Excursion du 6 septembre 2025
Ouest Creuse / Est Haute-Vienne
Ce samedi 6 septembre 2025 nous quittons Guéret en direction de Fursac où nous nous arrêtons pour prendre une dizaine de personnes.
Commanderie de Paulhac
À 8h40 nous arrivons à l’église de la commanderie de Paulhac (commune de Fursac) et, selon la tradition nous prenons notre encas.
Notre guide, Madame Sandrine Collet, me propose d’effectuer la visite en un seul groupe pour respecter les horaires. À l’extérieur, elle nous brosse l’historique de la commanderie, de la construction du château, des communs et de l’église. Aujourd’hui il ne reste plus que l’église connue sous le vocable de « la Décollation de saint Jean-Baptiste » et la chapelle Saint- Fiacre. Toutes deux sont inscrites au titre des Monuments historiques.
La commanderie fut d’abord un établissement des Templiers. Après la suppression de l’ordre du Temple et l’exécution de ses membres en 1312, suite au jugement diligenté par le Roi Philippe le Bel avec le soutien du pape Clément V, la commanderie passera aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Le dernier commandeur de Paulhac fut le chevalier Jean-Pierre de Gain de Linard. Cette commanderie fut l’une des plus importantes du Limousin. Malgré les assauts de la Révolution et du temps, l’église échappera à la démolition dans les années 1820 – 1830, contrairement à tous les autres bâtiments, grâce à la mobilisation des habitants. En 1824 la commune de Paulhac est intégrée à la commune de Saint-Etienne-de-Fursac.
Nous pénétrons dans l’église, de style roman et gothique et nous prenons place sur les bancs. Notre guide attire notre attention sur les fresques qui ornent les murs, nous faisant remarquer que certains détails sont ou ne sont pas visibles selon la luminosité, laquelle varie énormément selon l’horaire et la météo. Nous pouvons distinguer, entre autres, les martyres de saint Barthélémy et de saint Jean-Baptiste. Nous noterons que la majorité des peintures se trouvent sur le mur nord qui ne possède aucune ouverture. Nous admirons différentes représentations de la Vierge, de la crucifixion, une clef de voûte avec l’agneau pascal sans oublier les croix de consécration et la représentation du martyre de Sainte Catherine d’Alexandrie. Nous déplaçant dans l’église nous pouvons voir d’un côté de l’autel, une peinture représentant les travaux agricoles des mois de l’année et de l’autre l’arbre de Jessé. Soutenant des colonnettes nous remarquons que tous les culots sont ornés de trois têtes.
Chaque groupe représente des personnages ayant un lien avec la commanderie. Ce sont par exemple : le prêtre, le chevalier et l’ouvrier ou paysan ; les âges de la vie : enfant, adulte, vieillard. Sortant de l’église nous nous dirigeons vers la chapelle Saint- Fiacre que certains ont qualifié de chef-d’œuvre gothique où nous admirons la délicatesse du décor. Une clef de voûte porte les armes de la maison d’Aubusson.
Château du Chambon
10h30, nous arrivons au château du Chambon sur la commune de Bersac-sur-Rivalier. L’un des deux propriétaires, Monsieur Jean-Christophe Beaulieu, nous accueille. La visite devait être faite en deux groupes mais, suite à une indisposition du second propriétaire, elle se réalisera différemment par petits groupes. Nous bénéficiâmes, cependant, des interventions des parents du propriétaire. Avant de nous présenter l’histoire du château, il nous dit qu’ils en firent l’acquisition en 2018 et que depuis, les travaux de restauration se sont enchaînés. Les travaux les plus importants ont concerné la charpente et la toiture. Ce château étant classé, les nouveaux propriétaires ont bénéficié des conseils des services des Monuments historiques pour la restauration.
C’est très certainement Balthazar Deaulx (ou d’Aulx) qui, par son mariage avec Jeanne du Vignaud en 1578, augmente considérablement la taille de la Seigneurie. Avant Balthazar, dans les années 1550, Le Chambon était une coseigneurie composée des familles Deaulx et Chastagnier du Breuil. Avec Balthazar la coseigneurie disparait. Les Deaulx sont seigneurs du Chambon de père en fils mais en 1715 il n’y a pas de fils. L’héritière Marie-Françoise épouse Louis Jean Desmarais (ou des Marais) ; leurs descendants conserveront le Chambon jusqu’à la fin du xixe siècle. Le propriétaire nous signale qu’à maintes reprises, les différents propriétaires durent investir pour entretenir ou racheter les biens qui avaient appartenu à leur famille. C’est à la fin du xixe que le domaine du Chambon entrera dans la famille de La Celle de Châteauclos par le mariage de Marie-Alix Desmarais avec Sylvain, François marquis de La Celle, vicomte de Châteauclos. Le château et le domaine sont donc toujours restés dans la même famille, par les hommes ou par les femmes.
Balthazar d’Aulx, au milieu du xvie siècle, donne au bâtiment pratiquement sa forme actuelle, malgré quelques réaménagements au xviiie. Ce château est situé sur un plateau entre l’Ardour et le Rivalier dans la vallée de la Gartempe. Étant sur la terrasse nous admirons la façade flanquée d’une échauguette. Nous nous trouvons face à la porte d’entrée qui donne sur un bel escalier droit en granit.
Cet escalier dessert les étages. Avant de pénétrer dans le château nous suivons les explications de notre guide au sujet de cette porte. Nous admirons un décor de style Renaissance exécuté avec un granit au grain fin et une date, 1549. L’ensemble du château aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur atteste de la rénovation de la Renaissance ; toutes les pièces, une quinzaine, que nous visitons le confirment. Par petits groupes, nous écoutons les explications de monsieur Beaulieu pour l’escalier et les étages. Nous empruntons un très étroit escalier de pierre en colimaçon, ce qui justifie la visite par petits groupes. Nous bénéficions, aussi, des commentaires du père du propriétaire, pour la pièce de gauche quand nous entrons et de ceux de sa mère pour la bibliothèque qui se trouve dans la partie droite du bâtiment. Dans cette pièce nous pouvons admirer, certes le rangement des livres, le mobilier mais aussi un superbe poêle autrichien. Nous ne devons pas oublier que ce château est la résidence principale des propriétaires, le mobilier se veut fonctionnel. Il convient de signaler la présence de tapisseries et en particulier une « Lurçat ». À l’extérieur, nous voyons les restes des douves asséchées, dans un angle de la terrasse se dresse un colombier. Nous franchissons le pont dormant, pour nous diriger vers l’arrière du château. Cette façade est flanquée de deux tours circulaires.
Restaurant le Viaduc à Folles
Vers 12h10 nous arrivons au restaurant et prenons place. Nous apprécions la qualité du repas et la rapidité du service. Vers 14h10 nous quittons l’établissement et nous dirigeons vers le château de Montautre.
Château de Montautre
Le car ne pouvant accéder au château, c’est par une marche digestive d’environ 500 mètres que nous le rejoignons. Le château est édifié sur un plateau. À 14h30 Monsieur Serge Lacaze, le propriétaire, nous accueille. Pour la qualité de la visite, il a demandé à un ami de venir l’aider afin que les groupes ne dépassent pas 25 personnes. Ce château est habité par le propriétaire et son épouse. Afin de respecter leur intimité, il nous demande de ne pas prendre de photos à l’intérieur car nous visitons leurs pièces de vie. Ils achetèrent ce château en 2018. Dès le portail aux armes des Mondin (ou Mondain) de Montautre « d’argent à la face de gueules accompagnées de 3 étoiles du même» franchi, il nous présente les différents propriétaires de la seigneurie.
C’est sous le règne de Charles VII, en 1460, qu’Olivier Mondin acquiert le fief de Montautre. Il sera reconnu noble par des lettres patentes de Louis XI. En tant que seigneur de Montautre, il est feudataire de la baronnie de Fromental et rend hommage au baron. Par alliance, les Mondain deviennent possesseurs de fiefs en la paroisse de Noth, dépendant de la vicomté de Bridiers. Les Mondain sont au service du roi et certains occupèrent des places importantes, gentilhomme de la vénerie et des vaultrais, sans oublier ceux qui servirent dans l’armée brigandinier et autres. Originaires de La Souterraine, les Mondain resteront proches de cette bourgade. La branche cadette deviendra « seigneur de la Maison-Rouge », en Saint-Maurice-La-Souterraine, vicomté de Bridiers. Nous noterons qu’aussi bien pour Fromental que pour Bridiers les officiers et les notaires sont, très souvent, issus des familles de notables sostraniens. Parmi les alliances, nous citerons les Chamborand, les Bony de Lavergne… Les Mondain conserveront le château jusqu’en 1735, date du mariage de Marie-Marthe avec Joseph de Bony de Lavergne. Leur fille épousera Charles Sylvain Dufour de la Prugne. Les Dufour resteront propriétaires du château jusqu’en 2000, date à laquelle ils vendront leur bien à un couple américano-hollandais qui le cédera, à son tour, en 2018 à Monsieur et Madame Serge Lacaze.
Monsieur et Madame Lacaze engagent de très nombreux travaux de restauration et auront la joie de voir leur bien inscrit au titre des Monuments historiques. Ils bénéficieront, aussi, d’aides de la Fondation du patrimoine. Monsieur Lacaze nous précise que les familles propriétaires du château ont conservé les archives de Montautre auxquelles il a pu accéder avec Monsieur Christian Rémy , ce dernier ayant réalisé une étude très poussée sur le château et ses seigneurs. Nous franchissons le portail et arrivons dans les communs ou basse-cour.
Ce château serait construit sur un site gallo-romain ; les cippes, les colonnes et les meules qui se trouvent dans le jardin confirment ce point de vue. Une question, aujourd’hui sans réponse, interroge les propriétaires : y a-t-il eu un temple dédié à Mercure ? Nous pénétrons dans la haute-cour, fortifiée et notre regard se porte immédiatement sur le donjon. Cette tour beaucoup plus récente que le reste de l’édifice a été élevée par François Mondain, gentilhomme de la vénerie et des vaultrais, grâce aux 50 écus reçus du roi Henri II. Sur notre gauche, le bâtiment accolé à une tour ronde partiellement démantelée, abrite à l’étage la salle des gardes, avec des poutres d’origines. Au rez-de-chaussée nous avons : l’écurie pour une dizaine de chevaux abritant un petit musée et une boulangerie avec différents éléments utiles à la fabrication du pain. La chapelle, récemment restaurée, se trouve dans le prolongement de ces pièces mais à l’étage.
Nous nous dirigeons vers le bâtiment de droite pour nous retrouver dans le jardin qui fut à la française. De là nous contemplons la façade et pouvons distinguer les rajouts dont une tour à l’extrémité droite. Notre guide nous donne quelques explications et nous fait remarquer que tous les volets ont été restaurés à l’identique de ceux d’origine. Les modifications des ouvertures, en particulier, datent des xviie et xviiie siècles. Nous entrons dans la cuisine (porte de gauche) et distinguons des parties de colonnes semblables à celles vues dans la bassecour. Nous continuons notre visite par un salon, grande pièce où se trouve une table, de belles dimensions, sur laquelle sont déposées des copies d’anciens documents dont la lecture est ardue. Nous ne pourrons pas visiter toutes les pièces, chambres et autre salon, car un groupe de touristes américains avait réservé les chambres d’hôtes. Quittant ce bâtiment, nous repassons par la cour-haute et nous dirigeons vers l’extrémité de celle-ci. Nous arrivons à un étroit terreplein surplombant, par une très raide pente broussailleuse, la vallée où serpente un ruisseau. Cette pente assurait une protection naturelle au château.
À la sortie, monsieur Lacaze, nous propose différents produits de la propriété : miel, magnets, marque-pages, cartes postales et même des timbres à l’effigie du château. Nous rejoignons le car et nous dirigeons vers l’église de Fromental.
Église de Fromental
Nous sommes accueillis par Madame Michèle Dupuy, secrétaire de mairie. En entrant dans cette église nous sommes frappés par la voûte peinte, en lambris de châtaignier. Elle est cintrée en anse de panier. Nous nous asseyons et écoutons madame Dupuy.
Sans attendre, elle nous dit que l’église et les familles qui possédèrent ou possèdent, aujourd’hui, le château furent très liées. Pendant la guerre de Cent ans, en 1358, l’église fut pillée et brûlée. En 1361, des membres de la famille de Saint-Martial décidèrent de relever l’église. Elle a été entièrement reconstruite à la fin du xviiie siècle. Un problème d’étanchéité du toit conduit la mairie à effectuer des recherches pour remplir le dossier d’inscription au titre des Monuments historiques et pour réaliser les travaux de restauration. Ce fut un travail considérable qui permit de découvrir la richesse patrimoniale de l’édifice. L’église actuelle, Saint-Martin, a été inscrite en 2017.
Sur la gauche de la nef, nous admirons un vitrail de Francis Chigot. Deux vitraux, don de la famille Morel de Fromental, éclairent l’abside. Ils représentent Saint-Martial et Sainte-Valérie. Nous avons admiré la clôture du choeur en bois. Deux chapelles terminent le transept, celle de gauche est dite chapelle des Morel de Fromental, celle de droite des Mondain de Montautre dans laquelle se trouve une statue de Notre Dame de Fromental.
Cette église possède deux cloches, l’une a été rénovée en 2024. Madame Dupuy, tout au long de la visite, a fortement insisté sur les liens qui unissaient l’église et le château. Au cours des siècles, les châtelains participèrent à l’entretien de l’église et quelques fois de manière très importante. Cela quelle que soit la famille possédant le château. Il convient de noter que le château et la seigneurie changeaient de propriétaire par vente et achat. C’est au début du xviie siècle qu’il arriva dans la famille Morel. Cette famille a été anoblie par charge en 1704. Nous noterons que Fromental est une baronnie. Après quelques pas dans les grands jardins du château, nous quittons Fromental vers 17h45, en direction de Guéret, via Fursac.
Jean Bétolaud du Colombier