornementées, de faible relief, engagées dans les piédroits et couronnées par un chapiteau à volutes. Le linteau comprend deux entablements en saillie entre lesquels se trouve un cordon de grosses billettes ayant en son milieu un mascaron. Au-dessus du linteau, une large coquille occupe l'espace correspondant sensiblement au vide de la porte ; à la partie inférieure de cette coquille, un écusson contient l'initiale A et la date 1574. Un entablement en saillie surmonte la coquille. Entre le linteau et cet entablement, deux statuettes en relief se dressent dans le prolongement des colonnes. Celle de gauche figure un personnage les bras croisés sur la poitrine, vêtu seulement d'une sorte de pagne. Celle de droite représente une femme vêtue d'une robe à très larges plis superposés, tenant un instrument de musique qui a l'apparence d'une viole. Ces sculptures sont grossièrement faites.

M. le comte de Beaufranchet fait remarquer la ressemblance d'attitude et de facture qui existe entre ces sculptures et celle trouvée à Moisse, dont il a communiqué une photographie à la séance du 18 janvier dernier (voir procès-verbal p. LVI), laquelle, à raison des mouturages qui l'accompagnent, semble avoir un caractère gallo-romain. Il ne croit pas qu'il y ait eu remploi, dans la porte de la maison Boiron, de fragments d'une provenance étrangère. Le travail paraît fait d'ensemble.

M. Autorde pense que la ressemblance peut être expliquée par l'imitation qu'aurait faite le sculpteur de la porte, évidemment peu habile, de types de sculptures anciennes qu'il a eus sous les yeux.

La seconde photographie présentée par M. de Beaufranchet montre un auvent simple et pittoresque, accolé au mur latéral d'une maison et reposant, à son extrémité, du côté de la rue, sur une demi-colonne de granit à chapiteau sans ornement, élevée sur une murette.

— M. le Président donne les indications suivantes sur le mouvement musical à Guéret au siècle dernier :

En 1841, un certain nombre d'amateurs se réunirent pour former sous le nom de Société philharmonique de Guéret, une association artistique ayant pour but de faire de la musique et de donner des concerts.

Les statuts, dont il existe une copie aux Archives départementales, furent arrêtés le 14 mars 1841. La société comprenait des membres titulaires, astreints à une cotisation annuelle de 18 francs, et des membres souscripteurs auxquels étaient exclusivement réservés les quatre concerts suivis de bal que la société se proposait de donner chaque année ; l'abonnement, pour l'année musicale, était fixé à 8 francs par personne avec réduction pour les abonnements de famille.

Dès le début, la Société comprenait 30 membres titulaires. Elle avait pour président M. Niveau, avoué ; pour vice-président M. Louis Jarrit-Delille, avocat, plus tard maire de Guéret et député de la Creuse.

A la fin de 1842, elle eut la bonne fortune de pouvoir confier sa direction à un musicien de valeur, Eugène Chaine, premier prix de violon du Conservatoire de Paris, né le 1er décembre 1819 à Charleville (Ardennes), où son père Claude-Vincent Chaine, était professeur de musique. Deux délibérations du conseil municipal de Guéret (8 novembre 1841, 9 novembre 1842) renseignent sur la venue de Chaine dans notre ville : il avait été sollicité par le principal du collège de se fixer à Guéret comme professeur et le principal lui garantissait un minimum de 350 francs pour le cours qu'il ferait dans son établissement. Chaine demandait, en outre, une indemnité de 200 francs pour son déplacement et ses frais d'installation. Le président de la Société philharmonique sollicita du Conseil municipal le vote de cette somme sur les fonds communaux, « dans l'intérêt de l'art musical qu'on ne saurait trop propager ». Le Conseil vota un crédit de 100 francs seulement. Chaine n'accepta pas cette solution, mais les pourparlers reprirent l'année suivante, et toujours à la sollicitation de la Société philharmonique, le Conseil porta le crédit au chiffre demandé de 200 francs.

Eugène Chaine resta plusieurs années à Guéret et s'y maria le mars 1847, avec Anne Simonnet ; il quitta notre ville pour aller à Poitiers, où il fut chef d'orchestre des concerts classiques d'une importante société musicale. Sous son intelligente impulsion, la Société philharmonique de Guéret resta, aussi longtemps que les circonstances le permirent, fidèle au programme que lui traçaient ses statuts. Des concerts suivis de bals furent donnés régulièrement chaque année, mais, vers 1848 ou 1849, des vides trop nombreux s'étant produits dans l'orchestre, répétitions et concerts furent interrompus et, pendant les années qui suivirent, la société cessa, en fait, d'exister.

Ce n'est qu'en 1857 qu'elle reprit son activité et un nouvel essor, sous la présidence de M. Jarrit-Delille, alors maire, avec M. Félix Sineau comme chef d'orchestre. Lauréat du Conservatoire de Paris, premier violon des Concerts du Conservatoire, Félix Sineau (né à Châteauroux le 28 octobre 1828) venait de s'installer comme professeur de musique à Guéret, où, pendant de longues années, il s'est consacré à la formation musicale de plusieurs générations avec zèle et talent (il est mort à Guéret le 13 janvier 1896).

La société donna un certain nombre de concerts, qui avaient lieu au théâtre, puis elle se désorganisa, de nouveau, vers 1860. Elle ne fut pas dissoute cependant. Plusieurs de ses membres continuèrent de se réunir dans l'intimité pour faire de la musique de chambre. La société conservait, du reste, en attendant des jours meilleurs, son fonds de partitions et d'instruments dont la garde avait été confiée au dernier conservateur élu, M. Léon Desjardins, artiste peintre. Ce fut, pour celui-ci, l'occasion d'un procès qu'il eut à soutenir, en 1882, contre une nouvelle Société philharmonique qui venait de se fonder, sous la direction d'un musicien distingué, Gabriel Desmoulins (né à Limoges le 28 février 1842), organiste de l'église paroissiale et professeur de piano. Cette société se prétendait fondée à demander la remise entre ses mains du fonds social créé par sa devancière. Un jugement du tribunal de Guéret, du 19 juillet 1882, rejeta cette prétention.

Cet incident provoqua une tentative de réorganisation de l'ancienne Société philharmonique, mais ni elle, ni la nouvelle, qui donna deux ou trois concerts, ne réussirent à vivre. Elles n'existent plus, depuis bien des années, qu'à l'état de souvenir.

Le Secrétaire : Louis LACROCQ.

 

 

SÉANCE DU 25 OCTOBRE 1917

Présidence de M. DES CHEISES, président

Présents : MM. Autorde, de Beaufranchet, Dr Bordier, Ferrier, Faure, Gallerand, Louis Lacrocq, Lafay, Marc de Lajaumont, Mozer, de Nedde, Pâquet, Pichon, Pluyaud, Sauty.

Excusé : M. le Dr Treille.

M. Emile Dévilette, officier de la Légion d'Honneur, à Paris, présenté par MM. Finet et Pichon, et M. Gabriel Quellet, imprimeur à La Souterraine, présenté par MM. Autorde et Louis Lacrocq, ont été admis par le bureau comme membres titulaires. Cette admission est ratifiée.

M. Octave Polier, capitaine au 91e territorial, a obtenu une nouvelle citation ; M. Gabriel Adenis, lieutenant au 90e territorial, a été également cité deux fois à l'ordre du jour.

M. le Président, se faisant l'interprète de la Société, adresse ses félicitations à nos collègues.

Il est décidé qu'à la publication régulière des Mémoires, la Société joindra celle, à des dates variables de volumes consacrés à des travaux particulièrement importants. A cet effet, sur la somme qui restera en excédent des dépenses annuelles, il sera prélevé une réserve qui fera l'objet d'un article spécial du budget.

VŒU. — M. Charles Le Gendre, membre correspondant, a appelé l'attention de la Société sur l'intérêt qu'offrirait, pour l'œuvre si utile du reboisement, une exemption d'impôts accordée aux œuvres forestières.

La Société donne à cette idée sa complète approbation et émet le vœu suivant :

Il est désirable que les pouvoirs publics décident que les Sociétés par actions, dites œuvres forestières, constituées dans le but de concourir à la rapide reconstitution de nos forêts, soient exemptées pendant trente années de tout impôt direct ou indirect.

BIBLIOTHÈQUE. — M. Emile Grenier, avocat à Montluçon, nous a fait don des deux études-conférences qu'il a publiées, en 1913, sur Achille Allier (1807-1836). Elles contiennent une biographie documentée et un examen très intéressant des travaux de ce remarquable montluçonnais, journaliste et littérateur mêlé au mouvement romantique, artiste dont le crayon et le pinceau reproduisaient les sites et les types locaux, les légendes des saints bourbonnais, érudit qui aima passionnément sa province et voulut élever à sa gloire deux grands ouvrages, les Esquisses bourbonnaises et l'Ancien Bourbonnais. Amateur de paysages pittoresques, il était attiré notamment, dit M. Grenier, « par les communes avoisinant le département de la Creuse ».

M. Antonin Ravoux, procureur de la République à Guéret, membre de la Société scientifique et agricole de la Haute-Loire, nous a fait don de l'étude qu'il a consacrée, sous forme de conférence faite au Puy, en 1911, à l'Affaire Marcellange. C'est un exposé, clair et alerte, de ce procès criminel qui compte parmi les causes célèbres et dans lequel plaida un avocat de Limoges, Théodore Bac.

M. Louis de Nussac nous a envoyé le tirage à part d'un article (extrait du Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, année 1917), contenant des renseignements inédits sur un corrézien illustre, Charles de Lasteyrie (1759-1849), dont l'extraordinaire activité intellectuelle a touché à tout et qui fut, notamment, l'introducteur de la lithographie en France ; il était le grand-père de notre éminent membre honoraire, M. Robert de Lasteyrie.

Enfin, nous avons reçu de M. Charles Jannet trois travaux d'histoire naturelle : Le Volvox (1912), Note préliminaire sur l'œuf du volvox globator (1914), Sur la phylogénèse de l'orthobionte (1916) ; — de MM. Henri de Lavillatte et Louis de Nussac, les tirages à part des articles qu'ils ont publiés dans le deuxième fascicule du tome de nos Mémoires en cours.

Des remerciements sont adressés aux donateurs.

ENQUÊTE SUR LA GUERRE. — M. le Président rappelle l'enquête ouverte par la Société sur les événements relatifs à la guerre et ses diverses répercussions dans notre département. (Voir la circulaire qui a paru à ce sujet dans nos Mémoires au présent tome, pages 249-251.) Il prie instamment les membres de la Société d'apporter leur contribution à cette enquête, en faisant remarquer qu'il y a intérêt à recueillir au jour le jour beaucoup de renseignements qu'il sera difficile de se procurer la guerre finie.

— M. Louis Lacrocq lit une notice, établie sur le plan de la circulaire, pour la commune de La Celle-Dunoise, relatant les événements et les faits économiques et administratifs d'août 1914 à septembre 1917.

La rédaction de notices analogues, pour d'autres communes, sera provoquée. M. de Beaufranchet se charge de rédiger la notice pour Genouillat, M. Pluyaud la notice pour Saint-Quentin.

COMMUNICATIONS. — M. Octave d'Abzac a bien voulu nous adresser la notice suivante sur l'exploitation de la tourbe dans la Creuse :

« La crise du charbon a attiré l'attention sur les services que la tourbe pourrait rendre comme combustible.
» Aucune statistique ne précise l'importance et le nombre des dépôts de tourbe. On se borne à écrire qu'il y a en France 31 départements possédant des tourbières dont la superficie totale est évaluée à 30.000 hectares selon les uns, à plusieurs dizaines de milliers d'hectares suivant les autres.
» Quoiqu'il en soit de ces renseignements approximatifs, nous estimons que la Creuse occupe un bon rang parmi les départements tourbeux. Trois cantons notamment, ceux de Royère, Gentioux et La Courtine, qui forment une longue zone délimitant la partie nord-ouest du plateau de Millevaches, possèdent des dépôts considérables de tourbe. Le canton de Gentioux est certainement le plus riche ; la tourbe de Pallier, commune de Gentioux, est réputée la meilleure de la contrée.
» A quelle époque remonte l'exploitation des tourbières dans cette partie de la Creuse ? Nous pensons répondre à cette question par l'explication qui suit.
» On sait que la forêt de La Feuillade, qui s'étend actuellement sur les communes de Faux-la-Montagne, La Villedieu, Royère, (Creuse) et Beaumont (Haute-Vienne), recouvrait, au XVIe siècle une bonne partie de la région ; elle était reliée aux Monédières de la Corrèze par des bois ininterrompus.
» L'incendie de 1575, suivant M. l'abbé Laborde, de 1589, d'après M. Clément Simon, détruisit les Monédières et les trois quarts de La Feuillade. C'est de ce sinistre que date l'aspect dénudé que l'on constate en parcourant la région. On aperçoit encore, sur les pentes les plus opposées, jusqu'au mont Audouze et sur d'autres monts, ceux-ci du canton de La Courtine, des vestiges d'énormes troncs de chênes qui ont été dévorés par le feu.
» Avant le grand incendie de 1589, le bois était très abondant et l'on peut admettre qu'il n'était pas nécessaire de recourir à la tourbe. Nous croyons donc que l'emploi de la tourbe, dans les trois cantons creusois dépendant du plateau de Millevaches, n'a commencé qu'après l'incendie des bois et de la forêt de La Feuillade.
» Depuis cette époque, l'utilisation de la tourbe s'est maintenue et aujourd'hui son usage est général dans la « montagne », bien que le pays se soit un peu reboisé.
» C'est surtout durant l'hiver que la tourbe est employée. Les genêts, qui ont pris des dimensions exceptionnelles et ont envahi les sommets, suffisent presque à alimenter les foyers pendant l'été.
» Comme il y a trois siècles, les tourbières continuent à être exploitées d'une façon tout à fait primitive, sans travaux préparatoires ni outils coûteux : il suffit d'une simple pelle, plus longue que large.
» On creuse des mottes qui ont environ 30 à 40 centimètres de longueur sur 15 à 20 de largeur. Ces mottes restent exposées à l'air libre, à proximité de l'endroit d'où elles ont été extraites, séparées les unes des autres par quelques centimètres. Avant d'être sèches et propres au chauffage, elles séjournent sur le terrain plus ou moins longtemps, selon les saisons, mais au plus trois mois.
» C'est à tort qu'il a été avancé de divers côtés, et même à l'Académie des Sciences (23 décembre 1904), que le sol des tourbières était infécond. Des expériences locales prouvent le contraire. Pourvu que la situation du terrain permette l'écoulement des eaux par des drainages, des prairies ne manquent pas de succéder rapidement aux tourbières. C'est avec des fagots que les drains sont comblés.
» Nous citerons, à titre d'exemple, les bons prés que l'on voit à la sortie du bourg de Faux-la-Montagne, sur la route de Gentioux, et qui sont d'anciens communaux partagés il y a trente ans, et d'où la tourbe était extraite de temps immémorial. A Truffy, même commune, M. P. Léger a transformé, par le drainage, de vastes tourbières qui sont devenues d'excellentes prairies.
» En terminant, relatons que l'Office des charbons de la Haute-Vienne, en vue de contribuer au chauffage, fait exploiter des tourbières au Châtaignaud, commune de Royère, à quelques kilomètres de Peyrat-le-Château, d'où la tourbe sera dirigée sur Limoges par le tramway. »

On peut rappeler que M. Furgaud, ingénieur des mines, qui fut président de notre Société à ses débuts, a publié dans nos Mémoires (tome I, 2e partie, pp. 39-43) une Note sur la tourbe dans la Creuse, où il signalait des gisements à La Chapelle-Taillefert, La Brionne, Les Coussières, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, et Vallière. Cette note a été reproduite dans l'Annuaire du département de la Creuse pour l'année 1846 (Dugenest, éditeur), pp. 217-220.

Des remerciements sont adressés à M. d'Abzac pour son intéressante communication.

— M. Louis Lacrocq signale l'existence, dans l'église de Saint-Fiel, canton de Guéret, d'un panneau en bois suspendu au mur Nord, qui a environ 0 m. 03 d'épaisseur, 0 m. 50 de largeur et 1 mètre de hauteur ; il se termine en pointe, par un fronton que surmonte une petite croix sur une boule dorée. Le panneau, fronton compris, est peint à l'huile. Sur le fronton, on voit Dieu le Père, en buste, sortant des nuages ; au-dessous, dans la partie rectangulaire du panneau, est figurée la croix sur laquelle est posée la couronne d'épines ; deux anges agenouillés, l'un à droite, l'autre à gauche, soutiennent la croix. Cette peinture paraît être du XVIIe siècle ; on n'y voit ni inscription ni signature ; la figure de Dieu le Père est assez bien traitée ; le reste est tout à fait médiocre. Au bas du panneau est clouée une soie ancienne très abimée. Vraisemblablement, cet objet appartenait à la confrérie de la Sainte-Croix, dont M. l'abbé Dardy (Mémoires de notre Société, XI, 98) a constaté l'existence en 1605, dans l'église de Saint-Fiel.

Le Secrétaire : Louis LACROCQ.