ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 15 AVRIL 1915
La Société s'est réunie en assemblée générale le jeudi 15 avril 1915, à 2 heures, au Musée.
Présents : MM. Alévêque, Autorde, comte de Beaufranchet, de Cessac, des Cheises, Jamot, Louis Lacrocq, Marc de Lajaumont, Lefour, Gallerand, Malabout, Mozer, Pâquet, Pichon, Peyrabon, Pluyaud ; M. Chometon, dont la candidature va être proposée, assiste également à la séance.
Excusés : MM. Berger, docteur Bordier, Bellet, Georges Berthomier, Mazet et l'abbé Richard.
M. des Cheises, doyen du Conseil d'administration, prend la présidence et prononce l'allocution suivante :
« J'ai le pénible devoir, Messieurs, de vous rendre compte des décès qui se sont produits depuis la dernière assemblée générale, parmi les membres de notre société.
» Notre bureau a été particulièrement éprouvé : à quelques jours de distance, il y a deux mois, nous avons perdu notre Président, M. l'Intendant Delannoy, et notre Secrétaire, M. le Commandant Laroche, qui ont succombé, l'un et l'autre, à un âge avancé, à la suite d'une bien courte maladie. M. Delannoy laisse à la tête de notre société, un vide qu'il sera difficile de combler. Dans quelques instants, M. Louis Lacrocq voudra bien nous donner lecture de la notice biographique très complète qu'il lui a consacrée. L'éloquent discours prononcé par M. Autorde à ses obsèques, sera reproduit dans le prochain volume de nos Mémoires. Les paroles de dernier adieu que j'ai moi-même prononcées sur la tombée du Commandant Laroche, y seront également publiées.
» Un des doyens de notre Société, M. Louis Cusinet, a suivi de près MM. Delannoy et Laroche. Ancien maire de Guéret pendant les années qui ont précédé la guerre de 1870, il était surtout connu comme avocat. Inscrit au barreau de notre ville en 1854, il s'est, pendant soixante ans, consacré, avec une activité et une ardeur merveilleuses, à ses devoirs professionnels, et l'on peut dire qu'il est resté, jusqu'à la fin, sur la brèche, continuant, malgré l'âge et les fatigues, à suivre assidûment les audiences, si bien que, quelques jours à peine avant sa mort, nous l'avons entendu plaider dans une affaire civile. Par son talent de parole, par sa science juridique, sa connaissance des affaires, il a marqué sa place parmi les maîtres de notre barreau. Ses confrères garderont pieusement la mémoire de cette longue carrière, si dignement et si utilement remplie. Nous n'oublierons pas davantage l'intérêt qu'il a toujours porté à notre société, son assiduité à nos réunions, son amabilité et sa grande courtoisie.
» Enfin, Messieurs, nous avons perdu, au mois de septembre dernier, notre distingué collègue, M. Dufoussat qui, pendant dix-huit ans, a représenté la Creuse à la Haute Assemblée du Sénat.
» Né à Maisonnisses, le 10 juillet 1843, élève du petit séminaire d'Ajain, où j'ai été quelque temps son condisciple, M. Dufoussat a d'abord exercé, pendant 27 ans, à Soumans, où il s'était marié, les fonctions de notaire. Maire de Soumans depuis 1871, conseiller général du canton de Boussac de 1881 à 1895, il est entré au Sénat aux élections de 1894. Dès ses débuts, il s'était signalé à l'attention de ses collègues par un important discours dans la discussion générale du budget de l'exercice 1895. Il fit partie du bureau à titre de secrétaire pendant trois ans. Membre pendant sept ans, de la grande Commission des Finances, pendant quatre ans, de la Commission des chemins de fer et de la Commission de la Comptabilité, pendant un an, de celle de la Marine, il est intervenu à la tribune avec une compétence très remarquée, dans la discussion d'un grand nombre de projets de lois, notamment la loi sur le régime fiscal des successions, des partages d'ascendants, la loi sur la réforme du régime hypothécaire, etc. Nous ne devons pas oublier, non plus, la part active et très utile qu'il a prise, sous le ministère du général de Galliffet, par ses démarches et son intervention à la tribune, à la création de notre camp militaire de La Courtine. En 1912, il s'est retiré volontairement de la vie publique, et il ne s'est pas représenté. Nous étions heureux de compter parmi nos membres un homme de cette valeur ; nous n'en ressentons que plus vivement sa perte.
» L'effectif de notre société dépasse toujours la centaine. Si des démissions se sont produites, nous avons à enregistrer, par contre, plusieurs admissions.
» Les enfants de notre regretté président, M. Henri Delannoy et Mme Desbeaux, ont fait don à notre Société de tous les papiers scientifiques, de mathématiques, d'histoire et d'archéologie de M. Delannoy, ainsi que de son portrait photographique. Les papiers, après classement et inventaire fait par M. Louis Lacrocq, ont été déposés à la bibliothèque. Le portrait a été placé dans la salle de nos séances. Je réitère, au nom de toute la Société, les remerciements que votre bureau a déjà adressés à M. Henri Delannoy et à Mme Desbeaux.
» Mme veuve Laroche et M. Louis Laroche, son fils, viennent de faire don à notre musée de très beaux objets d'art, en souvenir du regretté commandant Laroche.
» Ces objets consistent en : 1º deux émaux anciens de Limoges, représentant saint Pierre et saint Paul, d'un dessin et d'un coloris remarquables et en parfait état de conservation ; 2º une glace ancienne d'une originale ornementation ; 3º un plat de porcelaine chinoise ; 4º un petit bronze ; 5º deux tableaux.
» Mme Laroche a bien voulu nous faire savoir, en outre, qu'elle désirait être inscrite parmi les membres de notre société. Nous la remercions respectueusement de l'honneur qu'elle nous fait en venant prendre la place laissée par notre dévoué secrétaire. Nous lui adressons, ainsi qu'à son fils, l'expression de notre gratitude pour le don qui enrichit les collections du musée, et restera le témoignage du lien étroit qui nous unissait au commandant Laroche.
» La deuxième partie du tome XIX de nos Mémoires n'a pas pu paraître encore, à cause de la guerre. L'impression de ce volume est commencée, mais elle marche lentement ; nous espérons que le volume pourra être achevé et distribué vers le milieu de l'année, sans en avoir la certitude. Votre bureau fera tous ses efforts pour hâter la publication.
» Il a paru nécessaire au bureau, en vue de faciliter le travail assez compliqué que représentent la préparation et la surveillance de la composition des Mémoires, de créer un comité de publication. À sa séance du 26 mars dernier, il a décidé cette création et désigné pour composer le comité MM. Autorde, Louis Lacrocq, Mozer et Pluyaud.
» Le bureau n'a pas cru devoir à raison de la guerre, convoquer la Société pour les séances d'études d'octobre 1914 et de janvier 1915. Les séances de trimestre seront reprises dès que les événements le permettront.
» En terminant, Messieurs, l'exposé de notre situation générale, ma pensée se reporte avec émotion vers ceux de nos collègues qui, appelés sous les drapeaux, luttent avec tant de courage, au milieu des pires dangers, pour la défense de la Patrie. Partageant leur confiance dans la certitude des victoires prochaines, envoyons-leur, Messieurs, ainsi qu'à tous nos soldats, le salut de notre Société, l'hommage de nos vœux, de notre admiration et de nos plus ardentes sympathies. »
M. le Président, après que l'assemblée lui a témoigné son approbation des paroles qu'il vient de prononcer, propose la ratification de l'admission faite par le bureau, à sa séance du 26 mars 1915, de trois candidatures de membres actifs :
- M. Rodolphe Fargeas, directeur de la succursale de la Banque de France, à Guéret, présenté par MM. Gallerand et Pichon ;
- M. Adrien Finet, à Guéret, présenté par MM. Pichon et Autorde ;
- M. Jean Malabout, directeur de la succursale du Crédit Lyonnais, à Guéret, présenté par MM. des Cheises et Pichon.
L'admission est ratifiée.
M. le Président soumet ensuite à l'Assemblée les candidatures, comme membres actifs, de :
- Mme veuve Louis Laroche, au château de Cher-du-Prat, par Guéret ;
- M. le Docteur Léon-Eugène Deschamps, chevalier de la Légion d'honneur, aux Plats, par Vallière (Creuse) ;
- M. Jean Chometon, 48, Grand'Rue, à Aubusson.
Ces candidatures sont admises.
M. Lefour, trésorier, expose la situation financière de la Société :
COMPTES DE L'EXERCICE 1914
RECETTES
Restait en caisse le 31 décembre 1913 | | 2.563 45
Encaissé en 1914 : | |
Subvention du département | 700 | »
Subvention de la ville | 500 | »
Cotisations | 1.010 | »
Vente de bulletins | 4 | »
Arrérages de rentes 3% | 15 | »
| |
TOTAL | 4.792 | 45
DÉPENSES
Les dépenses, comprenant un don de 100 fr. aux comités de la Croix-Rouge, se sont élevées à.. 1.899 | 10
| |
EXCÉDENT DE RECETTES | 2.893 | 35
La Société possède en outre :
1. Un livret de caisse d'épargne s'élevant à 1.420 fr. environ ;
2. Un titre de rente de 15 fr. 3% sur l'État.
M. Lefour dépose les pièces à l'appui de ses comptes. M. le Président désigne MM. Gallerand et Malabout pour procéder à la vérification de ces comptes. Cette vérification est immédiatement faite, et les comptes sont reconnus exacts. L'Assemblée les approuve et adresse ses remerciements à M. Lefour, ainsi qu'à M. Pichon, trésorier-adjoint.
M. Alévêque propose d'employer une partie du montant du livret de caisse d'épargne à l'achat d'obligations de la Défense Nationale. Cette proposition est adoptée, et M. le Trésorier est chargé d'opérer cet emploi à concurrence de 1.000 francs.
PROJET DE BUDGET ARRÊTÉ PAR LE BUREAU POUR 1915
RECETTES
Encaisse du compte ci-dessus présenté et approuvé | 2.893 | 35
Cotisations | 1.000 | »
Subvention du département | 700 | »
Subvention de la ville de Guéret | 500 | »
Arrérages de rente | 15 | »
| |
TOTAL | 5.108 | 35
DÉPENSES
Bulletin | 1.600 | »
Salaire des gardiens du Musée | 450 | »
Abonnements et cotisations | 32 | »
Acquisitions pour le Musée et réparations | 500 | »
Conservation des collections | 100 | »
Fouilles et recherches | 100 | »
Bibliothèque | 100 | »
Imprévus et divers | 2.026 | 35
| |
TOTAL | 5.108 | 35
Ce projet de budget est approuvé. L'Assemblée vote une gratification de 50 francs à Mme Giraud, femme du concierge du Musée.
M. Autorde donne lecture de la notice suivante :
« Dans le courant de 1914, est décédé, à Poitiers, M. Alfred Richard, archiviste honoraire de la Vienne, dont le souvenir mérite d'être rappelé dans nos délibérations et les Mémoires de la Société pour les très appréciables services qu'il rendit à nos études d'histoire locale. Il avait été archiviste départemental de la Creuse, de janvier 1864 à octobre 1868, et il est l'auteur d'une partie assez importante des inventaires analytiques des séries C et E, aujourd'hui publiés. On lui doit encore, notamment, l'inventaire des archives communales d'Aubusson. Il recherchait avec une grande ardeur, dans les services publics et chez les particuliers, tous les documents anciens qui se rattachaient aux institutions et aux familles de la Marche ; il en fit entrer un certain nombre dans les archives de la Creuse. On trouve publié par lui un très curieux acte d'affranchissement du XVe siècle dans le volume du Congrès archéologique qui se tint à Guéret, en 1865.
» Il me rappelait un jour, en souriant, que son arrivée à Guéret reçut un accueil assez froid : on lui faisait une sorte de grief d'avoir accepté la succession d'Auguste Bosvieux, dont le départ avait laissé de vifs regrets, et qui s'était vu forcé de quitter la Creuse, parce qu'il avait montré un attachement trop fidèle à une famille qui s'était mise ouvertement en opposition avec l'Administration préfectorale. Le savoir de M. Richard et ses qualités aimables eurent, d'ailleurs, rapidement raison de ces préventions. Originaire de Saint-Maixent, dans les Deux-Sèvres, ses aspirations le poussaient à Poitiers, où il savait rencontrer les fonds d'archives les plus riches sur sa province natale. Il y fut appelé, conformément à ses désirs, et conserva ce poste jusque dans le courant de 1913, ne le quittant que lorsque ses forces ne lui permirent plus de l'occuper avec toute l'activité qu'il souhaitait. Aucune considération d'intérêt ne l'avait poussé à conserver sa fonction : tout le charme qu'il y trouvait résidait dans la satisfaction de travailler plus utilement au développement des études historiques sur le Poitou, dont il aspirait à reconstituer les annales jusque dans leurs plus petits détails. Il avait fondé une société de publication de documents qui fut très prospère et fit paraître de nombreux volumes de textes. La Société des Antiquaires de l'Ouest l'avait nommé son président, et ce fut un nouveau champ d'activité, où se donna carrière avec la même ardeur, son attachement pour le Poitou. »
M. Louis Lacrocq donne lecture de la notice qu'il a rédigée sur la vie et les travaux de M. Delannoy, et qui sera publiée dans les Mémoires.
Lecture est donnée de copies de mises de confréries communiquées par M. l'abbé Richard. Il s'agit des enchères des « reinages » de la confrérie de Saint-Oradoux (paroisse de Saint-Oradoux-près-Crocq) pour 1671 ; de ceux des confréries de Saint-Blaise pour 1747, et du Rosaire, pour 1746 (paroisse de Saint-Merd-la-Breuille). Une note de M. l'abbé Richard, dont lecture est aussi donnée, dégage l'intérêt et les particularités de ces documents. Le tout sera ultérieurement publié dans les Mémoires et viendra s'ajouter aux renseignements déjà nombreux qu'ils contiennent sur les anciennes confréries religieuses et les « reinages ». Ces « reinages », qui comprenaient les dignités les plus fantaisistes, semblent avoir existé, autrefois, dans un très grand nombre de paroisses, et beaucoup, apparemment, n'ont disparu qu'au XIXe siècle.
M. Marc de Lajaumont donne les renseignements suivants sur ceux de La Saunière, aux enchères desquels il a assisté dans son enfance : À la fête de la Nativité, le curé de la paroisse montait en chaire au moment du prône, et mettait aux enchères les titres de « roi, reine, dauphin et dauphine de la SainteVierge ». Ces enchères avaient lieu en livres de cire, dans un ordre parfait et un grand silence : chacun criait son enchère que répétait M. le curé, puis le sacristain et le chantre entonnaient un verset du Magnificat :
Deposuit potentes de sede
Et exaltavit humiles....
Le verset était repris après chaque enchère, qui allait jusqu'à 20 ou 30 livres et même davantage. Quand l'enchère n'était plus couverte, M. le curé demandait le nom du dernier enchérisseur, et l'on passait à la mise suivante. On a dit à M. de Lajaumont que des reinages identiques avaient lieu le jour de SS. Pierre et Paul, qui était, comme la Nativité, fête patronale de La Saunière. Il y avait un roi, une reine, un dauphin et une dauphine pour Saint-Pierre et les mêmes dignités pour Saint-Paul. Ces usages ont disparu à une date que M. de Lajaumont ne peut préciser. Il ne croit pas que, pour l'époque dont il a gardé ou recueilli les souvenirs, il existât, à proprement parler, des confréries à La Saunière. Les dignités plus haut indiquées étaient enchéries pour des enfants qu'on voulait mettre ainsi sous la protection de la Vierge ou des saints patrons. L'émulation et la vanité jouaient aussi leur rôle dans le concours des encheres. M. de Lajaumont ajoute que ce qu'il a vu lui paraît avoir été le reste d'une confrérie disparue.
ÉLECTIONS AU BUREAU
Il est procédé à l'élection du Président, en remplacement de M. Delannoy, et d'un secrétaire, en remplacement du Commandant Laroche.
À la majorité absolue des suffrages, sont élus :
- Président : M. des Cheises, administrateur.
- Secrétaire : M. Louis Lacrocq, vice-secrétaire.
Cette élection nécessitant le remplacement de MM. des Cheises et Lacrocq, comme administrateur et vice-secrétaire, sont élus à la majorité absolue des suffrages :
- Administrateur : M. Antoine Thomas, membre de l'Institut.
- Vice-secrétaire : M. Mozer.
Le secrétaire,
Louis LACROCQ.
*Note : L'étude de Pierre de Cessac, « Coup d'œil sur l'homme préhistorique dans la Creuse », est en réalité parue dans le Bulletin monumental en 1881 (tome 47) et non en 1871 comme indiqué par erreur dans le texte de la séance.
SÉANCE DU 21 OCTOBRE 1915
Présidence de M. DES CHEISES, président.
Présents : MM. Alévêque, de Cessac, Gallerand, Jamot, Louis Lacrocq, de Lavillatte, Malabout, Mozer, de Nedde, Nétange, Paquet, Pichon, Pluyaud, Sauvanet, Wallet, Wuiet.
Excusés : MM. de Beaufranchet, Bellet, Berger, Marc de Lajaumont, Mazet.
M. LE PRÉSIDENT, se faisant l'interprète des sentiments de la Société, exprime la vive part qu'elle prend au deuil qu'ont éprouvé nos collègues M. le baron de Corbier et M. le comte de Beaufranchet, l'un par la perte de son fils, l'autre par la perte de son gendre, M. de Barral, tous deux tombés glorieusement au champ d'honneur.
Il adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. Jean-Baptiste Champeval de Vyers, qu'elle avait choisi comme membre correspondant en 1908.
M. Champeval de Vyers, décédé le 12 septembre 1915, a honoré l'érudition limousine. Travailleur passionné, il a trouvé et publié de nombreux et fort intéressants documents, particulièrement sur le Bas-Limousin. Il les mettait en œuvre avec une ardeur et une tournure d'esprit très originales. Il s'était fait une spécialité des recherches généalogiques dont aucune difficulté ne le rebutait. Ses travaux ont parfois touché la région creusoise, à laquelle l'attachaient des liens de famille, et le dernier livre qu'il a écrit étudiait la famille des Aubusson.
Sur la proposition du Bureau, la Société décide de proposer l'acceptation du titre de membre honoraire à MM. le comte de Lasteyrie, membre de l'Institut ; Emile Chénon, professeur à la Faculté de Droit de Paris, et Emile Mâle, professeur d'histoire de l'art à la Faculté des Lettres de Paris ; et du titre de membre correspondant à MM. René Fage, ancien président de la Société archéologique et historique du Limousin ; Hubert, archiviste de l'Indre, et Petit, archiviste de la Haute-Vienne.
La Société ratifie l'admission, prononcée par le Bureau, comme membres titulaires, de MM. Fabreguettes, conseiller à la Cour de Cassation ; André Poujaud, Paul Poujaud, avocats à la Cour d'Appel de Paris ; vicomte Louis de Nedde ; Henri Lionnet, instituteur à Bonnat ; Germain Sauvanet, architecte départemental ; Wallet, juge d'instruction à Guéret ; Octave Dartige, notaire à Bordeaux.
MUSÉE. — M. AUTORDE, conservateur, fait savoir qu'il a placé dans la salle Alexis Rouart, où se trouve la collection d'iconographie locale, plusieurs gravures anciennes, qui reproduisent des portraits de personnages marchois : le poète Tristan Lhermite, le jurisconsulte Auzanet, Henri de la Marche, abbé de Grandmont, Henri-Auguste de Loménie, baron de Boussac, et des députés aux Etats Généraux de 1789, François Goubert, le comte de Lépaud, Grellet de Beauregard, le chevalier de Biancourt, Bandy de Lachaud, La Borthe de Grandpré.
BIBLIOTHÈQUE. — Il a été procédé, par MM. Louis Lacrocq, Mozer et Pichon, au classement de la bibliothèque, livres et périodiques.
M. Louis Lacrocq a établi le catalogue sur fiches du fonds local, qui a été divisé en deux séries : la série A comprend les ouvrages et brochures se rapportant à la Marche, au Limousin et aux provinces limitrophes ; la série B comprend les ouvrages et brochures écrits par des Creusois sur des sujets étrangers à notre province.
Divers dons sont venus enrichir notre bibliothèque. Des remerciements sont votés aux donateurs : Mme veuve Laroche, M. Louis Laroche, les héritiers de M. Cusinet, M. Octave d'Abzac.
ARCHIVES. — Notre collègue, M. Chometon, nous a donné un acte du 2 novembre 1260, accompagné de l'analyse suivante, faite par M. Antoine Thomas : « Acte émanant de R. d'Aubusson, seigneur de La Borne, chevalier, lequel, pour exécuter le legs fait par son frère Guillaume, de 40 sous marchois de rente au couvent de Blessac, cède au couvent susdit les villages ou mas de Broussas Neuves et Broussas Vieilles (aujourd'hui Broussas-de-Maude, commune de Faux-la-Montagne), ne s'y réservant que le ressort. Une analyse fautive de ce document se trouve dans le Père Anselme (Hist. Gén., V, 327). »
Notre collègue, M. Malabout, nous a donné une expédition sur parchemin d'une vente du 28 décembre 1665, devant Bertrand, notaire à Aubusson, par licitation amiable aux enchères, d'immeubles situés dans la banlieue d'Aubusson, au territoire du Marchedieu, indivis entre un sieur Noudon et Pierre de Lacombe, intendant en l'élection de la Marche. On y rencontre le mot très usité autrefois dans notre pays pour désigner l'adjudication aux enchères : de Lacombe, ayant mis la dernière enchère à sept vingt-cinq livres, Noudon « lui consent estrousse du terrain et de la propriété ». L'expédition est suivie de la mention du paiement des droits de lods et vente au receveur du domaine du roi des villes et chatellenies d'Aubusson, Felletin et Masvoudier.
Des remerciements sont votés aux donateurs.
M. LE PRÉSIDENT signale l'intérêt qu'offre l'accroissement de nos fonds locaux d'iconographie, d'imprimés et de manuscrits. Il adresse un pressant appel aux membres de la Société pour qu'ils veuillent bien les enrichir par leurs dons.
CLASSEMENT D'ÉDIFICES. — M. LE PRÉSIDENT donne lecture d'une délibération prise par le Conseil Municipal de Moutier-Roseille, le 3 octobre courant, donnant un avis très favorable au classement de l'église de Moutier-Roseille au nombre des monuments historiques. Il rappelle que cette église a fait l'objet d'une monographie due à notre collègue M. Jean de Cessac, parue dans nos Mémoires (V, 422 et ss.), où sont décrites les intéressantes particularités archéologiques d'un édifice qui a été autrefois la collégiale du chapitre de Moutier-Roseille : plan différent de celui suivi généralement dans les constructions de la région limousine, décoration des chapiteaux et des colonnettes, au contraire, essentiellement limousine. M. de Cessac a assigné la fin du XIe siècle comme date probable de la partie la plus ancienne de l'église.
M. AUTORDE signale l'intérêt que présente l'église d'Azerables. De l'église romane primitive subsiste une charmante abside à pans coupés, avec colonnes engagées. La nef, voûtée en ogives, a, de chaque côté, un épaulement en quart de cercle qui laisse entre les murs et les piliers un espace d'environ 0,40, analogue, avec cette dimension réduite, aux collatéraux des églises de Chambon-sur-Voueize et de Bénévent-l'Abbaye. Le clocher est du XVIe siècle ; sa base forme porche sur lequel s'ouvre le portail de la nef qui est du XIIIe siècle.
M. SAUVANET appelle l'attention sur l'utilité qu'il y aurait à classer les ruines du château de Montaigut-le-Blanc, élégante construction du XVe siècle, décrite par P. de Cessac dans le Compte rendu du Congrès archéologique de Guéret de 1865, p. 41 et ss., puis par notre collègue, M. le baron de Corbier, d'après les notes de Paul Lemoine, dans nos Mémoires (XIII, 392 et ss.).
La Société applaudit à l'initiative du Conseil Municipal de Moutier-Roseille et émet le vœu que soient classés comme monuments historiques :
- l'église de Moutier-Roseille ;
- l'église d'Azerables ;
- les ruines du château de Montaigut-le-Blanc.
Elle décide que ce vœu sera transmis à M. le Préfet de la Creuse, en le recommandant à sa bienveillante attention.
LECTURES. — Lecture est donnée d'un article de M. LE COMTE DE BEAUFRANCHET, qui paraîtra dans le prochain volume de nos Mémoires. Il est relatif au flottage des bois sur la Petite Creuse au XVIIIe siècle et à leur mise à l'eau dans les ports de Marcibaud et de Puy-Lajasse, aux abords de Genouillat.
M. LE VICOMTE DE NEDDE donne, à ce propos, des renseignements sur le flottage tel qu'il l'a vu pratiquer dans la région de la haute vallée de la Vienne.
M. LOUIS LACROCQ donne lecture d'une note sur les souvenirs des maisons de Brosse (Boussac) et d'Aubusson La Feuillade, qu'on trouve au château d'Oiron (Deux-Sèvres), d'après un Répertoire des dessins archéologiques d'Arthur Bonneault, qu'a récemment publié M. Farault, bibliothécaire à Niort. Cette note sera publiée dans la Bibliographie creusoise de nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — Répondant au désir que lui avait exprimé le Bureau, M. ANTOINE THOMAS nous a envoyé la copie du compte rendu de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (séance du 3 octobre 1913, p. 468) relatant une communication faite par lui :
« M. Antoine Thomas étudie la formation du nom de Bernage porté par une montagne située près de Saint-Vaury, à 12 kilomètres N.-O. de Guéret, sur la ligne séparative des bassins de la Creuse et de la Gartempe, et dite vulgairement Montagne des Trois-Cornes.
» Il identifie le nom actuel de Bernage avec celui de Bannoarca, qui figure dans un sermon sur sainte Valérie, composé au XIe siècle et publié pour la première fois par les Bollandistes en 1889. Il reconnaît dans ce Bannoarca le mot gaulois banno, qui signifie précisément « corne » et qui est conservé avec son sens propre par les patois méridionaux actuels, y compris celui qui se parle dans les arrondissements d'Aubusson et de Bourganeuf. Mont Bernage et Montagne des Trois-Cornes sont donc deux expressions différentes de la même idée. »
M. ANTOINE THOMAS signale l'existence, dans les Archives communales de Felletin, de quatre pièces en parchemin, dont la présence dans lesdites Archives est inexpliquée, relatives à la seigneurie du Dognon (Haute-Vienne), que notre confrère, M. le baron de Corbier, n'a pas connues quand il rédigeait l'article intitulé : « Le comté du Dognon en la Marche », publié dans nos Mémoires (XV, 41 et ss.).
- 1418, 18 août. Hommage et aveu faits par Ramnulphus Jorneti, écuyer, pour son repaire de Rozier et autres possessions dans le ressort de la châtellenie du Dognon, à Jean d'Aubusson et à sa femme, Marguerite Chouveyrona, reçu par Martial Mostier, notaire, sous le sceau du pariage de Saint-Léonard. Pièce très longue, mutilée ; le sceau a disparu. En latin.
- 1437 (n. s.), 14 février. Sentence, en français, de Jehan Geneau, juge chastellain du Doignon, adjugeant à Jean d'Aubusson, seigneur dudit lieu, les châteaux et seigneuries du Châlar et de Sauviat, pour hommage non fait depuis la mort de Louis de Culent, amiral de France ; signé Bordes et transcrite, à la requête de Jean d'Aubusson, agissant par son procureur magister Johannes Fortonnis, notarius publicus, dans un acte, en latin, du 16 février suivant.
- 1447, jour et mois en blanc. Mandement du Parlement de Paris ordonnant au premier huissier requis d'informer contre certains particuliers inculpés d'excès dans la châtellenie du Dognon et de les citer devant le sénéchal du Limousin. La seigneurie ou châtellenie du Dognon est dite « ressortissant nuement en nostre cours de Parlement ».
- 1463, 31 mai. Reconnaissance relative à une maison du bourg de Moissanes (Haute-Vienne), dans le ressort du Dognon.
M. AUTORDE communique la photographie envoyée par M. le commandant Emilien Jolivet d'une faïence de la période révolutionnaire intéressant notre département. C'est une assiette trouvée par le commandant Jolivet, il y a quelques années, à Lille (Nord). Elle a un décor de fleurettes formant guirlande sur le bord du marli, et de fleurettes détachées entre deux cercles concentriques. Le fond, entouré d'une bande festonnée, renferme cette inscription : VV (vivent) Nos depute du departement de la Creuze 1792
Sans qu'on puisse rien affirmer, il est probable que cette faïence est sortie des ateliers de Nevers qui ont produit en grand nombre des pièces allégoriques ou commémoratives des événements de la période révolutionnaire, pièces qui ont reçu la qualification particulière de patriotiques.
A différents égards, l'assiette présentée est une rareté ; on n'en connaît pas dont le motif décoratif ait été emprunté, d'une façon certaine, à un sujet local rappelant notre département. On pourrait supposer qu'un industriel, dans la pensée que l'intérêt de l'actualité leur ferait aisément trouver preneurs, a fait fabriquer un certain nombre d'assiettes semblables, mais aucun autre exemplaire n'a été signalé jusqu'à ce jour. Une demande faite pour savoir s'il existait au Musée de Nevers des pièces similaires intéressant d'autres départements est restée sans réponse. Peut-être est-il permis de supposer aussi que l'inscription a été mise à la demande d'un client qui voulait célébrer un événement dont il était heureux, comme d'autres, pour bien marquer leur droit de propriété sur des faïences artistement décorées à leur gré, assiettes, plats ou bouteilles, y faisaient inscrire leur nom et même leur profession. C'est ainsi qu'il existe au Musée de Guéret, une assiette sur laquelle on lit : Auguste Gouzy, concierge au château de Gouzy 1760
M. AUTORDE appelle l'attention sur l'utilité qu'il y aurait à recueillir des renseignements sur les anciennes industries de la Creuse. Au XVIIIe siècle, il y a eu des verreries à Saint-Sébastien et dans la région de Gouzon. On a récemment dit à M. Autorde, à Saint-Sébastien, que des bâtiments subsistaient près de cette localité, du côté du hameau de Peufé, sur les bords de la petite rivière l'Abloux, qui avaient servi autrefois à la verrerie, d'après la tradition locale.
M. LOUIS LACROCQ rappelle qu'il a relevé dans une liste de la Société populaire de Saint-Sébastien pendant la Révolution (Mémoires de notre Société, XIII, 200), les noms de deux maîtres de verrerie, dont l'un originaire de Prague, et d'un verrier du village de Puyguefier.
Il rappelle également que Pierre de Cessac, dans son étude sur Les Forêts de la Creuse avant 1789 (Revue du Centre, 1888) a groupé d'intéressants renseignements sur les verreries de notre pays en signalant :
- la découverte, vers 1879, par le docteur Chaussat, dans la forêt de Blessac, de scories de verres ;
- Une note de Bosvieux mentionnant, d'après des traditions qu'il avait recueillies, l'existence, à des dates non précisées, d'une verrerie dans la brande de Verrières, entre le village d'Huillat, commune d'Auge, et celui de Gigoux, commune de Lépaud, et d'une autre verrerie à Favant, commune de Bord-Saint-Georges ;
- Les noms des gentilshommes verriers, relevés par lui-même, Pierre de Cessac, dans des registres paroissiaux : François de Bongard, à la verrerie de Bord-Saint-Georges (registre de Lussat, 18 août 1681) ; Antoine Ceslon, sieur de Combe, à la verrerie des bois de Parsac (registre de Parsac, 23 novembre 1700) ; Jean Colomb, sieur de La Fau ; Antoine Colomb, à Parsac (id. 11 octobre 1701). Les Bongard et les Colomb ou Coulon étaient, d'après Pierre de Cessac, originaires du Nivernais ; Ceslon était de la paroisse de Camps, en Limousin ;
- La création, au début du XIXe siècle, de verreries à Croupier (?), commune de Fresselines, et dans la forêt de Saint-Germain-Beaupré, qui n'eurent qu'une courte existence ; au même siècle et plus tard, de verreries à bouteilles à Lavaveix-les-Mines.
M. LOUIS LACROCQ ajoute que, d'après la Notice sur la richesse minérale du département de la Creuse, publiée par Furgaud dans l'Annuaire Dugenest de 1826, les verreries de Fresselines et de Saint-Germain-Beaupré existaient encore à cette date. Celle de Saint-Sébastien était encore mentionnée dans des statistiques préfectorales du Premier Empire (Arch. Creuse, série M, 1807-1812) en ces termes : « La verrerie de Saint-Sébastien ne fabrique que des verres blancs ordinaires ; le débit s'en fait dans le pays et dans les départements voisins ; les matières sont indigènes ; elle occupe quatre ouvriers. »
M. Roger Drouault a bien voulu signaler à notre Société que dans sa Monographie du canton de Saint-Sulpice-les-Feuilles (Bull. Soc. archéol. et hist. du Limousin, LVI, 377), il a relevé parmi les gentilshommes verriers de Bouéry et du Puy-Laurent (Haute-Vienne), entre 1695 et 1721, trois noms appartenant à la famille de Brethon, famille dont notre collègue, M. Ed. Brody de Lamothe a étudié la généalogie dans nos Mémoires (XIX, 61). Les attaches terriennes des de Brethon avec la région de Lussat et de Gouzon permettent de penser qu'ils ont pu s'occuper de verrerie dans cette région.
M. JEAN DE CESSAC rappelle que son père, Pierre de Cessac, considérait comme provenant vraisemblablement d'une des verreries des environs de Gouzon un verre d'eau (carafe, verre et soucoupe), de matière assez grossière, de teinte verdâtre, acheté dans cette région de Gouzon et qui figure dans les collections de notre Musée.
M. MOZER résume, en la complétant par quelques détails trouvés dans les registres paroissiaux de Guéret, la biographie d'un de nos compatriotes, oublié aujourd'hui, l'adjudant commandant Dumarest (improprement appelé le général Dumarest), qui fut un des héros des guerres de la République et de l'Empire. Cette biographie, sous forme de Notice nécrologique, a été publiée par Ed. Saint-Maurice Cabany, en 1845 (Paris, Baudouin, édit.) ; elle a été reproduite dans la revue La Marche.
Etienne-François Dumarest naquit à Guéret le 24 novembre 1758 ; il était fils de Jean-Baptiste-Joseph Dumarest, procureur au Présidial, et de Jeanne Venassier de Marchaneix. On pourrait trouver un présage de sa carrière militaire dans le choix de son parrain qui fut Etienne de Monneyrou, chevalier de Saint-Louis, capitaine de cavalerie et sous-brigadier des mousquetaires de la 1re compagnie du roi.
Après avoir fait de brillantes études, Etienne-François Dumarest se destinait au barreau quand la Révolution éclata. Nommé capitaine d'une compagnie de volontaires il quitta notre pays avec le 1er bataillon de la Creuse, le 13 octobre 1791. Dumarest fit comme capitaine les campagnes de 1792 à 1797, aux armées de la Meuse, de la Moselle et du Rhin. Nous le retrouvons, en 1798, en Italie, et il participe, en 1799, à l'expédition d'Egypte.
Promu chef de bataillon par Kléber, le 29 germinal an VIII (nomination confirmée par le Premier Consul, le 29 prairial an XI), il fut, à son retour en France, nommé adjudant-commandant, grade correspondant à celui de lieutenant-colonel ou colonel d'état-major, qu'il conserva jusqu'à sa retraite.
Le 27 pluviôse an XII, il reçut la croix de chevalier de la Légion d'honneur et la rosette d'officier le 4 messidor de la même année.
Sous l'Empire, il fut, à différentes reprises, chef d'état-major de division, en 1805 et 1806 en Italie, en 1807 en Pologne, en 1809 en Autriche, où il participa à la journée de Wagram. La fin de sa carrière se passa en Espagne et, le 3 mai 1811, il quitta l'armée.
Retiré à Guéret, il eut une existence très effacée jusqu'à sa mort qui survint le 8 février 1845.
Toutefois, nous le voyons deux fois sortir de sa réserve : le 19 mai 1812, le collège électoral de la Creuse l'envoie à Paris porter une adresse de félicitations et de dévouement à l'empereur ; après la Révolution de 1830, promu commandant de la garde nationale de Guéret, à l'âge de 72 ans, il conserva ses fonctions quelques mois.
Dumarest était resté célibataire, son affection se reportait sur ses neveux et petits-neveux, dont l'un fut Président du Tribunal civil de Guéret.
M. ALÉVÊQUE signale un outillage ancien qu'il a examiné à Fayolle, près de Guéret, dans un bâtiment en ruine et dont il présente un croquis. C'est un pressoir ayant vraisemblablement servi pour les fruits. Il est complètement en bois ; le fer n'y entre que pour constituer quelques attaches. Son support a 0,50 m d'équarrissage et 5,50 m de longueur ; à une extrémité est encastrée la vis de pression en bois de 0,20 m de diamètre ; une échancrure de 0,20 m de profondeur recevait le plateau portant les fruits. Au-dessus du support un levier, de mêmes dimensions, est traversé par la vis de pression qui agit sur lui au moyen d'une pièce transversale. La vis est actionnée par un bras mû à main d'homme. Au-dessus du plateau est frettée dans le levier une forte pièce de bois qui produit l'écrasement sous l'action de la vis. Le levier est fixé du côté opposé à la vis, en sorte que la pression s'exerce suivant une direction oblique. Un bâti vertical maintient la superposition du support et du levier.
Ce pressoir, de forme si archaïque, fait honneur à l'adresse de nos vieux charpentiers. On a évidemment là le type du pressoir d'autrefois.
M. DE LAVILLATTE dit qu'il en existait un semblable au moulin de Vol, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, qui a été démoli il y a quelques années.
M. NÉTANGE communique une carte postale représentant une croix ancienne, en pierre, qui se trouve à Clairavaux, près du cimetière. Cette croix, montée sur un fût cylindrique très allongé, a les bras inscrits dans un cercle de faible diamètre ; ces bras, très courts, s'évasent en se rapprochant de la circonférence ; un christ, qui semble très grossièrement sculpté, est figuré sur la croix. On n'aperçoit pas d'ornementation sur cette œuvre, qui paraît très fruste.
M. LOUIS LACROCQ fait remarquer l'analogie de la forme de cette croix avec celle des croix de consécration peintes dans certaines églises, et dont le Dictionnaire d'Architecture de Viollet-le-Duc (IV, 426) contient une reproduction. Il fait aussi remarquer que le dispositif de la croix de Clairavaux — bras inscrits dans un cercle — pourrait être le type originaire des nombreuses croix, isolées ou placées sur des pignons d'églises, qu'on trouve dans notre région. Ces croix, qu'on rencontre notamment au cimetière de Saint-Sulpice-le-Guérétois, aux églises de Mourioux, La Celle-Dunoise, Saint-Léger-le-Guérétois, etc., présentent ou un cercle complet inscrivant les bras, ou des brisures dans ce cercle qui n'empêchent pas que la croix, vue de loin, a l'aspect circulaire. Elles diffèrent de la croix de Clairavaux en ce qu'elles ne présentent pas de christ, et en ce qu'elles sont d'un travail plus soigné. Il semble qu'il y ait là un dispositif sculptural qui a eu beaucoup de vogue dans la région, au XVIIIe siècle.
M. JAMOT rappelle qu'une croix analogue à celles qui viennent d'être indiquées existait, il y a quelques années encore, au sommet du Maupuy, près de Guéret ; elle était connue sous le nom de croix de Blasonneau ; elle a été détruite. Une croix, du même type, qu'on trouvait, paraît-il, autrefois à Guéret, à l'angle de la place Bonnyaud et de la route de Limoges, se voit près de La Chapelle-Taillefert, à Lardillier, sur la grande route.
M. AUTORDE signale une croix analogue aux abords de Maisonnisses, qui n'est peut-être plus en place, mais n'a pas dû être détruite.
M. NÉTANGE analyse trois actes passés devant Brisse, notaire royal à Felletin, qu'il a trouvés dans les minutes de l'étude de Me Bertrand, notaire à Felletin, obligeamment mises à sa disposition :
Le premier, fait le 21 mars 1690, est un acte par lequel Jean Corde, marchand boucher de Felletin, promet à François Pinetton, « estapier » de ladite ville de Felletin, de lui fournir la viande nécessaire aux troupes et gens de guerre qui passeront en cette ville, les deux tiers en viande de bœuf et l'autre tiers en veau ou mouton, le tout de bonne qualité, que Jean Corde doit porter « au bureau de l'Estape » et remettre aux soldats et cavaliers, lors de leur passage, en retirant leurs billets. Ces billets servent à justifier la livraison de la viande, et, sur leur présentation, le sieur Pinetton paye 21 deniers pour chaque livre de viande. Dans le cas où plus de deux compagnies passeraient en même temps, le sieur Pinetton devra avertir ledit Corde dès qu'il aura reçu l'ordre des logements.
Les deux autres actes sont relatifs à la Confrérie des maîtres tailleurs de Felletin, placée sous le patronage de sainte Elisabeth :
Il est question, dans le premier acte du 26 juillet 1691, de la nomination, pour deux années, par la corporation des maîtres tailleurs de Felletin, de Michel Payraud et Antoine Petit, pour bailes de leur confrérie de sainte Elisabeth, instituée en l'église du Château de Felletin. Ils auront tous pouvoirs de faire toutes fournitures et poursuites dans l'intérêt de la confrérie, conformément au contrat de police passé entre lesdits maîtres tailleurs. Les membres de la confrérie payent annuellement cinq sols. Les bailes, lorsqu'ils cesseront leur fonction, devront laisser 9 livres de cire, 2 nappes et un devant d'autel. Ils pourront poursuivre le paiement de différentes sommes dues par les confrères : 8 livres par Eloi Savoudy, 5 livres par François Chabanne, et 45 sols par Payraud.
Le deuxième acte est un contrat du même jour, par lequel les bailes ci-dessus nommés donnent à bail, pour deux années, à Eloi Savoudy et Léger Champagne également maître tailleur, les droits qu'ils perçoivent en la qualité de bailes, toujours conformément au contrat de police sur les tailleurs, mais seulement en ce qui concerne la cire que les apprentis sont obligés de donner aux maîtres. Ledit bail est consenti pour la somme de trois livres par an, payables au jour de sainte Elisabeth de chaque année.
M. LOUIS LACROCQ signale des documents se rapportant à la situation de la ville de Bellegarde, au point de vue ecclésiastique antérieurement à 1789, documents qu'il a trouvés dans des minutes notariales d'Aubusson.
Ce sont trois procès-verbaux dressés le 3 janvier 1766, par Rousseau, notaire, constatant l'assemblée et la délibération des habitants de Clermontel, des Bierges et de Mongeteix, villages alors situés, tous trois, dans « la paroisse de Saint-Silvain-de-Bellegarde ». Un procès-verbal distinct est établi pour chaque village.
Les habitants demandent que leurs villages fassent partie du bénéfice-cure qu'on va ériger, en exécution d'un arrêt du Conseil du 6 juillet 1765, dans l'église de N.-D. de Bellegarde. Ils expliquent que c'est le corps de ville de Bellegarde qui a demandé la désunion de « la paroisse de Saint-Silvain-de-Bellegarde », et qu'à la nouvelle paroisse doivent être rattachés treize villages, « dont la ville sépare une partie d'avec la paroisse et dont l'autre est plus proche de la ville que de ladite paroisse. »
Cette demande s'explique par la situation assez bizarre dans laquelle se trouvait la ville de Bellegarde. Cette capitale du pays de Franc Alleu ne constituait pas une paroisse ; elle dépendait de celle du bourg voisin de Saint-Silvain, et son église, sous le vocable de N.-D., n'était qu'une succursale de l'église de Saint-Silvain.
Il paraît bien certain que le vœu des officiers municipaux de Bellegarde et ceux des paysans du voisinage, ne furent pas réalisés ; l'arrêt du conseil du 6 juillet 1765 dut être rapporté, car les dossiers des cures, aux Archives de la Creuse (série G), donnent les renseignements suivants :
Le 15 juin 1788, François Goubert, qui devait être, l'année suivante, député aux Etats généraux, prend possession de la cure de Saint-Silvain de Bellegarde, en présence de Jacques Foussadier, vicaire de la ville de Bellegarde. En 1790, celui-ci déclare avoir exercé les fonctions de vicaire, depuis 1781, dans la ville de Bellegarde, paroisse de Saint-Silvain ; le compte des revenus du « bénéfice-cure de Saint-Silvain-Bellegarde », établi en cette même année 1790, mentionne le paiement fait au vicaire à la résidence de la ville de Bellegarde.
Si l'on se reporte aux Pouillés du XVIIIe siècle, on constate que la situation ecclésiastique de Bellegarde et de Saint-Silvain-Bellegarde était mal comprise et présentée inexactement. Le Pouillé de Nadaud (éd. Lecler, p. 445), mentionne comme paroisse, Bellegarde, capitale du Franc Alleu, cure peut-être en ville murée, ayant comme fête saint Silvain, il ajoute : « Notre-Dame dans la ville de Bellegarde, succursale », et ne mentionne nulle part la paroisse de Saint-Silvain. Le Pouillé dit de Mgr d'Argentré (éd. Lecler, p. 34), contient la même erreur en indiquant Bellegarde comme bénéfice-cure d'une paroisse ayant une lieue de diamètre et 1.000 communiants, et en omettant Saint-Silvain.
Si l'on se reporte, au contraire, à des documents anciens, la véritable situation y est présentée.
Dans l'Assiette d'impôt sur le pays de Combraille de 1357, publiée par M. Ant. Thomas (Doc. histor. concernant la Marche et le Limousin, II, 26 et 30), on trouve bien dans « le prevostage de Bellegarde » la paroche de Saint-Sauve de Bellegarde, mais on n'y trouve pas de paroisse de Bellegarde. De même le Pouillé, d'une écriture du XVe siècle, qu'on trouve aux Archives de la Creuse, dans le fonds du chapitre de la Chapelle-Taillefer, mentionne cap. Sti-Silvani de Bellagardia, et ne mentionne pas Bellegarde.
On aboutit ainsi aux conclusions suivantes :
A moins que l'arrêt du Conseil du 6 juillet 1765 n'ait été rapporté qu'après avoir reçu un commencement d'exécution, ce qui n'est pas probable, la ville de Bellegarde n'a pas été le chef-lieu d'une paroisse sous l'Ancien Régime, et la tentative faite, au XVIIIe siècle, pour créer cette paroisse, n'a pas abouti. Cette situation ancienne explique la superficie exceptionnellement petite de la commune de Bellegarde (322 hectares, d'après le Dictionnaire de M. Valadeau). Lors de la division moderne du territoire, on a voulu constituer deux communes, Saint-Silvain-de-Bellegarde et Bellegarde, avec une seule paroisse, et on a fait la part très petite à la ville en ne lui rattachant que deux villages, tandis que la commune rurale compte trente-cinq villages ou hameaux, avec une superficie (d'après le même Dictionnaire), de 2.063 hectares.
M. LOUIS LACROCQ indique qu'il a reçu de M. Antoine Thomas, qui lui a aimablement laissé le soin de les publier, de curieux documents du XVe siècle, trouvés aux Archives Nationales et relatifs à la chapelle de Sainte-Catherine, au Moutier-d'Ahun. Ces documents paraîtront dans nos Mémoires.
Le Secrétaire LOUIS LACROCQ.