ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 5 JUIN 1913

 

MONSIEUR LE PRÉFET,

J'ai l'honneur de vous adresser le compte rendu de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse pendant l'année 1912.

Bulletin

Le Bulletin de 1912 contiendra des articles de MM. Berthomier, Delannoy, Dercier, Duval, Lacrocq, Pérathon, Valadeau. L'impression n'en est pas encore commencée parce que la Société, dans sa séance générale du 5 juin dernier, a décidé qu'il serait établi un concours entre les divers imprimeurs de la région.

Dons au Musée.

  • Hache en fer de la période franque donnée par M. Desassis, de Crespieu, commune du Mas-d'Artige.
  • Haches de la grande période de la pierre polie, données par M. Barthélemy, des Fougères commune de St-Sulpice-le-Guérétois ;
  • Vue de Crozant vers le commencement du XVIIIe siècle ;
  • Deux paysages italiens datés de 1808 ; Dons de M. Parmentier, professeur de dessin à Guéret ;
  • Une estampe japonaise donnée par M. Gallerand ;
  • Amelettes et statuettes en bois provenant du Dahomey, données par Mlle Gounaud.

Acquisitions. — Je mentionnerai seulement les suivantes : Une porte de l'ancien château de Chard, du XVIIe siècle.

COMPTES ET BUDGETS

RECETTES (1912)

Reste en caisse au 31 décembre 1911........    3.397 fr               75

Mandat du département....      700 | »

de la ville           500 | »

94 cotisations..              940 | »

Vente de bulletins...     25 | 40

15 fr. de rente 3% | 15 | »

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TOTAL.......        5.557 fr               00

Dépenses....     2.584 | 60

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Reste en caisse au 31 décembre 1912....      2.972 | 40

Le livret de caisse d'épargne est de 1.349 fr. 60.

MM. Wuiet et Des Cheises sont désignés par M. le Président pour vérifier les comptes de 1912, après examen, les comptes sont déclarés exacts et approuvés par l'Assemblée.

PROJET DE BUDGET POUR 1913

RECETTES

Reste en caisse au 31 décembre 1912.......     2.972 fr               40

Cotisations | 950 | »

Subvention du département.  700 | »

de la ville...       500 | »

Rente  de l'Etat.....  15 | »

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TOTAL.....           5.137 fr               40

DÉPENSES

Bulletin, impression, brochage et envoi....       1.200 | »

Salaire des gardiens... 450 | »

Abonnements et cotisations.  32 | »

Acquisitions pour le Musée, réparations...       500 | »

Conservation des collections...             300 | »

Poste et correspondance          100 | »

Fouilles et recherches....           100 | »

Réserves et dépenses imprévues...... 2.455 | 40

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TOTAL.......        5.137 fr               40

Sur la demande de plusieurs de nos collègues M. le Président propose d'établir un concours entre les imprimeurs pour l'impression du Bulletin. Pour cela, il sera nécessaire d'indiquer dans un devis les détails concernant la qualité du papier, les caractères d'imprimerie, et le nombre de lignes à la page ; M. Autorde veut bien accepter la mission d'organiser ce concours ; il y a urgence, le Bulletin de 1913 est déjà bien en retard.

Un des membres de l'assemblée demande la parole pour poser une question sur l'état actuel des successions Fénieux de Lyon et Dupuy de Guéret. M. Autorde répond : le procès Dupuy Guyonnet qui doit régler les 2 testaments de Madame Veuve Dupuy n'est pas encore jugé. Quant au testament de Madame Veuve Fénieux, nous avons été avisé par la préfecture du Rhône que les tableaux et gravures légués au Musée de Guéret étaient à notre disposition. Ces objets nous ont été expédiés et sont exposés au Musée ; la ville de Guéret a bien voulu payer les frais d'expédition et de justice qui se sont élevés à 100 fr. ; le procès-verbal de la dernière Assemblée Générale a relaté ces faits et donné le nom de l'auteur des tableaux, M. Poncet.

La Société reçoit comme membre titulaire M. Larchey, présenté par MM. Bordier et de Cessac : M. Larchey est le gendre de M. le docteur Mondon, décédé.

M. Valladeau demande que la Société fasse mettre une plaque sur l'un des murs des ruines de Montaigut avec cette inscription : « Défense d'enlever des matériaux » ; car les habitants des villages voisins, avec la pelle et la pioche, auront bientôt fait disparaître ce qui reste de ces belles ruines ; l'assemblée décide qu'il sera placé une plaque à Montaigut.

« M. Lacrocq demande la parole, et dans le langage clair et précis qui caractérise son talent d'orateur il formule 2 vœux.

Le 1er a trait à l'augmentation du nombre de nos Assemblées Générales.

« Jusqu'à ce jour, notre Société se réunit une seule fois par an, au mois de Mai, pour adopter les comptes et les budgets, inscrire les mutations et les dons ; c'est une réunion tout à fait administrative ; si les Assemblées Générales étaient plus nombreuses, nos collègues tout en s'occupant des sujets d'art, d'archéologie et de sciences naturelles portées à l'ordre du jour, auraient l'occasion de divulguer les faits intéressants venus à leur connaissance ; ces curiosités, une fois enrégistrées, seraient plus tard imprimées et ainsi mises à l'abri de l'oubli ; ces personnes seraient amenées à faire elles-mêmes des recherches et à les publier, et nos bulletins s'enrichiraient chaque année de plusieurs articles : Ce premier vœu est adopté, et pour la première fois, une deuxième Assemblée Générale aura lieu en 1913, le dimanche 26 Octobre, à 14 heures au Musée.

« Le 2e vœu est celui-ci : Avant la révolution, les registres de l'Etat-Civil étaient tenus par le clergé. Ces vieux registres, enfouis maintenant dans les archives de toutes les mairies, se détériorent et disparaîtront peu à peu. Cependant ils renferment en quelque sorte l'histoire locale en des détails les plus intéressants : les unions, les naissances, les décès, les noms de famille, les fonctions, les métiers, les dons, les constructions, etc.

« Au milieu de ces actes de l'Etat-Civil, les prêtres souvent intercalaient les faits importants de leur paroisse et même de leur province et de la nation : l'état des récoltes, les épidémies, les guerres, les conquêtes, les traités, les alliances etc... Ces reliques précieuses devraient être fouillées et interrogées d'urgence ; et des extraits de ces anciens registres faits sur un plan uniforme et méthodique seraient ensuite imprimés dans les bulletins de notre Société : Ces travaux seraient par la suite une mine inépuisable pour les travailleurs.

« Pour obtenir ce résultat, il est indispensable qu'un cadre de recherches identiques soient mis à la disposition de ceux de nos collègues et de toutes les personnes qui voudront bien entreprendre ce travail de longue haleine dans les registres d'une ou plusieurs paroisses ».

Ce deuxième vœu est mis aux voix et adopté.

L'ordre du jour étant épuisé, et aucun membre ne demantant la parole, M. le Président lève la séance.

Le Secrétaire, COMMANDANT LAROCHE.

 

SÉANCE SUPPLÉMENTAIRE ANNUELLE DU 26 OCTOBRE 1913

votée par l'Assemblée Générale le 7 Juin [sic]*

La 2e Séance annuelle votée en Assemblée Générale le 5 Juin, a eu lieu le 26 Octobre 1913.

Sont présents : MM. Delannoy, président ; Commandant Laroche, secrétaire ; Lacrocq, vice-secrétaire ; Autorde, conservateur ; Pineau, Gallerand, Des Cheises, administrateurs ; Lefour, trésorier ; Peyrabon, bibliothécaire ; Cusinet, Pluyaud.

M. le Président déclare la séance ouverte, et annonce que nous avons un nouveau collègue, M. Paul Clément, instituteur à Ajain, présenté par M. Pluyaud, instituteur à Guéret et M. Delannoy.

M. le Président fait alors la lecture des vœux émis dans la séance du 5 Juin, vœux qui ont créé la séance d'aujourd'hui, 26 Octobre, et donne la parole à M. Lacrocq.

« Notre collègue communique une lettre adressée à M. le Préfet de la Creuse par le Secrétaire de la Mairie de Pionnat, sollicitant des Sociétés que la question intéresse une subvention de 60 francs, pour le relèvement du Menhir de Menardeix : il indique que le Syndicat d'initiative de la Creuse a voté à cet effet une subvention de 30 francs.

« M. Lacrocq signale ensuite qu'il a visité les deux monuments mégalithiques situés sur le territoire de la commune de Naillat, décrits déjà par M. de Cessac, dans sa liste des monuments mégalithiques du département de la Creuse, p. 11 et 27.

« Le Menhir est intact ; près de lui, un second Menhir renversé sur le sol, et également signalé par M. de Cessac, est toujours en place.

« Il n'en est malheureusement pas de même pour le dolmen qui est écroulé ; seul un support Nord-Est debout soutenant un des cotés Est de la table.

« D'après les renseignements recueillis au village, cet accident s'est produit vers 1890 ; sans doute par suite du déchaussement résultant de la culture.

« On voit quel intérêt il y aurait à constituer le plus rapidement possible une documentation photographique sur les monuments mégalithiques, si exposés à la destruction.

A la suite de ces communications, la Société exprime le vœu que tous les mégalithes de la Creuse soient classés ; et prenant en considération la demande faite par la municipalité de Pionnat, vote une subvention de 30 francs pour le re'èvement du Menhir de Menardeix.

A défaut de classement de tous les monuments mégalithiques, ne pourrait-on pas demander leur assimilation aux sites et aux paysages qu'il est bon de conserver ? On leur donnerait ainsi la protection de la loi, qui les placerait à l'abri de destructions, faites par des populations ignorantes, inconscientes, ou cupides, ce vœu est adopté.

« Sur la proposition de M. Autorde, la Société décide de faire paraître, dans les prochains mémoires, le dictionnaire, par communes de la Creuse, des antiquités préhistoriques et Gallo-Romaines de M. Pierre de Cessac, dictionnaire resté manuscrit.

« M. Autorde ajoute qu'il serait utile de rechercher les photographies de tous ces monuments de l'antiquité. La reproduction de ces cartes postales ornerait le dictionnaire de M. de Cessac, et on en placerait des exemplaires agrandis sur le fond des vitrines, dont les rayons portent des objets précieux trouvés dans l'intérieur de ces monuments, ou dans leur voisinage.

M. le Président donne la parole à M. Lefour, trésorier de la Société pour une communication,

« Examen bacteriologique des eaux de la ville de Guéret, alimentant le lycée de garçons, effectué dans le laboratoire de M. Lefour, pharmacien, par MM. Cotty et Lefour, chimistes-experts du tribunal de Guéret.

« Il a été procédé à 3 prélèvements : 1° Au robinet de la cuisine ; 2° Au robinet donnant l'eau dite filtrée ; 3° Au robinet de dortoirs.

« Constituant les échantillons numérotés 1, 2, 3. A l'examen quantitatif (numération des colonies) résultant de la culture sur gélatine, les échantillons 1 et 3 se sont montrés identiques ; la liquéfaction s'est produite le dixième jour après numération de 200 colonies et 300 moisissures par centimètre cube ; avec l'échantillon n 2, la liquéfaction s'est également produite le 10e jour, mais après numération de 1000 colonies environ et 900 moisissures.

« Pour conclure en pareil cas, la recherche directe des bacteries pathogènes était indispensable ; elle a été faite en bouillon péptoniné à l'étuve à 38°, la réaction a été absolument négative pour les 3 échantillons.

« Conclusion. Aucun des 3 échantillons examinés ne peut être considéré comme suspect ; les échantillons 1 et 3 peuvent être considérés comme des eaux très pures, étant donné les pluies récentes. L'échantillon 2 étant moins pur, nous considérons que le filtre devrait être supprimé.

« Du reste un filtre dont les bougies en matière filtrable, ne sont pas stérilisés tous les mois, doit être considéré comme un instrument nuisible.

« La parole est à M. Maurice Pineau, administrateur, qui donne lecture d'une page de l'histoire de notre vieille cité.

« La récente construction de l'hôtel de Madame Giraudon (hôtel central), a fait disparaître les derniers vestiges de la très ancienne salle de jeu de paume qui, pendant plus de deux siècles, fut le rendez-vous des Guérétois, le palais des Sports de l'époque,

« Dans ses intéressantes notes sur le vieux Guéret, (Mémoires de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse tome 15, pages 270 et suivantes), l'Erudit docteur Villard a donné de longs détails concernant ce lieu de distraction. En 1679, d'après le terrier de Guéret, il était la propriété d'Antoine Chorllon, et se composait de trois chambres basses, de la salle du jeu de paume et d'un jardin. Le tout s'ouvrant d'un côté sur la place des foires, depuis place de l'ancien cimetière, puis place Marchedieu, et maintenant place Bonnyaud, et du côté opposé sur un chemin conduisant au faubourg du Clos, qui existe encore en partie ; il ajoute qu'il n'a pu en trouver aucune description.

« Les démolitions nécessaires pour la construction de l'hôtel, ont mis à jour des arcades voutées en plein cintre supportées par des piliers, le tout en granit taillé, formant une galerie assez large, une sorte de cloître s'ouvrant sur une cour intérieure, qui a remplacé la salle du jeu de paume.

« Cette galerie était certainement le lieu de réunion des spectateurs ; et les arcades, avaient été noyées dans la maçonnerie, lorsqu'on avait transformé la galerie en chambres d'habitation.

« Il ne subsistait aucune trace de la salle du jeu, qui, peut-être, n'était qu'un simple hangar sur bois de charpente, entouré de murs peu élevés, pour laisser toute lumière aux joueurs.

« On entrait par une vaste porte cochère voutée en plein cintre, que nous avons tous vus ; l'habile architecte de l'hôtel, M. Sauvanet, grand ami aussi des vieux souvenirs, a fait transporter cette porte, pierre par pierre, et au jardin du musée on peut la voir telle qu'elle était il y a deux siècles, entourant maintenant la large et haute baie vitrée qui éclaire la salle des fêtes de l'hôtel central.

« La salle du jeu de paume servait aussi aux représentations théatrales, aux exercices des jongleurs et acrobates, aux exhibitions des animaux étrangers et sauvages.

« Le jeu de paume occasionnait quelquefois des accidents, et le docteur Villard cite qu'un sieur Druillette y fut tué le 9 avril 1660 d'un coup de balle, par un conseiller au présidial du nom de Lejeune.

Après ces diverses communications de nos collègues sur l'archéologie, l'hygiène, l'histoire locale et domestique, l'assemblée est d'avis que le procès-verbal de cette séance supplémentaire doit être imprimé dans le bulletin. Le public prendra assurément un grand intérêt à la lecture de ce document, et notre Société bénéficiera de la mise au jour de nos travaux.

En terminant M. Delannoy signale qu'il a fait le relevé des registres de la paroisse de St-Sulpice-le Guérétois ; M. Lacrocq a fait le relevé des registres de la paroisse de la Celle-Dunoise ; et M. Pluyaud s'engage à faire celui de la paroisse de Guéret ; mais il demande qu'on lui fournisse un plan méthodique de recherches ; M. Lacrocq se charge de le composer.

Personne ne demandant la parole, et l'ordre du jour étant épuisé, M. le président lève la séance.

Le Secrétaire, COMMANDANT LAROCHE.

Le Président, DELANNOY.

*(Note : Le titre original de la séance d'octobre indique par erreur le "7 Juin" dans son intitulé alors que le texte officiel confirme la date du "5 Juin" dans son premier paragraphe).