RÉUNION GÉNÉRALE DU 1er AVRIL 1845

 

PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE

Présidence de M. Furgand.

Le 1er avril 1845, la Société, convoquée par une lettre spéciale de M. le Président, s'est réunie, à trois heures après-midi, dans un des appartements du Musée.

Étaient présents : MM. Furgaud, Bonnafoux, Guillon, Floraud, Dugenest fils, Guisard, Fabre, Monnet, Fillioux, Humbert, Lurty, Niveau, avocat, etc.

M. le Secrétaire a donné lecture du procès-verbal de la séance précédente ; a exposé, dans un rapport détaillé, les nouvelles acquisitions, les dons, les meubles dont le Musée a été enrichi depuis l'année dernière ; a rappelé les travaux qui ont été publiés dans le dernier Bulletin par plusieurs sociétaires ; enfin, a établi la balance des recettes et dépenses de l'année, et indiqué les ressources qui restaient disponibles pour l'avenir.

Une commission, nommée par M. le Président et composée de MM. Humbert, Fillioux et Monnet, a examiné, séance tenante, toutes les pièces concernant les comptes, les a reconnues et déclarées complètes, régulières, parfaitement exactes et conformes.

Sur présentation faite dans les formes réglementaires, ont été reçus et proclamés, par M. le Président, membres titulaires de la Société : MM. Belon aîné, propriétaire à Paris ; Jamot, prêtre à Lourdoueix-Saint-Pierre ; Humbert, principal du collège de Guéret ; Grellier, sous principal du collège de Guéret ; Monnet, pharmacien à Guéret ; Poujaud fils, avocat à Guéret ; Thuo, régent de rhétorique au collège de Guéret ; Niveau-Villedary, avocat à Lépaud ; Fillioux, homme de lettres à Guéret ; Niveau (Jean-Baptiste), avocat à Guéret. — Membres correspondants : MM. Mauduit, conservateur du Musée de Poitiers ; Schramko, régent au collège de la Châtre.

Les Membres du Conseil d'administration :

FURGAUD. GUISARD. BONNAFOUX. DUGENEST, D. M. P. GUILLON. FABRE. FLORAND.

 

RAPPORT PRÉSENTÉ PAR LE SECRÉTAIRE

Messieurs,

Je vous ai présenté l'an dernier une récapitulation sommaire des principaux travaux de notre Société depuis 1838, date de la publication de notre premier Bulletin ; je vous ai indiqué les résultats des études géologiques, minéralogiques, botaniques, zoologiques et archéologiques sur le département de la Creuse ; je vous ai parlé de l'utilité incontestable de nos riches collections pour l'enseignement dans les institutions d'instruction publique ; mais, en même temps, j'ai dû vous faire remarquer que la majeure partie de nos ressources provenaient des sacrifices que s'imposent, avec une patriotique persévérance, nos nombreux sociétaires, de dons privés, des œuvres désintéressées et gratuites de quelques membres de notre Conseil d'administration et particulièrement du plus ancien de nos conservateurs.

Je le dis à regret, les efforts de votre Conseil d'administration ont été infructueux jusqu'à ce jour pour attirer d'une manière efficace l'attention et l'intérêt du Gouvernement et du Conseil général. Nous avons, en effet, reçu du Gouvernement une caisse de quelques objets d'histoire naturelle ; mais nous n'avons eu aucune part à la distribution du riche fonds de secours alloué par les Chambres pour l'encouragement des sciences et des arts. Nulle autre Société scientifique n'y aurait peut-être autant de droits que la nôtre par la nature des études, par les résultats obtenus et surtout par les besoins et l'état arriéré du pays. Le Conseil général lui-même, qui est mieux à portée d'apprécier la valeur et l'importance de notre œuvre, ne nous a encore accordé, comme les années précédentes, que la modique et bien insuffisante allocation de trois cents francs. Cependant, lors de la dernière session de ce Conseil, nous lui avions adressé une pétition, dans laquelle nous avons établi l'utilité générale de notre institution, nos charges de tout genre, l'insuffisance de nos ressources, et demandé une allocation supérieure. Il est vrai que le Conseil a accordé, sans hésiter, toute la somme proposée par M. le Préfet, et que ce magistrat paraît avoir reçu notre pétition trop tard pour modifier la demande de trois cents francs qu'il avait déjà faite. La justice de notre cause nous fait espérer que nous serons plus heureux en faisant plus de diligence la prochaine fois.

Le Conseil municipal a manifesté des dispositions plus libérales. Il a continué de nous allouer la même somme que les années précédentes pour frais d'entretien, et prenant en considération, sur une pétition du Conseil de la Société, l'insuffisance du local, il a autorisé M. le Maire à entrer en marché pour l'acquisition d'appartements dépendants de l'Hôtel de ville et destinés à l'agrandissement du Musée. Tenant compte d'une autre pétition, il a consenti à prélever sur le budget communal les frais nécessaires pour l'établissement d'un Cabinet d'études d'histoire naturelle au collège. Ce Cabinet a été commencé par les soins et le zèle toujours aussi actif qu'éclairé de M. Bonnafoux.

C'est là un des résultats dont notre Société a le droit de s'enorgueillir, car il détruit les graves inconvénients d'un enseignement fait de vive voix et sans sujet de démonstration, inconvénients que nous avons déjà signalés dans un de nos comptes-rendus.

L'injuste oubli, dans lequel nous a laissés le Gouvernement, n'a heureusement produit, jusqu'à ce jour, aucune influence fâcheuse sur les dispositions de la fraction studieuse et zélée des membres de la Société. Notre dernier Bulletin renferme en effet des recherches, des études du plus grand intérêt sur l'histoire de plusieurs localités du pays, sur d'anciens tombeaux, sur les découvertes de beaucoup d'objets d'archéologie, sur la constitution de notre sol, et parmi ces notices, méritent d'être particulièrement remarquées l'histoire de la ville de Guéret, par M. Bonnafoux, celle du Puy-de-Gaudy, par M. J. Coudert-Lavillatte, la description géologique du bassin houiller d'Ahun, par M. Pierre de Cessac.

Des renseignements précis et détaillés seront exposés par MM. les Conservateurs sur l'accroissement et l'embellissement de nos collections ; mais, outre que nous croyons convenable de vous en présenter une indication sommaire, il est de toute justice que nous fassions une mention spéciale de plusieurs objets qui se distinguent par leur valeur ou leur nouveauté.

Le plus remarquable est un bouquet de fleurs en émail, que nous devons à la générosité et au talent de M. Midre Saint-Sulpice, percepteur à Ahun, et qui a fait l'admiration d'un nombreux concours de visiteurs, accourus au Musée dès que la renommée en a eu fait connaître le dépôt. Jamais émailleur n'avait travaillé, en aucun genre, avec tant d'habileté, tant de bonheur, et, disons-le, tant de poésie. Le goût le plus délicat règne dans l'association, l'arrangement de ce bouquet, et l'imitation la plus parfaite rappelle la forme et les couleurs des fleurs les plus fraîches. Nul doute qu'une personne, qui ne serait pas prévenue, ne pût les prendre pour des fleurs fraîchement cueillies. On admirerait peut-être plus encore, si c'est possible, le talent de M. Midre, si on voyait la facilité et la rapidité prodigieuses avec lesquelles ces jolies fleurs se forment dans ses doigts et sous la flamme de son chalumeau ; M. Midre est un artiste éminent, une gloire de notre pays. Le bouquet dont il a fait don à notre Musée marquera la date d'un progrès auquel l'art de l'émailleur n'avait pas encore atteint.

Un autre de nos compatriotes, M. Félix Fauchier, jeune chimiste, qui consacre les loisirs que lui laisse la fortune à cultiver avec amour les sciences physiques, a bien voulu nous donner une preuve de sympathie en construisant, pour notre Musée, un ingénieux appareil galvano-plastique, avec lequel on a déjà pu reproduire plusieurs belles copies de médailles. Il serait superflu de faire ressortir l'extrême utilité de cet appareil, qui nous permettra de multiplier à volonté les modèles les plus rares ou les plus importants de notre collection numismatique.

Chaque année, nous avons aussi l'occasion d'enregistrer, de constater l'assistance, le concours de quelques nouveaux savants ou artistes, en faveur de notre Société ; leurs travaux ou leurs gratifications d'objets plus ou moins précieux ; et nous cheminons par la seule force de notre organisation, lentement, mais sûrement, vers un avenir meilleur, vers un progrès incessant. Tout serait disséminé, perdu, le plus souvent au néant, si notre Société était dissoute. Combien n'est-il pas à regretter que l'administration n'apprécie pas et ne seconde pas, comme elle le devrait, un établissement d'un intérêt si général !

Indépendamment de ces résultats exceptionnels, inattendus, nous n'en avons pas moins obtenu, dans le cours de cette année, ceux auxquels nous ont habitués le zèle et le dévouement de quelques membres de notre Société.

Notre collection géologique, déjà si belle par le nombre et le choix des échantillons, s'est encore considérablement accrue, et c'est notre honorable président, M. Furgand, qui, à tant de sacrifices déjà faits par lui pour cette partie, a ajouté cette année de nouvelles richesses.

Notre Musée a été enrichi, pour la deuxième fois, d'armes et d'objets antiques et précieux d'Algérie, par le zèle et le désintéressement de M. Florand, vétérinaire attaché à notre glorieuse armée d'Afrique.

Soixante pièces nouvelles de zoologie ont été montées par M. Bonnafoux et cependant la rigueur de la loi sur la chasse n'a pas permis, comme autrefois, aux chasseurs et aux amateurs de contribuer à l'accroissement de nos galeries.

Les ressources du budget ont été consacrées en grande partie à la confection de nouveaux meubles que rendait indispensables l'augmentation de toutes les classifications de nos collections. Malheureusement nos charges suivent la progression croissante de nos richesses, et, tout en voyant augmenter, chaque année le nombre des sociétaires titulaires et le chiffre des cotisations, nous serons prochainement réduits à ne pouvoir faire face à tous les frais d'ameublement nécessités par l'abondance de nos collections. Nos richesses entraîneront un état de gêne.

Le pays pour qui nous travaillons, dont ces richesses sont le patrimoine, le gouvernement qui a la mission de seconder les progrès scientifiques, nous laisseront-ils faillir dans notre entreprise !

Notre bulletin annuel devient chaque année plus important, mais aussi plus coûteux, parce que les matériaux affluent de toutes parts. Nous avons à craindre de n'avoir pas les ressources suffisantes pour faire imprimer celui de 1845. Cependant plusieurs mémoires importants nous ont été adressés.

Malgré leur amour de la science et leur dévouement à la chose publique, nos conservateurs, en se voyant si peu secondés par l'administration, ne peuvent pas ne point éprouver des moments de découragement. Ce motif les a seul empêchés, jusqu'à ce jour, de conduire à fin une œuvre très-importante, la confection du catalogue général du Musée. Ils s'empresseraient de le rédiger si l'administration paraissait mieux disposée à apprécier leur travail.

Plusieurs Sociétés savantes nous ont envoyé leurs Bulletins, comme les années précédentes.

M. Humbert, principal du collège, a fait hommage à la Société de deux manuels sur l'histoire naturelle, dont il est l'auteur.

Avant de clore ce compte-rendu, il nous reste la pénible mission de vous dire que deux pertes bien regrettables ont frappé, dans un court espace de temps, sur le personnel de notre Société. Il y a peu de mois que M. de Saint-Martin, ancien Sous-intendant militaire, l'un de nos membres fondateurs les plus dévoués et notre ex-vice-président, succombait aux suites d'une longue et douloureuse maladie. Hier même ont eu lieu les funérailles du docteur Lacroix, un autre de nos membres fondateurs, non moins dévoué et notre ex-secrétaire. L'un et l'autre ont été très-utiles à la Société lorsqu'elle essayait de se fonder, de s'organiser, c'est-à-dire alors qu'elle avait le plus besoin du concours et du dévouement de tous les hommes éclairés, amis du progrès, de la science et de leur pays. Nous avons regardé comme un devoir de rappeler les services rendus à notre institution par ces deux honorables membres et de consigner ici les vives expressions de regret que nous cause leur perte. Nous croyons que c'est s'honorer soi-même que de savoir payer à propos un juste tribut de reconnaissance au mérite et aux services rendus à la chose publique.

GUISARD, D. M. P.