RÉUNION GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER 1843

 

PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE

Présidence de M. Furgaud.

La séance est ouverte à deux heures et demie. Le Secrétaire fait la lecture du procès-verbal de la séance précédente, rend compte des travaux, acquisitions et améliorations qui ont été opérés dans le Musée pendant le cours de l'année, et expose la balance des dépenses et recettes.

M. le Président nomme, pour la vérification des comptes, une commission composée de MM. Gallard, Pailloux et Potier. Cette commission, après un examen préalable, déclare les comptes exacts et réguliers.

M. le docteur Pailloux propose à la Société de s'abonner à un herbier de France que M. Schültz publie par centurie de plantes. Cette proposition est acceptée, et M. Pailloux est chargé d'acheter la première centurie publiée.

Le même membre donne quelques renseignements sur des végétaux fossiles qu'il a recueillis dans le bassin houiller d'Ahun, et s'engage à communiquer à la Société des recherches auxquelles il se livre actuellement.

Il est arrêté que le Conseil d'administration publiera un Bulletin des travaux de l'année 1842. M. le docteur Pailloux promet d'envoyer, pour y être inséré, un catalogue des plantes du département.

Sont nommés membres de la Société : MM. Delamarre, préfet de la Creuse ; le docteur Dugenest ; Singens, régent au collège ; Tandeau de Marsac, commandant retraité ; le docteur Cancalon, de Royère ; le docteur Delaseiglière, d'Aubusson ; Émile de Girardin, député ; Detrois, conducteur des ponts et chaussées ; Masbrenier, idem ; le docteur Lafond, de Fursac ; Mazérat, maire de Pontarion ; Tournyol de Boislamy, avocat et maire de Malval. — Sont nommés membres correspondants, MM. Barnicot, avoué à Felletin, et P. de Cessac, à Chénérailles.

La séance est levée à trois heures et demie.

Les membres du Conseil d'Administration,

GUISARD. BONNAFOUX. FURGAUD. DUGENEST. GUILLON. FABRE. FLORAND.

 

RAPPORT PRÉSENTÉ PAR LE SECRÉTAIRE

Messieurs,

L'année qui vient de s'écouler n'a pas été, pour notre Musée et pour la science, moins fructueuse que les précédentes en acquisitions et en travaux. Un nouveau local, dix nouvelles grandes et belles armoires, l'accroissement considérable de nos collections en tous genres, ont nécessité un reclassement, auquel M. le docteur Dugenest et M. Bonnafoux ont généreusement consacré beaucoup de temps pendant le cours de l'année.

Cependant, telle est l'affluence de nos nouvelles richesses que, malgré la grandeur de notre local, qui, lors de la création de la Société, nous eût paru à jamais démesurée, collections zoologiques, minéraux, livres, gravures, tableaux, autres objets d'art, antiquités, ne peuvent plus être convenablement classés ni même logés, par suite de l'insuffisance de ce même local, et, chose inouïe peut-être dans un établissement de ce genre, produit de collectes privées, patriotiquement abandonné, donné au pays, nous éprouvons dans ce moment une sorte d'embarras de richesses !

Je crains, messieurs, que, malgré les préventions et peut-être les préjugés, que notre persévérance et nos succès ont effacé de l'esprit de beaucoup de personnes, dont quelques-unes composent la majorité du Conseil de la commune, plus versées dans les lettres qu'imbues de l'immense utilité des études et des connaissances scientifiques, je crains, dis-je, que notre gêne actuelle ne tienne à l'indifférence de l'administration envers une institution assez glorieuse pour avoir excité l'envie d'une cité voisine dix fois plus populeuse que la nôtre. Il semble, en effet, difficile de se rendre compte autrement de la persistance du refus de l'administration communale à nous donner un local suffisant, comme elle s'y était formellement et solennellement engagée lors de la cession à la commune de notre fonds social. Il est juste, toutefois, de dire qu'elle a continué de nous voter, pour l'entretien de nos collections, une allocation annuelle de 260 fr. Celle de l'année dernière, n'ayant pas encore été versée dans notre caisse, sera réunie à celle votée cette année, et nous aurons à percevoir sur le budget communal une somme de 580 fr. Nous sommes loin de désespérer néanmoins que l'administration communale, mieux éclairée sur nos besoins, sur les intérêts du département et particulièrement sur ceux de la commune, ne fasse point enfin droit aux démarches et aux instances de votre Conseil administratif.

Le Conseil du département, comprenant bien que notre Musée est d'un intérêt général pour le pays, nous a voté, comme l'année dernière, à titre d'encouragement, une allocation de 300 fr. Il a émis aussi avec ardeur le vœu que le Gouvernement nous fît participer aux allocations pécuniaires et aux gratifications d'objets scientifiques qu'il distribue chaque année aux départements qui en ont besoin, et qui, en même temps, s'en rendent dignes par leurs travaux.

Nous avons l'assurance que ce vœu a été appuyé par la recommandation de M. le Préfet du département. Vœu stérile, hélas ! malgré les droits incontestables que nous donnent la pauvreté du pays, nos travaux et les brillants résultats que nous avons obtenus ! C'est qu'il nous manque sans doute un puissant patronage, une influence active ! Dans des temps plus heureux, nous avons eu déjà une petite part à ces grandes gratifications gouvernementales. Espérons donc encore pour l'avenir ! (1).

Le Conseil d'administration de la Société a, conformément à la décision prise dans la dernière réunion générale, fait imprimer et envoyé gratuitement, à chacun des sociétaires, un bulletin de l'année 1842.

Soixante-et-onze nouveaux mammifères ou oiseaux ont été montés et classés.

Nos riches collections de minéraux ont été encore augmentées par MM. Furgaud, Florand, avocat ; Barnicot, avoué à Felletin, qui nous a envoyé une caisse de minéraux d'Auvergne ; Monnet fils, qui a commencé la collection géologique des terrains des environs de Paris, sous la direction de M. Élie de Beaumont, professeur à l'école des mines.

Les antiquités ont été prodigieusement augmentées par MM. Dugenest père et Bonnafoux. Ce dernier prépare un travail sur les antiquités recueillies dans l'année.

M. Guillon a ajouté de nouveaux échantillons à son droguier, et déposé soixante-et-onze volumes scientifiques, pour lesquels nous n'avons malheureusement pas de place.

Notre compatriote, M. Midre-Saint-Sulpice, nous a envoyé plusieurs vases de ses belles fleurs en émail, imitées avec une perfection dont aucun artiste, jusqu'à ce jour, n'avait approché.

M. Fournier, régent au collège, nous a fait don de deux jolis animaux en terre, modelés par lui.

Nous avons acheté plusieurs beaux ouvrages scientifiques, et quelques Sociétés nous ont envoyé des brochures et leurs bulletins.

Il est remarquable que le zèle des souscripteurs ne s'est pas plus ralenti que celui des travailleurs. Nous avons eu, cette année, quatre-vingt-seize membres titulaires ou souscripteurs, dont un bon nombre habitent des arrondissements et même des départements plus ou moins éloignés, et l'intérêt et l'admiration qu'on témoigne de toutes parts à notre institution nous garantissent encore un plus grand nombre d'adhérents pour l'année prochaine.

(1) Le Gouvernement nous a accordé, plus tard, 300 fr. à titre d'encouragement à nos travaux sur les antiquités de la Creuse.