RÉUNION GÉNÉRALE DU 30 JANVIER 1842
PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE
La séance est ouverte à deux heures et demie.
Vingt-cinq membres sont présents : ce sont MM. Furgaud, président ; Guizard, secrétaire ; Bonnafoux et Dugenest, conservateurs ; Fabre, Guillon et Florand, administrateurs ; de Varambon, trésorier ; Potier, géomètre en chef du cadastre ; Fayolle, docteur en médecine ; Marcellot, avocat ; Mingasson, chef de bureau à la préfecture ; Girard, professeur au collège ; Logerot, idem ; Fournier, idem ; Barbier, propriétaire ; Bernheim, agent-comptable ; Berthier, vétérinaire au dépôt de remonte ; Bidard, peintre ; Léonard, garde général ; Thovérat, praticien ; Grosset, avocat ; Lasnier, avocat ; Masbrenier, conducteur des ponts et chaussées ; Niveau, président de la société philharmonique.
M. le Président lit une lettre par laquelle M. Fleury, préfet de la Creuse, prévient la Société qu'il ne pourra se rendre à la réunion, pour raison de santé.
MM. Potier, Lasnier et Fayolle sont chargés de la vérification des comptes de l'exercice 1841. Après un quart d'heure d'examen, ces messieurs déclarent que les mémoires des fournisseurs se rapportent parfaitement avec les mandats soldés par M. le trésorier, et que, par conséquent, la balance des comptes est reconnue régulière.
Sont nommés membres titulaires MM. Berthier, Bidard, Cressant, docteur en médecine ; Fournier, Léonard, Monestier, ingénieur des ponts et chaussées ; Thomas, officier-payeur de la remonte ; Legouest, capitaine de cavalerie ; Beaufils, avoué ; Cancalon, médecin à Pontarion ; et Greppo, commandant du dépôt de remonte.
M. Guizard, secrétaire, lit un rapport sur la situation de la Société pendant l'année 1841, et un rapport adressé par M. le préfet de la Creuse au conseil général.
M. Furgaud, président, lit une note sur les minéraux nouvellement découverts dans le département.
M. le secrétaire donne communication d'une note de M. Bonnafoux, sur un fac-simile d'un lingot d'or envoyé par M. Legrip, pharmacien à Chambon.
La Société vote à l'unanimité la proposition faite par M. Potier, de faire imprimer toutes les pièces lues dans la séance, et de les adresser à ses membres et à ses correspondants.
La séance est levée à cinq heures moins un quart.
Les membres du Conseil d'administration :
FURGAUD. GUIZARD. BONNAFOUX. DUGENEST. GUILLON. FABRE. FLORAND.
RAPPORT LU PAR LE SECRÉTAIRE
MESSIEURS,
Chaque année nous avons eu à vous signaler la brillante situation de notre Établissement, des améliorations et des embellissements progressifs et incessants, l'accumulation de nouvelles richesses dues, soit au zèle et au désintéressement des sociétaires, soit à la libéralité des citoyens étrangers à la Société, soit, enfin, aux encouragements de la commune, du conseil général et du Gouvernement. Toutefois, il semblait naguère que nous eussions atteint le terme de nos efforts en posant largement les bases d'un Musée d'histoire naturelle et d'antiquités, déjà remarquable parmi ceux de même nature qui existent dans les grandes villes, et, surtout, en fondant un Musée départemental, véritablement digne de ce nom par la réunion presque complète des objets d'histoire naturelle et d'antiquités connus dans notre pays.
Cependant, tout en avançant toujours dans la même voie, notre Musée a été, depuis notre dernière réunion, enrichi par un commencement de collection de nouveaux objets d'art et de science. Nous devons la création toute récente d'une galerie de tableaux à l'inspiration de M. Dugenest, l'un de nos conservateurs, et à l'active coopération de M. Bonnafoux, conservateur aussi, et l'un des membres du conseil d'administration dont nous avons toujours à citer le zèle et les services.
Nous devons à la générosité de M. Fillioux-Lacombe des instruments de physique qui ont appartenu à feu l'abbé Fillioux, son frère, notre ex-collègue. Ainsi, nous aurons, outre ce qui concerne l'histoire naturelle et l'archéologie, les éléments nécessaires pour l'enseignement des sciences physiques et chimiques ; car (vous ne l'avez sans doute pas oublié) nous avons aussi un laboratoire de chimie.
Dès que l'idée de l'organisation d'une galerie de tableaux a été connue, MM. Coudert de Lavillatte père, Tandeau de Marsac, Ernest Purat, maire ; Gaillard, avocat ; Guillon, pharmacien ; Dugenest, imprimeur ; Mme Tournyol-Duclos et Mme Sauvanay, propriétaire à Guéret, se sont empressés, avec une obligeance digne de toute notre reconnaissance, de déposer des tableaux. Mlle Furgaud et M. Bidard ont bien voulu se charger de restaurer ceux qui ont subi quelques détériorations.
M. Fleury, préfet de la Creuse, a, par son intervention aussi active qu'éclairée, décidé le conseil général à nous accorder trente-trois gravures d'après les plus grands maîtres.
Nous avons encore été assez heureux pour réunir, soit à titre de dons, soit à titre d'achat ou de dépôt, un assez grand nom d'objets d'art anciens et modernes, parmi lesquels on doit remarquer un reliquaire byzantin, du temps de saint Éloy, trouvé dans le département de la Creuse, et que nous avons acheté 80 fr. ; une peinture ancienne, sur cuir, représentant la Vierge ; trois haches druidiques en granit, trouvées à Saint-Sébastien (Creuse), et données par M. Raby, avoué ; une hache druidique en jade, donnée par M. Monérat, curé de Sardent ; des marbres et des monnaies romaines, provenant des fouilles des thermes d'Évaux ; des monnaies en argent, du moyen âge, données par M. Théodore Coudert de Lavillatte, receveur à cheval des contributions indirectes à Chénérailles ; des monnaies en argent, de différents règnes, envoyées par le docteur Montaudon-Barat, de la Souterraine ; des monnaies arabes, en argent, données par M. Bussières, docteur en médecine à Châtelus ; deux médailles modernes, grand bronze, données par M. Arthur Goumy, d'Aubusson ; deux idem, petit bronze, par M. Mingasson, chef de bureau à la préfecture ; un médaillon en cuivre à l'effigie d'Auguste, donné par M. Masbrenier fils, conducteur des ponts et chaussées ; six amulettes égyptiennes, et un chapelet turc, envoyé par M. Aster Vergne, notre compatriote ; un moulin à bras, de l'époque gallo-romaine, envoyé par M. Jorrand, notaire à Ahun, et membre correspondant de la Société ; une glace ancienne, achetée par la Société ; une peinture sur marbre, de l'époque d'Albert Durer, déposée par M. Thovérat père ; trois tableaux à l'huile, achetés par la Société (une Madeleine et deux portraits) ; un émail de Limoges, par Nicolas Laudin, déposé par Mlle Anna Monnet ; une Vierge sur cuivre, déposée par M. Ambaud neveu ; une Madeleine sur cuivre, école toscane, donnée par M. Bidard, peintre ; un chaperon de Haubert (XIIIme siècle), et une batterie de fusil à mèche, rapportés d'Évaux par M. Dugenest ; deux figurines or, soie et laine, provenant des anciennes manufactures d'Aubusson, données par M. Dugenest ; un fusil d'honneur de l'époque du consulat, déposé par Mme Descoupade, de Sainte-Feyre ; une belle coupe en cuivre émaillé de Limoges, donnée par M. Gadon, docteur en médecine ; un vase ancien, en faïence, envoyé par M. Perdrix, notaire à Pionnat ; un fragment de mosaïque provenant de Vienne en Dauphiné, donné par M. Cyprien Pérathon, d'Aubusson ; une corbeille de fleurs parfaitement exécutées, adressée à la Société par Mlle Argillet, de Montluçon ; enfin, des monnaies anciennes trouvées près du village de Malleret, et sur lesquelles la note suivante a été publiée dans le numéro du 15 août dernier de l' Abeille de la Creuse.
« Divers journaux ont annoncé que, dans le courant du mois de juillet dernier, il a été trouvé, près du village de Malleret, à une petite distance de Guéret, un assez grand nombre de pièces de monnaies anciennes. Ces pièces sont au nombre de plusieurs centaines et appartiennent, pour la plupart, aux Hugues, comtes de la Marche. Ces dernières ont une légende et un type communs, mais présentent des différences de module et de coin (*) qui peuvent faire penser que très-probablement elles ont été frappées, sous le règne de plusieurs seigneurs dont elles portent le nom, entre 1208 et 1301, époque à laquelle la Marche fut cédée à Philippe-le-Bel. Ces pièces, bien que destinées au comté de la Marche, ont été frappées à Angoulême, dont les Hugues étaient en même temps possesseurs, et, pour ce motif, se rencontrent rarement dans la Marche ; aussi, sous ce rapport, la découverte présente-t-elle un véritable intérêt. Toutes sont des deniers d'argent, dont la bonté du titre doit les faire rapporter aux premiers Hugues, Hugues IX ou Hugues X. Il a été possible de les grouper en diverses catégories typales dont voici les principaux caractères.
» Premier type, pesant 19 grains. Autour d'un cercle en grainetis on lit : + VGO COMES. Dans le champ, une croix. » Revers : MARCHIE autour d'un cercle en grainetis. Dans le champ, une petite croix cantonnée de deux annelés et de deux croissants.
» Deuxième type, même poids que le premier. Autour d'un cercle en grainetis on lit : + VGO COMED. Dans le champ, une croix. » Revers : MARCHIE autour d'un cercle en grainetis. Dans le champ, une petite croix cantonnée de deux annelés et de deux croissants.
» Troisième type, pesant 17 grains, mêmes légendes, avec cette différence qu'au revers l'annelé se trouve placé avant la et MARCHIE.
» Quatrième type, pesant 18 grains, mêmes légendes, avec cette différence que, devant la croisette qui suit MARCHIE, il y a une étoile.
» Cinquième type, même poids que le quatrième, mêmes légendes, mais n'ayant point d'annelé avant ni après les petites croisettes qui se trouvent au commencement de chaque légende.
» Sixième type, pesant 17 grains, mêmes légendes, n'ayant d'autre différence avec le deuxième que l'annelé, qui est placé avant la croisette de VGO COMES.
» Parmi ces pièces de la Marche, il s'est trouvé plusieurs deniers, également en argent, d'Angoulême et de Souvigny, avec le croissant de la Marche, dont voici les types.
» Premier type, deniers d'Angoulême et de la Marche, pesant 17 grains. Autour d'un cercle en grainetis on lit : + LUDOVICUS. Dans le champ, une croix. » Revers : + EGOLISSIME autour d'un cercle en grainetis. Dans le champ, une petite croix cantonnée de trois annelés et d'un croissant.
» Deuxième type, ceux de Souvigny, deniers de billon, pesant 20 grains. Autour d'un cercle en grainetis, S. C. S. MAIOLUS. Dans le champ, une figure. » Revers : + SILVINIACO autour d'un cercle en grainetis. Dans le champ, une croix épatée.
» Le cabinet des sciences naturelles et d'antiquités de la Creuse possède la majeure partie des pièces découvertes. Dans la pensée qu'il pourrait exister de nouveaux types parmi celles qui n'ont pas encore été étudiées, on prie les personnes qui les auraient en leur possession de vouloir bien les communiquer à la Société. »
« Nos collections d'histoire naturelle ont été accrues d'un assez grand nombre d'échantillons de minéraux rapportés d'Auvergne par M. Guillon ; d'autres minéraux provenant du département de la Creuse, savoir : 1º Des cristaux volumineux de quartz enfumé, de forme hexaèdre, terminés par une pyramide à six faces, trouvés dans une carrière de granite ouverte à Pontarion pour l'approvisionnement de la route, et donnés par M. Monestier, ingénieur des ponts et chaussées.
» 2º Deux morceaux d'émeraude, découverts par M. Bonnafoux parmi les matériaux qui ferrent la route près du pont de Pontarion. L'un offre un cristal hexaédrique, dont les feuillets rectangulaires présentent un double clivage ; l'autre est cylindroïde, de structure cristalline, et de couleur verdâtre. » Cette substance, de même nature que l'émeraude de Chanteloube (Haute-Vienne), provient, suivant toute apparence, de quelques gisements situés dans le voisinage.
» 3º Des blocs de granite gris caverneux, avec géodes tapissées de scories d'un jaune noirâtre, trouvés à Thoron, et donnés par M. Cancalon, médecin à Pontarion.
» 4º D'autres blocs de granite gris, ayant l'aspect d'une matière entrée en fusion, trouvés également à Thoron, et donnés aussi par M. Cancalon.
» 5º Un tronc de calamite fossile, de plusieurs décimètres de diamètre, présentant une forme triangulaire à angles arrondis, trouvé dans la mine de houille de Réjasse, concession de Bosmoreau, et donné par M. Furgaud.
» 6º Des schistes houillers du bassin d'Ahun, impressionnés de fougères et de prêles, avec paillettes de pyrites d'un jaune d'or, donnés par le même.
» 7º Un morceau d'antimoine sulfuré, de forme bacillaire et rayonné, trouvé au Chassain, commune de Chard, canton d'Auzances, donné par M. Pleviski.
» 8º Une argile dure, d'un blanc jaunâtre, de forme mamelonnée, faisant effervescence avec les acides, trouvée au village de Ballette, près Gouzon, donnée par M. Furgaud.
» 9º Un fac-simile d'une masse d'or pur, envoyé par M. Legrip, de Chambon. » (Extrait de la note lue par M. Furgaud.) (Voir la note de M. Bonnafoux.)
Une collection de coquilles rares et de produits marins nous a été adressée par M. Mestro, chef de bureau au ministère des colonies, par l'entremise de M. Potier, géomètre en chef du département. Nous devons rappeler ici que M. Potier est un des membres de notre Société dont l'influence a le plus contribué à nous enrichir, et qui nous a déjà valu souvent, de la part de M. Mestro et de plusieurs autres personnes, des cadeaux d'objets rares et précieux.
Un manucode et un promérops multifil ont été envoyés par M. Sallandrouze (Charles), d'Aubusson, membre du conseil général, l'un de nos membres correspondants qui s'est montré le plus généreux envers la Société.
M. Mercier-Genitoux, d'Argenton, nous a envoyé des oiseaux en peau et des oiseaux montés.
Un squelette de cheval, préparé par M. le docteur Guizard et M. Gallard, pharmacien, a été monté par MM. Dugenest père et Dugenest fils, étudiant en médecine.
Une tête tatouée et préparée d'un chef de la Nouvelle-Océanie, a été envoyée par M. Montaudon-Barat.
M. Fayolle, docteur en médecine, nous a donné des calculs d'acide urique et des hydatides dans l'alcool.
Le nombre des objets empaillés s'élève à quatre-vingts, parmi lesquels on devra distinguer un ornithorhynque paradoxal, très-rare, un chacal du Sénégal, une roussette de Java, un agouti de Cayenne, un jeune cochon de Siam, plusieurs singes et un mouton à deux têtes, donné par M. Migout, avoué ; trois beaux paons, envoyés par Mme Delavergne, de Dun ; un faisan commun, envoyé par M. Delavallade, curé de Cressat ; un busard cendré, tué par M. Chanaud fils (un semblable nous avait déjà été envoyé par M. Boislamy fils) ; un jean-le-blanc ; une effraie envoyée par M. Coudert de Lavillatte, substitut du procureur du roi à Chambon ; une spatule, tuée dans le département, un drongo à rames, un ani des Savanes, un philédon à cravate, un grand plongeon, un poulet à trois pattes envoyé par M. Brunet, curé de la Celle-Dunoise.
Plusieurs ouvrages scientifiques ont été ajoutés à la bibliothèque. Plusieurs Sociétés savantes ont continué de nous envoyer leurs comptes-rendus.
Nous avons fait confectionner une estrade entourée d'une claire-voie, pour loger nos grands mammifères.
Le conseil d'administration a arrêté que des armoires, rendues indispensables par l'accroissement de nos collections, seraient immédiatement livrées au travail de l'ouvrier. Une somme de 800 fr. est destinée à cet objet, dont le plan a été présenté par M. Fabre, architecte du département.
Notre commune a rempli cette année, comme nous l'espérions, l'engagement qu'elle avait contracté envers la Société de lui fournir un local suffisant pour loger toutes ses collections et de contribuer, pour une somme, aux frais de leur entretien. Mais l'augmentation de nos richesses, nos nouvelles acquisitions, qui ont dépassé toutes nos espérances, vont imposer de nouvelles obligations à la commune ; car déjà le manque de place nous a forcés de reléguer la plus grande partie de nos tableaux dans une mansarde. Aussi, espérons-nous que le conseil municipal, ayant en considération nos besoins, l'importance de notre Musée et l'honneur qu'il fait au pays, prendra des mesures pour mettre promptement à notre disposition la salle de la bibliothèque, qui fait suite aux appartements du Musée. Le passé nous est une sûre garantie que nous trouverons, pour cette question, un appui très-influent dans le zèle et le civisme éclairé de M. Purat, notre maire.
Le conseil général, qui avait voté en 1840 une allocation que nous avions trouvée parcimonieuse et sans proportion avec les services rendus par notre Société, nous a traités, en 1841, avec libéralité, grâce aux efforts de M. Fleury, notre préfet. Ce magistrat est le premier qui, dans son dévouement à la science et au département, ait fait ressortir toute l'importance et toute l'activité de nos travaux. Nous avons le légitime espoir qu'une demande, adressée bientôt en notre faveur au Gouvernement, nous fera encore obtenir, outre une somme égale à celle votée par le conseil général, des envois d'objets d'histoire naturelle et d'art, comme il en est fait chaque année dans d'autres Musées beaucoup moins importants que le nôtre.
M. Fournier, régent au collège de Guéret, s'est empressé de se joindre à M. Bonnafoux, pour monter les belles peaux données l'année dernière par le Gouvernement, et qui n'avaient pu être préparées jusqu'ici faute d'emplacement pour les loger. Ainsi, non-seulement notre Musée est une sorte d'entrepôt où affluent de toutes parts des minéraux, des richesses scientifiques, qui naguère restaient enfouis ou isolés, ignorés, perdus, mais encore, notre pays bénéficie du travail des hommes qui, s'étant livrés à l'étude de spécialités scientifiques, se trouvent émerveillés à la vue de nos collections et prennent aussitôt plaisir à réunir leurs efforts aux nôtres ; et les changements si fréquents dans le personnel administratif de notre chef-lieu ne laissent pas que de nous envoyer quelquefois de ces hommes spéciaux.
Aujourd'hui, c'est un taxidermiste qui va contribuer, avec M. Bonnafoux, à augmenter, à embellir nos cadres zoologiques ; c'est un artiste en peinture, qui répare notre galerie de tableaux ; c'est un jeune écrivain, notre compatriote, M. Fillioux, qui a publié dernièrement, dans le journal l'Artiste, un travail sur les monuments anciens de notre département et sur les matériaux archéologiques et artistiques que nous avons réunis. Antérieurement, c'était un conchyliologiste qui nous aidait à organiser nos collections ; c'était, à notre origine, M. Mangon-Delalande, directeur des domaines, qui donnait la plus heureuse, la plus efficace impulsion à nos recherches archéologiques. Rien de tout cela ne se serait produit, ne verrait le jour ; tout cela serait perdu pour la science et notre pays, si nous ne nous étions pas associés, si nous n'avions pas fondé notre Musée.
Voici comment les rédacteurs de l’Ordre, journal de Limoges (nº du 11 août 1841), apprécient l'importance de notre établissement. Après quelques réflexions sur la nécessité des établissements scientifiques, l’Ordre ajoute : « Quant au Musée, nous remarquons avec peine que, bien que, depuis quatre ans, sa fondation soit décidée en principe, bien que ses statuts soient arrêtés, et les fonds de création assurés par de nombreux souscripteurs, cet établissement est resté en projet. C'est cependant un de ceux dont l'influence ne sera pas la moindre sur notre jeunesse, tant l'attrait est grand des sciences naturelles enseignées par les faits habilement groupés et rapprochés entre eux. Des villes d'une importance secondaire, et qui n'ont pas nos motifs, ont déjà, dès longtemps, fondé, doté et développé des Musées qui acquièrent chaque jour plus d'intérêt. Guéret, à nos portes, est, depuis plusieurs années, en mesure de nous faire rougir de notre indifférence. Il est temps ainsi que notre municipalité se prononce ; qu'elle assigne enfin un local où l'on puisse immédiatement réunir et classer une foule de précieuses richesses que des travaux particuliers ont réunies, et dont la générosité des possesseurs est prête à faire en partie un don patriotique à la cité. L'intérêt de cette création n'est pas du reste particulier et spécial à notre ville : c'est une œuvre non moins départementale que municipale, et nous espérons que, à sa prochaine session, le conseil général n'hésitera pas à enrichir le produit des collectes privées d'une subvention en harmonie avec l'importance du but proposé. Nous espérons aussi, d'après les mêmes raisons, que notre bibliothèque ne sera pas oubliée, et qu'on ne négligera rien pour obtenir du Gouvernement, en sa faveur, des allocations et des encouragements analogues à ceux accordés à d'autres villes. Mais, nous ne cesserons de le répéter, c'est encore beaucoup plus à nos propres efforts que nous devons en appeler. Nos plus vives sympathies sont pour les ressources que les cités savent se créer à elles-mêmes. La véritable force, la véritable dignité consiste à savoir s'élever par soi-même. »
Le Secrétaire de la Société, GUIZARD.
(*) Plusieurs de ces types n'ont pas été décrits, même par le directeur de la Revue numismatique, M. Cartier, dans la savante notice sur les monnaies des comtes de la Marche et d'Angoulême, qu'il a fait insérer dans le premier volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest.