RÉUNION GÉNÉRALE DU 25 MARS 1847
PRÉSIDENCE DE M. FABRE.
Le 25 mars 1847, la Société, convoquée par une lettre du Secrétaire, s'est réunie dans la salle de l'hôtel-de-ville.
Étaient présents : MM. Fabre, Guisard, Dugenest fils, Florand, Guillon, Pelletier-Desbouchards, Baret des Cheizes, Lasnier, Detrois, Fournier, Baudet, Adenis aîné, Bernheim, Bouchardon, Mashrenier, Cusinet, Fayolle (Edmond), Seguy de Beaumont, Gallard, Bouleaud, Toubin, Fourny-Hairaud, Humbert, Bernard, Girard, Dugenest père, Gaillard, Laroche (Chéri), Dissandes-Lavillatte, Coudert de Lavillatte (Jules), Monnet père, Monnet fils, Grosset, Leyraud (Justin), Lurty, Fillioux, Leyraud, député, Menard de Rochecave, Desry-Dutheil, Purat, Fayolle (Alexandre), Couturier de Fournoué-Montalambert, Mingasson, Polier, Pimpaneau, Betoulle, Adenis jeune.
La séance a été ouverte à une heure après midi. Le Secrétaire a fait observer que M. Furgaud, Président de la Société, étant mort, le plus âgé des membres présents devait remplir provisoirement les fonctions de Président, pendant que la Société procéderait à la nomination d'un Président définitif pour la séance, conformément à l'article 19 du règlement, ainsi conçu.
« En l'absence du Président de la Société, les séances ou
» réunions générales seront présidées par celui des membres titu-
» laires qui sera désigné par l'assemblée. »
Une discussion, à laquelle plusieurs membres ont pris part, s'est élevée pour savoir quel devrait être le mode de désignation du Président. A la suite de cette discussion, la majorité a décidé que M. Fabre, le plus âgé des membres du bureau, remplirait provisoirement les fonctions de Président ; puis, le même membre a été maintenu par acclamation, pour présider pendant toute la séance.
M. le Secrétaire a fait la lecture du procès-verbal de la séance précédente.
M. le Président a rendu compte de la réception, faite par le conseil d'administration, de sept nouveaux membres titulaires, qui sont : MM. Couturier de Fournoué-Montalambert, maire de Saint-Sulpice-le-Guérétois ; Toubin, professeur de physique et chimie au collège de Guéret ; Caffin, secrétaire de la mairie de Guéret ; Bouant, sous-principal du collège de Guéret ; Bouchardon, bijoutier à Guéret ; Adenis aîné, agent-voyer en chef du département de la Creuse ; Adenis jeune, conducteur des ponts et chaussées, à Guéret ; Negrier, horloger à Guéret.
La Société a approuvé et confirmé à l'unanimité ces réceptions. M. le Secrétaire a exposé, dans un rapport détaillé, la situation de la Société, les travaux de l'année, les nouvelles acquisitions dont le musée a été enrichi, etc., etc. Ce rapport a été approuvé.
Sur la demande de l'assemblée, M. le Président a nommé, pour la vérification des comptes, une commission composée de MM. Gallard, Dugenest père et Fillioux. Cette commission devra faire son rapport dans la prochaine réunion générale.
M. Guisard, remplissant les fonctions de rapporteur d'une commission nommée dans la séance du 10 mars 1846, pour la révision du règlement, a donné lecture de divers articles du projet de règlement préparé par la commission. La plupart de ces articles, lus et soumis séparément à la décision de l'assemblée, ont été approuvés par un vote unanime ; quelques-uns ont donné lieu à des discussions et ont été maintenus par la majorité ; d'autres ont été modifiés ; un petit nombre de nouveaux ont été ajoutés, sur la proposition de plusieurs membres.
Le titre de la Société a été maintenu, sauf la condition de dire : Société des sciences naturelles et des antiquités, au lieu de : Société des sciences naturelles et d'antiquités.
La Société a arrêté que ce nouveau règlement serait imprimé tel qu'il a été définitivement voté et approuvé par l'assemblée.
La Société ayant procédé, suivant les règles tracées par les nouveaux statuts, au renouvellement du bureau, dont les pouvoirs étaient expirés, ont été nommés au premier tour de scrutin et à la majorité absolue des suffrages : MM. Couturier de Fournoué-Montalambert, Président ; Guisard, Secrétaire ; et à la majorité des suffrages, MM. Dugenest fils, Bonnafoux, Fabre, Guillon, Florand, Administrateurs ; M. Gallard, Trésorier.
Le conseil d'administration reste chargé de présenter une liste de quatre administrateurs, parmi lesquels le conseil municipal aura à choisir deux conservateurs.
Signé : FABRE, président, GUISARD, secrétaire, DUGENEST fils, GUILLON, FLORAND.
RAPPORT PRÉSENTÉ PAR LE SECRÉTAIRE, DANS LA SÉANCE DU 25 MARS 1847
MESSIEURS,
L'expérience du passé nous a appris que de fréquentes réunions générales nous causaient des dérangements souvent inutiles, et qu'il nous suffisait d'une session annuelle pour conférer ensemble sur les intérêts et l'avenir de notre Société ; mais il résulte de là que parfois la session est chargée de questions et d'intérêts d'une grande importance.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, lorsque je vous aurai fait connaître, au nom du conseil d'administration, notre situation actuelle, comparativement à celle de l'année dernière, nous aurons à discuter le projet de nos nouveaux statuts, qui doit vous être soumis par la commission que vous aviez chargée de le préparer ; à procéder au renouvellement du conseil d'administration, dont les pouvoirs sont expirés après trois ans d'exercice ; enfin, à présenter la liste des candidats parmi lesquels le conseil municipal devra choisir les conservateurs du musée.
Telle est malheureusement, Messieurs, la tournure de l'esprit humain, que les vérités les plus utiles et les plus faciles à concevoir, au lieu d'être toujours, comme cela devrait être, acceptées sans conteste, sont le plus souvent dénigrées, repoussées et ne peuvent avancer dans leur marche et atteindre leur but qu'à travers des obstacles sans nombre. C'est ainsi que notre institution, malgré l'excellence de son but, l'évidence de son utilité, a eu ses détracteurs et ses critiques ; mais leurs rangs s'éclaircissent chaque jour devant les résultats que nous avons obtenus, et nul, je pense, n'oserait soutenir désormais que notre Société n'a pas, dans sa petite sphère, marqué sa place et rempli sa mission, au milieu de l'admirable mouvement qui emporte les nations civilisées vers les études scientifiques.
Les limites dans lesquelles je dois me circonscrire, ne me permettent pas de vous rappeler tous les titres que notre Société s'est acquis par ses collections ; mais il y a lieu d'espérer que cette tâche sera bien remplie par l'un de nos collègues, l'honorable M. J. Coudert-Lavillatte, qui doit publier, dans notre prochain bulletin un apperçu historique sur notre Société.
Je me bornerai à vous faire connaître, d'une manière sommaire, les travaux exécutés, les résultats obtenus depuis notre précédente session.
MM. les Conservateurs s'acquitteront, de leur côté, de leur mission particulière, qui consiste à enregistrer et à publier la note détaillée de nouveaux objets d'histoire naturelle et d'antiquités ajoutés, dans le cours de l'année, à nos collections. Il sera démontré par cette note, que le zèle et le désintéressement d'un grand nombre de sociétaires, loin de se refroidir va toujours croissant. Parmi eux, méritent d'être particulièrement signalés, MM. Raby, avoué ; Charles Montaudon, docteur en médecine ; Martignon, vérificateur de l'enregistrement ; Jorrand, notaire ; Hérald, commis de la poste aux lettres ; etc., etc., noms, déjà presque tous connus pour d'autres libéralités, et aujourd'hui répétés encore à chaque instant dans la liste des objets acquis.
Dans le compte-rendu de l'année dernière, je faisais la remarque que chaque époque de notre Société avait eu, pour ainsi dire, son genre de progrès. Les circonstances, le dévouement et un heureux talent d'un de nos sociétaires, se sont chargés de justifier mon assection pour cette année.
M. Fournier, régent au collège Guéret, que nous avons déjà eu occasion de citer pour avoir mis son talent d'artiste au service de la Société pour des dessins de dolmens et vases antiques, a entrepris, avec une libéralité digne de toute notre reconnaissance, et achevé, pour ainsi dire, avec le plus grand succès, les collections complètes, en plâtre, des reptiles et des poissons de notre pays. Ces belles collections, qui reproduisent d'une manière frappante les formes, les couleurs, et jusqu'à l'exacte grandeur des individus, seront exposées dans un meuble commandé exprès par le conseil d'administration et ne tarderont pas à ajouter à l'ornement de notre musée. Au mérite de la beauté et d'une grande valeur, elles joindront celui de l'à-propos, car nous avions eu à regretter, jusqu'à ce jour, que la collection des poissons fût à peine ébauchée dans nos classifications zoologiques. Nous n'avons pas cherché à savoir si d'autres avaient eu, les premiers, l'ingénieuse idée de reproduire par le moulage et la couleur, les reptiles et les poissons ; mais, quoiqu'il en soit, nous ne devons pas moins nous féliciter d'avoir l'heureuse chance de posséder un collègue qui fasse cette opération avec autant d'habileté et de désintéressement. Chacun comprendra sans peine les avantages de ce mode de collections : reproductions des objets pouvant se répéter et se multiplier, à l'aide d'un seul sujet, au gré des désirs et des besoins ; ressemblance d'une rigoureuse exactitude ; inaltérabilité de matière, et conséquemment facilité absolue de conservation, sans autres frais que ceux d'établissement. Où trouver des conditions plus commodes pour l'étude et l'enseignement des caractères extérieurs et essentiels des individus de ces familles zoologiques ?
Nous avions fait, à la dernière session, une mention toute spéciale d'études, de travaux sur les monuments anciens et de collections d'objets d'antiquités du département. Le goût et le zèle de nos sociétaires pour ces études, si propres à projeter la lumière sur l'histoire de notre province, ne se sont pas ralentis. On a continué de faire des recherches sérieuses sur les antiquités du département et d'opérer des fouilles. Au nombre des découvertes faites dans le cours de l'année, nous mentionnerons l'église de Nouziers, remarquable monument du XIᵐᵉ siècle, dont le mérite était absolument ignoré dans le pays, et qui a attiré, tout à la fois et presque dans le même temps, les investigations d'un de nos collègues et celles d'un des membres les plus érudits de la chambre des pairs, qui prépare des matériaux pour écrire l'histoire des monuments religieux de la France.
M. le maire a consenti, sur la demande du conseil d'administration, à mettre à la disposition de la Société un petit jardin situé au fond de la place de la mairie. Cet emplacement, que nous nous proposons de faire clore par une claire-voie, nous sera très-utile pour classer, conserver et mettre à l'abri de la malveillance nos grosses pièces d'architecture et d'antiquités.
Mais au temps même où les membres de notre Société faisaient les efforts les plus louables et les plus persévérants pour recueillir et conserver les derniers vestiges, les débris de monuments et d'objets anciens, reliant la chaîne des temps, transmettant les traditions historiques et nous instruisant de la science architectonique et des connaissances artistiques qui ont illustré les siècles passés ; à ce temps même, par une fatalité inconcevable, un projet de malheureux vandalisme nous faisait, plus d'une fois, trembler sur le sort de notre vieille église, de style romano-byzantin, de transition. Nous éprouvons toutefois une vive satisfaction à proclamer aujourd'hui que si ce projet n'est pas encore abandonné par l'esprit qui l'avait malheureusement conçu, au moins on sera désormais dans l'impuissance de le réaliser. Notons ici, pour rendre à César ce qui est à César, que, suivant toutes probabilités, le travail publié sur cette église, dans notre avant-dernier bulletin, par M. Bonnafoux, n'a pas été étranger au rapport de l'architecte et à un énergique appui que les idées de conservation du monument ont rencontré dans la majorité du conseil de la commune.
Si les promesses et les protestations d'intérêt pouvaient enrichir, nous serions moins pauvres, car on ne nous les marchande pas. Notre galerie de tableaux de peinture reste toujours enfouie dans les greniers de la mairie. Notre bibliothèque n'a pu trouver place que dans un cabinet écarté, dépendant de la bibliothèque communale.
Cependant, il nous arrive trop souvent d'avoir à blâmer et à nous plaindre, pour que nous ne saisissions pas, avec empressement, la plus légère occasion de louer, et, au besoin, de témoigner notre reconnaissance. Empressons-nous donc de proclamer bien haut que le conseil municipal a commencé à faire acte de justice, en votant une allocation de 200 fr. à M. Bonnafoux, l'un de nos conservateurs. Nous avons la conviction que cette rémunération sera continuée ; nous avons même l'espoir qu'elle sera augmentée. Pourquoi faut-il qu'à côté du bien soit le mal ! Que cette tardive justice se présente sous les traits de la parcimonie ? Qu'on ait retiré 100 fr. à la Société pour en rémunérer M. B...... ? C'est-à-dire qu'on nous ait donné d'une main pour nous retirer de l'autre ? Que pour s'élever à un acte de justice, on se soit donné le tort de manquer à des engagements contractés ; car il ne faut pas oublier que la commune a contracté, par acte authentique, l'obligation de fournir le logement et les frais de conservation pour les collections du musée. Or, nous venons de voir que le logement est insuffisant, et l'allocation communale réduite à 100 fr. est également insuffisante pour couvrir les frais de conservation. Nous aurions aimé à louer sans restriction ; nous aurions regardé comme une justice faite à la Société elle-même, la rémunération convenable des longs et importants services de M. Bonnafoux.
Notre Société n'est guère plus heureuse près du conseil général que près de celui de la commune. Une pétition longuement motivée, adressée par le conseil d'administration à la première assemblée, n'a pas fait ajouter une obole à une allocation habituelle de 300 fr. Les doléances inscrites dans la pétition ont été accueillies avec peu de bienveillance. On nous a traités, comme si nous avions demandé une aumône personnelle. Là, comme dans l'administration communale, on paraît croire que nous travaillons, nous faisons des sacrifices de tout genre dans un intérêt privé ; que l'intérêt du pays n'est pour rien dans ces riches collections mises à la disposition de toutes les écoles publiques ; dans le goût des études qu'elle contribuent à répandre dans le pays ; dans les travaux, les découvertes, les publications de la Société sur l'histoire de la Marche ; dans la statistique du pays qui se prépare journellement par ces travaux ; dans les cours publics que la Société s'apprête à faire ouvrir sous ses auspices.
Nous devrons prochainement à M. Toubin, professeur de chimie au collège de Guéret, qui a bien voulu conférer avec notre conseil d'administration, l'établissement d'un cours public de chimie pratique et spécialement appliquée à l'agriculture.
Nous n'avons rien eu du gouvernement. Cependant, M. le Ministre de l'instruction publique protestait l'an dernier, à la tribune de la chambre des députés, qu'il n'avait jamais répondu par un refus à une demande en faveur du progrès des études et des travaux scientifiques.
Notre cause est trop juste et trop sainte, pour que nous soyons atteints par le découragement. Nous persévérerons à adresser nos doléances et nos réclamations à l'autorité compétente.
Nous aurions terminé là ce compte-rendu, si nous ne regardions comme un devoir religieux d'exprimer, dans cette circonstance publique et solennelle, nos regrets sur la perte cruelle que nous venons de faire par la mort récente de notre digne et vénérable président.
M. Furgaud fut appelé au fauteuil de la présidence et y fut maintenu, à chaque renouvellement triennal du bureau, par l'unanimité des suffrages, depuis la fondation de notre Société jusqu'à l'heure de sa mort.
Enfant du pays, il avait fait, avec une grande distinction, ses premières études à l'école centrale d'Aubusson, sa ville natale. Admis à l'école polytechnique, après des examens qu'il avait soutenus avec le plus brillant succès, il en était sorti ingénieur des mines ; avait résidé d'abord, à ce titre, dans le département de l'Hérault ; puis était devenu ingénieur en chef de première classe de l'arrondissement de Guéret, composé des départements de la Creuse, Haute-Vienne, Vienne, Charente, Charente-Inférieure, Indre, Indre-et-Loire, Loire-et-Cher. A même de faire un choix dans cette haute position administrative, l'amour du pays natal l'avait emporté chez lui sur l'appât des séduisantes jouissances du grand monde et des grandes cités, et il avait adopté la modeste résidence de Guéret.
Ce fut une bonne fortune pour nous, car lors des premiers pas de notre institution, difficiles comme ils le sont toujours, nul de nos concitoyens n'aurait pu nous offrir tout à la fois l'appui d'une position aussi éminente sous tous les rapports, de connaissances scientifiques aussi variées et aussi bien appropriées à la circonstance, et du zèle et du désintéressement dont il nous a laissé de nombreuses preuves.
M. Furgaud avait d'autres qualités qui n'ont pu être appréciées que par ceux qui ont été assez heureux pour vivre dans son intimité. Doué d'un esprit fin et plein de sagacité, d'une rare aménité de caractère, il était excellent pour le conseil ; toujours porté à l'indulgence pour les autres et aux mesures pacifiques. Il se plaisait à répéter souvent qu'il avait peur de la lutte ; qu'il aimait la paix. Aussi le meilleur accord et la plus parfaite harmonie ont-ils toujours régné dans le sein de notre conseil d'administration, et a-t-il emporté les regrets les plus vifs et les plus sincères de tous ses collègues. Rappelons cependant que cet amour de la paix ne le conduisit jamais à l'oubli de l'élévation naturelle de ses sentiments, et que, dans plus d'une occasion, il nous a montré qu'il savait, au besoin, faire acte d'indépendance.
La mort de ce digne président, ayant à peine atteint sa soixante-septième année d'âge, laisse un immense vide à remplir, et ce n'est pas sans une assez grande appréhension que le conseil d'administration a vu approcher le moment de pourvoir à son remplacement, et a envisagé la difficulté que la Société aurait à surmonter pour lui trouver un successeur qui présentât une équivalence de garanties et d'avantages.
Si quelque chose peut nous rassurer, Messieurs, c'est la conviction que chacun comprendra que l'existence de notre Société peut dépendre du choix auquel nous allons procéder.
GUISARD, d. m. p.