RÉUNION GÉNÉRALE DU 28 FÉVRIER 1844

 

PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE

Présidence de M. Furgaud.

Le 28 février 1844, la Société des sciences naturelles et d'antiquités de la Creuse, convoquée par une lettre de M. le Président, s'est réunie, à trois heures après midi, dans un des appartements du Musée.

Étaient présents : MM. Furgaud, Bonnafoux, Guillon, Florand, Dugenest père, Guisard, de Varambon, Bernard, Ducros, Dugenest fils, Arsène Perdrix, Detrois, Legouest, Bouchardon, Alexandre Fayolle, etc.

M. le Secrétaire, après avoir donné lecture du procès-verbal de la séance précédente, a exposé, dans un rapport circonstancié, les améliorations survenues, pendant le cours de l'année dans le matériel du Musée, les résultats scientifiques obtenus par la Société ; puis il a présenté la balance des recettes et dépenses, et indiqué les ressources disponibles pour l'avenir.

M. le Président a nommé ensuite, pour la vérification de l'exposé des comptes, une commission composée de MM. Bernard, Ducros et Detrois. Ces messieurs, après un examen fait séance tenante, ont déclaré l'état des comptes parfaitement exact, sincere et régulier.

Sont reçus et nommés membres titulaires : MM. Poissonnier, principal du collège de Magnac ; Delesgue, notaire à Dun-le-Palleteau ; Dumiral, substitut du procureur général à Riom ; Dubranle, docteur en médecine à Saint-Vaury ; Pacaud, secrétaire de la mairie d'Aubusson ; Farré (Henri), imprimeur à Chambon ; Bouéry, curé à Genouillac ; Larombière, substitut du procureur du roi à Tulle ; membre correspondant, M. Brioté, garde-mine à Poitiers.

Les pouvoirs des membres du Conseil d'administration de la Société, qui avaient été nommés pour trois ans, étant expirés, l'assemblée a procédé, conformément au règlement, à une nouvelle élection. Les anciens membres ont tous été réélus. Ce sont : MM. Furgaud, Bonnafoux, Dugenest père, Guillon, Fabre, Florand, Guisard. M. Dugenest père a donné sa démission immédiatement après sa nomination, et un nouveau tour de scrutin a désigné M. Dugenest fils, en remplacement de son père. M. le Président a proclamé membres du Conseil d'administration, nommés pour trois ans, toutes les personnes ci-dessus, moins M. Dugenest père, dont la démission avait été acceptée.

La séance a été levée à 4 heures

Les membres du Conseil d'administration,

FURGAUD. GUISARD. BONNAFOUX. DUGENEST, D. M. P. GUILLON. FABRE. FLORAND.

 

RAPPORT PRÉSENTÉ PAR LE SECRÉTAIRE

Messieurs,

Dans le principe, les premiers comptes-rendus qui vous étaient annuellement exposés, traitaient exclusivement de l'accroissement du matériel de notre Musée ; à peine quelques manuscrits, rares et isolés, nous étaient adressés, commençaient notre mince bagage d'archives et manifestaient une tendance vers les travaux intellectuels. Alors aussi nous étions en butte à une critique beaucoup plus aisée que la coopération à une œuvre sérieuse et d'utilité publique, mais dont l'avenir et l'accomplissement reposaient sur de faibles ressources. Indépendamment de la foule des ignorants, qui est toujours nombreuse en tous lieux, la plus grande partie de la génération actuelle des personnes lettrées, n'ayant aucune idée de l'utilité des connaissances scientifiques, et, parmi elles, les esprits chagrins, exigeants, ceux qui n'apprécient pas le temps nécessaire pour fonder une institution, nous reprochaient à l'envie de n'avoir rien fait d'utilité pratique, de n'avoir travaillé que pour la satisfaction des yeux, pour la curiosité. Ce n'est qu'en 1838, après six ans d'existence, que nous avons fait imprimer et publier notre premier Bulletin, et que les esquisses qu'il contenait sur l'étude des diverses branches de l'histoire naturelle et de l'archéologie du pays, ont pu faire pressentir aux moins clairvoyants et aux plus prévenus le véritable but et l'utilité de nos efforts.

Mais notre mission particulière, pour le moment, est de vous exposer les résultats obtenus dans l'année qui vient de s'écouler. Ainsi, entre autres objets importants dont il est traité dans notre dernier Bulletin de 1843, on remarque une notice géologique très-instructive sur le département, par M. P. de Cessac, de Chénérailles, sujet qui avait déjà été traité dans notre premier Bulletin par M. Furgaud, avec toute la supériorité que donnent de grandes connaissances acquises et une longue expérience ; un catalogue des plantes du département, par le docteur Pailloux, d'Ahun ; un mémoire sur la phlorydzine, principe extrait de l'écorce de racine de pommier, qui est regardé comme un bon et conséquemment un précieux succédané de la quinine, par M. Legrip, de Chambon ; plusieurs notes très-curieuses sur l'archéologie du département, sur quelques fouilles archéologiques et la description de plusieurs tombeaux romains récemment découverts dans différentes localités, par M. Bonnafoux ; la description de quelques dolmens, par le même et M. Fesneau, de la Souterraine.

Ces études, messieurs, réunies à celles consignées dans nos précédents Bulletins, à celles de nos Bulletins futurs, formeront un assemblage de matériaux entièrement neufs, d'une utilité inappréciable, incomparable pour l'histoire botanique, géologique, minéralogique, zoologique du pays, et pour l'histoire des événements anciens, des faits notables, mais très-obscurs jusqu'à ce jour, qui se sont passés dans les temps les plus reculés. Une époque viendra où l'homme de science qui voudrait connaître la constitution et les produits de notre sol dans notre circonscription départementale, l'historien qui voudrait rédiger l'histoire de notre ancienne Marche, ne pourraient puiser ailleurs que dans nos Bulletins, et n'auraient plus qu'à coordonner, qu'à généraliser, pour ainsi dire, les faits et les enseignements contenus dans nos mémoires spéciaux.

Rappelons, afin que les critiques et les indifférents le sachent et ne l'oublient pas, rappelons que nos travaux et nos collections sont déjà et depuis longtemps d'une utilité d'application plus immédiate et non moins importante. Nos écoles publiques, en effet, trouvent dans notre Musée, pour l'enseignement des sciences naturelles, des ressources que les sacrifices de la commune ni du département n'auraient jamais pu leur procurer, qui sont supérieures à celles de la plupart des grands colléges royaux. Malheureusement le corps enseignant est encore loin d'en avoir tiré, à ce point de vue, tout le parti possible ; mais votre Conseil d'administration, toujours soucieux de l'intérêt public, croit avoir trouvé, après un mûr examen, le moyen de mieux faire dans l'avenir. Nous espérons, en effet, qu'avec le concert du pouvoir municipal, à l'aide d'une faible dépense, nous pourrons mettre à la disposition des professeurs, dans leur établissement même, les objets nécessaires à la démonstration de l'histoire naturelle. C'est encore une amélioration que nous devrons au dévouement de M. Bonnafoux, notre infatigable conservateur. Amélioration bien à désirer ! car elle ferait cesser un abus déplorable, et ce que nous appellerions volontiers un scandale dans l'enseignement. On ne serait plus exposé à voir, comme cela a déjà eu lieu autrefois, des professeurs enseigner de mémoire l'histoire naturelle qu'ils ne sauraient pas ; perdre et faire perdre aux élèves un temps précieux à leur inculquer, sur l'objet de l'enseignement, des idées fausses et partant plus fâcheuses que l'ignorance absolue. Les objets de démonstration sous les yeux, sous la main, obligeraient en effet le professeur à apprendre, à savoir par avance, sous peine d'un ridicule auquel personne ne voudrait s'exposer, ce qu'il serait chargé d'enseigner. (1)

Au nombre des avantages obtenus dans le cours de l'année, nous croyons de notre devoir de mentionner la nomination de M. Bonnafoux, un de nos conservateurs, au titre de sous-bibliothécaire. C'est de la part de l'autorité un commencement de rémunération, une sorte de promesse, d'engagement de le récompenser, à l'occasion, des grands services qu'il a rendus avec un zèle persévérant et un désintéressement absolu, depuis plus de douze ans, à notre Musée, au goût et aux progrès des études scientifiques dans notre pays. Nous croyons que personne n'était plus digne que lui de ces fonctions, qui lui ont fourni une nouvelle occasion de faire preuve de civisme, car elles ne sont qu'honorifiques, et de rendre de nouveaux services à la commune et à la cause des lumières, car il a remis, en peu de temps, un ordre et un arrangement édifiants dans la bibliothèque.

Pour vous donner une connaissance plus complète de notre position, je vais vous faire une énumération sommaire des modifications, des principales améliorations survenues dans nos collections, et de nos espérances pour l'avenir.

M. Bonnafoux a tout récemment profité de ses fonctions de sous-bibliothécaire pour obtenir de M. le Maire l'autorisation de transporter la bibliothèque du Musée dans un cabinet de la bibliothèque communale. Cette idée est d'une application heureuse, car, outre qu'elle diminue un peu l'encombrement de nos collections, elle permet de caser nos livres d'une manière beaucoup plus commode pour l'étude et pour les recherches à faire, le défaut de place nous ayant forcés jusqu'alors de les entasser, pour ainsi dire, dans le Musée.

M. le Préfet nous a transmis la promesse, de la part de M. le Ministre de l'instruction publique, de nous envoyer des objets d'art et d'histoire naturelle. Des ordres auraient été donnés à l'administration du Musée de Paris pour que ces objets nous fussent adressés sans retard.

Moins heureux que l'an passé, nous n'avons obtenu aucune subvention du Gouvernement. Cependant nos découvertes et nos esquisses sur l'archéologie de la Marche, genre de travail auquel le Ministre accorde généralement une attention spéciale, devaient nous faire espérer au moins une petite part aux grandes allocations annuelles faites aux départements. Peut-être n'avons-nous échoué que parce que l'administration supérieure n'est pas suffisamment instruite de nos efforts et des résultats que nous avons obtenus. Nos démarches et nos instances réitérées auprès de M. le Préfet, que nous avons prié d'être notre interprète, n'ont eu sur ce point aucun succès, quoiqu'elles fussent recommandées par le vœu du Conseil général. Nous ne nous lasserons point de demander justice, et nous ne désespérons point de l'obtenir, au moins pour l'avenir.

L'accroissement continuel de nos collections et l'insuffisance de notre local ont augmenté l'encombrement dont nous vous avions déjà entretenus l'an dernier, et ont nui à la prospérité et à l'embellissement du Musée, en empêchant de préparer et de monter une grande quantité de pièces zoologiques, que nous avons en peaux et dans des caisses, pour lesquelles on n'aurait pas trouvé de place, et en nous formant encore de garder enfouie dans une mansarde notre galerie de tableaux et de gravures. Cependant, le Conseil d'administration se propose d'adresser au Conseil municipal une pétition dans laquelle il exposera avec détails tous ces inconvénients et ce fâcheux état de choses, et fera ressortir les motifs puissants qui militent en faveur d'un agrandissement de local, et le déni de justice qui résulterait d'une persistance de refus, puisque la commune s'est engagée, par contrat notarié, à fournir un local approprié. Un plan sera en même temps fourni pour indiquer les moyens d'arriver au résultat désiré, avec de grands avantages pour la commune et sans trop surcharger son budget. Tout doit nous faire espérer que le Conseil municipal, mieux éclairé sur les intérêts de la cité et sur les titres de notre Société, fera enfin droit à notre demande. (2)

Le Conseil général nous a accordé, comme les années précédentes, à titre d'encouragement, une allocation de 300 fr. ; le Conseil municipal, à titre de frais d'entretien et de conservation, une allocation de 260 fr. La somme de nos recettes s'est élevée, pour cette année, à 1 673 fr. ; celle des dépenses à 1 143 fr. Il nous reste en caisse 529 fr. De sorte que toutes les ressources de l'année prochaine resteront disponibles pour les besoins futurs.

MM. les Conservateurs vous exposeront, dans une note particulière, le détail des nouveaux objets qui ont enrichi notre Musée et qui proviennent, soit d'acquisitions, soit de dons, soit de dépôts.

(1) Notre proposition, faite au Conseil municipal, dans la session de mai, a été accueillie avec enthousiasme, et il a été décidé qu'on ferait confectionner aux dépens du budget communal des armoires vitrées et fermées, qui seraient placées dans un appartement du collége, et contiendraient les objets nécessaires aux démonstrations ou leçons d'histoire naturelle. M. le Maire est chargé de l'exécution de cet arrêté.

(2) Nos espérances ont été dépassées ! Le Conseil municipal, prenant en considération les motifs de la pétition que nous lui avons adressée, a autorisé par acclamation M. le Maire à traiter pour l'acquisition d'un accroissement de local d'une estimation de 5 à 6 000 fr., et qui serait exclusivement consacré au Musée.