SÉANCE GÉNÉRALE DU 10 AVRIL 1902
Présidence de M. Delannoy.
Sont présents : MM. Delannoy, président ; Cnt Laroche, secrétaire ; De Cessac, conservateur, Lefour, trésorier ; Porthaut ; Pineau de Montpeiroux ; De Corbier ; Jamot ; Louis Lasnier ; docteur Bordier ; abbé Dercier, curé de Saint-Goussaud.
Messieurs Maurice Pineau, Chantrelle, Cusinet, Gallerand, Pélissier, de Beauffret, Goubaud et Florand, ont écrit pour exprimer le regret de ne pouvoir assister à la réunion.
M. le Président en ouvrant la séance, et après l'adoption du procès-verbal de la dernière Assemblée générale, prononce en ces termes l'éloge de M. Bourdery. « Messieurs, au mois de Juin dernier, notre Société a perdu l'un de ses membres correspondants les plus assidus, M. Bourdery, bien connu de tous par son talent de peintre émailliste, et par ses travaux archéologiques. Il était devenu le parent de plusieurs d'entre nous, et presque notre compatriote, par son alliance avec une vieille famille Guérétoise.
« M. Bourdery collaborait à notre Bulletin, par l'envoi de divers articles qui ont paru dans les volumes VII, VIII, et X : il avait fait en 1887, le catalogue des émaux de notre musée, auquel il avait donné de très belles plaques en émaux colorés, composés par lui en 1879 ; il a été surtout le rénovateur de l'émaillerie Limousine, qui depuis quelques années a produit des œuvres remarquables : Notre Société prend une vive part aux regrets qu'a causés ce décès prématuré ».
La Société archéologique et historique de l'Orléanais nous a envoyé une lettre de faire part de la mort de son président d'honneur M. le chanoine Desnoyers, décédé dans sa 96e année. C'était un fervent admirateur de Jeanne-d'Arc, dont il a fondé le musée à Orléans ; j'ai adressé, en votre nom, à la Société de l'Orléanais, nos sincères condoléances, que je renouvelle ici en Séance générale.
M. Guibert, notre sympathique correspondant, a été nommé membre correspondant de l'Institut.
M. le Président présente alors les comptes de gestion de l'année 1901.
RECETTES
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En caisse au 31 décembre 1900 |
1 081,50 |
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Cotisations des sociétaires |
820,00 |
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Mandat de la Ville |
600,00 |
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Mandat du Département |
800,00 |
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Don de l'Association amicale de la Creuse |
100,00 |
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Vente de Bulletins |
51,05 |
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Total |
3 452,55 |
DÉPENSES
Les dépenses sont représentées par 20 mandats, s'élevant à la somme de 1.995 55
Reste en caisse au 31 décembre 1901 1 457,00
Le livret de Caisse d'épargne de 1 467,27
Intérêts compris, restant intact.
Conformément aux Statuts, MM. Pineau de Montpeiroux et Louis Lasnier, sont désignés pour vérifier ces comptes, séance tenante ; les registres, mandats, factures et quittances sont mis à leur disposition les comptes sont déclarés exacts, et approuvés par l'Assemblée.
M. le Président soumet ensuite le projet de budget pour 1902.
RECETTES
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En caisse au 1er janvier 1902 |
1 457,00 |
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Cotisations |
800,00 |
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Subvention de la Ville. |
600,00 |
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Subvention du Département. |
800,00 |
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Don de la Société amicale de la Creuse |
100,00 |
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Total |
3 757,00 |
DÉPENSES
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Bulletin |
1 000,00 |
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Gravures |
100,00 |
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Bulletin de correspondance |
100,00 |
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Salaire des gardiens et concierges |
250,00 |
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Abonnements et cotisations |
36,00 |
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Conservations des collections, ports, affranchissements |
200,00 |
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Achats par le Musée, réparation de tapisserie |
1 400,00 |
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Bibliothèque achats et reliure |
100,00 |
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Fouilles et recherches |
200,00 |
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Dépenses imprévues |
371,00 |
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Total |
3 757,00 |
Le projet de budget est approuvé.
M. le Préfet de la Creuse nous a fait savoir que le Conseil général nous avait accordé une subvention de 800 francs la Société amicale de la Creuse nous a gratifié d'un nouveau don de 100 francs : Des remerciements sont votés à M. le Préfet, au Conseil général et à la Société amicale de la Creuse.
Depuis la dernière séance, le bureau a admis 11 nouveaux membres : Madame veuve Bourdery, et MM. Burdy, Pineau de Montpeiroux, Pélissier, abbé Dercier, Montaudon, Comte de Beaufranchet, Comte Ajasson de Gransagne, Germanty et Arrivière ; ces admissions sont ratifiées par l'Assemblée.
Sur la demande du Président, des remerciements sont votés, pour dons faits au Musée, à MM. Rouart, Girard, Arthur Pelletier, Guibert, Duval, Jourdan, de la Villatte et Gabriel Martin, qui nous a envoyé une caisse de livres d'archéologie, de botanique et d'histoire naturelle.
M. le Président souhaite que la lecture de ces livres nous procure quelques travaux concernant ces deux dernières sciences qui sont depuis quelque temps à peu près délaissées : L'archéologie quoique moins négligée, n'est pas l'objet d'études aussi nombreuses qu'autrefois.
Heureusement notre nouveau collègue M. l'abbé Dercier fait sur le Mont-Jouer, avec un zèle qu'on ne saurait trop louer, des fouilles qui ont déjà donné d'intéressants résultats.
M. le Président prie alors M. le curé de Saint-Goussaud de vouloir bien présenter à l'assemblée quelques-uns des objets trouvés dans les fouilles dont il vient d'être parlé.
M. Dercier fait passer sous les yeux de ses collègues toute une série de monnaies dont quelques unes en bronze et une en argent, très remarquables par le relief et la conservation ; des fragments de vases et de poterie de formes différentes, de cette pâte couleur grisâtre que l'on trouve dans les fouilles des monuments Gaulois ; d'autres débris de couleur brique, dont 2 sont certainement des goulots d'œnochés Gauloises ; un autre échantillon d'une pâte très fine portant en relief de riches ornements des céramiques précieuses de cette époque ; enfin deux fibules en bronze, la plus grande ornée de petits émaux lozangés couleur rubis, placés en file sur plusieurs rangs ; décoration sobre et d'un goût parfait.
L'invention de cette fibule viendrait, s'il en était besoin, combattre la thèse de certains archéologues qui prétendent encore (même après la découverte des ateliers complets de fabrique d'émaux du Mont Beuvray) que ces pièces émaillées ont été importées de l'Orient, ou tout au moins ont été fabriquées en Gaule dans des ateliers nomades venant d'Orient. Cette opinion n'est pas partagée par d'autres savants, qui regardent au contraire les Gaulois comme des émailleurs capables : Le musée de Saint-Germain possède du reste, dans une vitrine spéciale, les pièces les plus remarquables de l'émaillerie Gauloise : il semble toutefois que cet art ne devait pas être pratiqué en Gaule avant le Ier siècle de notre ère.
M. l'abbé Dercier montre ensuite aux membres présents le plan des fouilles qu'il exécute ; il fait remarquer la disposition des enceintes et des maisons déjà explorées et mises au jour : Ces maisons déblayées se trouvent en bordure d'une des voies Romaines.
A ce moment, une discussion des plus intéressantes s'engage sur le nombre et la direction des voies Romaines qui passaient à Prætorium. Ces voies comme on le sait étaient au nombre de deux : l'une qui venait du Midi passait par Prætocrri (Perigueux), Augustoritum (Limoges) Prætorium et se dirigeait sur Avaricum (Bourges) par Argentomagus (Argenton) ; la seconde qui n'était qu'une bifurcation de la 1re partait de Prætorium et aboutissait à Augustonemetum (Clermont), traversant Acitodunum (Ahun) : M. l'abbé Dercier a reconnu ces deux voies. Cette constatation enthousiasme l'assemblée ; Est-ce donc Prætorium que vient de ressusciter M. le curé de Saint-Goussaud ? Certainement en considérant la réussite des fouilles dès la 1re heure, la découverte dans les habitations déjà explorées de monnaies, de poteries, de bijoux la concordance de la situation du Mont Jouer avec la position de Pretorium sur la carte de Peutinger, enfin l'existence de deux voies Romaines passant à cet endroit, il serait permis d'admettre cette hypothèse qui a déjà été formulée et soutenue.
On peut cependant déduire du résultat des fouilles déjà exécutées, que cette localité n'avait pas une grande étendue, mais était plutôt un lieu de refuge, un relais entrepôt, un poste fortifié enfin situé loin des villes, à la bifurcation de deux voies Romaines, où l'on était en sûreté et où l'on pouvait se ravitailler une de nos Ferté du Moyen-âge.
Le nom de Prætorium lui-même pourrait-il bien s'adapter à cette petite cité : cette question mériterait une étude particulière.
Du reste le Bulletin de cette année contiendra un article de M. l'abbé Dercier sur l'ensemble de ses travaux jusqu'à ce jour.
M. le Président prend alors la parole, et après avoir remercié M. le curé de Saint-Goussaud, annonce à l'assemblée que la question de l'agrandissement du Musée paraît enfin résolue. La Chambre des députés, dans une de ses dernières séances, a adopté une loi tendant à autoriser la ville de Guéret à organiser une loterie de 200 000 francs pour la construction d'un Musée. On doit cet heureux résultat, d'abord aux très actives et intelligentes démarches de M. le sénateur Villard, maire de Guéret, et aussi à l'intervention très gracieuse et très opportune de M. Desfarges, député de Bourganeuf, je vous propose de voter à ces deux représentants de la Creuse, les plus chaleureux remerciements de la Société, ce qui est voté par acclamation. M. Rouart nous promet également un magnifique tableau pour le jour de l'inauguration du Musée.
M. le Président fait ensuite part à l'assemblée de ce qui a fait par MM. les conservateurs, pour obtenir la délivrance du legs Cornillon ; ces Messieurs ont déjà rendu compte à la Municipalité du résultat négatif de leurs efforts : MM. Cornillon n'ont donné aucune réponse à leurs demandes réitérées. Notre Société ne possédant pas la personnalité civile ne peut intervenir ; la ville de Guéret, bénéficiaire du legs, est seule en mesure d'agir. La responsabilité de MM. les conservateurs est donc maintenant complètement dégagée.
Après avoir consulté l'assemblée sur une question d'ordre intérieur, et avoir recueilli l'avis des membres présents, l'ordre du jour étant épuisé, M. le Président lève la séance.
Le Secrétaire,
COMMANDANT LAROCHE.